DE LA VERTU
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Feux qui poluit rerum cognoscere causas ! Dessins de Chain de ^'....
( La scène se passe à Paris dans un riche appartement fort mal distribué , à ce qu'il parait , car les domestiques traversent le «alon pour desservir la lable
Une dame , qui n'est pas la maîtresse de la maison , et qui jouit d'une vue excellente , aperçoit dans la glace un valet qui dérobe une prune.
Cette dame dénonce le valet à madame Bon-dos , femme de charge, et la prune volée devient une pomme de discorde. Madame Bon-dos, sortie de son assiette, fait une scène au voleur,
qui met à son tour les pieds dans le plat et s'écrie : — Je suis ici par la volonté de quelqu'un, et je rien sortirai ijiit par la force du même.
— Ceci cache un mystère ! dit la dame ; qu'en pensez-vous , madame Bon-dos?. — Ça me fait le même effet , repart celle-
La dame qui a amené son fils [Ce-serin], nouvellement marié, dans la maison de M. de Grandcry, soupçonne sa belle-fille de faire la cour au maître du logis, et par conséquent de placer Ce-serin dans une position désagréable.
Madame Bon-dos confirme ces soupçons. — Mon pauvre Benoît , dit la maman , tu n'es donc qu'un Claude !... — C'est tout à fait mon avis , répond la femme de charge.
La pauvre maman va faire une terrible sortie contre sa bru ,
MUSEE ET riAGASIN COI«IIQUES
lorsqu'elle en est empêchée par l'entrée de Mathilde , épouse de M. de Grandcry, qui arrive en compagnie d'UKsuLE , sa cousine; d ' Ursule , femme de Ce-serin et amie du mari de Mathilde. Ce dernier survient aussi.
Contran de Grandcry est , comme vous voyez , un beau , un dandy; — c'est un vilain monstre qui trompe cruellement sa langoureuse épouse , et la fait juste au féminin ce que madame Ursule fait au masculin Ce-serin, son mari.
Grandcry pousse la chose jusqu'à remettre, en présence de toute la société , un petit poulet à sa cousine...
Mais la maman , qui continue à avoir de bons veux , voit en-
core ce manège dans la perfide glace ; en femme qui sait son monde, elle s'écrie : — Ursule, vous êtes une... et vous , monsieur , malgré toute la politesse que je vous dois comme maître de la maison , je ne veux pas tenir la chandelle. . . fi ! que c'est laid... devant votre femme, encore!... Et , en mère sa^e et prudente, elle ajoute : — Je dirai tout à mon fils... Mais où sont donc mes lunettes (car sa vue s'est subitement affaiblie).' Et , pour les chercher, elle abandonne sur une table la lettre , dont Ursule se saisit...
Grandcry, que l'algarade de la maman avait mis dans ses petits souliers , respire; — ]\Iathilde pleurniche, — madame Ce-serin , la mère , se fâche tout rouge , — Ursule rit et fait à son mari qui survient un conte à dormir debout... — Cette lettre était une facture, lui dit-elle; nous voulions, mon cousin et
moi , te faire un petit cadeau , une de ces aimables surprises c]ue les femmes et leurs cousins ménagent quelquefois aux maris... — Cher ange! chère Bellotte! dit Ce-serin, tu voulais me donner ça?... et ma mère te contrarie... Oh! maman, ce
n'est pas gentil de votre part Allons, je vous pardonne
Adieu, maman ; adieu , cousin... Ah I vous faites des cachotteries avec ma femme ! ah ! vous voulez me faire des surprises — en cachette... Bon ! bon ! me voilà prévenu...
Ils sortent tous , excepté Mathilde et son perfide époux.
Mathilde , moins serine que Ce-serin , n'est pas dupe du conte bleu de sa cousine; elle pleurniche , mais mademoiselle Fitz- James, pas si bête, montre les dents au volage (de fort jolies dents, ma foi!); celui-ci promet de ne plus recommencer; il promet d'être à l'avenir sage comme une demoiselle — comme une demoiselle sage , bien entendu !
Mathilde s'en rapporte, mais il lui faut une preuve; et cette preuve, renouvelée des... Romains, c'est un dialogue qu'elle écoutera par le trou de la serrure et dans lequel Grandcry se fâchera avec Ursule et la congédiera.
Grandcry consent au guet-apens demandé par la noble et généreuse Mathilde , et Ur.sule , qu'on fait tomber dans le piège , reçoit son paquet , avec prière de le faire et de partir tout de suite.
Benoît Ce-serin arrive en sautant sur un pied ; il a son cadeau, il est dans le ravissement. — Voyez donc, cousine; voyez donc, cousin , le joli cadeau de ma femme... C'est une épingle monstre, une broche... Me voici embroché comme un dindon... Dieu! comme le bonheur me rend spiiituel!! Vive les broches ! vive la mode 1 vive Paris ! . . . il n'y a que Paris au monde ! je suis fou de Paris...
— Mon ami, vous êtes bu... Nous quittons Paris aujourd'hui même, nous retournons à Rouvray.
MUSEE PaiLIPON.
— Ah ! tiens , nous quittons Paris t Bon , bon !.. . quittons Paris... Vive Rouvray !
Ce-serin et sa femme vont partir pour Rouvray ; Mathilde et son époux converti vont partir pour Chantilly. — Tous vont partir et laisser en plan le public de la Porte-Saint-Martiii lorsqu'un valet, doré sur toutes les coutures, apporte une lettre du comte de Morico , gentilhomme nègre ; GB-wncRV est désespéré de son arrivée, c'est pourquoi il va le chercher afin de le présenter à sa femme.
Madame Bon-dos , qui remplit les fonctions de femme à tout faire, introduit auprès de INIathilde un petit monsieur , frisé , barbu, ébouriffé et gringalet. C'est un amoureux platonique, un futur passé qui veille sur Mathilde, et lui chante en prose :
pour avoir Thonneur de danser chez môa. . . Nous rirons beaucoup des bassesses de l'aristocratie.
Oiiriiicz, dormfZ, clières aiiidiirs;
piiiir vous je vciller:n tniijdurs.
DD-ormez. (ioiiinz. nu'S ilic l'es amours;
Doiinezez, dunnez i z, iloi inez dune, mes cliéit's aiiioiirs
Puis il ajoute : — Morico est ici, c'est un gueusard, un millionnaire, un pppolisson, méfiez-vous-en; vous voilà prévenue, vous savez tout, je me sauve. . . Et il se sauve en effet.
A peine l'excellent et naïf La Rancune est- il parti, que Grand- CRY revient et présente son digne ami Morico à Mathilde.
Morico (lorgnant la femme de son ami) : — Madame, vous êtes jolie comme tous les cinq cents diables. Je veux vous faire danser; je veux donner un bal à tous ces pékins de Parisiens qui n'ont pas le sou, et portent des gantsjaunes — serins!... Tous ces drôles viendront mendier des invitations , faire des platitudes
Mathilde reste étourdie de tant d'esprit , de goût et de modestie...
Grandcry est visiblement embarrassé...
Ce-serin et sa femme viennent faire leurs adieux à la compagnie; mais .Morico leur dit : —Vous ne partirez pas. Je ne le veux pas... môa !
— Monsieur ! ... dit TJrsule.
— Taisez-vous ! lui répond Morico , ou je parle du fermier Anselme...
Ursule est terrifiée par cette menace ; elle dit toute tremblante : — Nous ne partirons pas.
Que signifient donc ces paroles mystérieuses : Le fermier Anselme\ C'est un secret que, seul,
Félix , qui poluii rerwn cognoscere causas , pourrait nous dire, mais qu'il ne dit pas.
Ce monstre de iAIorico met le comble à ses atrocités en engageant toute la compagnie... à son bal, et quitte la scène en disant : A lundi! comme on dirait : A l'échafaud! La toile tombe avec d'affreuses convulsions, et la musique ajoute à l'horreur de cette situation.
MUSEE ET MAGASIN COMIQUES