‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 1 sur 53 · Musee Pie-Clementin · texte numérisé non relu

Musee Pie-Clementin

£je Musée Clémejstin , qui a toujours été considéré^ dans l'Europe savante, comme le premier et le plus précieux trésor qui nous ait conservé les Testes admirables des beaux arts de la Grèce , et les monumens de ï ancienne érudition , est devenu^ par-là, un objet si intéressant , quii est inutile d'écrire une préface pour le recommander à la curiosité et pour le proposer à l'admiration. Il vaut donc mieux s'occuper à instruire le public , de quelle manière cette grande entreprise fut commencée , et par quels mo* yens elle est arrivée au point de perfection que nous lui voyons. Le public aime à savoir , jusques dans ses moindres détails > l "origine des plus grandes choses ; et rien de ce qui appartient aux objets qu'il admire, ne lui est indifférent.

Il a été très-sagement ordonné par nos loix y que l'on ne puisse enlever de la Métropole aucune production des beaux arts f antique ou moderne , sans l'autorisation du cardinal camerlingue de la Sainte Eglise ;

et celui-ci ne peut se déterminer que d après le rapport qui lui est fait par le commissaire des antiquités y que Von doit consulter au sujet d'un enlèvement quelconque , quand il est sollicité. Oest à la prévoyance heureuse qui dicta un tel règlement , que Von doit d avoir mis un obstacle à t avidité des amateurs étrangers , et à la cupidité de quelques-uns de nos propriétaires y qui eussent enlevé à la ville de Rome la suprématie dans les arts qu'elle a acquis par la possession des sublimes chef s-d' œuvres qui servent de modèles à ceux qui cultivent les beaux arts. Clé~ ment Xlpr, à peine élevé sur le trône , pour éterniser V ef fet des mesures précédemment prises y et pour faire concourir le bien public avec les égards quun prince clément peut accorder aux riches propriétaires > imagina de faire acheter quelques monu»

mens en marbre , que possédaient différens particuliers , et de les faire placer dans le fameux trésor du Capitole. La charge importante de Trésorier-général était alors remplie, avec beaucoup de discernement , par Monseig.r Giauangelo Braschi, placé depuis par la divine Providence, pour le bonheur de la chrétienté et de ses sujets , sur la chaire de S. Pierre. Le souverain Pontife

consulta ce ministre éclairé , qui, plein de zèle pour le bien général , et passionné pour les beaux ai ls , V encouragea à suivre cette utile entreprise ; et afin de l'engager de manière à ce quii ne V abandonnât pas , il lui inspira Vidée de créer un nouveau Musée , où il ferait placer les sculptures que Von achèterait , au lieu de les mettre dans le dépôt du Capitole, qui était déjà complet et suffisamment rempli. Le conseil plut , les ordres furent donnés pour V ouverture de ce nouveau musée , et le trésorier , lui-même, voulut qu'en mémoire du souverain qui le créait , il prît le nom de Clémentin.

Le ministre prévoyant ne négligea aucune attention , aucune espèce de soins y pour que cette entreprise, si bien commencée, ne fut point interrompue y il chargea V Auteur , qui était déjà depuis quelque tems commissaire des Antiquités , de faire les acquisitions de tous les morceaux qui seraient dignes de ce nouveau Musée, et il V engagea à mettre la plus grande rigueur dans les rapports qu'on lui demanderait pour Vextraction des monumens. Pour atteindre à son but > et assurer pour toujours à Rome la possession des immortels chef s-d' œuvres auxquels elle a dû la gloire d'enseigner

les arts à V univers entier , il chargea le commissaire de traiter avec différens particuliers^ pour acquérir les morceaux antiques de quelque prix , qu'ils possédaient. Il commença en outre à faire faire , aux dépens du prince y des fouilles ? dans des lieux où Von pouvait espérer de trouver quelques marbres, parce quils avoient échappé aux recite riches depuis plus de trois siècles. Enfin, pour que les anciennes sculptures placées dans le nouveau Musée, méritassent les applaudissement des curieux, même les moins connaisseurs , il voulut qu'on les restaurât toutes avec le plus grand soin.

H fallait trouver , dans le nombre des appartemens du Vatican , un lieu convenable pour la conservation des monumens qu'on achetait , ou que Von découvrait. Le Prélat-trésorier proposa donc au Pape de choisir le petit appartement d'Innocent Vili; et le Pontife V ayant approuvé, il en forma une belle galerie , en le faisant ouvrir par des arcades. Ce qui donna lieu à ce choix , ce fut la proximité de la cour appellée des Statues , où , depuis quelques siècles , on admirait le Laocoon, V Apollon, et le prétendu Antinous. Ce rapprochement des deux lieux donna Vidée audit Trésorier d'envi*

ronner la cour d'un portique majestueux , au moyen duquel il assurait la conserva* tion des belles statues placées dans les ni-* ches y dont il relevait ï éclat ; et le Musée, qui était contigli , en acquérait plus d'étendue,

Les choses en étaient à ce point , lorsque MonseigS Braschi fut décoré de la pourpre sacrée en 1773; ses soins pour le Musée naissant furent suspendus pendant trèspeu de tems. MonseigS Palio t ta, alors cardinal de la S. Eglise , qui remplaça monseigneur Braschi à la trésorerie , adopta les vues de son prédécesseur, tant en poursuivant cette entreprise , qu'en imaginant d'autres projets grandioses et utiles ; et il remplit ainsi le nouvel engagement pris par les trésoriers, d'être les protecteurs des arts, avec autant d'habileté , qu'il s'acquitta des autres attributions de ce ministère difficile.

Nous voilà parvenus à cette heureuse époque de l'année 1 7 7 5 , dans laquelle on vit les brillantes qualités du cardinal Braschi, recompensées par la tiare papale , qui le fit vénérer sous le nom de Pie VI. Son génie eut alors toute l'énergie que le tronc sait inspirer aux grands princes. Il fit continuer avec plus de promptitude , et même multiplier les recherches des monumens ;

ses vues s'étendirent jusquà faire faire la découverte des carrières d'albâtre, et des beaux marbres de différentes couleurs , dont l'Etat Ecclésiastique abonde. Il encouragea ses sujets à ne plus laisser ensevelis dans la terre tant de restes précieux du goût et de la munificence de nos ancêtres > en les délivrant de la crainte du fisc ? en négligeant des droits incertains , en abandonnant même ce qui évidemment lui appartenait, relativement aux conditions imposées pour les licences d'excavation , bien qu'elles produisissent des sommes considérables au trésor.

Il dévoua enfin tous ses soins au Musée : mais l'édifice qu'il avait fait disposer, ne répondant ni à la grandeur de ses vues y ni à la magnificence du Vatican, il y ajouta la vaste et majestueuse fabrique du Musée Pie, dont le Clément in , dans son étendue y et avec les monumens qu'il renferme, ne forme que la moindre partie ; et il continua ce noble édifice jusqu'à la Bibliothèque. L'architecte Michel-Ange Simonetti, secondé des lumières du souverain luimême , remplit si bien ses intentions } qu'on crut voir revivre , dans cette construction moderne, la belle architecture du Panthéon, et des Thermes des anciens Césars.

Où finit la ligne de la Bibliothèque, qui s'étend du midi au septentrion, dans un espace de i32 2 palmes , on a construit r par ordre de Sa Sainteté , un magnifique escalier, qui conduit aux salies spacieuses du Musée: on en peut voir le plan et les dimensions dans la planche. Les degrés de cet escalier sont dJun beau marbre, la voûte en est soutenue par un ordre dorique de colonnes orientales , et la rampe est formée par des balustres de bronze. Il est divisé en trois branches ; c'est par les deux dernières que Fon monte à la Galerie géographique. L'entrée qui termine t escalier , est construite en croix grecque: on doit orner son pavé avec la belle mosaïque qui fut trouvée à la Riffinella près de V ancien Tusculum , et qui représente le buste de Pallas dans le centre d'an dessin arabesque fort élégant. Dans le fond s'ouvre une belle porte dont les piédroits et V architrave de granit rouge oriental appartinrent anciennement aux Thermes de Néron, et forment une ouverture de 26 palmes de hauteur, Le frontispice est surmonté par un bas-relief \ qui représente un combat de gladiateurs, et soutenu par deux superbes colosses égyptiens \ qui servirent jadis de Telamones , ou com-

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me on les appelle , de Cariatides à la Villa Adriana. Celte porte donne entrée à la Rotonde, destinée à recevoir les statues colossales qui remplissent les niches ? et les grands bustes qui sont posés sur des demi-colonnes de porphyre , placées au bas des pilastres composites cannelés , de beau marbre de Carrare veiné \ dont les chapiteaux d'un excellent travail , en marbre fin , offrent dans leurs feuilles les différentes pièces des armoiries du Pape. Le pavé sera décoré un jour par une mosaïque superbe , trouvée sous terre à Otricoli , divisée en plusieurs cercles ;$ avec des méandres à jour , ornée de compartimens très-agréablement variés par des Tritons , des Néréides et des combats de Centaures ; au milieu de ces compartimens, èst un bouclier à écailles, où Ion voit la tête de Méduse. Cette grande mosaïque sera environnée d'une bande circulaire d'autres mosaïques blanches et noires, parmi lesquelles on distingue V aventure d'Ulisse avec les Sirènes. Le centre de la voûte est ouvert comme celui du Panthéon, et formé par une lanterne ornée de beaux verres. En tournant sur la droite , on passe dans une autre belle salle de forme octogone, à laquelle s'ajoutent deux rectangles. La voûte

est soutenue par seize colonnes d'ordre corinthien y toutes d'une seule pièce, de 1 1 palmes de haut y d'un beau marbre de Carrare veiné f terminées par de très-riches chapiteaux 9 trouvés à la Villa Adriana. On a placé dans cette salle V Apollon Musagète, les Muses, les portraits d?s Sages de la Grèce et d autres hommes illustres , avec d'anciennes inscriptions ; la plupart monumens précieux de la Villa Tiburtina de Cassius. Le beau pavé, composé de bandes agréablement variées, renferme un excellent arabesque en mosaïque, dont le centre représente une Méduse. Il fut trouvé sur le mont Esquilin^ dans les souterrains du palais Caetani; et nous croyons ne pas nous tromper, en conjecturant qu ii ornait la chapelle de Neptune dans le logement des Miseniens , qui était, selon les anciens topographes de Rome, sur cette colline. Une belle lampe représentant le char de Neptune , une patere sur laquelle était tracée la vue dhtn port , que Von peut croire celui de Misène , et une proue de vaisseau de marbre , qui devait avoir été enclavée dans une de ces colonnes , qui pour cela s'appellaient rostrales , antiquités trouvées toutes en même tems et dans le même lieu}

semblent déterminer la véritable position de ce logement. Le reste du pavé de la salle est mêlé d'éxagones également en mosaïque, trouvés à Porcareccia, qui est située du côté droit de la voie Aurélia, à peu de distance de ïancien Lorium. On voit dans un des deux héx agone s un poète tragique, couronné de lierre et accompagné de sa Muse. Dans les autres , sont représentés des acteurs habillés de couleurs variées et chaussés de cothurne.

Dans le fond de cette salle s'ouvre Ventrée d'un corr idor, dont le pavé est une ancienne mosaïque blanche et noire en forme d'arabesques , qui était dans les fabriques adjacentes à V ancien Forum Prenestinum.

Des deux cotés de ce passage sont deux autres salles décorées d'ordre jonique , et construites aussi par les ordres de Sa Sainteté régnante. Au milieu sont placées les deux figures colossales du Nil et du Tibre ; et autour on a disposé , sur des bases antiques et sur des sarcophages , ï abondante collection d images d'animaux, et V unique qui éxiste , propre à servir de modèle à quiconque se proposerait cet objet d imitation. Le pavé de ces salles est aussi orné de différentes mosaïques trouvées dans la passes-

sion de Torrangola ; elles représentent des animaux et des fruits. Le vestibule dont nous avons parlé, communique avec le trèsélégant portique, formé de colonnes joniquesy en granit oriental, entremêlées de pilastres^ lequel environne la cour dite des Statues y déjà citée, au milieu de laquelle est élevé le grand bassin de porphyre , de 65 palmes de circonférence, qui était autrefois dans la Villa du pape Jules IH, et dont on a fait ici une fontaine. Les grandes niches , qui répondent aux arcades > renferment les célèbres statues dites du Belvedere , chefsd'œuvre s de ïart du dessin , et le terme de la perfection de la sculpture. Des urnes de basalte et de granit d'une belle forme ornent Vintérieur des portiques qui communiquent avec un autre vestibule rond , placé sur V alignement du corridor que nous venons de décrire, et il est terminé par une terrasse spacieuse et découverte , d'où Von jouit de F aspect de la ville. En se portant à la droite du dernier vestibule, on passe dans un sallon richement orné de dorures et d'arabesques , peints par Daniel de Volterre. C'est dans cet endroit que fut placée d'abord la belle statue que l'on a cru représenter une Cléopatt e ? et qui donna son nom au

spacieux corridor, long de i353 palmes, auquel on monte par quelques degrés. On distribue en ce moment, sur les murs de cet immense corridor, la riche collection d'anciennes inscriptions grecques et latines , divisées par classes, quon peut regarder comme un véri* table trésor d érudition; et cest ce qui a donné lieu au changement de l ancien nom, auquel on substitue celui de Corridor des Inscriptions.

En revenant aux deux salles de la collection des anijnaux , la plus septentrionale correspond avec la galerie d'Innocent VIII, qui formait , jadis , le Musée Clémentin , et qui a été prolongée jusqu'à ce terme, sur de hautes murailles , par ordre du Pontife régnant. Les pilastres et la voûte ont été embellis de peintures et de grotesques , par le pinceau de Monseig. Chrystophe Unte rp erg h en , s' accordant avec celles qui avoient été peintes par Benedetto Bonfiglio et Bernardino Pinturicchio, lesquelles ornaient le reste de la galerie. C'est également par les ordres de Sa Sainteté , que Von a construit un cabinet bien décoré , adhérent à la galerie que nous avons décrite , qui sera enrichi de colonnes massives d'albâtre , et dont le pavé sera formé par une mosaïque incomparable , qui fut trouvée sous terre à

la Villa Adriana. Elle représente divers masques, et une guirlande de rameaux et de feuilles entourées de rubans , exécutée avec une extrême délicatesse , et avec perfection. Enfin on a rendu plus vaste la terrasse contigue, aussi par ordre de Sa Sainteté, et il y sera placé un Anèmoscope très-rare et très-bien conservé, avec des inscriptions grecques et latines , qui a été trouvé depuis peu de tems près des Thermes de Titus.

Un trésor si estimable d'art et d'érudition méritait d'être publié , et Sa Sainteté a bien voulu me confier le soin den faire la description par son Bref en date du 4 août 1778, lequel en même tems accorde à M. Mirri le privilège de toute l'édition , qu'il avait sollicité. En me disposant à cette vaste entreprise, je me suis imposé aussitôt la loi d'éviter cette prolixité qui rend fastidieux tant de livres d'antiquités pleins d'érudition. Mais comme il n'est personne susceptible d'amour pour les connaissances, qui n'éprouve en voyant les monumens des siècles les plus reculés > une ardente curiosité d'en connaître la signification , la distinction , l'époque et le mérite , j'ai pensé que le travail de celui qui doit les décrire, consistait principalement à satisfaire

cette curiosité y sur laquelle est fondée en grande partie la science de [antiquaire , non pas cependant par des explications de fantaisie , ou de caprice | mais per lautorite d'anciens écrits, de mémoires d'ime date reculée, et enfin par des conjectures tirées d'une analogie évidente et naturelle. Je me suis appliqué surtout à éviter le reproche raisonnable que FTinckelmann a fait à la plupart des interprètes des morceaux d'antiquités , c'est-à-dire, que généralement ceux qui ont écrit sur ces objets, sont comme les torrens qui se gonflent quand on n'a pas besoin d'eau , et qui sont à sec quand elle serait nécessaire.

J'ai , en conséquence , cherché à ne me fixer que très-peu sur les choses générales et communes, pour m' arrêter seulement sur celles qui pouvaient mériter des observations particulières. Je me suis permis quelques digressions , mais elles sont courtes , et toujours à propos de quelque ré* flexion qui offrait de la nouveauté. Je me suis fait une loi absolue de ne pas tromper le public, autant quii m'a été possible, dans mes jugemens sur Tart pour chacun des monumens , les remettant à leur tems , et leur attribuant toujours le

degré cl excellence ou de médiocrité quils peuvent avoir. Enfin mon intention a été de ne pas rendre mes explications communes à toutes les statues , par exemple de Jupiter, d'Apollon, de Junoriy mais seulement propres au marbre qui en est ï objet.

Pour faire apercevoir d'un seul coup d'œil toute la richesse du Musée Pie-Clément in , on a classé les différens monumens en genres , de statues f de bustes > de bas-reliefs , de mosaïques etc. Ce premier volume ne contiendra quune partie de la collection des statues. Afin d'établir de Tordre dans cet ouvrage, chaque genre a été divisé par classes, savoir:

Divinités. Histoire littéraire.

Héros. Histoire naturelle.

Histoire ancienne. Arts et Coutumes.

Histoire romaine.

Le premier volume n'est pas suffisant pour comprendre la classe des divinités toute entière, qui est plus abondante et plus nombreuse que les autres. On suivra l'ordre exposé pour les autres classes? bien qu on ne puisse les trouver toutes dans chaque genre de monument. Les antiques qui seront achetées par la suite ? seront placées

Musée Pie-Ciem, Fol I. 2

en appendice , à la fin de chaque classe , pour ne priver le public de rien de ce qui appartient à cette merveilleuse collection.

En dernier lieu , on prévient le lecteur , qu'on a apporté le plus grand soin à noter dans chaque morceau ce qui est moderne, afin d'éviter ï inconvénient , dans lequel sont tombés beaucoup d'érudits , qui ont fondé leurs jugemens, ou qui ont épuisé toute leur science, sur des parties dues uniquement au caprice des modernes restaurateurs des monumens.

ENNIO QUIRINO VISCONTI,

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