PLANCHE XLIX
Satyre et Nymphe *.
Les divinités champêtres , les suivans de Bacchus étaient des sujet favoris pour les anciens artistes , lorsqu'ils voulaient unir le travail du ciseau à la variété des couleurs dans des objets de pur agrément. Leur mythologie qui peuplait les champs, les montagnes , les eaux de divinités , donnait à ces représentations , qui ont certains rapports avec nos bambochades, quelque chose de fantastique, de gracieux , un air poétique, qui les a rendues plus nobleset bien supérieures à ces bambochades. Ce n'était pas des paysannes, des pâtres, mais des nymphes, des Satyres des Sylvains qui jouaient dans les lieux sauvages, qui versaient les eaux des fon-
* Haut, cinq palmes une once ; sans ia terrasse quatre palmes deux tiers. Le commissaire des Antiquités racheta de M. Thomas Jengkins; par ordre de S. Sainteté Clément XTY , avec l'approbation du Pontife régnant alors trésorier «
taines , et trouvaient leurs demeures dans les montagnes, et au fond des cavernes. De là nacquirent les aventures , les surprises , les enlèvemens qui donnèrent aux artistes un champ si vaste pour leurs compositions* Les attaques et les embûches des Satyres contre les nymphes , ont été les sujets de ce genre que les anciens ont le plus souvent répétés. Nous les trouvons très-fréquemment sur les bas-reliefs, sur les pierres gravées, et dans les peintures ; mais je ne sais pas cependant si quelqu'autre morceau offre plus de grâces et d'expression que notre beau groupe. La nymphe est assise sur une pierre; la position de sa jambe droite placée sur son genou gauche, n'est pas contraire à Y idée fine du sujet : en appuyant sa main gauche sur une urne elle caractérise une Nayade, et de la droite elle cherche à se couvrir le sein de son manteau: son visage tourné vers le Satyre qui la surprend, est animé par un charmant sourire de mépris, exprimé avec beaucoup d'art sur sa physionomie joyeuse. Le mouvement et la situation du petit Satyre indiquent parfaitement toute la force de ses désirs pour jouir d'une si heureuse aventure , et le sculpteur voulant rendre le groupe plus intéressant , a représenté le Satyre d'une stature plus petite qu'on ne les fait ordinairement, et du genre qu'on nomme Panisci ou Sathisei , en diminutif grec. Suétone nous apprend que ces sortes d'images plaisaient si singulièrement k Tibère , qu'il porta ce goût
jusqu'à faire promener, dans sa maison de délices de Caprée, des jeunes garçons et des filles déguisés en petits Pans , en nymphes , et qui pussent offrir à ses regards lascifs des scènes piquantes , lorsqu'il allait dans ses jardins (i\
Ce marbre est travaillé avec beaucoup de grâces: la nymphe, sur tout, est très-belle. Ce groupe avait été anciennement doré , et on en retrouve aujourd'hui des vestiges sur l'urne de la nymphe. On sait que Néron aima beaucoup ce genr e de luxe , qui s'accorde très-mal avec le bon goût des arts. Cetre composition agréable eut parmi les anciens beaucoup de prix; car nous la trouvons répétée dans la galerie de Florence. Celle-ci est assez mutilée \ car on n'y trouve plus la figure du Satyre j la tête et les extrémités de la nymphe manquent. Gori , dans le Musée Florentin, l'a désignée pour une Yénus qui se tire une épine du pied , et la réstauration moderne l'a vraiment réduite a cette expression (2). Il faut remarquer la frange qui orne
(1) Suet. j Tib. y ch. 4j» Clément d'Alexandrie fait des reproches aux Payens parce qu'ils avaient ; parmi les figures qui ornaient leurs chambres YlavKTKOL Tivèç jeai yvfivaì uópai^ « de petits Satyres groupés avec des » filles nues ». Protrept. , pag. 18.
(2) Museo Fiorentino, Statue, t. XXXÏK. Le Musée royal de iNaples possède une autre copie de ce groupe ? mais la tête ayant été perdue 7 le restaurateur ; obéissant à son penchant de faire des oppositions dans les parties, a voulu à toute force lui tourner le visage vers l'épaule gauche, malgré que l'action se trouvait indiquée dans notre groupe t qui eut dû lui servir de règle.
le bord du manteau de la nymphe ; ce peut être une indication des gouttes d'eau qui découlent de l'habillement d'une Nayade.
Observation de V auteur , insérée dans le tome VII de Védition de Rome.
11 faut remarquer qu'il y avait dans les appartemens du jardin Aldobrandin sur le Quirinal un pareil groupe , excepté qu'en place de la nymphe , on a mis un Androgyne , ou hermaphrodite.