ATALA
ou I. K s
Sistoire brodée par I. de Ghjteaobnand, mais ramenée à la plus exacte vérité par
CHAM, petit-fils de CHAMTAS dit CHACTAS
(SUITIÎ. )
Nous avons laissé les fugitifs dans un fiacre : arrivés à la lisière d'un bois, Chamtas, qui n'avait pas de monnaie, paya la (■nurse avec la plume rouge qui surmontait sa tête sauvage et liarbare.
Débarrassé des regard? importuns du cocher, Chamtas devint aimable et pressant: Atala parla comme un livre, attirant, repoussant, ranimant et détruisant les espérances de son amant. •• 0 mon jeune ami, lui disait-elle, je t'aime comme l'ombre " dans la canicule! Tu es beau comme le désert avec ses sables •• et ses vents. Oui, j'ai vu les chèvres de la montagne; j'ai en- ■ tendu les propos des vieillards embêtés de la vie; mais la ■• douceur des biques et la sagesse des vieux sont moins plai- •■ santés que tes paroles .. Aussi, mon b au Chamtas , je ne " serai jamais ton épouse ! •■
Le temps se passait ainsi déhciousement à deviser sur l'amour... Et comme Chamtas était fort mal couvert, Atala lui faisait un manteau en bois de frêne, et lui brodait des chaussettes en poil de porc-épic. — De son côté Chamtas allait aux provisions etrapporlait, pour le dîner du soir, des tripes de roches et des écorces d'arbres.
Cependant nos amants platoniijues voyageaient ainsi depuis vingt-sept soleils. Chamtas commençait à trouver la course un peu longue et le but un peu éloigné. Atala faiblissait, faiblissait, lorsque, fort heureusement pour la malheureuse innocente, un orage effroyable éclata sur !a forêt et l'embrasa.
La tempête , l'incendie du bois , les effets de la loudre dans cetteforêt vierge, l'effroi des bêtes féroces et le calme de l'amour au milieu de ces sublimes et terribles tableaux , ne sont pas de notre ressort ; c'est dans M. de Chateaubriand que nous vous conseillons de les lire. Reprenons le simple et naïf récit.
Chamtas devenait de plus en plus entreprenant et 4tala faiblissaitdeplusenplus... Tout àcoup, patatrara! la foudre sillonne l'épaisseur des ombres , remplit la forêt de soufre et de lumière et brise un arbre aux pieds des fugitifs.'.. Ils re-fuient, ô surprise!... dans le silence qui succède, ils entendent le son d'une clochette et les aboiements d'un chien... Ce chien approche, il est suivi d'un vieux dont les cheveux et la barbe sont désouttaiits d'eau.
— Vieillard, s'écrie Chamtas, vous ne craignez donc ni les rhumes de cerveau ni le tonnerre?... — Jeune homme, lui répond le vieux , un Frrrrançais ne craint personne ! Ces paroles saisirent le cœur de Chamtas , et des larmes d'admiration toiniièrent de ses propres yeux.
— Mes pauvres chats, dit encore le pisteur. je suis le curé d'un petit village de sauvages comme vous. Mon piesbytère n'est pas loin, je vous offre le beefteack de l'amitié. — Ils acceptèrent.
MUSEE PBII.XPON.
Après une demi-heure de marche fort peu amusante dans les sentiers non pratiqués de la montagne, ils arrivèrent à la grotte du solitaire. Elle était meublée d'une natte de feuilles de papaya , d'une calebasse, de quelques écuelles de bois et d'une bêche. La table était un bloc de pierre et les chaises étaient pareilles. Le vielix se hâta d'allumer du feu, il broya du maïs entre deux pavés, et en ayant fait un gâteau , il le mit cuire dans la cendre, après quoi il le servit tout brillant à ses hôtes.
Puis, on se coucha.
Au milieu de la nuit Atala se lève, cherche le solitaire; mais il était allé contempler les étoiles, elle se recouche et l'infortuné Chamtas n'attribua cette insomnie qu'au désir de faire un petit bout de conversation, ou au besoin de prendre l'air.
Le lendemain il se réveilla aux chants des oiseaux-moqueurs et des cardinaux (espèce de pierrots américains) qui gazouillaient comme des pies borgnes tout autour de la grotte. '""*
Il cueillit une rose de magniolia et la déposa humectée des
larmes du matin sur la tête d'Atala endormie.
Ensuite il chercha son hôte et le trouva la robe relevée dans ses deux poches et fumant une cigarette sur le tronc d'un pin tombé de vieillesse.
Comme Atala dormait encore ils résolurent de faire une petite promenade avant le déra!) jeûner, et à cet effet ils se diri-
gèrent vers le village dont le père Aubry était curé.
Ce village barbare était situé au bord d'un joli lac, au milieu d'une savane semée de fleurs. On y arrivait par une avenue de rosiers et de chênes verts.
Aussitôt que les Indiens aper(;urenl leur pasteur dans la plaine, ils accoururent au-devant de lui, heureux et souriants. Les autorités du village , le maire , le commandant de la garde nationale vinrent le complimenter et le haranguer.
Dans cette pauvre peuplade de sauvages régnait la simplicité du jeune âge :
des arpenteurs -m
(sauvages), avec de longues chaînes, allaient mesurant le terrain ; des arbitres (sauvages) établissaient les premières propriétés et des gardes champêtres (sauvages) veillaient à la conservation des récoltes.
Partout on voyait les épis rouler à flots
d'or sur le tronc des chênes abattus , et la gerbe d'un été remplaçait l'arbre de trois siècles. Partout on voyait la charrue (sauvage) se promener lentement entre les débris des racines; on entendait gronder les forges (sauvages) et les coups de la cognée faisaient mugir les échos.
Le naïf Chamtas, qui ne s'était pas attendu à rencontrer cette civilisation sauvage, errait avec ravissement au milieu de ces riants tableaux.
Mais, hélas! en rentrant à la grotte un tableau d'un autre genre attendait ce malheureux , Atala éprouvait des coliques atroces.
Vainement le père Aubry recourut à tous les moyens pharmaceutiques dont il pouvait disposer.
Rien n'y put faire, c'était une colique de miserere.
«Si
MUSéz: ET MAGASIN COMIQUES.
Chamtas fut inconsolable Ça ne durera pas , lui disait le
vieux; l'amour, le chagrin, j'ai connu ça, moi, ça finit comme tout le reste.
Cela dura cependant. .. huit jours, au bout desquels Chamtas partit.
Un journal qui tomba sous sa main lui fit naître le désir d'utiliser en France la beauté de son physique et ses moyens de séduction, attendu que ces agréments sont fort appréciés de cette spirituelle nation.
Il s'engagea dans la ligne oii il eut une foule de succès, et fit un nombre effroyable de maihureuses qui ne sp périrent pas comme Atala, car ce n'est pas la mode en Europe. Mais elles lui donnèrent une fort grande quantité d'enfants , et il vécut parfaitement liureux.
Eugène Forest , dessiné par lui-mêmi