PLANCHE XXXII
que par rexcellence cki travail, et pa^ une imitation ingénieuse et vraie de la nature 9 n*a •pu échapper à Tadmiration des érudits. Son intégrité parfaite, doit faire conclure naturellement, que la atatue de marbre gris, semblable, de la ville Sorgbèse (i), qui a été prise pour Sénèque, et que Ton a restaurée en conséquence , n a jatnais représenté ce stoïcien romain. Winckelmann observa aussi un panier ou un seau semblable dans les mains de quel^ ques petites figures de la mUe Albani, Tune desquelles ayant à ses pieds un masque comi<que, pouvait faire présumer qu'elle représentait des. esclaves de comédie (2).
La nudité absobie du vieillard , dans notre statue et dans celle de la ville Borgbèse , ne paraissait pas suffisement justifiée par la conjecture dont on vient de parler , parce que l'habit comique des gens en servitude paressait bien différent» Un examen très- exact que j'ai fait du marbre original, m'a suggéré depuis une idée beaucoup plus probable sur le sujet qu'il représente. En observant la partie supérieure de ce panier, que la statue tient dans la main gauche , on y aperçoit des poissons
(1) Sandrarl ^ n. XXVI , Ta donné pour Sënique. On le voit servir de frontispice à diverses éditions des œuvres de Sénèque ^ et encore ailleurs.
(a) Monum. wéd.f nnm. igS. JHisL de Vart^ liv. Xf^ ch. III; % 6> et liv. II; ch. IV; % aO; note (i).
que le scnlptcitr a exprima* comme si toul le panier en était rempli. Il eat donc assez vraîsemblable que nous royODs dans cette figure on neax pêcheur, lequel peut par couséquent être nu. Le panier qu'elle porte, donne de la valeur k cette opinion; car c'est de cette sorte qu'on les Toit k des simulacres qui incoutesta- Mement reprësentent des pécheurs. Un de ces simulacres est dans notre Mnsëe; ou le trou- Tera dessiné dans la planche suivante* On voit aussi dès pécheurs représentés dans des petits marbres de la ville Âlbanî, dont Wiockelmann a parlé; et cela est démontré par l'habillement dont nons , parlerons dans peu (i), et en outre ^par un dauphin, qui an lieu d'un masque, est placé au-bas de l'une de ces figures.
Si Tartiste a eu le dessein de nous repré- -senter quelque pécheur célèbre dans la mythologie, ou dans l'histoire, il est plus difHcîle de £xer son idée à cet égard. Il me semble ' que Je défaut de noblesse dans les traiu, et cette
pécheur de la Bëoiie, lequel ayant mange d*ttM lierbe, que lui moutra par haxard un poisson^ devint, immartel, et fut regardé comme un Dîem marin (i).
JVprouve quelque satisfaction en croyant, |e dirai même que je suis presque persuadé de x^e pas me tromper , en croyant découvrir dans notre figure ce vieux pécheur Tipov ^\!kuvçAe la comédie de Ménaudre , laquelle a précisément pour titre les Pécheurs (2). Je sais que le GnpuSf TieuiL pêcheur du Rudens de Plante, dans laquelle comédie on a cherché à imiter le sujet qu'avait pris le comique athénien , ne peut être le personnage de la statue. Car le pêcheur de Plaute n'a pu réussir dans sa pêche (3); tandis que le nôtre a son panier plein de pois* son. Le premier était en cela bien différent de son original, lequel, dans la pièce de Ménandre, vendait au contraire tout ce qu'il avait de poisson dans ce panier de pêcheur qui est appelé <bépvu>v^ Phernium , dénomination (4) qui lui était propre* Ce vieux pêcheur était Cyre-
(1) C'était le sujet d'un poëme de Cicéron ( Plutarque« F'ie de Cicéron )• Pausantas parle , Boeouca, c. XXCI^ de Glancus Aotedoniu», et aussi le scoliaste d'Appollo* nias y jirgorUf liv. I , v. i5io.
(d) Il y en a des fragmens parmi ceux de Ménandrei n. XIV.
(3) Rudens f act. IV, se. If, v. 8.
(4) Mënandre, * AXteiç , fragm. XIV:
Tépop ^AXievç ^ap* ov rà (pépfiop Tpijfiv rwÙTfiP è^phà(Jke^^ i^^pav^
uéen , et dans le caractère do visage , tant àt celui de notre ctalue qne de celle Borgfaèse , on aperçoit Doe physionomie non-seulement barbare , mais absolument africaine , bien dif*> fërente de celles qu'on avait costume d'exprimer dans la sculpture grecque (i). Le marbre ^ris de la statue pareille k celle-ci, dont il a ité fait mention , parait avoir aussi quelque rapport h ce sujet; et le masque ajouté k la petite statue d'une autre figure de pécbeur, dans la ville Albani, démontre qae les pâcbeurs qu'on introduisit dans la comédie , ont fouroî quelqnesfoîs des sujeu k la sculpture.
Ce qui est remarquable dans notre statue, c*est cette éto0e 'quarrée qui lui ceint le ven-
D'aolres ont ^rit à tort (jSépftMP. Ceit, peut •être, la corbeille ponr pdcber dont parle Plante dan* le Tràiummit*, act. II, (c. I, T. 17; H^iichiiu, v. 4jb/Ma, l'esplique ainai iyduMMt àyyeiety « vaiei à mettre dcf » poiiions; ■ mail il les confond ensuite avec Ici tpiridii, ffXùtûi^ia . <!"' etaîenl d'une forme trcs-difTcreoti!.
tre. Sans eo couvrir absolomént la nudité ^ puisque le bord qui masque les parties ^ a été ajouté en stuc dans des temps modernes; les deux extrémités antiques de cette draperie pen^ daient seulement de chaque côté, laissant le pubis entièrement découvert (i). Ce n'est donc pas le Subligaculum ou Campestre , mais pro-» prement le Centrale, Koêhàâsciioç (2), espèce dé ceinture dont on se serrait , anciennement^ les lombes (3) et le ventre , et dans laquelle on plaçait ordinairement la bourse qui renfer^ mait l'argent (4)- Ce qui pouvait être un motif
(i) On voit ainsi la ceintare d'albâtre, qni est autour du corps d'une figure semblable, de la collection Bor-> ghèse. Cette ceinture est preitqae entièrement une restau* r^tJOD moderne, mais on a suivi l'indication qu'offraient, les traces de Taittique.
(a) Cette ceinture , appelée par les Grecs, parce qu'elle se serrait sur le ventre , xoïkloiéiTiloç y est aussi indiquée par Pollux , qui la distingue absolument de Ces draperies qui couvraient le "fiubis ( liv. vu , § 65 )• 11 ]a> décrit ainsi to ccêpkfi X0ÎX1& Côe-(Aa. I*Hne l'appelle Vemirale ( liv. viii , § lxxui ) : et ces deux mots correspondent ensemble dans les gloses de Philoxene. Il parait que les Grecs ont employé en ce sens aussi l'autre mot xepi^Qlia ^ lequel a cependant une signification plut' étendue, parce «qu'elle comprend toute espèce de ceinture, de subligaculum f on de draperies des jambes.
(3) De-là le mot ^epi^oaa est traduit dans la version grecque de Jérémie par le mot lumbare.
.(4) C'est ce que dit expressément tJlpien \ et mal k propos Forcellini a cbangé ce mot en celui de Calli^iratus, 1. 6, dig. De bonis damnatorum.
Musée PiM-Clém. Vol. lit n
assez raisonnable pour me pas qnîtler cette cein» , tare, même en entrant dans Teau, comme dans le cas oii se trouraît notre pécheur, et cet inconnu f dont il est parlé dans un fragment de Lucilius (i).
.Les vestiges qui se trouvent slir la cuisse droite, appartiennent, peut-être, à un support qai soutenait la ligne garnie du hameçon, que 1« pécheur -ihrait dans la main droite.
' L'extrémité des jambes a été restaurée par 'Algardi, de même que les pieds et les mains. Cette restauration a été faîte avec beaucoup de talent , et elle diffère même tiès-peu de l'antique par sa Terité, son élégance et sa simplicité.
Observations de routeur, publiées dans le t. y II de l'édition de Home.
Le Jtudens de Plante n'a pas été emprunté
de Mcnandre , mais de Diphile : ce que dit
i65 Cest une chose fort remarquable que lorsque la .figure est placée sur un piédestal , on ne peut voir les poissons qui sont dans le panier. Les anciens avaient-ils donc l'usage d'employer pour leurs statues des piédestaux trèsbas ? C'est ce que je crois; cependant on peut encore expliquer la singularité dont il est question, en supposant que cette figure a été placée au pied d'un escalier , ou dans une situation telle , qu'on pouvait la voir de quelque galerie, ou de terrasses plus élevées.