PLANCHE XXX
Danseuse *é
La Milne charmante et bien conserrée qne repréiente notre gravure, avait mérité Fadmiration de Winckelmann, long-temps avant qu'elle eût été transportée dans cette capitale des Leaux^arts (i). 11 avait cru qu'elle offrait une image de quelque danseuse , qui s'était rendue digne des honneurs de la seulpture, comme nous apprenons, par des épigrammes grecques, qu'ils furent accordés à quelques-unes de ces femmes. Il me semble que ce savant s^est appuyé en cela ^r une vérité , mais qu'il s'en éloigna^ lorsqu'il voulut en conclure que toutes les figures de femmes j qui sont représentées sans ceinture sur les reins, et avec une tunique de lin transparente , et soulevant par derrière leur manteau sur l'épaule , devaient être des portraits de ces danseuses, ou des Déesses que l'on avait coutume de représenter dansant.
** Haut, sept palmes , deux tiers. Elle est ea marbre penthëliqae. On la vit jadis dans le palais des Caraffes^ docs de CoJubrano. On Tacheta en 1788 par les ordres de sa sainteté.
(I) Winckelmann, Bisi. de Fari^ 1. V, ch. III, § 5: Celle qui est placée sous le portique du palais Caraffe Coluhrano à Naples j est couronnée de fleurs ; elle est dune beauté sublime. Cette conronne n'est pas fonnée par des fleurs , mais par des feuilles de lierre.
Nous qni avons ailleurs établi une opinion bien différente, que nous avons appuyée de l'autorité des monumens, en croyant voir dans de semblables statues autant d'images de Vénus (i), nous devrons en ce moment - apporter toutes les raisons qui nous .ont déterminés à donner le nom de danseuse à la figure que nous eza- Dunons.
I^ouB avons eu deux raisons prinâpales : la première c'est la couronne de Uerre qui orne sa tète, avec la bandelette qui lui ceint le front, comme c'était l'usage des Bacchantes : la, seconde c'est qu'on reconnaîtra dans le visage, dans les propprtioas, et dans toutes les formes mêmes de la figure, un certain caractère gracieux et aimable , àt^is bien éloigné de celui qui nous rappelle le sublime de la beauté idéale, et qui parait imiter plutAt les agrémena d'une femme charmante, mais qiû n'atteignaient pas k la perfection.
Les rapports qui existent entre Ténus et
«49 ordinurement employée pour ceindre la tète
des Baediaiites , et des personnes qui paiVais-^
saseat' suii lee théâtres ^ que l'on appelait» aussi
IHor^jrmmoos artifices (i), et auxquelles on donnait
en effet pour prix des couronnes de lierre {piy
Gar 'siîtWeoulpteur avait voulu seulement faire
le portmic de quelque belle femme s sous la
forme de .Vénus , il aurait évité de lui xlonner
un ornement qui pouvait rendre douteuse et
équivoque l'allusion qu'il avait l'ititenribiv 4e
lui '^pliquer. Au contraire, â est pkis ralsee^
ïiable , et très^probable méttie , * que ron aia
voulu représénti^, soûs éé costua^e, ube dai^-^
seùsé de quelque grand otcbestre, ^arce que
la côurôniie de lierre lui oôiiveDait'^ et* peut^
être méine pouvait être uu signe de. sa victoire
dans un combat théâtral. Cette couronne , tt
rhabitlemént traMpartent éans être: ceint, lui
donnant une ressemblance avec Vénus, la rep*
présentaient dans le moment ou elle figurait
dans une de ces danses voluptueuses et légères
(0 Oi itBpl Atofvaov rej(inraê on rej(vÏT(u Aion;<ria- Ml, Oellias, Noct. Au.^ liv* XX, ch. lil. Arûtate^ probl» 10, se et. XXX,
(a) Ceiî dé-îk qu'Horace dît vitrices hederae , Ht. 1, Ep. III , V. a5. En effet c'est par cette raison que Vétk' a place les couronnes àe lierre que nous yoyoi» sur la tète des chanteuses ou des joueiises de lyre sur la scine^ des actrices et des danseuses; telles sont les peintures dUcrculanum, pi. XXI , tom. I, et pi. XXXIV et XXXY, tom. IV.
du tbë&tre païen auxquelles on donnait le nom de Vénus , parce qu'elles . représentaient en effet cette Déesse (i): et en outre les habîu légers et diaphane» étaient aussi en vHge pour les balleta (s).
Cette figure* sans oflrtr dans ses formes la grâce et la noblesie que Ton remarque dans d'antres sculptures plus sublimes, peut être regardée comme un chef-d'œuvre » par la vërité , le gracneux et U morbidesse avec lesquelles on a fait le portrait d'une belle feoune, qui avait, peut-être, habité les délices de la Campanie, où elle . aura enchanté U multitude, ■vide de plaisirs, qui éuît accoutumée k venir sur cette plage, la plus agréable de l'Italie, pour y jouir de la beauté du ciel, ainsi que des arts agréables, qu'on admirait dans lea viUes grecques qui ornaient la Campaaie.
i5i PLANCHE XXXI.
CoCaER DES CIRQUES *.
Le simiflacre que cette gravure représente est unique, ce qui lui donne un très-grand prix; quoique le temps Tait tellement endommagé, que tout, hors le torse et une petite partie des* cuisses , est une restauratîcm. La singularité quil offre, provient de son ha** billement étrange, qui consiste en une tunique, couverte, sur la partie du thorax, par des bandes dé quantité de cordes, ou de courroies qui le ceignent, le tout formant l'apparence d'une, cuirasse aux yeux de qui l'observera avec peu d'attention (i).
Plusieurs antiquaires ont déjà remarqué que cette tunique était particulière aux AgiUUeurs^ ou cochers du cirque , et que par cette raison on l'appelle iuaigatùria, )(jL'tQv iiviopftoç^ et l'habit quadrigarius (a). Un bas-relief qui a été
* Haut, bait palmes , quatre onces et demie. Cette £• gure 68t de marbre de Lunî -y elle ëtait jadis dans la vUle Montalto^ et fut restaurée pour représenter un habitant de la campagne.
(i) Dans les Notizie et antichkà de GuatUni^ déc€m'hre 1788, on a donne pour an cocher un soldat revêtu d'une cuirasse. Dans le même ouvrage on a publié tonte la partie de notre statue qui est antique.
(a) Fabreltiy De columna Traiàna , pag« dSg^ Win*, ckelmann^ Monum. inédii, n». ao3«
publié pour lâ première fpi« par Fabretti, et ensuite par Wîackeloiann , le démontrait assez (i); et en outre de quelque autre monument antique , on en Tojait la confirmation dans le petit Agïuteor de bronse publié autrefoia par Ficormn (a).
Aucun des auteurs classiques ne noua avait donné la description de cet habîlleEpem ; et sans lesmoaumens de l'art, nous a'enteodrions jamais cette expression qu'on trouTe dans une loi de Théodose, oU foD dit que les images des cochers du cirque se reconnaissaient i leurs tuniques toutes pUssées , rugosis sùiibus (3). liions apprenons par les monumens, que ces tfortes de plis étaient formés par les bandelet< tes dont se ceignaient les agitateurs , pour ré* aister plus facilement ï U rapidité de la course dans la carrière, ou pour se prémunir contre les chutes.
L'espèce de serpe que l'on voit passée sons les bandfts , du côté gauche , sur sa poitrine ,
fSS et qa*il employait pour se dëga'ger dea rénet dans lesquelles il courait les. risques de 'sa trouver enveloppé, dans le cas oii il serait reuversë et tombé ; accident que nous ont peint, dans plusieurs circonstances (i), les tragiques grecs; accident qui devenait inéyita^ fale dans les combats du cirque^ parce que c'était l'usage que les cochers dans ces jeux attachassent les rênes à leurs corps. Xes an^ eiens auteurs et les érudits, parlent de cet usage $ et on peut ajouter à ce qu'ils en ont dit , un autre passage , qui n'a pas été cité encore, et qu'on trouve dans les ouvrages attribués à Ascléfôas (a);
La tète de notre agitateur est antique; elle n'est pas ^lle qui luia appartcMi primitive*^ ment; aussi l'on n'y voit ni le casque, ni la^ couronne, et sa tète avait probablement ces* ornemens% Dans les mains, qui sont modernes ,* on a placé la palme dans la droite , tandis qu^ la gauche soutient les rênes. Tout ceci est conforme à ce qui se pratiquait, et à ce que* nous voyons sur plusieurs médailles, frappéeà
(i) Euripide; Hippoljrte^ v. inSGj Sophocle ^ Etecirûp v. -48.
(!i) Asclepius , Opoi , liv. [ , décrit le Soleil , qai
XêoipL^voç xcù waofiimQ eîç éavràf»* Comme an bo|i » condactear, il affermit le char dn mond^^ et se Tal*. 1^ tacbe autoiir da corps. 9 .
pour les jeux du cirqae (i). On pouvait aussi très-bien placer, dans la main du cocher, un foueL II faut remarquer cette Uçnre siogulière, pineille à celle du thorax, et qui est autour des cuisses dans notre statue. Ces parties i dans ce qui reste d'antique , paraissent nues- Xt«t pieds, qui sont modernes, portent des sandales- ; en effet on ne les Toit pas nus dans des fibres .semblables .(a)* malgré que Bîanconi les ait supposes ainsi , dans son ou- Trage posthume sur les Cirqaep qui Ta être Ktuhlié.
On n'ignore pas qu'on accordait les honneur»
d'une statue aux Tainqueufs dans les courses' du cirque} et on peut conclure d'après la loi qui fut rendue pour mettre des bornes aux abus que l'on faisait de cet usage (5), qa»
cet honneur sti distribuait asses facUemeut aux cochers, probablement par leurs factions res* pecttTes. Dans' cette loi il est question d'images peiDlesj la noire est sculptée, comme beau-
UélégÊMB facilité qui règne dans le trayaii de cette atatu^ , pourrait conveDir à cet âge dauft lequel s^éiait rendu fameux le ccmdiie-» leur Seorpua, que Bfartial Tauta dans aea ^i* grammes (i).
• addition de Cauteur*
Il m'a paru yrais^mblilble , malgré, Topinioii, CQUti;aire de Biançoni^ que les cochers du Cirque avaieut des chaussure^ aux pieds « lorsqu^i^s étaieut yétus pour conduire les chars; et j'en id donné la, preuve, par une petite figure de bronze^ que Ficoroni avait publiée. Je puis à présoat le démontrer par un beau bas-relief des jeux du cir* que , qui se trouve dans la collection JustinianiM, n. 94* On voit l'habillement du conducteur de ch^r, bien mieux exprimé dans ce monument, que dans tout autre, excepté notre statue. Là ce ne sont pas seulement les pieds des cochers qui sont chaussés , mais leurs jambes aussi sont environnées d'une bande, à-peu-près semblable à
épigrammet^ qui toDt dans le V livre de l'Anthologie giacque, et qai ont ixà faites eu TkomieMf des conducteurs PorphyriuSy Constantin et Calliop.as. l!lous avoua ftfssî d^autres documens sur cet usage , dans les G>mmentaires de Godefxoi sur la loi du code de Théodoae que BOUS avons citée.
(0 Lit. X, ep. Lllf; il serait possible que le trayail de cette statue appartint aux temps des Antôuins, et il paraît que c'est Topinion d6 Winckelmann ^ BUi* d& tan\ liv. Xn/ ch. U ; $ 9^
«elles qui ceignent le tborar. Ib oot' eacare au milieu <lo Aot nue espèce de boucle , ou de iermaîl, tel qn'on la Toit^ k notre cocher; -et il e«t h prëàumer qu'elle senrùt .à y assujettir les réoes, qui étaient, comme on l'a dit, pas- «ées autour du corps.
Ou doit aussi observer qa'nhe partie du tronc qui soutient notre £gnre, est antique; et qu'il est - évident que c'est celui d'un palnder. Il est bon de se rappeler ce qui a été dit ci-dessus, à la planche IIl, p. 5i , n. (i), dé la préférence que les anciens statuaires ont donnée k cet arbre, sur tout autre, pour servir de support à leurs sutues. Le motif qui a dû déterminer à l'employer dans la figure de ce cùcher; est probablement le même qui a engagé le restaurateur à lui ajouter une branche de palmier , pour faire allusion aux fréquentes victoires qu'il a remportées.