MODES DU JOUR
Par E. POREST.
Chapeau à la vieille, pelisse à la grand-maman, ditecrispin, — volants à la rococo, tel est l'ensemble de la toilette parisieiuie, telles sont les dernières nouveautés dues à la féconde imagination de nos habiles modistes, de nos couturières en vogue.
HISTOIRL
DE ROBINSON CRUSOE
Illustrée pour fie rire par CHAH.
Il était une fois i.n jeune homme du nom de Roliinson Crusoé qui mourait d'envie de voyager. Un de ses amis qui partait pour London l'engagea à faire ce voyage avec lui : Je n'oserai pas dire à m'man que je vais à London, s'écria Robinson. — Allons donc! repartit son an)i. et ils partirent.
MUSEE PHII.IPOM
La traversée fut un peu fatigante, le Père éternel retournait la-mer comme une salade de capucines ; Robinson éprouvait un malaise iliffidlc à décrire. Le ciel eut enfin pitié des pauvres vova^eurs et mit un terme à leurs souffrances en les envoyant tous au fond des eaux.
Une partie de l'équipage périt, le reste se noya; Robinson échappa seul à cette contrariété, grâce aux semelles de liège qu'il portait habituellement pour se garantir des rhumes de cer\eau.
Après des efforts inouïs, il parvint à s::* mettre à flot ; et faisant ses brassées, sa coupe, sa planche, mettant à profit les excellentes leçons qu'il avait reçues à l'école de natation de T)eligny, il aborda une île dénuée de tous ses habitants, ce qui lui fit doublement plaisir, carilavait sommeil et désirait n'être pasdérangé.
Il dormit toute la nuit comme un bienheureux et ne se réveilla ([u'à huit heures du matin. Son premier soin fut de visiter l'île dont il avait si heureusement pris possession. 11 ne rencontra ni sergents-de-ville, ni commissaire de police, ni gardes-champêtres, ce qui ne lui fit pas trop de peine ; il ne vit aucun vestige de gardes nationales, ce qui lui fit le plus grand plaisir; mais, hélas ! la plus belle moitié du genre humain manquait aussi bien ijue la plus laide, et il s'en affligea ; car, disait-il, la population de l'endroit est menacée d'un affreux décroissement.
Ne sachant quel parti prendre, il assembla son conseil, composé ■ f " de lui-même comme président ; 2° de ses bottes et son chapeau comme conseillers. (La plupart des conseils, dans les pays les mieux habités, ne se composent guère autrement : président, celui qui veut donner son avis ; conseillers, ceux qui n'ont pas d'avis à donner. )
Après cette conférence dans laquelle toutes les opinions furent librement émises et discutées par le président, il fut unanimement reconnu et déclaré : 1° que l'île était déserte, faute d'habitants ;
2° Que l'île étant déserte, il n'y avait lieu, quant à présent, à s'occuper de lui donner une constitution ; mais qu'il était urgent de ne pas laisser dépérir celle du président.
Robinson avisa donc au moyen de déjeuner ; la chose n'était pas facile! Les volailles indigènes étaient d'un égoïsme révoltant, elles ne songeaient qu'à leur propre nourriture ; Chevet n'avait pas établi de dépôt dans cette localité, il fdlut trouver en soimême, c'est-à-dire dans ses poches, le moyen de se suffire.
La blague devint le garde-manger, le tabac de caporal remplit office de légumes et la pierre à briquet fut le plat de résistance.
MUSEE ET MAGASIN COMIQUES
En sortant de table, Robinson éprouva le besoin de se coucher : la journée n'avait pas été très-laborieuse, mais elle avait été fort ennuyeuse, il songea donc à dormir. Mais il craignait infiniment les bêtes féroces, faiblesse bien excusable à son âge ! d'ailleurs il lui semblait un peu dur, n'ayant pas dîné lui-même, de servir de dîner aux autres ; il se décida en conséquence à coucher sur un arbre.
Cette position n'était pas commode, mais elle était neuve et consolante ; il n'était pas probable que les loups iraient le dénicher là.
Sur les six heures, il fut réveillé par une querelle de ménage entre deux pierrots, dont l'un, qui avait découché, recevait une danse conjugale
Robinson ayant jeté les yeux sur la mer, aperçut les déhris du bâtiment et se hâta de quitter le lit.
Il descendit donc de son arbre et se rendit à bord, oii il trouva son malheureux capitaine, qu'il enterra dans la mer avec les honneurs dus à son rang.
Après quoi il visita le reste du navire dans un pieux recueillement, enfonçant les malles, les secrétaires, prenant la défroque de tout le monde et emportant tout, jusqu'au chien du capitaine, la seule bête qui eût été sauvée avec lui.
{La suite à un prnchaiii numéro.)
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