LE DEBIT
L'homme qui parle trop doucement nous endort; — celui qui parle trop vite nous fatigue ; — celui qui bredouille nous impatiente ; — celui qui cherche ses mots nous agace les nerfs; —
celui qui parle d'un ton monotone , sans desserrer les dents , nous excite à bâiller ; — celui qui crache en parlant , celui qui parle sous notre nez nous inspirent le dégoût ; — celui qui crie nous assomme; — celui qui saute d'un sujet à un autre nous fait rire et nous met en colère ; — celui qui rit toujours nous amuse un moment et ne tarde pas à nous être odieux ; — celui qui ne rit jamais nous fait peur: — enfin , celui qui perd le fil de son discours et répète souvent : ■■ Jk disais donc!.... Ou. en élais-je ? •• nous fait donner au diable.
Parler est un art dont beaucoup d'hommes fort spirituels n'ont pas la pratique, et dont quelques sots possèdent l'instinct; ce qui nous fait porter à première audition des jugements que nous réformons souvent en appel.
LES H.iBlTL'DES.
Les habitudes sont une faiblesse chez le vieillard , un travers
chez l'homme mûr, un défaut chez le jeune homme; chez lenfant elles sont presque un vice.
Une grimace long-temps répétée finit par devenir un tic, de même une habitude dégénère en manie ; et une manie n'est autre chose que la folie sur un point donné , comme le tic un détraquement partiel de la machine animale.
Les habitudes sont donc plutôt une maladie que les symptômes de tel esprit ou de tel caractère , et à ce titre nous n'en parlerions pas si quelques-unes ne rentraient dans le domaine de la caricature :
Celle, par exemple, de ne pouvoir manger quand la place qu'on occupe ordinairement à table est prise par un autre ;
Celle de ne pouvoir dormir dans un autre lit que le sien , ce qui rend les voyages très-difficiles ;
Celle de se promener tous les jours à une heure marquée , vînt il à pleuvoir des hallebardes;
Celle de ne pouvoir s'endormir qu'en lisant son journal , ce qui est peu flatteur pour le journaliste.