‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 49 sur 70 · TROISIEME LIVRAISON · texte numérisé non relu

TROISIEME LIVRAISON

{JJn mois plvs tard.)

nir à ce personnage , le voici ; dis-lui : — •■ Monsieur, votre ami le lézard vert, qui est aussi le mien, aurait besoin de vos services , il vous attend à la porte Maillot depuis trois ans et demi avec une bien vive impatience ; il vous aurait bien écrit un mot par la petite poste , mais diverses raisons et le manque de plume l'en ont empêché. ■•

— Très-bien, je pars , m'écriai-je , trop heureux de pouvoir vous être agréable en quelque chose... On dit depuis long-temps

que le lézard est ami de l'homme! C'est bien le moins qu'aujourd'hui l'homme se montre un peu l'ami du lézard...

— Un instant , exclama le petit saurien (écrivez lézard) ; un instant , ne pars pas sans recevoir de moi ce talisman qui te donnera les moyens de reconnaître toutes les choses surnaturelles que tu rencontreras sur ton passage , — le voici : c'est un lorgnon fabriqué par l'ingénieur Chevalier, opticien, âgé de cent quatre-vingt-sept ans, qui, depuis ce même laps de temps, passe sa vie à regarder son baromètre , et qui n'a eu d'autres oscillations dans son existence (jue celles produites dans le tube de son instrument. — Ce lorgnon en argent , contrôlé par la Monnaie , et béni par un sorcier de mes amis, te sera de la plus grande utilité.

De plus, tes bottes vont devenir à la vapeur, et tu feras douze lieues à l'heure si bon te semble ; ne crains pas de sauter , tu retomberas toujours sur tes pieds !

Enchanté de la possession de ce double talisman , je donnai une poignée de main à mon nouvel ami, qui me rendit une poignée de patte, et je me mis immédiatement en route pour chercher ce fameux sorcier que je n'avais jamais vu , mais dont j'ignorais complètement le nom.

J'eus quelque peine à boutoimer ma redingote et à enfoncer mon chapeau, — en moins de quinze miimtes j'avais pris énormément d'embonpoint, j'étais engraissé de joie ; — vous le savez.

de même que la tristesse maigrit , la satisfaction produit l'effet du racahout des Arabes. — Je modérai ces transports, car si je m'étais permis encore sept minutes de pareille allégresse, je n'aurais pu tenir dans mon gilet.

Je m'empressai donc de quitter le bois de Boulogne , et en passant à la porie Maillot , je fis un premier essai de mon lorgnon, je me mis à regarder mes lions de tout à l'heure; mais , ô surprise! je n'aperçois plus, à travers de mon binocle, que des lions à tête de dindon.

MUSÉB PHXI.ZFON.

Bien que tn'attendant à ne voir désormais que des choses extraordinaires, j'avoue que ma stupéfaction fut grande.

Je rentrai immédiatement dans Paris , que je me mis à traverser avec la vitesse d'une locomotîve, attendu que mes fameuses bottes s'étaient mises à faire leur jeu, — j'avançais avec une rapidité de douze lieues à l'heure!

A peine si, en passant sur le boulevart des Italiens, je pus jeter un coup d'oeil sur les promeneurs ; tous les Français ne m'apparaissaient plus que comme des ombres complètement chinoises qui se livraient à une danse effrénée.

Je ne suis pas sergent de ville, je n'ai même nullement envie de me coiffer un jour du tricorne de cette autorité constitutionnelle ; mais j'avoue que dans ce moment j'aurais volontiers empoigné au collet un de ces intrépides sauteurs, tellement ils m'agaçaient les nerfs.

Mais cette danse était un simple effet d'optique et qui tenait au mouvement infiniment trop accéléré que je me donnais moi-même. — Aussi, au train dont allaient mes bottes, je me disais : — Mes semelles seront bien vite usées , je vais me ruiner en frais de raccommodage ; voilà un talisman qui va me coûter cher !

Vous voyez que les hommes ne sont jamais contents de leur sort.

Après trois semaines de marche pareille , je me trouvai dans un pays dont je n'avais jamais entendu parler; même par ma portière, qui pourtant parle beaucoup et sur toutes espèces de choses au monde.

Comme j'allais toujours du même train dont j'ai fait mention plus haut, les indigènes de cette contrée inconnue furent étrangement surpris de mon apparition et se mirent tous aux fenêtres pour me voir passer!

J'enfonçais complètement le Juif-Errant et je désespérais presque de pouvoir m'arrêter, lorsque tout à coup il me vint cette idée :

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