‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 52 sur 55 · PLANCHE A · texte numérisé non relu

PLANCHE A

Les médailles grecques rapportées pl. A. I, n. i, et pl. A. II, n. 4> prouvent que l'explication qu'a donné Winckelmann de la statue d'Hercule avec un enfant sur les bras, qu'il croit être Ajax, bien que vraisemblable et assez fondée, n'est pas conforme à l'idée qu'eurent les anciens, qui imaginèrent et firent exécuter ces médailles, lesquelles ont un rapport trèsévident d'identité avec le sujet de cette statue. On voit aux pieds d'Hercule la biche dans la médaille de Tarsos au n. i , qui a été produite et expliquée par Pacciaudi dans la première partie de ses Monumenta Peloponnesiaca, et il semble que l'enfant tende la main vers l'animal débonnaire , avec cette affection enfantine que l'on éprouve à cet âge pour ses nourrices. L'enfant est donc Télèplie et non pas Ajax. La médaille des Midéens , qu'a publiée le Vaillant parmi les grandes Médailles

de Vabbé De-Camps, dans Julia Pia, offre le même groupe. Le Vaillant a vu dans l'animal le célèbre cliien d'Hercule, mais peut être que le défaut de conservation de ce morceau antique, joint à l'inexactitude de cet antiquaire dans ses observations , ont été cause qu'il a changé la biche qui a nourri Télèphe, pour en faire le chien d'Hercule. Il est certain que les Midéens habitaient les campagnes Teuthratiennes sur lesquelles ïélèphe avait régné , et c'est pour cela qu'il est vraisemblable que ces peuples auront gravé sur des médailles l'origine Herculéenne de leur héros.

Nous avons déjà remarqué, que d'après les auteurs qui nous restent, Hercule n'a pu voir Télèphe encore enfant, mais il y a, peut-être, des variétés dans les traditions mythologiques ; ou bien ceux qui avaient intérêt de faire honneur à ïélèphe , lui ont attribué les groupes d'Hercule et d'Ajax , en y ajoutant la biche. V. la Pl. IX.

À. I , num. 2. La superbe pierre gravée de Teucre, du Musée Médicis ( Muséum Florent 3 Gemmae , tom. n, pl. v), peut nous donner, à-peu-près , une idée de ce qu'était chez les anciens le Torse fameux du Belvédère. V. la pl. X. Que l'on suppose la composition en sens contraire , ou comme on dit en contr-épreuve ; que l'on place la figure de femme plutôt à côté d'Hercule, que devant lui, comme elle est; et qu'on élevé le bras du héros qui s'appuye

sur la pierre, sur laquelle il est assis, comme pour caresser son épouse, alors nous aurons tout le groupe antique du Torse. D'habiles graveurs en pierres fines ont fait souvent de semblables changemens pour appliquer à leur gravure les figures, ou les groupes qui avaient été avant composés, ou pour la sculpture ou pour la peinture. Nous en avons donné la preuve et l'exemple dans le Discobole de Miron à la pl. A. III, n. 6 de notre premier tome.

A. Il , num. 3. Yoici la pierre gravée du repos d'Hercule dans le cabinet du roi, laquelle, à ce que croit M. l'abbé Fea, peut nous donner une idée de l'état où était anciennement le Torse ( Winckelmann , lîist. de l'art, 1. X , ch. 3, § 1 4 5 n- (^)- il en existe une autre, peu différente , dans le même cabinet ( Mariette, Traité des pierres gravées, II , pl. 84 et 85 ). L'une et l'autre donnent à la figure une disposition dans les bras telle, que l'on répugne absolument à y trouver l'idée que nous indiquent les restes de la statue antique ; et elles ne peuvent être comparées à la composition de cette admirable figure. Yoyez la planche X.

A. Ili, A. IV ^ num. 5 et 7. Ces deux numéros nous représentent deux images inédites de Némésis. Les médailles grecques qui prouvent le sujet sont si répandues dans les collections , et dans les livres de numismatique , qu'il est inutile de les reproduire. La figure

num- 5 est tirée da bas-relief d'un beau va$e qui appartient au prince Chigi , et dont nous avons parlé à la page 106. Elle a le bras droit dans l'attitude de présenter la mesure de la coudée, et elle tient une branche d'arbre dans la main gauche. On a établi la question de savoir, si la branche que l'on voit à Némésis est de frêne ou de pommier , parce que la ressemblance des deux mots (i^Àsa et (itfXia , qui désignent ces deux arbres , rend les passages des écrivains grecs à ce sujet , fort douteux et équivoques. Notre figure nous déterminerait à préférer le pommier ; car les feuilles de la branche ressemblent plus à celles de cet arbre qu'au frêne. Un autre motif, qui peut appuyer cette opinion, c'est que devant Némésis , sur le même basrelief , il y a une figure de Vénus avec une fleur y cette figure a servi souvent aux anciens pour symbole de l'Espérance. Elle a dans la main droite une branche, dont les feuilles sont semblables à celles du rameau de Némésis. Or le rameau de Vénus ne peut être de frêne , mais de pommier- et on voyait h Sycione cette Déesse ayant une branche de pommier dans la main gauche , et une fleur de pavot dans la droite (Pausan. , Corinth. ou lib. Il , ch. 10 ). Au num 7 est le dessin de la belle petite statue de Némésis que possède S. E. le chev. D- Joseph Nicolas d'Azara, ambassadeur de S. M. Catholique près le Saint Siège , seigneur qui joint aux prérogatives de son rang, les avan-

tages précieux de l'esprit et du bon goût. Ou a ajouté à eette figure un vase, lorsqu'on Ta restaurée , comme l'avait la Némésis d'Agoracrite; parce que le docte M. Tresham, peintre irlandais , qui la fit raccomoder , en avait deviné le sujet par la position des bras.

A. V , num. 6. Nous plaçons ici le bas -relief rare, égyptien, fait de sycomore, qui est conservé dans le riche Musée de mons. Etienne Borgia à Velletri. 11 a une analogie très-sensible avec la statue que nous avons donnée plan^ che XVI. C'est donc aussi un prêtre égyptien sous la forme du Dieu Horus; si l'on ne veut pas admettre que c'est le Dieu lui même. Winckelmann croit que cette espèce de sceptre qui se voit à plusieurs figures égyptiennes , et semblable à celui que nous voyons dans ce bas-relief, est particulier à Horus à cause de sa piété envers Osiris son père , piété figurée par la hupe, à laquelle le pommeau du bâton ressemble , imitant la tête de cet oiseau ornée d'une crête de plumes. Mais Diodore l'appelle simplement sceptre en forme de soc , @yi%%%pQV àpaTpoeidvî , qui était une distinction particulière de tous les prêtres égyptiens, Ce qui est trèsremarquable, c'est cette plante qui s'élève entre les jambes de la figure, et qui semble avec sa fleur représenter ce roseau coma papjri , appelé par les Égyptiens sari , et qu'on a regardé comme un symbole du Nil. Voyez l' explication de la planche XVI. Je dois , à propos de

cela, faire observer que sur la pointe de l'obélisque d'Auguste, qui fut jadis élevé, et qui maintenant est couché, dans le champ de Mars, on voit trois figures qui ont une plante pareille entre les jambes. La figure égyptienne a le Tau ordinaire , symbole de l'initiation dans les figures de prêtre , et symbole de la puissance productive dans les figures des divinités. Elle a la tête ceinte d'une bandelette , dont les rubans pendent derrière son cou, comme à la plupart des figures de la Table Isiaque.

A. Y, num. 8. Voici les hiéroglyphes qui se voyent sur la plinthe du simulacre que présente la planche XVI. Nous attendons encore l'Oedipe qui pourra nous les expliquer.

A. VI, num. g. Cestirne esquisse delà tête, unique , de Pluton représentée à la manière grecque sous les symboles de Sérapis. Cet excellent morceau de sculpture a été traité en grand maître ; quelques coups de ciseau donnés avec assurance 9 avec une admirable intelligence, produisent un très-grand effet. L'amour des arts, et la munificence qui distinguent le prince Sigismond Chigi, nous ont procuré ce superbe monument , avec quelques autres que l'on admire dans son palais, et qu'il a découvert, avec beaucoup de dépenses , dans les fouilles de Porcigliano.

A. VI, num. 10. Cette gravure grecqueégyptienne appartient aussi au Musée Borgia à Velletri. Isis Thesmophore est assise sur la

cassette de ses mystères, et c'est, peut-être, a* cette épithète que l'on pourrait appliquer les quatres lettres grecques 0EC1 qu'on lit sur le fond. Voyez la pag. 88.

A. VII, num. ir. On voit ici, dessiné en grand, le niuid (inodius) qui est sur la tête de Pluton à la pl. 1. J'ai dit dans l'explication que les arbres qui portent des glands , pouvaient être des yeuses, étant les seuls arbres de ce genre qui fussent regardés comme funéraires, et qu'on pouvait croire consacrés à Dit. Mon opinion sur l'yeuse est confirmée par Pausanias , qui parle d'un bois de chênes verds consacrés aux Furies. (Corinth. ou liv. n, ch. 1 1). Comme j'ai observé cependant qu'à d'autres modii placés sur la tête de Pluton et de Sérapis, il y a des épis de bled en outre des branches qui portent des glands; je dois avertir que cet emblème peut aussi admettre une autre interprétation. 11 est possible qu'on ait eu l'intention de sculpter autour du muid , qui est l'emblème de la fécondité et de la richesse , des plantes qui ont fourni, ou qui donnent encore la subsistance de l'espèce humaine, et qui par cette raison sont le symbole de l'abondance : dans ce cas on pourrait croire que notre modius est entouré de chêne, arbre qui procura aux hommes leur première nourriture.

A. VII, num. 12. Le revers d'un denier romain de la famille Procilia nous représente l'ancienne image de Jttnon Lanuyina > comme.

Ta décrite Cicéron : Cum pelle , cum scutulo , cura calceis répandis- ( Voyez notre pl. XXI , pag. 1 57 ). La figure qui est représentée ici, par sa disposition générale , et principalement par la manière dont elle est couverte de la peau, indique le même sujet que celui de la statue. Or c'est Lien la Junon Lanuvinienne , comme le démontrent 3 en outre des autres preuves, les médailles d'Antonin le Pieux, sur lesquelles on lit: IVNONI SISPITAE, avec Tépithète propre au culte rendu à Junon à Lanuvium; concluons-en, que notre statue la représente. Un des duumvirs de la monnoie , qui a fait Lattre ces deniers, était unProcilius, famille originaire de Lanuvium , qui avait peut-être dans le territoire de cette ville, ou dans les environs du Laurentin qui en était voisin , une possession , dont la dénomination Procilianum venant à se corrompre, s'est formé depuis Porcigliano , qui est dévenu fameux par la quantité de monumens qu'on y a découvert. On doit encore remarquer sur cette monnoie le serpent qui est aux pieds de la Déesse. Nous avons indiqué dans l'explication de la statue quelques rapports qu'elle a avec cet animal ; je ne puis cependant omettre ce que nous en dit Cicéron dans le I liv. De divinatione , § 36, à propos du celèLre acteur Q. Roscius. Il faut rapporter ses propres paroles : Quid amores , ac de- Uciae tuae 9 Roscius ? num aut ipse , aut pro

eo Lanuvium totum mentiebatur? qui cum esset in cunabulis , educareturque in Solonio , qui est campus agri Lanugini; noctu lumine apposito eocperrecta nutriœ animadvertit puerum dormientem circumplicatum serpentis ampleccu : quo adspeçtu e oc terri ta clamor em sustulit. Pater autem Roscii ad haruspices retulit, qui responderunt nihil ilio puero clarius , nihil nobilius fore. Atque liane speciem Fra* œiteles cœlavit argento > et noster expressit Archias versibus. Je crois qu'il existe chez l'évêque de Wilna en Lithuanie monseigneur Ignace Massalscki le fragment d'une copie en marbre de cet ouvrage de Praxitèle ( qui n'est pas le même que l'ancien, et que, selon quelques-uns, on doit plutôt appeler Pasitèle ). Le prélat acheta à Rome de M. Pacetti, que nous avons souvent nommé avec éloge , une tête d'enfant, autour de laquelle on voyait se replier un serpent. L'air joyeux de l'enfant indique que ce ne pouvait être un des fils de Laocoon ( car on voit quelquefois les fils de Laocoon représentés sous la forme de petits enfans ), ni le célèbre Archémore qui fut mis à mort par un serpent. Il est vrai que Ciccron dit que Roscius dormait , mais il ne dit pas qu'il ne s'éveilla pas ensuite. Peut-être que le sculpteur aura saisi ce moment pour mon* trer, dans l'air gai et calme de l'enfant, l'heureux pronostic que l'on croyait entrevoir dans cet événement. Le dessin de ce fragment peut se voir pl. A. VII, n. i3.

Observations de l'auteur, insérées dans le t VII de V édition de Rome»

La conjecture que j'avais établie sur l'image de Roscius est à présent détruite. Une autre figure d'enfant, pareille, mais plus entière, porté sur le dos d'une divinité marine, et que j'ai vue autrefois dans l'atélier de l'habile sculpteur M. Camille Pacetti, m'a prouvé que cette tête appartenait à Mélicerte , le même que Portunnus ou Palémon , Dieux marins et cousins de Bacchus ; et c'est des orgies de ce Dieu que Mélicerte a emprunté cette couronne dionisiaque formée par un serpent.

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