Musée Pie-Clémentin
Ce quatrième volume , dont la publication précède celle du troisième , comme nous en avons prévenu dans la préface du second tome , contient environ la moitié des sculptures antiques , en bas-relief , qui enrichissent le Musée Pie-Clémentin , et toutes appartiennent aux différentes classes des divinités du paganisme.
JSous avons suivi, dans les explications > la même méthode que celle déjà employée dans les précédens volumes . La très-grande abondance de recherches instructives que ce genre de monumens fournit , ma engagé à reporter dans les notes les observations les moins importantes , en ne plaçant dans les discours que les objets les plus essentiels . T ai pensé que par ce moyen , je satisferais plus facilement la curiosité des personnes qui cherchent à s'instruire , en diminuant V étendue et le
poids d'un gros volume , de sorte que } sans être moins commode que les premiers y il contienne un beaucoup plus grand nombre d'observations . Comme je n'ai pas d'autre avis à donner à mes lecteurs y je profiterai de ce moment , où je les entretiens y pour exposer quelques réflexions générales sur l’origine et Vusage des bas-reliefs chez les anciens : ce sujet ayant été à peine louché par les écrivains qui ont entrepris de nous éclairer ex-professo sur Thistoire des beaux-arts de la Grèce .
Ce sont les bas-reliefs qui composent la classe la plus riche et la plus variée des antiquités sculptées y et qui donnent les notions les plus certaines . Ici ? les images ont pu conserver plus facilement les symboles et les attributs x attachés au marbre qui leur sert de fond y parce que ces objets sont moins exposés à des accidens y que ne le sont les extrémités des figures isolées, Dans ces moninnens \ les figures réunies dans la composition du même sujet historique r sont moins équivoques ; elles se déterminent et s'expliquent récipro-
quement Tune par Vautre , et toutes servent à faire connaître le sujet principal . C'est dans les bas-reliefs que nous apprenons beaucoup de circonstances qui appartiennent à la fable , et qui nous sont inconnues. On y trouve le goût des anciens dans les compositions de T art , Enfin, on y reconnaît les copies des plus célèbres peintures antiques »
Les érudits ne nous offrent rien de certain sur le nom par lequel les anciens distinguaient cette espèce de sculpture . Quelques-uns , sans beaucoup de réflexion > appellent les bas-reliefs Anaglypha , mot grec , employé seulement comme adjectif, et qui ria pas une signification assez dé '■* terminée. D'autres leur ont donné > improprement , le nom de Toreumata , mot dont la vraie signification indique les bas-reliefs exécutés seulement en métal Ou en ivoire -, qui se terminaient au ciseau , et que les Grecs ont appelé quelquefois vôpoç. Je crois avoir été le premier qui ait fait observer, dans le tome II de cet ouvrage , pl . B , n. 12, p. 3^3 , et plus clairement encore à la pi. X XXVIII du présent volume ,
que le mot propre dont se servaient les Grecs pour indiquer un bas-relief, était tv'jcoç , et que le mot typus fut aussi adopté dans la même signification par les écrivains latins .
A V égard de ces derniers , outre le passage y rapporté ici , de Cicéron dans les lettres à Atti eus , où il parle des bas-reliefs y quii appelait typos quos tectorio incluclat , le passage de Pline mérite aussi d'être remarqué , il y décrit le portrait y de bas-relief y en terre, que Dibutade , de Corinthe , fit de son gendre , et il dit que la fille de cet artiste umbram ex facie eius ad lucernam in pariete lineis circumscripsit: quihus pater eius impressa argilla typum fecit (y). Mais ce qui leve toute espèce de doute sur mon assertion y c'est l'usage que les Grecs font de ce mot • même en passant sous silence le passage de Strabon qui a été indiqué dans le t. Il, lieu cité , et plusieurs de Pausanias qui employé constamment dans ce sens le mot ™xoç dans tous ses écrits . Je les ai fait observer à propos de
(i) LW. XXXF, chap. XII , § XLI1I.
la pi . XXXVIII du présent volume. Je vais en choisir un du même auteur qui ne peut prêter à aucune contestation. Pausar nias décrivant le temple de Proserpine ? surnommée ùswrtôwi, près de Mégalopolis, dans T Arcadie , parle ainsi des portiques et des bas-reliefs (i): ré lanv èv defya , Mai êv
tü roiyji) XiStv /l bvmov rvrtoi rteiroitfpiévor Mai râ {lèv hoiv eìpyaapLèvai M oipai . . . dsvrèpq dé ’H.panùtfç. . . M eraÿ) rov rvnov rov xaréiù eypévov mvd mlov êanv .... ^v^Mpai dé éicrt Mal Hdvsç èrti rov rvTCQV y èni râ rerdpro IloÀvfoç ô AvMopra : Por^*
ticus ad dexteram est ? et in pariete TYPI e candido marmore , in altero Parcæ sunt elaboratæ ... in altero vero Hercules . . * Inter eos quos percensui TYPOS tabella est . . . In TYPIS qui sequuntur Nymphæ sunt et Panes ? in quarto vero Polybius Lycortæ.
Cette signification du mot TYPVS^ que les lexicographes grecs et latins ont omis 1 a causé y dans plusieurs endroits > des équivoques et de fausses interprétations . Cependant on peut observer que ce mot y de-
(V) Arcad. XXX FIL
venu en cette occasion technique y a dû son origine , comme beaucoup d'autres , à des idées communes et vulgaires . Tvnoç est pris quelquefois par les écrivains pour cette sorte de tumeurs que font naître des coups sur la peau , et que les Latins ont appelé vibex. Les rapports de ressemblance qu'ont ces marques élevée : sur le corps , avec les demi-reliefs , est facile à imaginer. Ces bas-reliefs en argile ont d'autant mieux mérité ce nom , qu'ils furent formés par le moyen d'une empreinte faite dans des creux y et à mesure que l'art se perfectionna y ils devinrent plus recherchés y et on les appela Ectypa.
Il n'est rien qui fasse plus connaître la grande antiquité des arts du dessin dans la Grèce , que l'époque la plus reculée qu'on assigne aux bas-reliefs . Ce genre de sculpture ne peut pas cependant avoir été encore l'origine de l'art . Le premier pas qu'a dû faire l'imitation , ce fut de se proposer la formation de figures isolées , telles qu'elles nous paraissent dans la nature f et telles que nous voyons qu'on peut les imiter avec des matières faciles à empio -
yer , et comme les exécutent les enfans eux-mêmes . L'art de composer un bas-relief est moins simple , parce qu'il est formé en quelque sorte de la sculpture et des contours du dessin, tracés sur une surface plane , lesquels pem>ent-être considérés comme le premier élément de la peinture . Le comte de Caylus (i) est avec raison surpris que Pline ait rapporté à Dibutade de Corinthe , dont nous avons déjà parlé , les commencemens de la Plastique , tout en supposant que cet artiste ne remonte pas au-delà des temps historiques . Il remarque que Vart thoreutique des métaux ? que Ton peut présumer avoir existé avant Homère , d'après la description que ce poète fait du bouclier d'Achille , ne peut être supposé que de beaucoup postérieur à V art de modeler .
Mais il y a encore d'autres raisons plus fortes^ qui établissent son antiquité , en outre de celles-ci . Homère lui-même parle du Choeur d'Ariane , ouvrage de Dédale , que l'on conservait de son temps à Gnos-
(i) Mémoires de T Académie des inscriptions , tQ-, me XXVI in- 4 , p . 3oa*
ÏO
se ( i). Pausanias qui vivait dans le second siècle de Vere chrétienne, nous apprend que ce monument , qui existait encore de son temps , était un bas-relief de marbre . Lorsqu'il parle des ouvrages de Dédale , que Von voyait encore alors qu'il écrivait ? et qui étaient en grande partie des simulacres en bois (jôava)^ U ajoute ; qu’il y avait chez les Gnossiens , le Chœur d'Ariane, dont Homère fait mention dans l’Iliade , et qu'il fut sculpte en marbre blanc (2): n apœ Kvofro-ioiç de xaï ô rtfç ’Apidiïviyç Xopoç , ov xai Opripoç èv ’I Xiadk èrto iterato èrteipympèvoç ê<rm> èrti ’kcvnov /i iüv.
Si donc on regardait dans la Grèce , comme une chose vraisemblable que Von pût attribuer un bas-relief de marbre au Ciseau de Dédale , qui florissait un demisiècle avant la guerre de Troie , a quelle époque extrêmement reculée ne doit-on pas placer la première origine des arts du dessin chez ce peuple merveilleux? On doit croire que Dibutade , dont le typus ou basrelief fut conservé à Corinthe jusqu'à la
(1) II. 2 , v . 590.
(2) Bœotica , cap. XL.
destruction de cette ville par L. Mummius, aura précédé les temps historiques , et ce ne sera pas que Pline ait négligé de reporter jusqu à cet artiste si ancien les premiers es sais que Von fit dans Tai t de modeler en terre , mais ce sera plutôt un défaut d attention des chronologistes modernes , qui dont pas osé le placer dans leurs tables, pas même à une époque qui pût répondre aux temps qui précédèrent Homère .
Pline (i) nous dit que sur les dernières tuiles des temples on voyait des masques de terre cuite qui avaient été travaillés en bas-relief par cet artiste même . Ori en introduisit V usage en Italie , et les Latins lui don nèrent le nom r/’antefîxa (2). Ensuite, la sculpture les employa , suivant le même auteur ? pour orner le tympan des temples ; et ceci se rapporte à ce que nous indique P indare (3), sur T invention due aux Corinthiens , de représenter des aigles dans ces triangles , ce qui fit donner aux frontispices ou aux com-
ici) Lieu cité.
(2) Festus , v. antefixa.
(3) 01/mp. , od. XIII j v . 29.
blés le nom d'^oï et d"ber6para> (i). Celie partie devint , dans V architecture grecque } le lieu où se déploya la pompe la plus remarquable des bas-reliefs. Aussi ceux de Phidias dans le Parthénon d'Athènes furentils célèbres (2), de même que ceux d Alca mène s au temple de Jupiter Olympien (3), ceux de Praxitèle dans le temple d' Hercule à Thèbes (4) y et ceux de Prassias et d' A ndrostène s au temple de Delphes (5)* Les bas-reliefs du tympan du Parthénon , que l'on voyait encore presque entiers , dans le temps que Spon les a décrits , et dont il nous reste aujourd'hui quelques fragmens, étaient à grand relief , comme si on eut appliqué sur un fond de marbre une quantité de figures isolées et formant la composition du sujet Leur grande proportion les rendait moins fragiles. Leur situation les garantissait assez ? pour que l'on rient pas besoin d'attacher à leur fond toutes les par -
(1) Voyez les explications de la pl. XL III.
(2) Pausan . , Attica, XXIV*
(3) Pausan ., EL I, X.
(4) Pausan . , Bœotica , XL
(5) Pausan. ? Phocica , XIX .
lies de ces figures > et de leur donner peu de relief pour pouvoir les conserver plus long-temps $ car ces moyens sont employés dans V exécution de presque tous les basreliefs de dimensions plus petites , qui sont du beau temps de Vart . On en vit orner même les murs extérieurs des chapelles des temples y comme une espèce de frise à leur extrémité supérieure , et de même les métopes de la grande corniche dorique • On voit une preuve de ces deux usages , dans le Parthénon d'Athènes . De-là les frises des autres ordres furent décürés de bas-reliefs , d'où Ton donna à ce membre d architecture le nom de zophore.
Dès la naissance de Vart , le bas-relief emprunta de celui du modeleur la richesse quii transmit ensuite lui-même aux ouvrages en métaux . Cette branche de T art y à laquelle on donna le nom de Thoreutique qui lui fut propre y prit de-là sa source . Elle se saisit aussi des bas-reliefs et même des sculptures en ivoire ? parce que cette matière précieuse se mêlait avec Tor dans les ouvrages d'une plus haute importance . Mais je laisserai de côté ces sortes d'ouvrages ,
dans lesquels Phidias et Policlete s'acquirent une brillante réputation , et ne ni attachant qu'aux seuls bas-reliefs en marbre , tout simple x je dirai que l'on en décora les faces des autels ( i), les bases des statues (2) , mais plus ordinairement les stelæ ou les cippes des sépulcres . Dans quelques circonstances rares , et dans les temps de décadence de la Grece , ils remplacèrent les statues , que Von érigeait ordinairement à l'honneur de ceux qui avaient bien mérité de la patrie ; comme nous devons le voir dans ces basreliefs placés dans plusieurs villes de V Arcadie , lesquels représentaient la figure de Poljbe (3). On plaçait aussi plus souvent dans ces lieux sacrés des typi, qui offraient l'image des divinités , et leurs aventures mythiques ? au nombre desquelles il faut se rappeler les deux fameuses figures colo s -
(1) Deux de ces autels sont dans le Musée Capitolin , tous deux d’un travail grec fort ancien . Z’ un représente V éducation de Jupiter , Vautre } les forces d' Hercule.
(2) La base de Pozzuolo peut servir d' exemple.
(3) Pausali. , Arcadica, IX , XX X7 XXX F II et XL FIL
sales , en marbre pentélique , ouvrage d’ Aleamène y que les Athéniens , après avoir chassé leurs tyrans y consacrèrent dans le temple d’ Hercule à Thebes , et qui représentaient Hercule lui-même et Minerve (i). Il en est fait mention 7 pour la première fois à présent y dans l’histoire de l’art ? parce que personne n’ayant entendu la vraie signification du mot vvrtoç y on les avait omises dans les traductions que nous avons de Pausanias . Ses paroles : ’A nui ’Hpa- TcAèa MoÀôaa'bç ï%t rvTtov A iïôv tov ïlevréA^aiv , comme les lisent Silburgius et Khunius y ont été traduites par Amaseo : Minervam et Herculem colossi specie e Pentelico lapide , Alcamenis opus ; version qui nous donne une idée de statues , et non pas de bas-reliefs ; et celle de l’abbé Gédoin , qui est tombé dans une erreur évidente y Vidée de deux statues colossales, placées sur des piédestaux de marbre pentélique.
Un autre usage fort singulier que les Grecs firent des bas-reliefs, usage que nous connaissons par quelques monumens rares 7
(i) Pausan.7 Bœotica XL
itê
et non par les mémoires que nous ont laissé les écrivains, cest celui dont nous sommes instruits par la table Iliaque du Capitole , par le Repos ou T apothéose d’ Hercule de la ville Albani y par les fragmens des tables mythiques de Verone et de Borgia. Ces monumens précieux servirent , pour ainsi dire , de notes figurées , ou de quelqu'une des parties du Ciele mythique , ou même de toute Vhistoire Cyclique entière. Ils étaient ornés d'épigraphes qui indiquaient les choses et les auteurs ; et ils étaient quelquefois distingués en forme de tables chronologiques ? suivant la série des prêtresses de Junon d'Argos . Cela est démontré par 7a comparaison que Von peut faire du bas-relief que nous indiquons , représentant le Repos d' Hercule , avec le fragment d'une autre table mythique a Veronne . Dans ces deux monumens , indépendamment de la série des fables qui y sont décrites et figurées , on lit les noms des prêtresses d'Argo s , avec les années de leur ministère (i). Ces indications d'années
(i) Voyez le fragment de Verone qui représente
servirent depuis h des chronologistes , pour distinguer les temps antérieurs au renouvellement des olympiades, comme on peut le remarquer dans la chronique d'Eusèbe .
Quand les Romains appelèrent les arts de la Grèce , pour embellir la capitale du monde , il paraît que parmi beaucoup d'usages des bas-reliefs que nous avons indiqués , et quantité d'autres encore , auxquels le luxe vint assujettir les arts , se joignirent deux usages tout-à-fait nouveaux et trèsremarquables. L'un fut de revêtir de basreliefs les monumens que produisit le faste romain pour éterniser la mémoire de ses victoires ; monumens auxquels on donna le nom d'arcs de triomphe . Le Second usage 7 plus grandiose , plus admirable , ce fut
une partie de la Thébaide 7 dans Montfaucon , Ant. expl. supplément, tom. IV , pi. XXX Vili , n . 4? où on lit : HP AS APPEIAS IEPEIA ETPT
le reste manque ; mais on a dans \ le bas-relief du Repos d’Hercule les, années WH , 58 du sacerdoce d jédmetas : faute d’avoir fait la comparaison indiquée , Y abbé Marini avoue quii ne connaît pas le rapport de cette époque , ainsi énoncée , avec le reste de Y épigraphe et de la sculpture (Iscr. Alb. , n* GUI, pag> i5^ e seg, , n. (c)).
Musée Pie-Clém. Fol. IF*
iS
d environner de bas-reliefs , comme par une espèce de bande spirale , ces tours immenses , si je puis appeler ainsi de grosses colonnes y auxquelles on donna le nom de cochlides ( en limaçon, en spirale J , qui paraissent avoir été destinées à transmettre les actions des conquérans par des monu mens plus clairs 7 et d'une durée plus longue que les écrits ? et pour rivaliser ainsi avec les obélisques quavaient élevés les Egyptiens .
Lorsque les empereurs romains gouvernèrent , les bas-reliefs eurent un dernier usage qui prévalut encore sur les premiers , qui devint plus général, et auquel nous devons le plus grand nombre de sculptures anciennes de ce genre , que le temps nous ait conservées. Soit qu’il dérivât du changement qu'éprouv aient les opinions religieuses , chez les Payens-même , dont le culte public commençait à adopter les superstitions de l'Orient j ou bien que le bois à brûler , devenu trop rare , ne put suffire pour élever des bûchers 7 cela fit que Ton commença à enterrer les morts au lieu de les brûler , et ce qui donna Vidée de construire des sépulcres en marbre enrichis de bas-reliefs.
dont le luxe remplaça les vases précieux, dans lesquels auparavant } on avait coutume de déposer les cendres des morts. Ces sortes de sépulcres , auxquels on donna le nom de Sarcophages , pour distinguer leur espèce particulière , devaient-être extrêmement multipliés à Rome et dans ses environs ; autant que nous pouvons le conjecturer , par la quantité qui nous en reste. Les bas-reliefs dont ils étaient décorés , étaient certainement exécutés médiocrement , et par des sculpteurs du dernier rang ; mais ces misérables sculpteurs nous conservent néanmoins Vensemble de ces compositions sublimes du génie des artistes les plus renommés , qui faisaient Vadmiration des âges antérieurs. Comme la plupart paraissent taillées dans des marbres grecs , et que les visages ne sont souvent qu’ ébauchés , lorsqiéüs devaient représenter les défunts ? nous avons sujet de croire quon les apportait de la Grèce même, à Rome , tout travaillés 9 pour les exposer en vente , aux yeux de qui pouvait en avoir besoin. La grossièreté de leur exécution est bien peu propre à faire une objection contre cette opinion ,
puisque sous le règne des empereurs , la Grèce opprimée et appauvrie, envoyait ses meilleurs artistes dans cette capitale du monde ? où la richesse et la munificence de ses habitans leur pr omettait de T emploi et de la fortune : de sorte que la mère patrie des arts ne possédait plus que des artistes très -me d io ere s ( ’Epuoy/lv(poi des tailleurs de marbre , plutôt que des sculpteurs , peu supérieurs ? ou tout au plus égaux à ces artistes qui étaient employés par les au -■ tarifés publiques à graver les coins des médailles , sur lesquelles nous pouvons reconnaître encore dans quel état déplorable étaient , à cette époque , les arts du dessin en Grèce . Ces ouvriers , profitant de V abondance des marbres statuaires quon retirait des carrières de la Grèce , et particulièrement de ceux que fournissait celles de TAttique , de la facilité quii s offraient au travail du ciseau , préparaient des marbres pour les sarcophages des Romains , et les vendaient tout travaillés > précisément comme aujourd'hui on fabrique à Carrare des sculptures fort ordinaires , qui coûtent peu , et dont on orne les jardins .
Très-heureusement pour la postérité , les compositions qui étaient sculptées sur ces tombeaux , offraient les copies de ces modèles célèbres 9 qui y malgré la dévastation portée dans la Grèce ? malgré le transport de ses dépouilles 5 existaient cependant encore abondamment sur cette terre natale des arts ? soit parce qu'ils furent consacrés par la religion ? soit parce qu'ils étaient attachés à certains lieux , ou parce qu'ils étaient difficiles à enlever y comme par exemple les peintures de Poiignote et de Panenos dans le Lesche et dans le Pëcile: ou les sculptures dont nous avons parlé plus haut, qui ornaient l'architecture des édifices sacrés*
Le comte de Caylus y soigneux observateur des arts des anciens y dit > que par les bas-reliefs qui nous sont restés y on peut prendre encore une plus juste idée de l'invention pittoresque des professeurs grecs P que par le petit nombre des peintures médiocres qui nous sont parvenues de ces temps (i). Mais la composition d'un bas-
ti) Recueil., tom. III , pi LVÏ et LYIL
relief îiest pas suffisant pour nous faire connaître quel était le mérite des compositions pittoresques. Car chaque genre d'imitation a ses avantages et ses défauts ; en un mot ? des qualités propres, qui le rendent plus ou moins capable d'exprimer tel ou tel autre sujet , ou tel accident que nous offre la nature. Et celte différence existe non-seulement dans les genres d'imitation qui appartiennent aux diverses branches d'art ; mais , comme Va démontré un ingénieux écrivain (i), cette différence se retrouve dans les espèces diverses du même art.
On a cru que toutes les compositions des anciens ne présentaient que peu de groupes , et que leurs figures , presque isolées > étaient toutes disposées sur un même plan , ou sur deux plans très-rapprochés. C'est
(i) Le savant abbé IL tienne Arteaga , dans son ouvrage , Recherches philosophiques sur le beau idéal, considéré comme le but de tous les arts d’imitation , ch. III. Ce réflexions vraiment philosophiques seront publiées dans peu , en langue espagnole , à Madrid , et quelque temps après nous en jouirons dans uns excellente traduction italienne .
la composition des bas-reliefs antiques c/ui est la source de cette idée. Il est sur que le grand nombre de figures, que les modernes employent , est plutôt dû , suivant T opinion de Mengs , à la médiocrité des artistes qui se servent de ce moyen pour attirer t attention dessus chaque figure et chaque partie en particulier , plutôt que sur la fécondité de leur génie. Mais en supposant qu’on neût trouvé aucunes peintures des anciens qui eussent présenté un enchaînement de groupes plus remarquable que celui qu’ils employaient ordinairement , comme nous le voyons dans plus d’un tableau conservé à Herculanum , ce serait toujours mal raisonner, sur les compositions de la peinture , que de les juger d’après les bas-reliefs.
Un bas-relief de petite ou de médiocre dimension , fut presque toujours exécuté par les meilleurs sculpteurs, très-bas de relief, en raison de la solidité qu’il en acquérait. C’est par cette raison que les figures de la colonne Trajane , moins relevées, par une semblable prévoyance , que celles de la colonne Antonine , se sont
mieux conservées . Une quantité de figures groupées ensemble dans une sculpture de très -b as-reliefs , forment une masse confuse 3 parce que le sculpteur n'a pas la ressource des couleurs et du clair-obscur > qui peuvent faire distinguer les objets , dans le même groupe peint. De-là les bas-reliefs dans les arcs de triomphe , oit les figures peuvent être plus relevées à raison de ce quelles sont fixées et en sûreté davantage , sont aussi par la même raison plus abondans en groupes. Le relief plus considérable portant des ombres plus fortes , qui produisent un effet plus exprimé des masses de clair-obscur , les différentes parties qui composent le groupe ont alors des contours mieux prononcés ? et se détachent davantage les unes des autres.
Les bas-reliefs antiques nous présentent des compositions ou tout entières sur un même plan , ou sur des plans peu éloignés entre-eux ; c'est ce qui a été observé avec beaucoup de goût par les anciens maîtres . Le sculpteur n'a pas d'autre ressource que l'affaiblissement du relief et la diminution des proportions ? pour donner l'idée dune
figure placée derrière les autres , ou qui en est un peu éloignée . Or ces deux moyens ne valent pas ceux qu'a le peintre , qui par des teintes plus faibles peut représenter les effets de la perspective aérienne , laquelle répand comme une espèce de voile , ou une vapeur légère , sur les objets éloignés . Une preuve de cela , cesi quon observe que sur les plus anciennes sculptures en bas-relief on a essayé d'employer cette sorte d'imitation de la nature , comme nous le démontre le bas-relief d'un style ires-ancien ? de ï éducation de Bacchus , dans la ville Albani , où sont , sur quatre plans différens , quatre figures de femmes , près l'une de l'autre ? et qui décroisent en hauteur , selon les règles de la perspective (i). Si les artistes , dans des temps meilleurs pour l'art , n'ont pas suivi cet exemple , c'est qu'ils s' aperçurent que tous les moyens que leur fournissait la sculpture y ne suffisaient pas pour représenter d'une manière gracieuse , et avec un degré d'illusion satisfesant ? Veffet que produit en
(i) Il est dans les Monum. inéd. de TUin ckeîm an n«
pareilles circonstances la nature . De -là ils se bornèrent à inventer des compositions > disposées sur très-peu de plans , et fort rapprochés , ce qui leur procura cet effet merveilleux par sa beauté \ que les sculpteurs modernes même les plus habiles et plus entreprenons que les anciens ? parce qui! s ont moins de lumières , ont tout-àfait perdu dans leurs capricieux bas-reliefs . Ils ont eu la prétention de vouloir imiter tous les objets sensibles > en usurpant tous les moyens , dont se sont servi > avec un abus licencieux et excessif , par Ven chainement des groupes , dans la peinture , les auteurs modernes , excepté Raphaël et quelques autres en bien petit nombre.
Étant persuadé de ce principe qu avaient les anciens sculpteurs , fai cru devoir chercher plutôt dans des originaux peints Vin vention de quelques bas-reliefs , sur lesquels ont voit cette règle si constante transgressée. Néanmoins , les anciens eux-mêmes , dans les copies quïls ont faites en basrelief d après des tableaux , se sont quelquefois écartés un peu , avec une louable h-
berté , de leurs modèles peints , et cela autant que l'art et le caractère de chaque genre d'imitation pouvait V exiger .
Alors ils ont choisi toutes les figures d'un même plan , ils en ont détaché les groupes en augmentant , dans différens endroits, leurs distances, ou en rendant leurs proportions égales . De-là est venue cette disposition admirable dans les bas-reliefs antiques , qui plaît et qui charme , oà chaque figure , qui offre des beautés particulières, enchante Vame et les yeux par son attitude, par ses mouvemens naturels , et par cet ensemble heureux , quaiment à retrouver les amis de Vart . Ni les incorrections dans quelques parties , ni l'incertitude des contours , ni la grossièreté du travail, ni les atteintes du temps ne les ont privés de ces beautés , que l'on aperçoit encore même dans les copies qui en ont été faites et dans les gravîmes , si peu exactes, que nous en avons. Aussi portent-elles toute V empreinte d'une grâce véritable et incontestable , que Von trouve si rarement dans les ouvrages de nos plus grands artistes modernes .
Mais ce n est pas ici le lieu où nous de* vions établir la supériorité des anciens dans les beaux-arts 9 et il est peut-être temps au contraire de finir cette préface . Comme ce volume est orné dune planche au frontispice , ce qui manque aux précédens y et que celle-ci reprséente un des magnifiques points de vue de perspective du Musée Pie - Clémentine je dois en expliquer le sujet . On voit ici la salle superbe , à trois branches , indiquée sur le plan dans le premier volumey à la lettre V. C'est par elle que la Galerie géographique et la Bibliothèque du Vatican se communiquent .
Elle est ornée de marbre fins , dont les moulures sont embellies par des sculptures d'ornemens d'un bon goût . Les colonnes doriques y qui soutiennent sa voûté , sont de granit rouge oriental , quelquesunes sont blanches et de différentes qua * lite s. Ce mélange se retrouve également dans plusieurs anciens édifices , entre autres dans le portique même de la Rotonde . Ces colonnes ont été découvertes dans le territoire de Balestrine , et elles avaient été réservées pour orner la façade de la
cathédrale ( il Duomo ) de cette ville . On les laissait là très-négligées dans un coin y quand S . S9 les fit acheter . La, voûte ? qu'elles soutiennent , est tout entière ornée d' agréables çompartimens en stuc 5 d'un bas-relief léger , qui la font paraître en même-temps riche et élégante .
PLANCHES I, II, III, IV, V, VI, VII et VIII.
Candélabres *.
Nous avons clioisi , pour commencer la description des sculptures antiques , en bas-relief, dont abonde le Musée Pie-Clémentin, ces deux superbes candélabres , dont la forme et les orne mens sont de la plus grande élégance , et qui offrent, dans les sculptures et les bas-reliefs, une exécution précieuse. Ils sont remarquables par leur dimension, laquelle annonce, à celui qui les admire, que, comme Y observe T. Cicéron (i), on ne les a pas destinés à
* Le premier a de hauteur dix palmes, quatre oncesle second dix palmes très-justes.
(ï) Cic.? in Vêvr. , 1. IV, § 28: Candclahmm eu ma*
servir près de la table de quelque personne privée, mais plutôt a la décoration de quelque temple magnifique. Non-seulement l’excellence des six figures sculptées sur les autels qui les soutiennent , demandait cette prééminence sur les autres , mais l’ordre mythologique que nous nous sommes prescrit l’exigéâit, parce que nous y voyons représentées quelques-unes des plus anciennes et des plus respectables divinités du paganisme.
11 est donc nécessaire, qu’après avoir présenté dans la première planche l’ensemble de l’un de ces candélabres, nous fassions voir, dans les trois suivantes , les bas-reliefs qui sont sculptés sur les trois côtés de sa base, ou, si l’on veut, de l’autel. Ainsi dans la cinquième planche, on trouvera la figure du second can~ délabre j et dans les trois suivantes, les dessins des bas-reliefs qui Fembellissent.
La base de ces candélabres est un autel triangulaire , qui est appuyé sur trois pattes d’animaux, lesquelles posent elles-mêmes sur une grande plinthe triangulaire, ornée de quelques membres d’architecture. Les trois pattes n’offrent entre-elles aucun espace vide dans le marbre, tel qu’on le voit dans les bases de plusieurs autres candélabres (i), mais elles sont sculptées
gnitudinej ut intelllgi posse t, non ad hominum apparatimi , sed ad amplissimi templi ornamentum esse façtum ,
(i) On voit à un candélabre, dont Caylus a représente'
dans le même morceau, et les trois espaces qui les sépare, sont remplis, avec beaucoup de goût, par quelques feuillages disposés avec symétrie.
Les arêtes de l’autel sont abattues , et les trois petites faces qu'elles forment, sont couvertes par une suite de graines oblongues, attachées les unes aux autres , et qui forment a l’extrémité une espèce de houppe. Ce n’est pas là un ornement de caprice , mais bien un de ces cordons à nœuds, dont on Ornait les prêtres, les temples, les victimes, et tous les meubles sacrés ÿ on les appelait infulae et vittae. Ils étaient composés de fils de laine , liés à de certaines distances avec des rubans étroits, et la laine , par son élasticité naturelle , se gonflant en arc, entre ces resserremens égaux.
la base, tom. i, pl. lxxxii, que les pattes d’animaux sont isolées , et laissent un espace à jour entre la plinthe, sur laquelle elles se posent, et le corps de l'autel» On les voit isolées de même dans les douze candélabres qui sont sculptés en bas-relief sur le portique de la Rotonde. Celte partie de nos deux candélabres a été ajoutée dans des temps modernes: à la 'vérité elle a été copiée d’après un autel antique, trouvé à Naples , et qui a été transporté en Angleterre. Ainsi elle manque dans la gravure qu’en a donnée Winckelmann, dans les Monumens inédits , n. 5o , et dans ces figures qui ont été publiées par M. Bracci , Commentarla de antiq. sculptor. , aux planches ajoutées , tom. i et u.
Musée Pie-Clém. Vol. IV. 5
formait des espèces de petites olives (i). La corniche est surmontée par un autre membre
(i) On verra les vittae on infulae , précisément semblables à celles que nous décrivons , dans Y Admiranda , pl. 5 et 44 > elles servent à parer les victimes ; dans Winckelmann , Monum. itiéd. , après la dédicace, et U. i8? ou l’Archigalle en est revêlu ; dans le sacrifice Snovetaurile de la colonne Trajane, et dans beaucoup d’autres monumeus. Festus décrit les infulae filamento, lanea 9 quibus sacerdote s , et hostiae 7 templaque velabantur. Stace développe plus distinctement la figure , et telle que nous la voyons sur nos sculptures anciennes, Theb. u , 7 38 7 il dit :
Nectent purpureas niveo discrimine vittas ,
Les Grecs les appelèrent eréppia ars(p iq et (TTsfiava giaTa, ^ et justement parce que la prêtresse Criseïs en avait laissé une trop près d’une lampe , le feu consuma le fameux temple de Ténus à Argos (Pausan., ii, 17), Je me suis un peu étendu dans la description de cet ornement, parce que je n’ai pas encore trouvé un seul antiquaire qui s’en soit fait une juste idée , ce qui a fait commettre de grandes erreurs à des littérateurs célèbres, comme à l’abbé Raffei , qui, dans ses Ricerche sopra una statua à? Apollo nella villa Albani , a cru re-? connaître une peau velue dans un tissu de vittae semblables, qui couvrent entièrement , {vêlant) 7 le trépied et la courtine du Dieu , erreur qui se retrouve aussi dans la gravure qui y est jointe. Ceci est arrivé encore à Bellori, qui a cru voir des Génies occupés à calculer, dans ^quelques enfans peints sur une voûte antique, lesquels, comme dit StacC , nectunt discrimine vittas ( Pict. anti.q . crppt. Rom,7 pl. xiv ). Les savans Açadémiciens, qui ont décrit les antiquités d’Herculanum , avouent avec une louable ingénuité, qu’ils ignorent quel est le travail auquel se livrent quelques Génies, que l’on voit a la planche 5(3,
d’architecture, plan, qui est terminé a ses trois angles par des têtes de chimère, et décoré dans toute son étendue par un ornement du genre des méandres*
C’est ici que prend naissance la tige, ou, pour l’exprimer mieux, en ternies de l’art, l’escape (i) du candélabre. 11 est composé de quatre morceaux ou parties principales: la première est formée par des feuillages renversés, qui se détachent d’un filet orné de graines, et les feuilles s’étendent suivant le lieu , plus ou
n. i du tome I des Peintures à! Herculanum : mais leur occupation est la même que celle dont on vient de parler j ils séparent avec de petits rubans, k diverses distances, lés groupes allongés des fils de laine, veliera (c’est ainsi que les appellent souvent les auteurs classiques), destinés k cet ornement religieux. On verra , dans les planches de supplément de ce volume, la figure en grand d’une de ces viitae.
(i) On appelle escape du candelabro, proprement, tout ce qui est compris entre sa base, et la petite coupe ou cratère j Pline, xxxiv, 6, fait la remarque, que dans les candélabres en bronze , on estimait beaucoup les tiges ou escapes travaillées à Tarante. On les faisait ordinairement en forme de petites colonnes longues et menues, ou godrotmeés ou ornées de caprice. On peut en voir beaucoup, qui n’ont point encore été publiés, dans le Musée d’Herculanum, quelques-uns dans le Musée Étrusque de Gori, pl. clxxvi. C’est a ces candélabres que Vitruve fait allusion , lorsqu’il les compare aux très-menues colonnes, peintes dans les compositions grotesques ( liv. vu, c. 5 ) j mais cette comparaison ne peut s’appliquer aux candélabres de marbre.
se
moins, de sorte qu’elles couvrent les surfaces angulaires de l’autel , et elles se relèvent 9 en se roulant un peu , au-dessus des têtes de chimère.
La seconde partie s’élève sur le cordon , dont nous venons de parler, en forme du bon-» net, appelé çalatus , ou, si l’on veut, d’un chapiteau corinthien , entouré par deux rangées de feuillages, disposés cireulairement , sans faire d’angles, et sans se terminer par des volutes. Ce chapiteau est couvert d’une espèce de petite patère , dont le bord est orné de deux rangées de godrons eu forme de gousses.
Dn milieu de cette patère, s’élève un autre filet circulaire , travaillé comme le gorgerin d’une colonne * son diamètre est plus grand un peu que celui inférieur. De ce filet naît encore une autre espèce de chapiteau corinthien, un peu plus bas que le premier % orné de même par des feuillages semblables, qui vont se terminer aussi sur les bords , ornés d’un rang de gousses également , d’une autre patère.
La dernière partie du candélabre s’élève * comme a fait la troisième, du milieu de la patère. Cette partie cependant diffère par ses dimensions, moindres en hauteur, et plus grandes dans la largeur, de sorte que J a patère qui la termine, est plus grande que les deux autres. Elle sondent une très-belle coupe, ornée de gousses comme la précédente, ou cratère ' qui paraîtrait être destinée à contenir des
Matières combustibles pour éclairer ou pour parfumer les lieuxs, La partie intérieure du cra« tère n’est pas vide cependant; elle est pleine, et forme une surface plane , sur laquelle on puisse placer une lampe de métal , mobile. On voit seulement au milieu de son plan horizontal un trou, qui servait à mettre la broche, au moyen de laquelle on réunissait solidement toutes les parties du candélabre , et qui finissait par entrer dans le piédestal.
L’autre candélabre est à peu près de la même grandeur et de la même forme que le précédent. Je dis à-pem-près , parce qu’on ne trouve que deux patères à son escâpe, celle d’en-bas étant remplacée par l’étendue plus grandiose que prennent les feuillages, dans lesquels est plantée la seconde partie de Tescape du candélabre, qui est enfin terminé comme le pré*» cèdent.
Les admirateurs de l’art des anciens, en examinant ces deux beaux monumens , ne pourront s’empêcher de faire le plus grand cas de cet esprit d’invention qu’eurent les Grecs, qui leur fit allier toujours la sobriété avec la richesse , et porter de la sagesse et un goût raisonné jusques dans la nouveauté. Dans toute cette composition, qui paraît d’abord entièrement de fantaisie, on retrouve pour tant * en la considérant bien, un souvenir des usages anciens, rappelé dans l’accord de ces ornemens élégans, et suivant les traces de cette heureuse
imagination qui a fait naître toutes les richesses de décoration de l’architecture, de la construction des cabanes elles-mêmes.
La base des candélabres était un autel, parce que chez les Grecs on se servait anciennement , pour éclairer, d’autels ou de foyers (i), sur lesquels on brûlait des morceaux de bois secs, principalement de ceux d’une qualité résineuse , qui pouvaient produire une flamme plus brillante et plus durable.
Mais pour distribuer avec plus d’avantage la lumière, et pour éviter une chaleur incom-
(i) lûapvJZT'Vipsç , lampteres , qu’Homère dit qu’on place ordinairement dans les salles , pour les éclairer , od. S; v. 5o6, n’étaient autre chose que des autels, sur lesquels on mettait une pile de bois sec ou résineux , ou même préparé par l’art, et qui servait en mêmetemps pour éclairer et pour réchauffer. C’est ainsi que le poète en explique l’usage dans l’Od. T, v. <64, où il décrit les servantes qui secouaient à terre les bois éteints des lampteres , et qui les garnissaient d’autres piles., Eustase , od. S, lieu cité, dit que les paysans de son temps , employaient un moyen assez semblable , pour «cîairer leurs cabanes, et que ces foyers s’appelaient Àvftriai è(p ’ ôv iïâdeç Tteipsevai narà dôpnov âïdrtlO^Tai tvkü* | f?pà dià rè auaTCVOV'- «Lampadaires, « sur lesquels on allume, pendant le souper, les flam- « beaux ou bois desséchés pour qu’ils ne donnent pas « de fumée. » C’est mal à propos que Casaubon , sur Athénée, xv, ch. 20, a voulu corriger otei^etai , placés, couchés ( les flambeaux ) par îc’rd^evai > dressés , parce qu’alors ces lampadaires ainsi arrangés n’eussent pas représenté les lampteres du temps d’Homère , mais seraient devenus de véritables candélabres.
mode, il fallut élever le foyer de combustion à une plus grande hauteur (i), ce qui fît imaginer Tescape du candélabre, lequel prit db»
(i) Homère dans l'od. H, V. ioo, décrit des candéla*bres qui ornaient le palais d'Alcinoiis à Corcyre, formés par une statue en or d'un jeune homme, debout sur un autel , et soutenant dans ses mains des flambeaux, allumés. On ne doit pas pour cela supposer que ce luxe fût vraiment en usage dans le temps où vivait le poëte. Le palais d’Alcinoùs est une conception de l'imagination poétique d’Homère, comme sont, dans des poèmes postérieurs, le palais du Soleil, et celui d’Alcine. Il faut par cette raison , placer de telles exagérations de richesses dans la meme cathégorie que les murs de bronze avec des frises d'azur, et les fruits qui se conservent éternellement dans les jardins, etc. Je crois que Lucrèce a voulu faire une imitation des candélabres d'Alcinoüs, ou une simple allusion aux Vers d'Homère, dans les siens h, 24? qui sont, pour ainsi dire, une traduction de ceux du poëte grec :
Si non aurea sunt iuvenum simulacra per aedes Lampadas igniferas manibus relinentia dextris ,
Lumina nocturnis epulis , ut suppeditentur.
Quoique ce fussent de véritables candélabres, que fon employa aux noces de Caranus , et qui sont décrits par Hyppolocus dans Athénée, iv, ch. 2, lesquels étaient de cette forme, sans pourtant être d'or.
On peut du texte d’Homère conclure cependant, que de son temps, on cherchait à faire tomber la lumière d'assez haut, ou en élevant beaucoup la pile de bois sur l’autel, ou en faisant placer sur un pied élevé des esclaves, qui devaient tenir des flambeaux, et figuraient ainsi des candélabres. Y. od. S, v. 309 et 3 16, où le poëte observe que les esclaves se faisaient remplacer , lorsqu'ils étaient las de cette attitude.
verses formes, selon le goût des artistes. On ne peut nier cependant que la forme la plus généralement adoptée, ne soit celle où Ton employait différentes coupes ou patères , placées les unes sur les autres , à de certaines distances. Ceci ne fut pas toutefois un ornement bizarre et de caprice; car il rappelait la disposition et la figure qu’avaient les premiers candélabres, tels qu’ils furent inventés en Egypte, et ensuite passés dans la Grèce, où cette nation ingénieuse se mit à les imiter, et s’appliqua même à en rendre les formes plus belles.
L’opinion que j’avance ici, n’est pas une simple conjecture. Les Egyptiens qui inventèrent les lampes, selon Clément d’Alexandrie (i), durent aussi faire usage des candélabres qui servaient à les porter. La preuve qu’ils étaient connus en Egypte, c’est que nous voyons Dieu qui ordonne à Moïse d’en faire de semblables , et les Juifs étant alors dans le désert, il n’est pas présumable que Dieu leur proposât de fabriquer d’autres objets, que ceux qu'ils pouvaient imiter, les ayant vus former communément par les artistes égyptiens ou phéniciens. A la vé-
(i) Stroma t. , liv. [, pag. 5o6, C, édition de Sylburgius. Athénée dit que l’invention des lampes n’était pas ancienne, xv, 20. Martial fait aussi allusion à cela, xiv, 3g 5 ce qui doit s’entendre par rapport aux Grecs , qui rempruntèrent, à ce qu’il paraît, des Egyptiens. Dès lors l’usage des candélabres destinés à porter les lampes doit être plus récent.
rite le candélabre de Moïse avait une singularité , qui était celle de se diviser en sept branches, ou escapes; mais chacun soutenait , comme un seul de nos candélabres, trois coupes ou cratères (i), séparés par un anneau ou une pomme, ou par une fleur. L’artiste grec ne s’est donc pas écarté de la mode très-ancienne et primitive, au moins celle de la Grèce, en ornant la tige de son candélabre par diverses patères , placées avec goût les unes au-dessus des autres.
En outre, cet ornement ir était pas dépourvu d’utilité- si on avait besoin d’abaisser la lumière, on pouvait diminuer la hauteur du candélabre , en lui ôtant une ou deux de ses parties, et plaçant dessus la lampe. Ces coupes pouvaient encore servir à mettre des choses nécessaires pour allumer et pour conserver ou éteindre la lumière (2). De plus, dans les candélabres qui servaient dans les maisons , cette suite de cratères , empêchait que l’huile , s’il s’en répandait de la lampe, ne parvint jusqu’au bas de son support, et n’exposât à se salir ceux
(1) Exod.y XXV, y. 35; ces coupes étaient taillées .à pointes à leurs bords, comme la coque d’une amande ou d’une noix: Très' scyphi quasi in nucis modum per calamos singuios. Les Septante les appellent TLp'àkîfipàiÇ*
(2) Patrick, sur le passage cité de l’Exode, pense que les coupes du chandelier de Moïse, en servant à recevoir l’huile qui dégouttait des lampes, contenaient e# outre aussi de l’eau.
qui le touchaient dans cette partie , principalement lorsqu’on devait le changer de place. Les candélabres employés aux usages domestiques, dans les temps les plus anciens, étaient très-hauts (i).
Néanmoins nous pouvons regarder comme certain que nos deux candélabres étaient employés à un usage religieux* car, selon Cicéron, leur hauteur nous indique qu’ils avaient été destinés pour quelque temple ou chapelle , que peut-être ils faisaient partie de la ville Adrienne, d’où ils furent retirés, dans une fouille, le siècle dernier (2).
Nous pouvons prendre une idée des grands
(1) Les vases de terre, appelés Étrusques, nous offrent des figures de candélabres très-élevés , dont on se servait pendant les repas. On peut aussi voir dans Winckelmann, Monum. inéd . , n. 200, un candélabre, qui à la moitié de sa tige en a une autre très-longue, à laquelle on aperçoit un second cratère : de même dans Passeri, Pictur. Elrusc. in vasc.y pl. ccl, iii.
(2) Francesco Contini, dans la Descrizione della villa Adriana y lettre l, n. 5i , dit qu’ils ont été trouvés par monseigneur Bulgarini, dans un lieu voisin d’un temple rond, vers cette partie qu’occupait, à ce qu’on croit, P Académie de la ville Àdrienne. Le Cardin. Francesco Barberini, qui les acheta, les plaça dans son palais, où on les admira pendant plus d’un siècle. L’abbé Gaetano Marini a ensuite observé ( Giornale di Pisa , 1771, t. in, pag. 1 56), que c’est par erreur qu’on a écrit sur la planche inseîée parmi les monumens restaurés du chev. Cavaceppi p tom. iiï , pl. 58 et 5$, qu’ils ont été trouvés a Palestina.
candélabres qui servaient dans les temples par les deux, très-hauts, que nous voyons dâns les nefs latérales du temple de Tenus de Paplios sur plusieurs médaillons de Septime Sévère et de ses fils. Deux autres , que nous observons sur une peinture d’Herculanum (i), portent deux lampes d’argent, sotis la forme de deux colombes ; ces candélabres sont très-ornes et fort richement. Enfin on voit sculptés sur les bandes du portique du Panthéon de très-beaux candélabres, sur lesquels sont placés des lampes triangulaires, d’une forme extrêmement agréable. Les bases, les escapes et les cratères de ceux-ci, sont presque une répétition des nôtres. Je croirais donc que ceux dont nous nous occupons, ont servi de sup-> port à des lampes, comme, outre le témoignage de Cicéron (2), qui dit que le grand candéla-
(1) Peint . cPHercul. , tom. m, pag. ï, dans la vignette» Ceux qui les ont explique'es, ne se sont pas aperçu que les colombes blanches, qui sont sur les deux candélabres , pouvaient être des lampes d’argent, sous la forme de colombes. Comme on trouve actuellement dans les Muse'es tant de lampes, sous la forme de colombes, de cignes et d’autres volatiles, cette opinion devient pour moi très-vraisemblable.
(a) Le cande'labre qu’Antiochus le jeune se proposait de placer dans le temple de Jupiter Capitolin [ comme nous avons vu, pag. 5 1 , note (1)], e'tait un des plus grands qu’on eut fait, et en outre très-riche par la ma’» ijère et par le travail, étant formé d’or et de pierre®
bre d’Antiochus fut réservé pour cet usage j outre l’exemple de ceux du Panthéon que nous venons de citer, et d’autres qui se trouvent ailleurs, cela paraît suffisamment prouvé par la surface plane, et non concave, de leur extrémité supérieure (i). Comme il n’y a pas de pointe ou de broche aiguë, il est démontré qu’ils ne servaient pas à porter des torches ou des chandelles (2). D’ailleurs , ceux qui étaient
précieuses. Il devait être place' dans la chapelle du temple Capitolin , non pas pour y brûler des parfums ou de l'encens, mais pour porter des lampes. Cice'ron a dit expressément, inVerrem , liv. iv, 64: Cum in cella lovis Optimi Maximi poneretur . Et 7 t : Verresne habebit domi suae candelabrum Iovi Optimo Maximo e gemmis auro - <jue perfectum ? cuius fulgore collucere atque illustrarî lovis Optimi Maximi templum oportebat , id apud islum in eiusmodi conviviis constituelur , etc. Le candélabre du tabernacle était destiné au même usage , de même aussi les dix qui étaient dans le temple de Salomon , Reg. 11, c. 7, v. 49 : Candelabra aurea quasi lilii flores } et lucernas desuper aureas .
(1) Le plan horizontal sur le sommet des candélabres, qui servait à placer les lampes, s’appelait cttvàxLOV , et tflvaxt<TXlOV , et ùvftviv hridspLa, chez les Grecs, Poliux, Onomast . x, ii5; vi, 109; et superficies chez les Latins, comme on le voit dans Pline , xxxiv, § Vi.
(2) Servius, ad Aeneid. I, v. 371 j Donato, ad An* driam ; Yarron dans Macrobe , Sài, in, 4? Festus , v j candelabrum. Je n’ai vu des candélabres avec des pointes pour soutenir les flambeaux ou torches, que sur une pierre gravée de la riche collection du savant chev. an* glais Worsleyj on en verra le dessin, avec celui des candélabres du Panthéon, dans les planches de supplément.
destinés à brûler des parfums, usage que les monumens nous indiquent, sont toujours petits, et arrivent à la moitié du corps du sacrificateur (i). Tels sont ceux que Ton peut voir sur un vase de terre , parmi ceux de Passeri (2),
(1) Quelques-uns semblent plus grands en proportion des figures, comme celui du Musée Veronese, pag. 69, 11. 5, et Tau tre qui est au commencement du premier volume des Monum . inéd. de Winckelmann ; mais il faut remarquer qu’ici ce sont des enfans. Gomme on se servait, ainsi que nous Je verrons, de grosses mèches dans les lampes , afin de se procurer une lumière plus forte et plus brillante, la grandeur des flammes qui brûlent sur ces candélabres , ne prouve pas qu’ils dussent plutôt contenir des parfums à brûler, que de servir de portelampes.
(2) Passeri, Pici. Etrusc, in vasculis , tom. I, pi. xxî
et lxix. On voit sur ces deux vases des personnages qui sacrifient devant des autels faits en forme de candélabres. Mais ces autels sont très-bas, et parviennent à peine à la moitié du corps des figures. Il faut remarquer que ces autels ressemblent à des candélabres, dont l’escape est mince , et non pas aux autels faits dans la forme des nôtres. Il n’est donc pas certain que les candélabres légers servaient seulement à porter des lampes , comme l’ont prétendu quelques-uns ( Giornale di Pisa , 1 7 7 1 2 7 ih, art. v, p. iÔ2 ). De même l’autel placé
devant Minerve, sur le revers d’une médaille de grande dimension, en bronze, de Commode, jeune encore, semble etre un petit candélabre, dont la tige est très-légère. On trouve la même ressemblance dans le candélabre sur lequel est occupée à brûler des parfums , une figure d un consul , dans la miniature du calendrier Lambécien ( Thés* antiq . Rom,} tom. ym, pag. 96). Dans les vers
sur les médailles dé Commode, sur un basrelief dans Winetelmann (i), dans le dessin du commandeur del Pozzo , qu’a publié Casali (2), dans la figure du calendrier Lambécien , et enfin sur tous les monumens, qui nous montrent, sans équivoque, les candélabres employés comme autels. Le - bas-relief que l’on cite comme opinion opposée, et que l’on conserve h présent dans la ville Albani (5), ne peut-être considéré comme légitime. 11 résulte que l’opinion de Passeri (4), qui dit que tous
d’Àusone , qui sont au-bas de celte peinture, ce candélabre est appelé un autel. Voilà donc le motif qui a servi aux auteurs qui parlent des candélabres : on n’a pas remarqué que quelquefois ils servaient de thymiateri , cassolettes à parfums. Alors on ne les nommait plus candélabres y ils devenaient des autels ou joyers qui avaient la forme des candélabres. Us n’étaient pas seulement distincts de ceux-ci par leur usage, mais aussi par leur masse, puisqu’ils étaient si bas^ que jamais on n’en voit de semblables dans les vrais candélabres qui portaient des lampes ou des cierges. Festus les comprend sons ie nom d ’acerre ( v. Acerra). T. Live, xiv, 9, les appelle thuribuli. Les encensoirs qu’on lançait en l’air comme les nôtres, sont, à mon avis, inconnus dans la plus haute antiquité grecque ou romaine , qui ne se servit que des cassolettes stables, comme celles dont nous parlons.
(1) Winckelmann , Monum. inèA. , n. 186.
(2) Casali, De prophan. Rom. rit ih us , p. i5.
(3) Raffei , Saggio d ’ osservazioni sopra un bassorilievo della villa Albani , où il en offre le dessin.
(4) Passeri , Lucemae , Proleg. , p. vit*.
les grands candélabres étaient des porte-lampes, reste encore tout entière avec sa probabilité , quoiqu’elle ait été combattue par une plume savante (i). La symétrie, que les artistes de ces temps observaient si scrupuleusement, cherchait à proportionner la flamme , qui brûlait sur le candélabre , avec ses dimensions. Apulée nous décrit quelques lampes en forme de nacelles , cjmbia , du centre desquelles s’élevait une flamme plus éclatante, et qui étendait fort loin sa lumière (2).
On peut lire dans la belle lettre sur nos deux monumens, qui est insérée dans le journal de Pise , et qui a été écrite par mon trèsgrand ami l’abbé Marini , quels étaient les usages et les différentes formes des candélabres, tant sacrés que profanes. Il parle dans cette lettre des candélabres destinés pour brûler des parfums , du nom de chandéliers que
(0 Giornale eli Pisa , 1771 , tona, ni, art. v, pag. 1 5 1 •
(2) Apul. , Metam. xi, pag. , èdit. de Price, décrit un prêtre dans la pompe Isiaque , lucernari 1 prae~ micanlem ciato porrigebat lamine , non adeo nostris illis consimilem , quae vesperlinas illuminant epulas , sed au reum cymbium medio sui patore Jlammulam s uscita ns largiorem. La grandeur de la flamme qui brille au sommet de quelques candélabres , ne peut donc être un sujet de les croire des thymiateri.Y.Y Admiranda, pb 74* Par le passage de Cicéron, rapporté ci-dessus, note (1), pag. 5i, il est évident que l’on devait allumer sur le candélabre d’Antioclius , une lampe qui produisît une très-grande flamme.
l’on donna aux autres dans des siècles postérieurs, et il y a joint beaucoup de passages d’érudition , qui embellissent infiniment ce sujet (i).
Actuellement nous allons examiner les bas-» reliefs du premier candélabre. Les trois divinités que nous y voyons , sont trois des douze plus grands Dieux, savoir: Jupiter, Junon et Mercure. Le travail de ces bas-reliefs est superbe, mais le style dont ils sont traités, annonce une imitation. On a voulu qu’il ressemblât à la sculpture du temps des fameux artistes qui travaillaient en bronze , de Miron , de Poljdete ; mais le travail a été conduit avec tant de facilité et de morbide sse, qu’il n’y paraît rien d’austère, et qu’on y retrouve, au contraire, les temps du luxe et des grâces de l’art. On a conservé dans la pose, un peu roide , des figures , le style antique , ainsi que dans l’arrangement des cheveux à la manière des plus anciennes modes grecques, dans les plis des vêtemens disposés avec symétrie , et enfili dans les petites bases ajoutées à quelques-unes des figures, précisément pour prouver qu’elles étaient des copies d’images antiques. Je crois cette imitation née des ouvrages d’argent et de bronze, auxquels les artistes postérieurs se plurent à lier des petites figures
(i) Giornale di Pisa7 1. c.? p. 1 4 2
travaillées par des grands maîtres du vieux âge, qu’on appelait sigilla (i). Toute Fargenterie précieuse de Verrès était enrichie d’ex* cellens travaux , quelques-uns de demi-relief d’autres en plein relief, en or, en argent et même en bronze , que les plus habiles artistes grecs avaient enlevés à des meubles fabriqués dans la Sicile. Ces morceaux étaient adaptés au travail nouveau, avec tant d’adresse et de bon goût, qu’on les eût cru faits exprès pour l’embellir (2). Parmi la vaisselle on comprenait aussi les candélabres , que Fon décorait encore avec des sigilla , c’est-à-dire de petites figures , qui y sont attachées , et la plupart morceaux de Fart les plus antiques et pré» cieux (3). Ce luxe, qui était particulier aux
(1) Cicér., liv. iv, in Verrem , § 32 , parle des scyphi gillatù À la vaisselle d'argent , argentimi sigillatum , ou opposait le purum , qu'on appelait aussi argenium purum] Cic., 1* c., § 49> dit que Eupolemus Calactinus, craignant que Verrès ne voulût se rendre maître de scs vases f argentimi illi purum appo s uerat } ne purus ipse relinqueretur • De-là , dans Juvénal les mots argenti vascula puri signifient des objets de peu de valeur. Ces sigilla s'appelaient aussi emblemata , âjuà rov epLfiâùùstV ah iniieiendo , précisément à cause de la facilité avec laquelle on pouvait les adapter aux vases que l’on voulait en orner.
(2) Cic., 1. c.j § 54-* Ilici ex patellis et ihuribulis quae vellerat , ita scite in aûreis poculis illigabat , ila apte in serphis aureis includebat , ut ea ad illam rem nata esse diceres.
(5) Pollux , Onomast. x, ch. i4* Paul dans la h 23 , ff. De rei vindicatione.
Musée Pie-Clém . Vol. IV.
So
ouvrages en metal, ou de fart des orfèvres, a été imité dans nos candélabres , sur les bases desquels ont été adaptés, à dessein, des petites figures ou sigilla, qui ont été imitées d’après les chefs-d’œuvre des artistes les plus anciens et les plus célèbres.
Jupiter tient un sceptre terminé par une boule , comme on le voit dans d’autres images toutes de style antique (i)j sa chevelure est bien soignée et disposée, en partie nouée par le diadème , en partie flottante sur les épaules, Il a son petit pallium ïpartov, himation , groupé sur l’épaule gauche et formant de beaux mouvemens de plis , produits la plupart par les poids, qui en forme de houppes, sont suspendus aux angles, et que l’on y plaçait, à ce qu’il paraît, pour fixer plus sûrement les vêteinens sur le corps (2), La draperie de la Ju-
(1) Cette pomme a été prise, sur un bas-relief Capipitolin, pour une tele de pavot, et on en a conclu que la figure était une Cérès. Musée Capitolin , tome IV , pl. 22.
(2) Winckelmann parle de petites houppes semblables, •aux angles des, vêtemens , Hist. de V art, etc ., toni. I , p. 4ïfi, édit. de Rome, dans laquelle il cite la figure de nos candélabres. Il suppose cependant qu'on les ajoutait seulement aux manteaux, et en cela il se trompe ; car on les voit aussi à la tunique et au peplum de la Minerve , de même à celui de l'Espérance. Je n’ai pas trouvé dans aucun écrivain qu’il soit parlé de celte appendice aux vêtemens des anciens. Ne serait-il pas possible que le nom générique davi, ffloi, appartînt à çes
Mon est une des plus riches et des plus variées que l’on trouve sur des figures antiques. Elle est vêtue d’une tunique, et d'un peplum le plus ample, que les Latins ont appelé palla ; elle a sur la tête cet ornement que Fon nomma (rre^wvyi , Stéphane ou couronne chez les Grecs, et les cheveux rassemblés dans un bandeau, qui s’étend sur l’occiput, et qui peut nous donner l’idée de YÒZLrùo<T(p£vSóvvi\ opisthosphen done (i). Son sceptre est comme celui de Ju-
houppes, ce nom qui a des significations si variées, et tant débattues par ceux qui ont écrit sur les vêtement antiques ?
(i) L ’opistosphendone , dont parlent Aristophane et Poilux , iv , 96, et qui a été décrit par Eustase dans Dionisius le Periegete, v. 7, était un ornement de tête employé par les femmes. Il est fait comme une fronde sa partie la plus large enveloppait le derrière de la tête, et avec les extrémités plus étroites, ou faisait un nœud sur le front. On lui donna le nom d ’çpistosphendone y comme si Ton disait fronde portée à rebours ÔTt’nrG) Ttev e%V(Ta tÙ ir/laTVTspa , Ta Sè ôÇvrepa xai tovç Sscrfiovç ütspl TÒ £[cïïpOO%£V. Le sphendone était un bandeau pareil, mais dont la partie la plus large était vers le front. C’est à tort que j’ai donné ce nom , dans un autre lieu , à un ornement plus solide et ferme , que l’on voit sur la tête de tant de Déesses , d’héroïnes et de matrones , et que les personnes de l’art appellent diadèmes, qu’il paraît que les anciens ont compris sous le nom générique de (TTS(pdvi i 7 coronamentum ( toni. I , pl. 2 , p. 5,(i) ), quoiqu’il fut même plus large dans le milieu, et étroit dans les deux extrémités. Mais l’opinion de Winckelmann est plus vraisemblable, lorsqu’il reconnaît le sphendone dans une figure de la ville Albani ^
piter. La Déesse est posée sur une base ronde, ornée par quelques mouvemens de corniche.
Mais la plus remarquable de ces figures est eelle de Mercure. On le reconnaît facilement à son pétasç ou chapeau (i), et les personnes accoutumées à voir bien les antiques, le reconnaîtront aussi à la physionomie particulière quon lui trouve dans toutes ses images, celle que nous avons déjà fait observer ailleurs. Eli qualité d’é chanson des Dieux , il tient une çoupe, ce qui lui a fait donner non-seulement les noms de ministrator et pocilialor , mais aussi d 'Epulo et d y Euphrosjnus (2 ). Il conduit par
$Jori. inèà> y n. 56, comme l’a très-bien remarqué l’abbé Fea ( Winckel marin , Hist. de Var i ^ etc. y tom- I, pag. 5 1 7 , E. )
(1) Le pétase de notre Mercure est si visible, que> qui», conque examinera le marbre, ne pourra en, douter. Dans les gravures que nous en, a donné Cavaceppi , Statue, ec. 9 ristaurate , vol. III , pl. 5g, il est représenté comme une simple couronne. Quelque dessinateur, peu fidèle, a été' çause de çette erreur ; il a été lui-mème trompé en voyant les bords du pétase rongés par le temps, tout autour, fie sorte que la première forme est altérée; sans Cependant que cela rendit la chose équivoque pour quelqu’un qui sait observer avec attention j d’autant plus que les cheveux qui sont au-dessous offrent, comme tout le reste dç la figure, up travail d’une délicatesse extraor-; fiinaire.
(2) Mercure a eu d’Eschile le surnom d
( Proni. , v. 961 ) , correspondant à celui de ministrator que lui donnent les inscriptions. Sur le titre d KôlVO%ôoç que d’autres poètes lui ont donné , on doit voir fabbé
les cognés un mouton * aii moyen desquelles il l’élève de sorte qu’il le force de marcher sur les paties de derrière seulement. C’est la même attitude qu’il a sur l’autel Capitolin pour entraîner une chèvre (i); et un bélier* comme sur notre bas-relief, dans une petite statue d’un travail assez médiocre * que possède Filabile graveur M. Volpato. Pausanias croit que l’on donnait à Mercure un bélier* pour symbole des troupeaux * espèce de richesse qui était confiée à ses soins et a sa garde comme on avait confié toutes les autres richesses h quelques-unes des divinités (2). Il assure
Marini dans la dissertation citée , p. i5g. Sur les épithètes d ’Epulo et d’ Euphrosynus * toutes deux se rapportent à la joie des repas 5 on peut voir notre Catalogue des monumens écrits du Musée de M\ Thomas Jeu * kins , p. 10.
(t) Cet autel * oit , comme quelques auteurs Veulent Tappeler * puteal7 nous offre Mercure occupé à traînes Vers l’autel Un chevreau* comme le nôtre traîne un bélier, Musée Capitolin , t. IV , pl. 22.
(2) Pausan. , Corinth. 3, dit qüe Poil représente Mercure avec le bélier * parce qu’il préside aux troupeaux , et il en donne pour preuve Homère * IL V. 49°* Cettç raison peut également servir à expliquer le motif qui à fait donner à Mercure et le bélier* et la Chèvre* Il a décrit aussi une statue de Mercure dans l’Elide , avec un bélier sous le bras, El. I, 27. Mais on appelait particulièrement le Cfiophore oü Porte-mouton Celui de Tanagra avec un bélier sur l’épaule. C’était l’ouvrage dé Calamides 7 on croyait que le Dieu ayant porté autour des murs de la ville, sur ses épaules, un bélier, il
naît, mais qu’il ne veut pas publier. Un écrivain moderne pense que ce bélier est le mouton à toison d’or, dont Mercure fit présent à
prétation est peu admissible, quand nous le voyons tantôt avec un bélier , tantôt avec un
avait par celte cérémonie délivré de la peste les habitans de Tanagra. Bœot. XXIL Or donc, c’est improprement qu’on appelle Criophorés les Mercures qui entraînent un bélier.
(i) Le docteur Jérome Carli, enlevé l’an dernier (i 786) aux belles lettres, a avancé cette nouvelle opinion, non pas sans fondement ( Dissertazioni due , ec. , Mantova , 1785, pag. 53 et suiv. ). Il a pensé que le bélier, que Mercure porte sur ses épaules, comme on le voit sur une pierre gravée , ne pouvait pas être un bélier ordinaire. Il se serait encore plus persuadé dans son opinion, s’il avait connu le beau groupe de Mercure sur le bélier , que l’on voyait autrefois à Rome dans le palais des Orsini à Montferrat, et qui est actuellement en Angleterre chez mylord Bristol. Une telle explication ne peut néanmoins s’appliquer à ces images particulières de Mercure, non pas le Criophore , porteur du bélier , mais ou il est monté sur le bélier. La raison que donne Pausanîas, servira aux autres, comme pour celles où il se voit portant le chevreau. A moins qu’on ne veuille croire , ce qui me paraît assez probable , que lorsqu’il entraîne l’animal par les cornes , il indique le Mercure inventeur des sacrifices. Je crois trouver un monument rare, du présent que Mercure fit à Nephélé d’un bélier au poil d’or , dans le beau vase en terre du Musée Gualtieri, qui appartient ù présent à M. Jenkius , et dont je donnerai le dessin à la fin du tome.
chevreau, dans la même attitude. Je crois que notre statue a une signification différente. Mer* cure est ici représenté comme ministre dans un sacrifice; il semble entraîner la victime à Faute!* et dans sa main droite il tient la coupe qui doit servir, suivant le rit, à en verser le sang. L’abbé Marini a observé que Yirgile a décrit ainsi Faction d’un victimaire (i). Il me semble donc assez probable que Fon puisse reconnaître dans cette figure le Mercure insti* tuteur des cérémonies religieuses et des sacrifices* reconnu* en cette qualité* non*seulement par les Egyptiens, mais même par les Grecs* selon ce que nous apprend Diodore de Sicile (2)* qui lui attribue spécialement cette institution, Ceci établi, il sera tout-à-fait indifférent pour l’explication , que Mercure conduise un bélier ou un chevreau* parce que soit l’un, soit Fau-^ tre de ces animaux * tous deux pouvaient être immolés en sacrifice. Le piédestal rond * sur lequel pose ce groupe* nous le fait considérer comme une copie de quelque image célèbre du messager des Dieux.
(1) Et (luctus cornu veniet sàcer hîrcus ad aras. Georg.* ii, 3 95.
(2) Diodore dit expressément de Mercure, 1. I, § 56 î rà irepi ràç rov Ssqv Tifjbàç naì Svaiac diata%-
: « Qu’il ordonna tout ce qui appartient au culte et « aux sacrifices offerts aux Dieux.» Jean Albert Fabricius ajoute d’autres autorités à celles-ci, Bibl. Greca , li v. I* ch. VIII, où, parlant des inventions de Mercure, il compte mltum Deorum , et sacri fida.
Les trois bas-reliefs du second candélabre r sont , peut-être , supérieurs à ceux-ci , par Félégance des figures. Nous commencerons par examiner la Minerve, dont l’attitude est trèsgracieuse, mais dont l'habillement guerrier offre une beauté très-grande , quoique bizarre. Elle est revêtue de deux tuniques sans manches , Fune inférieure, Fautre supérieure, qui est ouverte sur les flancs, selon la mode spartiate. Elle porte en outre un petit peplum , attaché sur les épaules avec des boucles ; et ses extrémités latérales forment quatre angles ou ailes , qui pendent beaucoup plus bas que le reste de la draperie. Ces ailes, repliées avec art, forment une espèce d’ornement à la figure; on les appelait en Grèce fttépvyia , pterygia , petites ailes (i). Ses" épaules et sa poitrine sont cou*- Verts par Y égide , espèce d’armure particulière à cette Déesse, et qui est environnée par les terribles serpens de la Gorgone. Son casque a
(i) L'idée que Pline et Suidas donnent des ailes des vêlemens, n'est pas équivoque. Le premier les définit dextrâ laevâque anguiosi procursus , y. io ; le second dans SetT aJkiKOiï ‘jCTÉpvyeç: enarépo^sv yoviai . . . chà rô èoutèvat 7CTèpvh,l: « Les angles des deux côtés , ainsi appelés, à cause de leur ressemblance avec les ailes.» Les deux écrivains cités parlent des ailes dans les chiamydes thessaliques ou macédoniennes. Aristote parle des ailes rtTSpvyiCh aux habits des femmes vrepi axy<7TOP , et Pollux aussi, dans plusieurs endroits , quoiqu’il les confonde avec les quarts des vêtemens de femmes.
\m triple cimier soutenu par un sphinx, comme celui de la Minerve du Parthénon (i). Mais à la place des griffons sont ciselés , sur les cotés, deux pégases, ornement qui convient à la divinité, qui la première dompta Pégase et lui mit un mors, ce qui lui fit donner Tépithète de Calinitide ou Frœnatrix (2). De la main droite elle caresse un grand serpent qui s’est roulé autour d’elle, et qui vient lécher, je ne sais quoi, dans la patère, qu’elle lui présente de la main gauche. On voit de même un grand serpent ou dragon à la Minerve de Phidias, à Athènes , dont nous avons parlé, et Pausanias l’a regardé comme un symbole d’Erichthonius (5). Son opinion est plus probable que celle de Plutarque, qui croyait qu’on joi-
(1) Pausan., Attica ou liv. 1, ch. xxiv.
(2) Pausan. , Corinth. ou liv. n , ch. iv.
(3) Pausan. , Attica , 1. c. On voit dans les Lucernae p lampes, de Passeri, pl. 64, la corbeille dans laquelle était enfermé Erichthonius avec un serpent qui en sort près de Minerve , de l’autre côté est l’urne dans laquelle la Déesse mit son vote pour l'absolution d’Oreste, comme on le voit clairement par d'autres monumens, quoique Passeri l’attribue à un autre. Revenant au serpent de Minerve , Euripide dans l’Ione dit que la Déesse eu avait mis deux pour garder Erichthonius, v. 22. La fable de Laocoon démontre aussi que l’on attribuait à Minerve deux grands serpens, comme ceux qui après avoir accompli sa vengeance.
Sut* pedibusque Deae ctypeique sub orbe teguntur :
( Yirg., A en,9 II ; v. 227 ).
gnait cet animal à la figure de Minerve, pour indiquer que les vierges ne doivent jamais être sans gardiens (i). D’autres, pour l’expliquer, en font un attribut de Minerva Medica (2 )« Mon opinion est que ce dragon représente celui dont parle Hérodote (5), qui gardait la
(1) Plutarque, Delsìde et Osiride: râ dè rtfç'A Sîqmç ( dyâùpan ) tov dp aborro. Qeidiaç œapéSwxe .... âç ràç pèv irap^éwç <pv?^axtfç dsopsvaç: « Phi- « dias ajoute au simulacre de Minerve un serpent , « pour indiquer que les vierges ont besoin d’être gar- «c dées. »
(2) Pausan. , Attica XXlll et XXXI, où il parle de Minerva Medica ou Salutaire , sans dire néanmoins que le serpent fût son symbole : chose cependant très-vraisemblable. Y. Giornale di Pisa , 1. c., p. 174*
(5) Hérodote, Urania XLI : A éyycrt 01 * ASr?mtOl o(plV péyav (pvTiaxo/j %rLç âœpôttôXioç hdiairaoSui h to îp( r ’hèywi re ravra , xaì di? ôç eôvn l^iprpich Tf/Um TtpOTÙèvreç rà d' erti primo, pû, nôe&trâ sort' dvrr? f? peÀtTÔ£(T(ra ev ro rtpoo^ev atei %póvo âvaitftpvpévr? rôts rp âipMVfrroç. L’historien parle de l’abandon que les habitans d’Athènes firent de leur patrie pour la guerre de Xerxès , selon ce qu’avait prescrit l’oracle 5 et il ajoute qu’un des motifs qui excitèrent encore davantage les Athéniens a partir , ce fut l’aventure suivante : « Les Athéniens disent qu’un grand ser- « pent, gardien de la citadelle, habite dans le temple: « non-seulement ils l’assurent , mais ils lui fournissent
tous les mois de la nourriture, comme s’il existait en <t effet, et ce mets est ordinairement un gâteau au « miel. Ce gâteau, qui s’était auparavant consommé, « se trouva alors en entier sans qu’on y eut touché. »» Le ce signe les Athéniens en conclurent que la Déesse avait abandonné leur ville, ce qui les engagea encore
citadelle d’Athènes, et qui, suivant l’opinion Vulgaire , habitait , invisible , dans le temple même de Minerve Poliade.
Sur une autre face de Fautel est l’effigie de Mars avec la chlamyde qui lui enveloppe la poitrine et le bras gauche ; il tient de la même main une lance. Il a sur la tête un casque , dont le cimier est soutenu par un griffon , animal guerrier, selon les anciennes fables, accoutumé à combattre avec les Arimaspes (i), peuples de la Scytie, contrée que les mythologues assignaient à Mars. Les lions qui sont des deux côtés, expriment la férocité qui distingue les fureurs martiales, que les poètes ont dépeintes sous la forme de ce roi des forêts (2).
La troisième figure, qui est vêtue, comme la Minerve, de deux tuniques, d’un peplum moins grand à petites ailes, d’un petit manteau voltigeant apb'Tteyonov , ampechonion (3), tient dans sa main gauche une fleur; on ne saurait
plus à fuir. Voilà donc le serpent que l’on voit figuré avec des simulacres de Minerve.
(1) On regarda comme célèbre chez les Grecs ancienf le poërne d’Aristée Proconnesius sur la guerre des griffons avec les Arimaspes, qui a fourni tant de sujets pour des monumens grecs-italiques et étrusques.
(2) Homère, //. E , 1 36 ; K , 485: Virg. , Aen., IX, 53g.
(3) ’A pttsyóvio-v fjuxpôv « I/ampeclionium
«est un petit manteau qui sç jettait dessus les épaules. & Pollux, Onç>mast.} VII, 49-
déterminer si c’est un lys, une grenade oü un pavot. Elle soutient de la main droite sa tunique , comme pour faciliter la promptitude de sa marche , de la même manière précisément que , dans une des poésies d’Homère , sont dépeintes les filles de Celeus qui vont au-devant de Cérès (i). Ses pieds sont, comme ceux de la Minerve , ornés d’une espèce de chaussure, à laquelle, plus qu'à toute autre, convient le nom de yvppovródwv , gjmnopodium (2) ; Pollux l’attribue particulièrement aux femmes. Winckelmann , qui a cru reconnaître Vénus dans cette figure, n’a pas réfléchi que nous avons quantité de monumens qui en offrent une semblable, avec l’épigraphe latine Spes , et en grec ’EÀniç; et que ces monumens ne laissent pas à douter que la divinité qui s’avance en présentant une fleur, qui promet des fruits , ne soit la Déesse la plus facile à se communiquer aux mortels , c’est-àdire l’Espérance (3). Certainement, par ce que
(1) Xepcr'w Erticr'fcopèvcM savôv itt v%àç IpspospTov.
«Relevant avec grâce les riches bords de son habit. v
(Hymn. Homer. ad Cererem , v. 176).
(2) YvpVOrtodia, Pollux les met aü nombre des chaussures de femme, Vit, 94. On ne peut concevoir une forme de soulier qui laisse le pied plus découvert que celui de nos figures , aussi mérite^t-iî parfaitement le nom de yvpvoftofïia , pieds-nus.
(5) Il faut voir les médailles de Claude, ou elle est
nous apprennent les écrivains grecs, son culte ne semble pas avoir été fort répandu dans la grande Grèce, où l’on ne se rappelle pas qu’elle ait eu aucun temple. Mais elle dût être connue des Grecs dans l’Italie; car le simulacre de l’Espérance que l’on voit gravé sur les médailles de Claude , était , sans nul doute , un ouvrage grec et très-ancien. On doit aussi regarder comme très-ancienne l’image en bronze du Musée Carpegna , aujourd’hui dans le Vatican , qui a été mise au jour par Buonarroti (i)f
souvent représentée seule avec l’épigraphe SPES , souvent avec des soldats , image allusive à l'élection de Claude, faite par les cohortes prétoriennes. Elle est encore sur les médailles de Vespasien , d’Elius César, de Caracalla, de Diadumène et d'autres; mais les types les plus remarquables et les plus beaux, sont ceux de Claude , ou l’on voit la Déesse vêtue d’un habillement exécuté dans le style des plus anciennes figures grecques. Quand il m'arrive de citer pour preuves, des médailles , je m'en réfère toujours à des originaux bien conservés , mais pas du tout aux gravures qu’on en adonnées, lesquelles sont presque toutes très-dnfidèles , dans la plus 'grande partie des ouvrages numismatiques,
(i) Buonarroti, Osservazioni ai medaglioni , ec., p, 90. La figure que l'on trouve sur un marbre avec l’inscription Spei , dans Boissard , Antiq.Rom ., tom. IV, p. i3o, est différente ; mais si le monument est autentique , la Déesse a tous les attributs qui conviennent à Cérès, invoquée, peut-être, comme l’Espérance, par les agriculteurs, Les habiles interprètes des pierres gravées du duc d’Orléans , ont donc eu tort de prendre les pavots et les épis pour des symboles affectés à l'Espérance , d'où
La statue en marbre de l’Espérance , renouvellée par Aquilius Dionisius et par Nonia Faustina , monument unique dans la ville Ludovisi (i), devait être aussi d’une antiquité grecque très-reculée. On peut connaître l’origine et la manière dans toutes ces figures, par le style des plis et par celui de la chevelure. Il est possible que les Latins ayent emprunté des Grecs d’Italie le culte de cette Déesse > qui fut très-vénérée, tant que dura la répu-
ils ont cru la reconnaître dans une demi-figure , aile'e avec le modium sur la tête, et tenant dans ses mains des pavots, des épis et un frein, toni. 1, pl. 88. Ce came'e représente une figure panthéenne avec les attributs de Cêrès , de Némésis, de la Fortune et de la Victoire.
(i) Winckelmann , Hist. de l’art, liv. VIII, ch. ir $ 20; l’epigraphe: Q. AQVILIVS • DIONYS1VS • ET . NONIA • FAVSTINIA • SPEM * RESTITVERVNT , peut aussi faire croire que la nouvelle statue a été refaite sur le dessin de l’ancienne , ce qui fait remarquer l’imitation de la manière antique. S’il y eut une statue de l’Espërance, sculptée après que les arts eurent déjà réuni dans la figure toutes les grâces et le plus d'action possible , et avant qu’ils fussent corrompus par de l’affectation, c’est certainement celle qu’on appelle la Flore Farnësienne, au bas de laquelle j’ai fait écrire le nom de l’Espérance , sur la belle gravure qu’en a faite Piranèse, parce que j’ai cru la reconnaître à ce mouvement de la figure qui leve le bord de sa robe , action que je crois avoir été donnée par les anciens particulièrement a cette divinité. C’est meme à ce signe que je retrouve encore l’Espérance dans une statue de la galerie Giustiniani, tóm. I, pl. 49*
blique romaine, et beaucoup plus encore sous les empereurs , quand elle devint la divinité tutélaire de leurs successeurs au trône , comme la Fortune le fut des empereurs eux-mêmes (i).
Si l’on voulait supposer que ces magnifiques candélabres eussent été dédiés par l’empereur Elius, fils adoptif, et choisi par Adrien pour lui succéder, et qu’il les eût placés dans le lieu consacré aux Lares, ou dans le temple Tiburtin de son père d’adoption, on aurait quelque raison particulière d’y voir l’image de l’Espérance et la Minerve Salutaire , l’une qui a rapport à l’état et aux circonstances dans lesquelles se trouvait placé Elius Vérus , ce qui fit de cette Déesse le type de ses médailles ; l’autre se rapporte à sa santé très-faible , qui trahit toutes ses espérances. Les trois Déités Capitolines, Mars, le père des Romains, Mercure, l’instituteur des religions, conviennent assez au culte et aux vœux d’un empereur.
(i) Les revers des médailles des empereurs m'autorisent à croire, que je puis en conclure que TEspérance était leur divinité tutélaire , comme la Fortune était celle des Augustes: et peut-être en avaient-ils des figures placées dans leurs chambres à lit , comme ils avaient coutume d’avoir la statue de la Fortune, en or, dans leur appartement. V. Julius Capitolinus, Antonin le Pieux , ch. 125 Marc-Antoine , ch. 7; SpavtianuS ) §everus , ch. 2 3.
Mais ces rapports sont trop vagues , et la critique sévère des antiquaires commence à repousser l’abus que l’on peut faire des conjectures hasardées.