PLANCHE XL II
Bacchus couché*.
Il n'est pas nouveau de trouver Bacchus dans des figures couchées. Il en existe un dans cette position à la Villa Pinciana. Ce qui distingue la figure présente , c'est d'avoir été trouvée dans le Cassiano de Tivoli, en compagnie des Muses.
* Haut, quatre palmes et demie \ sans la plinthe quatre palmes et une once. Longueur sept palmes et demie* Elle fut trouvée et achetée avec les Muses.
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Quoique tous les attribuas ayent été détruits par les injures du temps, on peut le reconnaître à sa parfaite ressemblance avec d'autres statues , qui appartiennent certainement à l'inventeur du vin , qui auront été , peut-être , les copies de notre marbre, lequel doit être placé parmi les plus belles sculptures antiques, et auquel il ne manque, que d'être mieux conservé (i). La tête est antique , elle convient bien à ce dieu ; mais ce n'est pas celle qui a appartenu à la statue. Le calice , ou la coupe , qu'il tient de la main gauche , est une restauration moderne. Il semble que le vainqueur des Indes s'est couché sur une des deux sommités du Parnasse , où l'on avait coutume de célébrer pour lui des fêtes et des sacrifices (2) : il se repose au milieu des Muses et se divertit, par les chants et le vin 5
(1) On crut; au premier coup-cTceil ; qu'il pouvait re présenter un fleuve comme le Permesse 7 ou la fontaine Hyppocrène 7 parce que les figures qui représentent ces dieux sont toujours couchées. Mais indépendamment de la ressemblance avec d'autres statues de Bacchus, la délicatesse de ses membres exclut une telle idée ; délicatesse qui ne convient pas au caractère que les anciens artistes ont donné aux figures des fleuves et fontaines,
(p.) Pausania; Phocica, ou liv. X; ch. 20. A.Ï Svtdd'eç
liti TOVTOIÇ TQ AlOPV(TQ Xal TQ ' * AtCÓÀX&M (JLCklVOVVOtl. » Les Bacchantes sur ces sommités se livrent à toutes » leurs fureurs en l'honneur d'Apollon et de Bacchus. 2> Aussi Lucien ; V ; 12 :
Parnassus gemito petit aethera colle
Mons Phoebo 7 Bromioque sacer.
des fatigues qu'il a éprouvées. Ou le regardait comme une des divinités de la poësie, et Horace le vit en songe, qui déclamait des vers (i):
Bacchum in remotis carmina rupibus
Fidi docentem.
Et même c'était à lui, plus qu'à d'autres divinités, que Ton attribuait l'enthousiasme et la fureur poétique , dont son thyrse , armé d'un fer , caché sous des pampres , était l'emblème , et qui par cette raison fut donné comme une enseigne aux poëtes (2). Lucrèce le désigna pour indiquer son amour passioné pour la poësie, par ces paroles (3):
. . . . • . . acri
Percussit thyrso laudis spes magno meum cor. Comme on avait réuni dans le Musée Tiburtin, avec les statues des Muses , et celle de leur chef Apollon, la statue de Pallas, déesse de la science, qui est la source de tous les arts de la parole , aussi celle du sommeil , pour faire sentir quelle était son influence sur l'imagination par le moyen des songes, dont les poëtes feignaient souvent d'avoir été inspirés (4) > on avait , fort-
(1) Horace ; Carm. II, od. 19.
(2) Particulièrement aux poètes tragiques } c'est pour cela que Juvenal dit ? sat. VI:
Personam } thyrsumque tenerti } et subligar Acci.
(5) Lucrèce , De rer. nat. , II, 922.
(4) Perse 7 dans le Prolog, ad Satyr :
Nec in bicipiti sommasse Parnasso Meminiy ut sic repente poeta prodirem*
ingénieusement, imaginé de joindre à toutes ces statues celle de Bacchus, divinité, qui par les dons qu'elle a fait aux hommes , anime leur esprit en les excitant à la joye , les rend éloquens , et en fait des improvisateurs.
P LANCHE XLIIL
Bacchus *.
Cette statue et la suivante, furent trouvées dans la réparation faite de la voie qui conduit de Rome à Monte rotondo , qui pourrait êîre l'ancien Eretum des Sabins : on voit que ces statues ont dû être faites pour être ensemble. Quoique îa tête ne soit pas antique , on peut reconnaître dans cette figure un Bacchus aux symboles ordinaires j la panthère et les grappes de raisins. On ne doit pas être surpris si l'on trouve les figures de ce dieu dans les champs de Rome , puisqu'elles pouvaient d'abord être destinées à l'ornement de quelque village , mais encore elles pouvaient servir au culte du dieu des vignes, qui était une des plus grandes divinités champêtres , comme telle invoquée par Virgile au
* Haut, cinq palmes un quart \ sans la plinthe cinq palmes. Elle fut placée au Musée, avec la suivante, par ordre de S. Em. Rezzonico , camerlingue de la Saimte Eglise ; ces statues ayant été enlevées par les ouvriers de la voie qui mène à Monte rotondo f qui correspond a l'ancienne Salaria.
commencement des Géorgiques. Le travail de cette statue semble annoncer le commencement de la décadence des arts, et on ne peut croire qu'elle soit une de ces statues de Bacchus qui étaient vénérées dans les campagnes par ces orgies mystérieuses (i) , qui furent défendues,
(i) Un des beaux monumens de ces lits s'est conserve dans le panier mystique, cista mystìca, de Palestrine, dans une caverne fermée par trois arcs de peperin ou marbre d'Albano, pierre qui dénote les temps les plus anciens de la république, antérieurs à la prohibition des Baccanales, comme l'attestent les beaux monumens de la même pierre trouvés dans le sépulcre des Scipions, près de la porte Capena ; quelques-uns appartiennent au Y. me siècle de Rome. Il y avait dans les mêmes cassettes deux patères , un style, et un goupillon pour les lustrations. Le panier est pareil à celui que Ton voit sur tant de bas-reliefs bacchiques. C'est un vase de bronze de forme cylindrique , ou plutôt un cône tronqué rabattu en dessus ; son couvercle est surmonté par un groupe d'une Menade er d'un Faune, qui peut servir à le prendre , près de l'extrémité supérieure du Vase est un tour d'anneaux, qui pouvait servire à passer la petite chaîne ou le cordon pour fixer son couvercle. Le vase est élevé sur trois pieds en forme de demi-Sphinx. Il est orné de figures Sgraffi te comme celles que Ton voit sur les patères étrusques, et elles représentent la réception des Argonautes dans l'arsenal de Cizico; celles du couvercle sont des divinités marines. Ces Argonautes, d'après le témoignage d'Orphée, de Yalérius Flaccus, et d'Apollonius de Rhodes, ayant été initiés aux mystères de Baccbus, c'était, peut-être, la raison pour laquelle on les représentait» sur les paniers et sur d'autres vases qui servaient aux initiations, pour en imposer d'avantage au public par Fe-
Fan de Rome 667 , par le célèbre sénatuscoosuite Marciati , excepté seulement celles qui se célébraient par respect pour l'ancienne religion.
xemple et îe succès heureux de ces héros. Il y avait dedans un chevreau, une panthère . animaux consacrés à Bacchuò. Un panier plus petit, et un morceau de métal , qui a la forme triangulaire, et qui est , peutêtre ; la même chose que Clément d'Alexandrie ; en décrivant ce que contenaient ces paniers, appelle pyramide. Je communiquai ce très-rare monument à l'abbé Winckelniann, lequel resta persuadé de mes opinions à son sujet , il me sollicita même de lui permettre d'en insérer la notice dans la description des pierres gravées de Stosch qu'il publiait 7 comme il le fit en effet à la page 259 y bien que ce fût avec quelque inexactitude; lui ayant même fait observer, qu'a raison de la ressemblance y un vase du Musée de Kircker pouvait être aussi une cista mystique, il approuva ma pensée et en fit, à propos, une mention très-exacte. Ce vase est très-semblable au précédent, si non qu'il a trois figures sur îe couvercle au lieu de deux. Celle du milieu est Bacchus Nictelius ou nocturne, avec un manteau étoile j il y a une inscription dessous en caractères anciens , laquelle indique que ce vase a été travaillé à Rome. Les patères qui furent trouvées avec ce dernier vase, sont aussi travaillés à sgrafitto ? et on y lit des noms , qui indiquent qu'on a représenté dessus le combat au ceste de Pollux et d' Amiens, autre événement de l'expédition des Argonautes , exprimée aussi sur le bas-relief du palais Aldobrandin sur le Quirinal , lequel bas-relief a été cru vulgairement le combat d'Entelle et Darès. On peut voir les images de ce bronze antique et de ces accessoires dans la dissertation de Ficoroni sur le Labico vieux et nouveau, et dans les gravures du Musée de Kircker: on n'a pas cependant indiqué la vraie destination de ce vase , et Winckelmann lui-même , qui dans la descrip-