‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 53 sur 55 · PLANCHE B · texte numérisé non relu

PLANCHE B

Les quatre numéros de cette Planche B. I. offrent, sous différens aspects, le très-beau vase de terre de la galerie du Grand Duc , dont nous avons parlé à propos de la planche XXXII , note (i), p. 226 et 227.

Num. 1. Ce sont les figures qui sont peintes autour du cou de ce vase. Elles sont remarquables par les épigraphes grecques qui existent encore au-dessus de six d'entre-elles > et probablement chaque figure était anciennement ainsi marquée. Nous avons déjà donné ces épigraphes dans un autre endroit ; mais le lecteur peut ici les observer écrites en caractères plus semblables aux originaux : c'est une espèce de

caractère courant et minuscule , bien que le défaut de lettres longues, commele H et le que Ton remarque ici comme dans les autres épi* graphes qu'a donné Mazzocchi, fasse voir qu'ils ne sont pas d'une haute antiquité. Néanmoins l'usage de l'E pour l'H se trouve sur des monnoies d'Athènes peu antérieure au siècle d'Alexandre. Cela peut faire croire que l'époque de ce vase précède de quelque peu cet âge 9 attendu son élégance très-remarquable , et peut faire présumer qu'il sort des fabriques de poterie d'Athènes , qui avaient dans ces temps là une grande réputation (Athénée, Deipriosoph.Y). J'ai cru que le sujet faisait allusion aux Thesmophories , et j'ai avancé les motifs de cette conjecture: il faut à présent ajouter quelques observations sur la figure de Callias que j'ai supposé être le Stéphanophore. Le savant érudit monsieur Du-Theil, dans une dissertation qui se trouve dans les Mém. de VAcad. des Iscript. et de belles lettres , toni, xxxiv in 4.0 , a établi que la surintendance des ïhesmophories , n'est dû qu'à l'imagination de Meursius. Il est vrai que sur une inscription grecque il est parlé du Stéphanofore de Gérés Thesmophore , mais on ne doit pas pour cela , dit monsieur Du-Theil, en inférer que le Stéphanophore présidait les Thesmophories , auxquelles il n'y avait d'admises que les femmes , et ou ne paraissait jamais un seul homme. Quant à moi, je pense qu'il faut distinguer les mystères et les cérémonies

secrètes des Thesmophories , d'avec les fêtes qui se célébraient à cette occasion. Les mystères étaient célébrés par des femmes, en secret, et aucun homme n'assistait à ces fonctions , qui n'étaient réservées qu'à elles. Les fêtes étaient publiques, et elles consistaient dans des processions, des sacrifices, mais il n'était pas défendu aux hommes d'y prendre part 3 elles pouvaient même être dirigées par un ministre , qui , à raison de la couronne qui le distinguait, aura pris le nom de Stéphanophore. Cependant nous ne donnons l'explication de ces figures, que comme de simples conjectures ; et si quelqu'un voulait y reconnaître plutôt les solemnités d'un mariage , et un Cupidon, ou l'Hymen , dans le Génie ailé, au lieu d'Hégémone, Génie des Mystères , je ne le lui disputerais pas. J'ai seulement préféré de m' attacher à mon opinion , parce qu'alors il y aurait quelque rapport avec la fable de Phèdre et d'Hippolite, qui me paraît certainement représentée sur ce vase, et surtout eu égard à la chastété tant recommandée dans les Thesmophories. Il est bon de remarquer que les figures peintes sur le beau vase de la collection d'Hamilton (tom. I , pl. 32 ), que monsieur d'Hancarville a interprétées eu leur donnant les noms de Paris et d'Hélène , sont précisément le même sujet que présentent celles dont il est question dans ce n. I , et j'y reconnais aussi , suivant mes conjectures , le Stéphanophore couronné , les deux matrones

présidentes , en outre les corbeilles consacrées pour ces fêtes , et le Génie des mystères.

B. I , num. 2. Le groupe dessiné sous ce numéro est sur le corps du vase, et il représente Phèdre qui , encouragée par les discours de la vieille nourrice , déclare sa fatale passion à Hippolite , qui reste iuterdit d'étonnenient. Le désordre de Phèdre est ici vivement exprimé.

Num. 3. On a dessiné ici la forme générale du vase , pour qu'on puisse en admirer la simplicité et l'élégance, et pour donner l'idée de la disposition des histoires qui sont peintes dessus.

Num. 4- Hippolite , adorateur de Diane , et comme elle dévoué à la chasse , se voit ici vêtu en chasseur, cherchant à fuir les empressemens incestueux de sa belle-mère. Envain la vieille nourrice essaye de le retenir. On observera que celle-ci a la tête coiffée d'une espèce de bonnet , que les Grecs et les Latins ont appelé mitra, comme nous l'avons dit dans le tom. I (pag. i42î note 2). Nous retrouvons cette coiffure dans plusieurs figures de vieilles, comme àHécube, sur beaucoup de monumens, à cette nourrice de Phèdre , sur presque tous les bas-reliefs, dans l'ancienne peinture citée pl. XXXII , pag. 200 , à la nourrice des filles de Niobé , sur un beau sarcophage du Musé? Pie-Clémentin. Ceci se rapporte avec l'antique usage dont parle Ovide ( Fast, iv ) à propos

de Cérès transformée en vieille; il no négligé pas de parler de cette manière de se couvrir la tête :

Simular et anum, mitraglie capillos Presserai.

Et de Vertumne qui prit la figure d'une vieille, il dit ( Métamorph. xiv):

Redimitus tempora mitra

Assimilavit anum.

Ce dessin est fait avec beaucoup d'exactitude. Hippolite est représenté comme un beau jeune homme , imberbe , et non pas comme dans la gravure donnée dans Demster et Passeri , où il est dessiné avec la barbe (i).

B. II, num. 5. Cet joli bas-relief appartient h présent au célèbre graveur M. Volpato. On y voit Bacchus trouvant Ariane abandonnée. Si l'on observe la figure couchée de cette héroïne, on verra qu'elle est la même que notre statue dite Cléopatre. Jusqu'à la couverture posée sur une partie de la tête , qui est seni-

(r) La femme qui sembîe s'opposer au départ d'un guerrier 7 d'un chasseur, ou d'un voyageur (pl. ï7 num. '2 et 4 ) se voit souvent dans les peintures des vases. La figure d'homme qui est entre les deux femmes paraît avoir un tliyrse. Cette observation me porte à croire moins vraisemblable l'explication que j'ai donne'e à toutes ces figures ; en les rapportant à la fable d'Iiippoiile» Au reste ; il n'y a souvent aucune correspondence en ire les sujets peints sur les faces du même vase»

blable à celle de la statue qu'on le compare avec la pl. XLIV , pag. 5i6.

B. lil , num. 6. Ce groupe est pris dans le Las-relief que l'on trouve pl. lxxi de YAdmiranda. C'est un Bacclius barbu , ou Bacchus Indien comme l'appellent les mythologues. Il est accompagné par des Faunes et des Silènes, et il se fait ôter par un Faune ses chaussures , crepidae, pour s'asseoir sur le lit préparé pour le banquet. Les antiquaires modernes qui ne se donnent pas la peine d'observer, ne faisant nulle attention à tous les attributs Bacchiques de son cortège , en ont fait le Trimalcion de Pétrone Arbiter. D'autres écrivains anciens, également inconséquens, ont suivi la même erreur, et en ont fait un Sardanapale , que son goût pour les plaisirs et la mollesse a rendu fameux. Quoiqu'il en soit, le rapport qui existe entre ce Bacchus et notre statue , qui porte l'épigraphe CAPAANAîXAAAOC , paraît avec évidence au premier coup-d'oeil. V. la pl. XLÏ, pag. ^57.

B. IV, num. 7. Voici le bas-relief du Musée Carpegna, maintenant au Vatican; il fut expliqué par Buonarroti ( Osservazioni sopra i medaglioni, ec. , dans le Triomphe de Bacchus , p. 447 )> et nous en avons donné nouvellement une explication à la pl. XXVI, n. 3, p. ig4« Le présent dessin, moins élégant que celui de Santi Bartoli , est une copie plus fidelle de l'original. J'ai donné les motifs qui me font y

Musée Pie-Clém. Vol. II, a4

reconnaître un célèbre acteur tragique. Il n'est pas encore suffisant de rappeler, à F appui de cette opinion , les combats de talent que se livraient les acteurs , et les honneurs qu'on accordait à ceux qui surpassaient leurs rivaux, mais il faut bien plutôt citer une inscription inédite, trouvée il y a peu d'années dan» la ville Moroni, près de la porte S. Sébastien, et qui est aujourd'hui dans le Musée Pie-Clénientin ; la voici :

nOflAIQS . SESTI

Aios • nonAiOT

YIOS • AHMHTPIOS TFArûAOS • ANIKHT02

C'est-à-dire : Publias Seœtilius Publii filius Demetrius Tragoedus invictus. Et ce bas-relief représente un pareil acteur tragique vainqueur.

B. V, num. 8 et 9. On voit, sous ces deux numéros, deux images de Bacchus barbu. La figure qui est seule, est gravée sur une topase précieuse qui a appartenu au Musée Carpegna, qui est à présent à celui du Vatican, et publiée par Buonarroti (Osservaz. sopra i medaglioni, ec.j p. 44° )• Elle représente Bacchus barbu , vêtu d'une tunique, ou plutôt de la stola des femmes, coirne le prétendu Sardanapale, auquel il ressemble même par le profil du visage et par rajustement de ses cheveux. Il tient dans sa main le cantharus 9 comme l'a le Bacchus

barbu de la cassette de Cipsele, v. 1 g, décrite par Pausanias. Quelqu'uns ont appelé ces sortes de figures des prêtres de Bacchus, et le camée dessiné n. 8 prouve qu'elles représentent la divinité elle-même. On voit la même figure dans la gravure décrite , placée sur une base et sous un arbre , à laquelle un Faune et une Bacchante préparent le sacrifice d'une chèvre. Ce camée d'un travail admirable appartient au cabinet du prince Stanislas Poniatowscki.

Deux figures semblables sç trouvent dans le Musée Odescalchi au n. 17 et î8- elles sont gravées sur deux pierres. Celle du n. 18 paraît une copie en profil de notre Sardanapale, tant dans la masse de la draperie dont il est couvert, que dans la disposition des membres. Le P. Galeotti les a expliquées, et les appella des prêtres de Bacchus. Qelquefois ces sortes de figures ont le modius sur la tête. Le bel hermès de Bacchus barbu de la ville Negroni , aujourd'hui appartenant à M. Jengkins, avait cet attribut : on le voit aussi à deux figures semblables sur le beau sarcophage, représentant une Bacchanale , qui est dans la galerie de S. E. le cardinal Casali.

B. VI, num. 10. Cette statue curieuse de Didon , dont nous avons parlé à la pl. XL , pag. ^55, est dans le palais Barberini, ou on lui donne le nom d'Ariane. Les pieds sont antiques ; l'un est chaussé, l'autre nu: et à ces signes j'ai pu la reconnaître pour Didon. Le

poignard a été ajouté dans le dessin. La ressemblance parfaite qu'elle a avec notre statue est évidente.

B. VII, num. 11 et 12. J'ai placé sous ces deux numéros les deux diverses médailles de Tarsos , qui nous offrent la figure de Sardanapale , telle qu'on la voit à Anchialos , ville ruinée de la Cilicie, près de Tarsos j cette figure est *sculptée sur son tombeau. On peut alors découvrir le peu de ressemblance qu'elle a avec la statue appelée Sardanapalè.

Il est utile d'appuyer l'explication que l'on donne à ces empreintes, comme représentant ce roi fameux , explication produite par Beger ( Thesaur, Brandeburg., tom. I, pag. 607 ), et révoquée en doute par Gronovius ( in Arrian de eocpedit. Aleocandri 3 liv. n , ch. 5 ). En outre du geste de la figure qui a une main élevée , geste qui s'accorde avec la description que donnent Strabon ( liv. xiv ) , Suidas ( dans 2iap$avâ7ta?.oç et dans 'O^W), et Athénée (liv. xn, 7 ), de l'image de Sardanapalè à Anchialos , lequel avait la main ainsi élevée comme voulant faire un claquement de ses doigts : on doit observer que tous les écrivains qui parient de cette figure, s'ac- €Ordent à dire qu'elle fut sculptée sur le tombeau même de Sardanapalè. Voici qu'une des deux médailles nous l'indique précisément, sculptée sur la face d'une pyramide, forme adoptée pour les tombeaux. De plus, Strabon nous ap-

prend que ce n'était pas une statue, comme on le croit communément , mais un bas-relief, tvkoç faiïifoc ( Strabon, 1. cité, et Athénée xn, 7 ), et la médaille du n, 12 nous la montre aussi en bas-relief. Finalement Suidas dans'O^vûi nous décrit le Sardanapale de ce monument vêtu à la manière des Lydiens, et en robe courte ( dve&o'iié'pov Avdïo'Ti ): la figure des médailles, que l'on prétend être Sardanapale, est aussi en tunique courte ; elle est en ceci trèsdifférente de notre statue, et précisément avec l'habillement Phrygien, qui ne se distingue pas de celui des Lydiens. Nous voyons un carquois à la figure des médailles; et les rois d'Assyrie se représentaient avec le carquois , d'où Juvenal a donné à Sémiramis l'épithète de pharetrata.

En admettant donc que le type de ces médailles de Tarsos nous représente Sardanapale, la différence qu'il y a entre notre statue est trop grande pour y reconnaître un même sujet. ( Y. la pl. XLI, pag. 267 ). Le Sardanapale des médailles est sans barbe, notre statue a de la barbe; le Sardanapale des médailles est en tunique courte, la statue est parée de la tunique longue, talaris, très-ample. L'un et l'autre pouvaient avoir le même geste, et quelque attribut Bacchique pareil , qui auront été la cause de l'erreur anciennement commise par celui qui a gravé sur notre Bacchus barbu le nom de Sardanapale.

Néanmoins Winckelmann , qui a parlé d'un

autre Sardanapale, point efféminé, n'annonçant pas la mollesse, au contraire, guerrier audacieux, a cru retrouver dans la statue le même que ce dernier, et il n'a pas observé que ceux qui veulent distinguer plusieurs Sardanapales , voyent justement daiis celui-ci la figure d'Ancliialos, qui est très-différente de notre statue.

Quant à la multiplicité des Sardanapales, elle ne prend son origine, sans doute, que dans l'obscurité et l'inexactitude des notices que les Grecs avaient sur l'histoire des Rois de l'Orient. Ils ont su que l'une des grandes révolutions de l'empire Assyrien avait eu lieu sous Sardanapale ; ils auront confondu ces révolutions , et ils ont toujours donné le nom de Sardanapale au roi qui en fut la victime , sans faire attention qu'il y eut une grande distance entre l'époque de la première et de la seconde de ces révolutions.

Les académiciens français qui ont prétendu prouver que le Sardanapale, dont le tombeau se voyait près d'Anchialos , était un autre que le dernier roi de Ninive , se fondent précisément sur le sépulcre de ce roi, qui se trouvant dans la Cilicie , ne pouvait renfermer les cendres d'un corps brûlé à Ninive. Ce raisonnement est peu solide ; car le monument élevé à Ancliialos, dans la Cilicie, pouvait n'être qu'un cénotaphe ; d'autant plus que Strabon, Ai rien et Suidas se servent seulement du mot ^^ttó&, monumentimi , et non pas du mot rdpoç , sepul-

ci um. Et d'ailleurs nous avons beaucoup d'exemples de sépulcres d'hommes célèbres, dans lesquels ils ne pouvaient pas certainement être ensevelis , soit parce que cela eût été en contradiction avec l'histoire , soit parce que l'on yoyait dans différens lieux, et même très-éloignés les uns des autres, le sépulcre du même héros. Denis d'Halicarnasse parle de plusieurs sépulcres d'Enée , tous faux ; et Pausanias nous découvre la même imposture dans beaucoup de monumens de ce genre pour des héros grecs; ce qui est une preuve suffisante de notre explication.

Les habitans d'Anchialos auront érigé un cénotaphe à Sardanapale , parce que cette ville , ainsi que Tarsos sa voisine, avait été réconstruite par ce monarque. L'inscription placée dessus, était ou copiée de celle du sépulcre de Sardanapale à Nivive, dont parle Amyntas dans Athénée xi! , 7 , ou elle avait été composée exprès par quelque littérateur Assyrien , nation qui gouvernait la Cilicie ; et il la rédigea d'une manière relative aux maximes et à la mollesse de ce roi fameux, dont, après tant de siècles, et malgré l'opinion générale de toute l'antiquité, la morale fut défendue par plusieurs célèbres littérateurs français MAL Fourrnont , Bouhier ( Disert sur Sardanapale, après le commentaire de cet écrivain sur les Tusculanes de Cicéron), Freret ( Mém. de Vacad. des inscript., tom. IV in-4.0 ) , de Brosses ( Mém. id. , tom. XXI iu

4°) et aussi M. de Guignes (Mém. id., t. XXXIV in-4-° ), comme si c'était une chose extraordinaire qu'un despote de l'Asie eût fait des plaisirs sa principale occupation.

La première des deux médailles est prise dans Beger ( Tesaur. Brandehurg , L c. ), la seconde est copiée du même livre , après l'avoir cependant comparée avec deux médailles presque pareilles , que l'on trouve chez M. Onorato Caetani , et qui font partie de la suite des médailles antiques qui représentent des édifices , et qui servent d'éclaircissement pour l'histoire de l'architecture , recueillie par ce savant prélat.

Fin du tome second.

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