‹ Musée ou magasin comique de PhiliponChapitre 73 sur 95 · LES GOUTS · texte numérisé non relu

LES GOUTS

La DANSE n'est pas un goût, elle n'est pas aimée pour ellemême , ce n'est qu'un moyen dont l'amour et ses plaisirs sont le but. Aussi regardons-nous comme des victimes de passions secrètes ou avouées les hommes hors d'âge que nous voyous

MUSÉE PHILIPON

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brandiller leurs vieilles jambes en cadence , et les filles ou femmes laides ou mal tournées qui se livrent avec ardeur à la gymnastique amoureuse appelée valse, galop, contredanse, etc. Quant à la jolie femme qui en conserve le goût après son mariage , elle est à plaindre : car elle a le malheur, comme dit Arlequin , d'être l'épouse d'un c..., ce qui doit être fort désagréable.

La PROMENADE n'est pas un goût non plus , ce n'est qu'un besoin d'exercice pour les vieillards, un prétexte pour les amants, une exhibition pour les vaniteux, et pour les oisifs un moyen de tuer le temps qui les tue.

La BONNE CHÈRE esl le plaisir des gens d'esprit blasés, c'est aussi la passion des sots venus à l'âge de maturité ; seulement elle aiguise l'esprit des premiers et achève d'abrutir les seconds. — L'homme d'esprit ne descend pas jusqu'à la gloutonnerie , il est tout au moins gourm.and. Le sot est tout au plus gourmand, il ne parvient pas à devenir gourmet.

La CHASSE peut être le divertissement d'un homme de mérite, elle n'est une passion que pour l'esprit grossier. Le véritable chasseur , le chasseur pur-sang , est une sorte de brutal qui ne fréquente que des paysans, rudoie ses enfants, néglige sa femme et n'aime que ses chiens , qu'il bat du reste à outrance. Il est menteur, vantard et d'une absolue nullité sur tout ce qui n'est pas meute , gibier, fusil et vénerie.

Quant aux différentes manières de chasser, il en est deux qui méritent une mention particulière : la chasse à l'afût et la chasse

aux petits oiseaux. Celle-ci est l'amusement des écoliers , des boutiquiers retirés, des viragos et des niais de tout âge et de tout sexe; celle-là est le passe-temps des cul-de-jatte, physiquement et moralement parlant.

La pêche , comme tous les goûts , a ses fanatiques , ses confesseurs et ses martyrs. Parmi ses fanatiques , le plus ardent, le croirit z-vous ! c'est l'immuable pêcheur à la ligne, cette espèce de pilotis humain , fiché dans le sable ou dans la vase, dont toute l'intelligence s'épuise à lutter contre la ruse du goujon et la malice delà carpe. Elle a pour confesseurs ces pêcheurs endurcis qui , cloués dans leur fauteuil et perclus de rhumatismes, pèchent encore des poissons roages dans un baquet. Quanta ses martyrs, ils sont nombreux : ce sont les infortunés dont le pied glisse et qui vont souper chez les naïades , et ceux à qui les trains de bateaux font faire le saut de carpe dans la rivière, etc., etc.

L'ÉQUiTATiON est un plaisir fashionable et de bon goût. Cependant si le cavalier monte en souliers et sans sous-pieds , s'il ne monte à cheval que les jours de fête et sur des locatis seulement; si , n'ayant pas de cheval , il fait partie de la milice citojenne, vous pouvez , à coup sûr (quelques-uns de nos amis et collaborateurs seuls exceptés), le tenir pour un modiste, un danseur, un tailleur pour femmes, en un mot un crétin de première classe.

La TOILETTE n'est pas seulement un plaisir, elle est un travail pour quelques-uns , un art pour quelques autres. C'est un travail pour l'homme de quarante ans qui cherche à plaire, pour la jolie femme de trente ans qui veut conserver un amant ; pour celle de trente-six qui veut en faire un nouveau ; c'est un travail pour la femme de tout âge , si elle est laide ou contrefaite ; c'est le plus rude de tous les travaux pour l'homme d'études que son goût éloigne du monde et qu'une circonstance oblige à s'y présenter en grande tenue.

C'est une science que l'artiste dramatique étudie toute sa vie et dans laquelle il acquiert presque toujours une certaine habileté. C'est un art dans lequel la femme de mœurs légères a constamment un grand avantage sur les femmes de mœurs plus sévères. C'est presque une religion pour la Parisienne, qui, du reste, en a reçu la révélation de Dieu ou du diable ; car c'est toujours elle qui nous présente réunis le charme, le goût et la véritable élésance.

MUSÉE ET MAGASISr COMIQUES.

L'homme qui se montre toujours en toilette est un esprit plus que secondaire; mais il n'est permis qu'à l'homme de génie de ne pas savoir s'habiller au besoin.

Chez les femmes , la toilette est un indice qui trompe rarement. La bégueule s'habille fort mal , la prude s'habille sans grâce, la femme sans ordre s'habille sans fraîcheur, la prétentieuse mélange les couleurs discordantes , le bas-bleu s'habille malproprement , la bourgeoise vertueuse s'habille en dépit du bon sens, la panthère s'habille avec affectation et exagération; la lionne , — la lionne seulement , — possède toutes les ressour ces de cet art, sait choisir et assortir les couleurs dont elle compose son costume, déterminer convenablement l'ampleur, la forme , la coupe des vêtements, et . à leur aide , maigrir ou engraisser, changer ou modifier, cacher ou montrer ce que , parmi ses beautés ou ses imperfections , elle sait devoir voiler ou mettre en évidence.

Nous l'avons déjà dit , la Parisienne l'emporte sur louics les lemmes de la terre dans la tactique et le génie de la toilette , cet art militaire de l'amour.

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