‹ Musée ou magasin comique de PhiliponChapitre 46 sur 95 · LA CHAUSSURE · texte numérisé non relu

LA CHAUSSURE

Une chaussure fine, toujours propre et brillante, est le cachet de la véritable élégance.

Vous tous qui possédez des oignons et des durillons saillants, et vous dont la santé exige impérieusement des semelles épaisses, soyez Académiciens si vous voulez, hommes de talent si vous pouvez ; soyez bons époux et bons pères, payez bien vos contributions, vous en avez le droit ; mais n'élevez pas votre ambition jusqu'au titre de dandy ; vous êtes à jamais exclus du monde fashionable.

Un fashionable doit prendre le matin des bottes de cavalier (le

contre, sans excepter le nez des passants; l'étudiant la fait tourner en moulinet ; le rentier la porte sous son bras ; le musard la , tient des deux mains sur le dos; le provincial la porte comme une épée ; le mouchard la pend à un bouton de son habit.

Èïf

MUSEE ET MAGASIN COMIQUES

cheval n'est pas indispensable, mais les éperons sont de rigueur) ; dans le jour il doit les remplacer pas des bottes de ville et le soir par des souliers vernis.

Se montrer à l'Opéra, aux Italiens ou dans un salon, chaussé de bottes ; être vu dans la rue en souliers ; être rencontré à la campagne autrement qu'en fines guêtres lacées, c'est à mourir de honte... C'est pis que cela, c'est à n'être jamais admis au Jockei's-Club.

L'homme véritablement élégant ne porte que des bottes justes et collantes ; les bottes étroites qui gênent la marche ne vont qu'aux vaniteux et aux niais.

Les bottes larges sont le partage des papas, des hommes sans prétention et des vrais flâneurs.

\ PROPOS DI-: I-L.4NERIE.

Ne flâne pas ou ne sait pas flâner celui qui marche vite, celui qui bâille dans la rue, celui qui passe à côté d'une jolie femme sans la regarder, devant un étalage ou près d'un saltimbanque

sans s'arrêter.

Un sot se promène, il ne flâne jamais.

Une bête flâne quelquefois, — un homme d'esprit flâne souvent.

Le vrai flâneur va dans un sens jusqu'à ce qu'une voiture qui passe devant lui, un embarras quelconque, un étalage qui fait le coin d'une rue, une poussée, un coup de coude lui imprime une autre direction. D'accident en accident, de poussée en poussée il va, vient, revient et se trouve ou très-loin ou très-près de chez lui, suivant la volonté du hasard.

On flâne hors de chez soi, dans un lieu public, seul ou en compagnie d'un autre flâneur seulement. — L'homme qui croit flâner dans sa maison se trompe, il ne fait que muser. Le musard est celui qui dit : •• Je m'en vais, je m'en vais •• et qui retient toujours son interlocuteur par un pan de son habit.

Le musard babille et ne pense piis. le flâneur pense beaucoup et parle peu.

Le musard est le singe du flâneur, il en est la caricature et semble fait pour inspirer le dégoiit de la flânerie.

Le véritable flâneur ne s'eimuie jamais, il se suiBt à lui-même et trouve dans tout ce qu'il rencontre un aliment à son iTitelligence.

I La siii/c- à un proihain numéro.)

Page 1