PLANCHE IX
CoRYBANTES
Si les Corybantes, les Curètes , les Cabires» les Dactyles Idéens , les Telchines , et enfin les Mânes, les Lares, les Dioscures (i), ont
* Haut, quatre palmes, cinq onces ^ longueur dix palmes. On Ta trouvé dans le territoire de Préneste.
(i) Les Curètes postérieurs, c’est-à-dire, ceux qui en mémoire des anciens qui les avaient précédés, célébraient en l’honneur de la mère des Dieux la pyrrhique décrite par Lucrèce et par d’autres, comme nous le verrons, étaient certainement les mêmes que les Corybantes, puisqu’on leur donna ce nom à cause de l’agitation de leur tête pendant cette danse : comme le nom des Curètes vint de leur chevelure coupées, ou de leur âge $ car nous trouvons qu’Homère a fait usage du même mot pour signifier jeune homme. //. T, 193, 248. Que les Curètes et les Corybantes de la fable soient les mêmes «u non , c’est encore une chose fort obscure , quoique la plus grande partie des anciens eux-mêmes les confondent ensemble. Que l’on voie Scepsius dansStrabon, liv. X, p. 725, édit. d’Àlmeloveen. L’opinion qui les confond avec les Dactyles Idéens, avec les Cabires et les Telchins, est moins générale. Hygin, fab. CXXXIX, et Arnobe les confondent avec les Mânes ou les Lares $ et dans ce sens Apollonius de Rhodes en a distingué
as
été dans la théologie payenne des noms divers donnés à un sujet commun, ou s'ils correspon-
deux parmi les Dactyles Ide'ens , et c'est précisément le nombre des Lares ou Mânes appelés Titias et Cillenus, les seuls , dit-il, entre plusieurs qui conduisent les destins ( 1. 1127 ), ol (low'ot ïïoTièQV ptoipaye rai Tout ceci a rapport à l'influence que l’on attribuait aux Mânes ou Génies , sur les actions des hommes soumises à la fatalité ' d’où Virgile a dit 7 Jen. , VI , 745 : quisque suos paiimur mânes y et Horace, ep. II, 2, v. 187: Genius natale qui temperai astrum . La superstition, dans des temps postérieurs , multiplia ces Lares , Mânes ou Géuies , et au lieu de n’en compter que deux ; on finit par en attribuer deux à chaque maison , et par donner enfin à chaque personne de la famille deux Génies. V. Servius, sur VEnèide , lieu cité. Mais qu’on ait regardé les Corybantes comme les mêmes que les Dioscures , je ne crois pas qu aucun l’ait expressément dit} ce sont quelques anciens mythologues seulement , qui ont pensé que les Dioscures , les Dactyles et les Cabires étaient la même chose, et par cette raison, comme on y comprit aussi les Corybantes , les Dioscures furent confondus sous la même dénomination. Nous devons cependant observer que quelques faits dans les fables, sont dépendans de certaines opinions, en même-temps qu’ils sont contradictoires avec d’autres. Ainsi la fable des Curètes qui eurent soin de Jupiter dans son enfance , dépend de /opinion qui établît un différence entre-eux et les Dioscures, qui sont fils de Jupiter. Et les Dioscures ne peuvent être pris pour les Curètes, que par les auteurs qui donnent Jupiter pour père aux Curètes , et qui conséquemment n’admettent pas la fable, commune, de l’éducation de Jupiter enfant. De sorte que je ne puis adopter l’opinion du savant chanoine Foggini, qui croit que les deux Corybantes frappant sur leurs boucliers, dans le
Musée Pie-Clém . Vol. IV» 5
fiaient à l’idée qu’on avait d’être différens , quoiqu’ayant de l’analogie entre-eux, c’est une question inutile et indéfinissable. Les écrivains qui nous ont conservé les anciennes traditions du paganisme, ne sont point d’accord entre-eux, et offrent autant de variétés qu’ils en ont trouvé dans les opinions originales ; c’est ce qui a obligé Strabon (i), qui essaya à répandre quelque lumière sur ce sujet, à le laisser avec son obscurité primitive, et toutes les incertitudes qui l’environnent. Un mythologue qui voudrait se livrer utilement à un travail pour éclaircir cette inatière, devrait reçeuillir avec exactitude ces différentes fables , distinguer les anciennes de celles qui sont plus nouvelles , celles plus gé-*
beau bas-relief du Capitole, représentant ^éducation de Jupiter, sont les Dioscures eux-mêmes , ou les fils de Jupiter, Castor et Pollux, Mus . Capii. , t. IV, pi. VII.
(i) Strabon, liv. X, à propos des Cure tes , peuples de l’Eubée, insère une longue et savante dissertation sur les Curètes mythologiques. Ceux qui voudront avoir des lumières sur ce sujet de la fable des anciens, doivent lire avec soin celte dissertation , çomme parmi les modernes, les dissertations sur les Cabyres, par Guthberlet et Astori, dans les supplémens de Poléni, au Trésor de Grevius, tom. II, pag. 8s*.5y 870$ les notes de Muncker sur la fable ÇXXXIX dTiygin ; celles de Lambin sur le passage de Lucrèce que nous avons cité, et surtout celles de Spanhémius sur l'hymne de Callimaque à l'honneur de Jupiter. A ces auteurs on pourra ajouter toute l'érudition de l'ouvrage du chanoine Foggini, sriy k monument Capitolin indiqué ci-dessus.
aéraïement connues et répandues, en désigner les rapports analogues et les contradictions , indiquer la connexion et la dépendance quelles peuvent avoir avec d’autres aventures mythiques, enfin ne pas négliger de rapporter ni le trait historique qui leur appartient , ni les institutions, ni les rits qui en dérivent , ni les allusions aux vérités physiques et morales qu’elles contenaient dès leur origine, ou qu’on leur appliqua, fort ingénieusement, dans des siècles postérieurs.
Mais ce n’est pas un devoir indispensable pour l’antiquaire qui s’occupe de l’explication du monument qu’il a sous les yeux, de guider ses lecteurs dans les détours du labyrinte des fables, il suffit qu’il en extraye les notions et les principes les plus propres à faciliter la connaissance du sujet que représente son monument ; il peut se contenter de faire dessus les réflexions qu’il lui inspirera, et de marquer les rapports qu’il y découvre; mais il ne doit jamais perdre de vue le seul point, dont la dignité et l’importance dépendent principalement de ses lumières, c’est-à-dire qu’il doit consulter toujours l’histoire des opinions , des coutumes et des arts.
Le bas-relief grandiose, que nous allons examiner , nous représente les sujets que nous avons désignés par les noms de Corybantes ou Curètes. Pour le bien connaître, il nous suffit que Strabon nous ait appris que ces personnages ou Lieux, fussent-ils des Génies ou des
demi-Dieux, ou enfin des ministres des Dieux, étaient regardés comme formant le cortège de la mère des Dieux Rhée ou Cybèle , de la même manière qu’on faisait suivre la divinité , qui apprit h faire usage du vin (i), par une troupe de Faunes , de Bacchantes et de beaucoup d’autres Dieux champêtres. Il paraît cependant, ce qu’aucun auteur moderne n’a encore remarqué , qu’en outre de ces premiers , qui sont enveloppés d’une obscurité si grande dans la mythologie , il y en avait d’autres dans la JHirygie , qui étaient des ministres consacrés purement au culte de la Déesse , lesquels dans les jours de fête imitaient les mouvemens, les actions des anciens, et rappelaient ainsi leurs aventures et leurs entreprises. Un des faits qui avait donné de la célébrité aux Cor^bantes, dans la religion payenne, était d’avoir sauvé Jupiter enfant, en cachant ses cris à Saturne, qui voulait le dévorer , au moyen du bruit qu’ils faisaient , en frappant sur leurs boucliers avec leurs épées, de sorte que sa mère put le dérober aux recherches de son père , quelle réussit à tromper, en lui présentant une pierre enveloppée dans un linge , comme si c’était ce qu’elle venait d’enfanter (2). Cette fable fut
(1) Les Curé tes et les Corybantes , dit Sllabon , sont précisément les Satyres de Cibèle . ‘Ysr ipyo't TLVEÇ T oïç JuarvpoLç âyâhoyov , h c.
(2) M. ie chanoine Foggini parle très-au-long sur cette fable, Mus. Capitol. 7 loin. IV, pl. 6, où elle est représentée.
l’orìgine d’une danse armée * qu’on appela depuis Pjrrhique , par laquelle les Curètes qui succédèrent, et qui furent les Saliens de Cyhèîe, rendaient des honneurs à la Déesse, nonseulement par le choc fréquent de leurs armes, mais avec des mouvemens ou sauts rithmiques des pieds et de tout le corps, qu’ils accompagnaient par des halancemens de tête violens, que les plumes et les longues crinières de leurs casqués rendaient , en flottant , plus majestueux et plus terribles. Lucrèce qui décrit cette danse , distingue assez clairement les nouveaux Curètes de ceux de la fable (i).
Hic armata manus ( Curetas nomine Graii
Quos memorant Plirygios ) inter se forte catenas (2)
Luduntj in numerumque exsullant sanguine fleti (3), et
(1) Lucrèce, II, v. 629 et suiv.
(2) Cette leçon , tant discutée par les critiques , est celle qui mérite la préférence , non -seulement pour les exemples qu’ont adopté les commentateurs du mot restés employé par les Latins pour signifier la danse , mais même par la correspondance du latin catena avec le grec opgioç , qui , entre toutes ses significations, a encore celle d’être le nom d’un ballet spartiate , dans lequel entre la danse pyrrhique. Lucien , De saltatione.
(5) Cette coutume de se frapper dans les danses des Curètes n’a pas été remarquée par les commentateurs de Lucrèce. Orphée appelle le Corybante ( Hymn . Coryb. , Y. 6):
Qoinov diybChyPhra Kcbaiyvriv&v viso Staaòv,
« Tout rouge des coups de ses frères, »
C’est ainsi que postérieurement les Galles et les Bello naires se couvraient de blessures.
Terrificas capltum quatientes minime cristas Dictaeos référant Curetas , qui louis ilium V agitum in Creta quondam occultasse feruntur , Quum pueri circum puerum (i) pernice chorea Armati in numerimi puis are nt aerihus aera ,
Ne Saturnus eum malis mandare t adeptus, Aeternumque daret mairi sub pectore vulnus,
Scepsius aussi, dans Strabon (2), parle des Curètes et des Corybantes, comme étant des jeunes gens choisis pour représenter ce ballet guerrier, dans les cérémonies de la mère des Dieux. Il prétend même, qu’on les appela Corybantes , à cause du mouvement de la tête , qui était en usage dans cette espèce de danse, et auquel Lucrèce fait allusion , quand il les dépeint capitum quatientes ninnine cristas , en
(1) Orphée , Curetum tkymiama , v. 21: cO pov ÿCÔpoi dvroi : « Enfans avec Jupiter enfant. »
(2) Strabon, 1. cité: Thòavòv dé (pvpnv ô hge^ipioç
'Kvp'iyTaç pèv geai K opvpavTaç eîvai rovç dmovç , oî vtepi raç Ttfç pr/Tpôç tôv ^sqp dyiarelaç Ttpoç èpôir/liop opyriffiv geai Tròpo b rayyjdvsai TcapeiÀeppêvor
geai Kopv^avTeç de imô rov geopvjrrovrvç fiaiveiv Op%W<?riJCG)Ç : « Il est probable, dit Scépsius , que les « Curètes et les Corybantes étaient les mêmes jeunes « gens et filles que l’on choisissait pour la danse armée , « dans les cérémonies de la mère des Dieux. On les « appelle Corybantes , parce qu’en dansant, ils avancent « en remuant la tête comme s’ils voulaient se heurter. » Voilà donc les Curètes et les Corybantes historiques distingués de ceux de la fable. Lucrèce appelle les Curètes Phrygiens, et les distingue des Dittiens ou Cretois de la fable.
faisânt dériver leur nçm par une heureuse etimologie du mot grec HopvTCTO , corjpto (i).
Il semble prouvé, tant par la description quen font les classiques, que par l’examen du bas relief, que la danse que nous voyons sculptée sur ce marbre , est cette pyrrhique qui s’exécutait dans les cérémonies , en l’honneur de Cybèle.
Il y a six jeunes gfens armés, toüt-à-fait nus, ayant seulement Ja tête couverte d’un casque, orné de grands cimiers; ils soutiennent dessuà le bras gauche un bouclier ovale , et de la main droite ils tiennent leur épée. Cependant le sculpteur a omis de faire ces épées, ou pour éviter de les faire voir en raccourci, comme l’exige la position des mains , ou bien parce qu’elJes manquaient, ayant été dégradées par le temps , à quelques figures d’un travail antique ,
(0 Î^opVJtrù) signifie heurter, et se prend pour le mouvement que fait la téle en avant comme pour frapper contre une autre. Lucrèce a bien expliqué ce mouvement par le mot numem , synonime de nutus , signe qui se fait par une inclination de tête. C’est donc a tort que l’Almeloveen, sur Strabon, a cru que le MôpV'JtZSL'P des Corybantes était l’action de marcher la tête en bas et les jambes en l’air, danse de bateleur, et aussi peu convenable à la gravité de la pyrrhique , qu’à la dignité des divins Cürètes , que l’on voulait imiter , et qu’Orphée a appelés ( hymn . Curet , v. i ) î
'LmpTriruï K vpfireç evÓTvXta fi fi para Sépisç,
« Gurètes exécutant une danse armée. »
qui aura, peut-être, servi de modèle à Fati* teur du bas-relief (i). Si quelqu’un pensait que l’intention de l’artiste avait été de faire voir que les Curètes ne se servaient pas d’armes pour frapper sur leurs boucliers, mais qu’ils se servaient de leurs poings , je ne croirais pas trouver la moindre probabilité dans cette Opinion, quoiqu’on pût s’appuyer de l’autorité de quelque écrivain (2), et je me fonde sur les
(1) Les poignets de leurs mains droites sont tellement placés , que les épées ne pourraient pas être fixées sur le plan du bas-relief, mais formeraient un raccourci désagréable 5 ce que les anciens évitaient avec le plus grand soin. Donc les épées ont été, par cette raison, omises par l'artiste , ou il aura copié ainsi une figure antique de Corybante, à laquelle l’épée manquait, comme on le voit à tant de petites figures antiques de bronze , dans les Musées. Ne peut-on pas demander pourquoi le sculpteur n'a pas tourné les mains des figures , de sorte que les épées pussent rester fixées sur le fond du basrelief? Il n’était pas le maître de changer les attitudes de ses sujets ; elles sont telles que la pyrrhique les enseignait, et les anciens artistes avaient été si scrupuleux en copiant les positions des danseurs, que les plus anciennes statues servaient, comme nous le verrous, à enseigner les poses propres aux danses qui depuis plusieurs siècles n'étaient plus en usage.
(2) Ovide au 1. iv des Fastes , v. 207 et suiv. , iridio que ainsi la fable dont nous parlons :
Ardua iamdudum resonat tlnnitibus Ide ,
Tutus ut infanti va già t ore puer;
Pars cljrpeos manibus , galeas pars tundit inanes + Hoc Curetes habent , hoc Corybantes opus .
témoignages multipliés de l’autre usage , et de cette prévention, rarement trompeuse, que fait naître le premier eoup-d’œil , et qui est confirmé par la réflexion, que si ces danseurs devaient frapper leurs boucliers seulement avec les poings , ils eussent du donner à leurs bras, à leurs pouces, d’autres positions, pour exécuter ce mouvement. Les danseurs sont disp ses par couples, l’un près de l’autre, de sorte que l’un présente la poitrine et l’autre les épaules; mais quoiqu’ils soient en nombre pair, il n’y reste que deux couples seules complettes. Le premier et le sixième, qui sont aux extrémités du bas-relief, font désirer leurs compagnons , et indiquent que ce morceau faisait partie d'une frise plus longue, tout entière, ornée de figures ainsi alternées (i). L’attitude que Par-*
C’est la leçon de toutes les anciennes éditions et de 1& plus grande partie des manuscrits. Elle a été rejetlée cependant dans les meilleures e'ditions ; et au lieu de manibus , d’après l’autorité' de quelques exemplaires , et sur les pas de Firmien Lactance, qui en citant ce passage y lit sudibus , on a substitue' le mot, qui paraît 1© plus convenable, rudibus. On sait que le rudïs e'tait une épée faite en bois. Si on veut s’en rapporter à l’ancienne leçon , on pourrait croire que les Corybantes de notre bas-reiief faisaient retentir leurs boucliers en frappant dessus avec les poings.
(i) Rien n’est plus varie' que le nombre des Curètes 9 selon les diffe'rentes opinions. Ceux qui les confondent avec les Dioscures les limitent à deux, d’autres en coiup* tcnt trois, comme Proclus, Orpbe'e et les médailles $
tiste a choisi pour le moment , indique sur le champ une danse. Chacune des figures est représentée tournant sur la pointe du pied sur lequel elle repose : l’épaule droite et le bras semblent donner l’impulsion au mouvement, en portant le bouclier en avant, soutenu sur le bras gauche. Les figures sont dessinées et exécutées avec tant d’art, qu’on en développe, pour ainsi dire, chaque mouvement ; et il semblerait que dans celui qui suivra elles vont se trouver dans une position contraire, et qu’après avoir frappé les unes elles autres sur leurs écus, elles changeront de compagnon en se retournant.
Apollonius nous décrit dans le I ch. des Argon, une danse semblable, qui se célébrait par ces héros en l’honneur de Cybèle: et il dit qu’ils sautaient, tout armés, en cadence et
Spanhémius , ad Callirrtach. , 1. cite. Ceux qui veulent que ce soit les memes que les Dactyles Idéens , eu comptent cinq; comme Pausanias, El. I, 7. D'autres , que l’on peut voir dans le scoliaste d’Apollonius , en comptent onze, et même jusqu’à cinquante-deux, les divisant en deux classes, droits et gauches. Selon ce grammairien, quelques-uns les faisaient des deux sexes, d’autres mâles et d’autres femelles. Et précisément on voit des femmes Représentées dans l’action de Corybante sur une médaille de Macrin , battue à Seleucie , dans l’ouvrage de Peîlerin, Lettres , etc.y pi. I, 6, lequel n’ayant pas vu le passage du scoliaste dont nous avons parlé, ne sait comment expliquer ce type extraordinaire, et croit que ce soiï| des épouses de Corybantes.
frappant leurs épées sur les boucliers (i). Lucien et Denis d’Halicarnasse parlent également de cet usage de frapper avec les épées , pour la naissance de Jupiter, et qui fut imité ensuite dans les fêtes consacrées à la Déesse , selon Scepsius (2): nous remarquons la même chose sur les monumens (3), et Lucrèce nous l’indique lorsqu’il nous rappelle les Curètes : puisantes aeribus aera (4)« En outre, quand ces écrivains-
(1) Apollonius de Rhodes , Argon, y I , v. 11 34, décrit ainsi la danse des Argonautes en l’honneur de Gibèle:
.... A pvSiç dè vèoi ‘Optptfoç dvéfp'ft hnaipovreç farappòv èvóit?uov óp^mvTO ,
Kaì adxea ì;tipèe(r<nv htèmvTZov.
« Les jeunes gens dansèrent par Tordre d’Orphée, exé* « cutant une danse arme'e , et firent retentir leurs « boucliers en les frappant de leurs épées.
(2) Lucien , De saltaiione ; Oftùoiç iïè dvTQV %
opyjyioiç tfv rd tycpï? perai;v xporovv tqv iïpôç rdç damò a ç , Mai ‘jtridàvTQV evSeôv Tt Mai ütoÀzpiMOV ; « Leur danse s’exécutait avec des armes; ils frappaient « les uns et les autres leurs épées sur les boucliers , et « ils faisaient leurs pas avec un certain enthousiasme « et un air guerrier. » Denis d’Halicarnasse, 1. Il, le rapporte de même, avec la différence, qu’il donne des poignards aux Corybantes en place d’épées, eyyeipîdia.
(3) Voyez le bel autel Capitolin, Musée Capitolin , tom. IV , pi. VI , et les médailles rapportées ou citées dans l’explication. D’autres écrivains anciens , comme Apollodore , les font frapper sur leurs boucliers avec des lances au lieu d’épées.
(4) Par cette raison les Curètes sont appelés yrOiMO- MpoTOL , aericrepesy par Orphée, et révisa
nous parlent de cette action du choc des épées , ils ne manquent pas aussi de parler des mouvemens réguliers que Ton donnait a tous les membres, et ils indiquent plus particulièrement ceux des pieds, ce qui constitue vraiment la danse (i). Les figures de notre bas-relief ne laissent pas douter en aucune façon que les positions étaient étudiées et les mouvemens rythmiques.
Le nom quJ Apollonius donne à cette danse est générique: ^r/rapptoç evônTuoç, ce qui signifie danse année. En un mot , elle eut le nom de Pyrrhique , qu’elle emprunta précisément de Pyrrhus , l’un des anciens Corybantes (2).
frappant les armes , par Callimaque , Hymn. in Iov. , v. 53. Sic geminant Corybantes aera dii Horace, liv. I, od. XVI , v. 8.
(1) Voyez Lucien et Strabon aux passages cités. Le scoliaste d’Apollonius aussi explique ainsi le mot /hp- T appiôç employé dans le texte , pour signifier la danse : B ^rappiòv tt?i> opyyi<nv % apd ryv appôchov (?â<nv dvtôv À êyei Sè r ry vvv scvf ipiyyiv opyyiviv : « H aP~ « pelle la danse betarmon , à cause de leurs pas combi- « nés, et il parle de celle qui maintenant est appelée « Pyrrhique. »
(2) Pausanias , Laconica , XXV. D’autres prétendent que Pyrrhicus était un Spartiate, Athénée, XV, ch, 7 : quelques-uns veulent que cette danse a pris son nom de Pyrrhus , surnommé Néoptolème , fils d’Achille, Diomède , liv. III, parce que l’un de ces personnages avait contribué à lui donner la forme dont elle fut executée postérieurement dans la Grèce. Cette danse s’appelle en-
Je crois assez vraisemblable qu’on puisse lui donner le nom particulier de æiphi$mos,h<pnr{iôc , que nous savons avoir appartenu à une espèce de Pyrrhique, et qui dérive surtout des épées que Fon frappait les unes contre les autres (i). Mais le silence si grand de tant d’écrivains, qui n’ont pas été au-de-là, en nous parlant de cette danse, que de nous en apprendre le nom, ne permet pas de rien assurer de plus.
Nos Corybantes ont été, peut-être, placés comme ornement dans un temple de Jupiter , parce qu’ils l’avaient sauvé par leur danse, ou bien aussi dans un temple dédié à la mère des Dieux, ayant été attachés aux cérémonies de son culte. Ceux des anciens écrivains qui regardèrent la fable de l’enfance du maître des Dieux comme indigne de sa majesté, ont cherché d’autres motifs et une cause différente à
core wpvùiç et np^T Fline , IL N., Vit, 57, et Soliti , eli. XI, font une distinction entre X armala saltano, et la pyrrhique, comme si celle-ci s’exécutait à cheval : cette opinion est combattue cependant par Hésy- >chius dans le fl Vppt^lÇeiV , par Athénée et tous les auteurs grecs. Il est possible que ces deux écrivains latins se soient formé l’idée de la pyrrhique, dont les Grecs avaient déjà perdu l’usage , d’après les courses et les jeux Troyens qu’on exécutait à Rome.
(1) &i(pi<rpQÇ , danse des épées , c’est le nom d’un genre particulier de pyrrhique dans PoìluX , IV , 991 Hesychius , v. %i(piÇùv* l et ^Kpurpôç ? et Athénée, XIV, 7.
ces rits des Curètes. Lucrèce les a cru introduits pour pouvoir exciter un courage guerrier aux spectateurs par ce tableau de fête militaire :
A ut quia significant divani praedicere ut armis Ac v ir tute velini patrìam de fender e terram Praesidioque parent decorique parentibus esse .
Strabon va plus loin chercher les motifs qu’eurent les instituteurs des religions , pour mêler à leurs fêtes le mouvement des danses f réuni à l'harmonie musicale, au bruit cadencé des tambours et des armes, et accompagné de cris de joie, au moyen desquels ils mettaient presque hors d’eux-mêmes ceux qui célébraient ces fêtes, en inspirant un grand enthousiasme à ceux qui y assistaient. Il regarde cet abandon de tout espèce de travail , cet oubli momentané des misères de la vie humaine , comme très-convenable pour honorer dignement la divinité. « Quelques-uns ont dit, ajoute-t-il (i), et fort « a propos, que l’homme imite plus les Dieux, « lorsqu’il devient bienfaisant j mais on pour- « rait dire avec plus de raison, que c’est lors-
(i) Strabon, 1. c. , pag. 717: Eu fJbèv yàp sip^Tai Ttal TOVTO tovç âvSpôcvvç tôts pd/turra pipi slogai rovç èeovç. òrav èvspyerôcnv aptsivov (? àv Àsyoi •ziyç orav èvdaiptovcjcrit Et il ajoute : Toiovrov dè t ò
TtCtjLpSLV , Mal TÒ <plÀO(TO(p£ÌV Hat OÆïEcfàoA ;
« Car il devient heureux par les jouissances , au milieu « des fêtes , par le secours de la philosophie et de la « musique. »
« qu il est le plus heureux possible lorsqu’il les « imite davantage. >»
11 me semble que ceux qui ont cru que la pyrrhique avait été consacrée dans la religion payenne, comme un exercice qui pourrait inspirer avec ardeur l’art militaire, ont bien mieux raisonné en considérant le but qui convient à des républiques. En effet , l’habitude de porter avec facilité et avec aisance le poids des armes, d’exécuter tous les mouvemens avec adresse, de poursuivre ou de s’échapper avec agilité, de varier ses attitudes , ses mouvemens , sou action, selon le besoin, et en un moment, tout cela était un exercice extrêmement important pour les guerres chez les anciens (t). Platon recommande, à cette intention, dans ses loix (2) la pyrrhique; et tous les écrivains sont d’accord avec lui , pour faire valoir les avantages que la guerre peut retirer des danses avec les armes. Les Spartiates, qui étaient le peuple le plus guerrier de tous les Grecs , s’exercèrent en effet dans la pyrrhique , plus que les autres nations, et leurs mouvemens, en attaquant l’en-
(1) Homère, II. Il, y. 617, donne ces avantages k Mérion ; et Lucien, lieu cité, observe que ce héros Iv tô ‘jto’kefjidv ÿevpôr^TOj naï èvpvS{iiav ôp^aeoç çVETtTVTZO •* « Avait acquis par l'exercice de la danse, de « l’agilité dans les combats, et une dignité propre aux « mouvemens guerriers. »
(2) Placo , Legnili , liy. VII.
nemi, ressemblait presque à une danse (i). La. pyrrhique tomba, comme il arriva peu- à-peu de toutes les autres institutions de la Grèce, et l’on observa quà mesure que se perdit l’usage de cette danse, ou vit aussi diminuer la valeur des habitans , et négliger l’art de la guerre (2).
J’ose assurer que le monument que nous voyons, est le seul qui nous reste de cette institution fameuse et si utile. Il doit donc être pour nous aussi précieux, aussi cher, que le furent aux anciens, ces images de la plus haute antiquité , qui apprenaient, à ceux qui cherchaient avec empressement à connaître les anciennes coutumes, la figure et les positionsdes danses, dont l’usage était perdu (3).
(1) Lucien, lieu cite', dit que les Spartiates a%avra liera {ivovv %oiov(nv , dypi rov no?ieii£Îv tfpôç
ov na\ pvSpbôv xai evranrov epSamv rov vroÔ'ôç: a Font tout avec la musique , jusqu'à combattre au son « de la flûte, et en temps mesuré, surtout avec des v mouvemens de marche règles. »
(2) Athénée, XIV, c. 7: ’E ÀiJtova^ç âvrtfç (rvpftêf$rïxê ZColêiL'SÇ HaraXv^nvai : « L’art de la guerre se perdit a lorsque la pyrrhique fut abandonnée, a
(3) Àthénce, XIV, ç. 6.