PLANCHE XIX
Prêtresse d'Isis, bas-relief.
Ce monument , quoique médiocre dans le tra-^ vail, mérite d'être observé k cause de l'babille-
(1) Fabrettî {Inscript» ^ p. -iiS) démontre par beaucoup d*ex.emp1es que le diminutif sîncopé Felicla était plus d'usage que le re'gulier Felicula.
(a) Spon et Amaduzzi dans les endroits cités en ont indiqué quelques-uns : j*y ajouterai celle d*Elias Antigonc {Anticona) qui est dans le cloître de S. Paul, et quia été rapportée par Muratori ^ Inscript, y p. 16a, a.
* Ce bas-relief haut de sept palmes et demie , large de six , est en beau marbre de Paros ; marbre grec dans les ateliers de nos marbriers : il était autrefois dans la Villa
ii5 meot d'une (enime Isîaque , que l'on y voit représentée. Elle paraît , selon l'usage de ces céré-v monîes , avec les attributs de cette divinité au culte de laqueUe elle était attachée (i). C'est pour cela qu'elle a la. fleur du lothos (2) et la demi4une sur la tète , emblèmes ordinaii-es d'Isis ; par la même raison elle a le seau ( situla ) dans la maia gauche ; ce seau est un autre symbole de la Déesse (5), qu'on a cru présidant sous le nom. de la Lune, à l'élément humide, et faisant dé' border les eaux fécondantes du NU hors de leur lit. La main droite qui manque serait occupée à sonner du sistre , comme l'incUque le mouvement
Matteî SUT )e Celio : t*est poar cela qu'on le voit publié dans l'ouvrage dcja cité Monumenta Mathaeiorum y t. I£I , pi. 24 j avec une explication de feu l'abbé Amaduzzî.
(i) Sur l'usage qu'avaient quelques prétresses, et des prêtres du paganisme, de paraître dans les cérémonies sa-> crées avec les ornemens des divinités qu'ils servaient, j'ai cité des autorités et des exemples dans l'explication d'un bas-relief publié dans la 44*'*' liyraison du Musée Franr cois: on peut consulter sur cet usage, dans les cérémonies égyptiennes , les explications des peintures d'Herculanum , tome II , pi. 60.
(2) L'écdvain des Monum. Mathaejor, ne l'avait pas reconnu.
(5} Isis est décrite , précisément comme notre prétresse , tenant un sistre de la main droite , avec le cjrmbium , situla ou siteUUy le seau, dans la gauche, par des nistoriens anciens, et elle est de même dans beaucoup de monumcns indiqués par Cuper, Uarpocrates , page 4^3 et suiv. , dans le tome II du Supplément de Polenus au Thesaurum des antiquités grecques et romaines.
Musée Pie-Clém. VoL YD. 8
du bras. Mais ce qui est plus à remarquer dans cette figure est cette draperie en forme de stola qui^ passant sous Taisselle droite, remonte sur l'épaule gauche , et vient retomber sur le flanc du même côté. Quoiqu'elle ne présente qu'une simple bande de drap, on yoit clairement qu'elle est repliée ayec art, et redoublée en différens plis , conta' buUuiones ( s'il est permis de se servir de 'cette métaphore employée par des écrivains latins ) ; cette draperie déployée et étendue formerait véritablement une robe de dessus, qui est la signification propre des mots stola e palla* Son bord inférieur est garni d*une frange , et sur le plan qu'elle présente elle est ornée d'étoiles et de demilunes. Une stola ainsi pliée se voit également dans la statue d'Isis du palab Barberini, la plus belle de tant de statues sculptées dans le style grec qui nous représentent cette Déesse (i). On découvre encore mieux dans ce grand simulacre les plis redoublés de la pièce de la stola. Je ne crois pas que les antiquaires se soient encore aperçus que ce manteau sacré d'Isis est décrit, avec tous les détails les plus minutieux et l'exactitude la plus possible , dans les Métamorphoses d'Apulée. L'écrivain affricain donne le nom de palla à ce manteau: ce mot est la traduction latine du grec stola, qui a été ensuite adopté dans les rits chrétiens (étole) (2). Voici la description
(i) Maffei, Statue di Roma , pi. 83.
(a) On voit que Mabillon avait été frappé par la res-
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qQ*il en donne (i): « Une étole toute noire, tf mais brillante, qui enveloppant la personne « passait de dessous le bras droit sur l'épaule « gauche, retombait en forme de noeud (a), « ayant ses bords repliés plusieurs fois (3), et
semblaoce de cet ornement avec la j^o/^ , l'e'tole , des pré-> tre< chre' tiens ^ et pour trourer même dans le monument qne nous examinons une plus grande analogie avec nos rits ^ il imaginait que le seau de la prêtresse était celui de l'eau lustrale: muUer sacrijica cum siola et aqua lustrUuu hi' ntrar. Ital. , psge 88.
(i) Lit. XI. PaUa nigerrima splendescens atro nitore, quae circumcirca remeans et suh dextrum ad humerum laevum recurrens , umbonis vice dejecta parte laciniae , multîplici contabitlaiione dependulaj ad tUtimas orasmo" duUs fimbriarum decoriter confluctuabat. Per intextam dxtremi'tatem, et in ipsa ejut planitie steiiae dispersae cor" ruscahant } earumque média semestris lunafiasnmcos spi" rabat ignés.
{i) En latin umbonis vice. Umbo était yéritablement la partie la plus relevée du bouclier : ce mot avait ensuite passe k signifier le groupe de draperie que faisait la toge rassemblée sur le bras gauche. Uétole d*Isis au lieu d'étra réunie en un seul nœud ou groupe, laissait tomber un pan entier I comme on le voit dans le bas-relief.
(3) Il y a dans le texte contabulationes. Cette métaphore ne peut-être bien entendue que par qui examine les monnmens dont il est question. On voit encore de semblablef redoublemens de draperie qu'Apulée appelle contor hidationes dans les laenaeàts personnages romains^ que quelques antiquaires ont prises pour des laticlam. Ces lae^ nae ainsi repliées en dégénérant devinrent le lortun du bas empire. On devra observer la îaena qu'a Septime Sévère dans le beau buste du Musée Gahino à la Villa Pinciana {Munum. Gabini , pi. 37), et celle d'un autre personnage inconnu dans le palais de la même viUa ( sMê 1H , n. ao).
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M faisait flotter avec élégance les franges qui « ornaient son Lord inférieur. Au pourtour, et « même sur le fond, on voyait briller des étoi« « les dont elle était parsemée ; et parmi elles « une demi-lune(i) paraissait élincellante comme « une flammç. » Je ne crois pas que dans ton* tes les longues discussions et pleines d'érudition de re vestiaria, on ait jamais donné, avec les propres paroles d*un ancien écrivain , une description plus claire et mieux soignée d'un vêtement. Notre bas-relief, quoiqu'on ne puisse sous le rapport de l'art le comparer avec la statue Barberine , présente encore des particularités plus .conformes à la description d'Apulée , par exemple les franges, et les ornemens brodés^ ou tissus des demi-lunes et des étoiles.
Le lecteur qui voudrait se former une idée d'un semblable manteau, ou stola^ avant qu'il fut par les divers cbangemens successifs de U mode réduit à une forme si étroite, et telle* ment compassée qu'il est devenu plutôt un ornement qu'un vêtement, pourra le voir daus son état primitif sur le corps de cette femme Isiaque qui est , dans une peinture d'Heicu-
(i) Semestris luiia y qui est dans le texte, est la lune qui correspond k la moitié' du mois ; en admettant que le» mois pussent être comptes, comme le faisaient beaucoup de nations de l*antiquité, savoir d'une pleine lune à une autre ( Q. Gurce , 1. VIlï^ c. 9)5 la lune du milieu du mois est la lune neuve -, la lune croissante ^ celle que l'on appelle vulgairement la demi-lune.
lanuni , k genoux , offrant a la Déesse les prémices de la campagne et jouant du sistre. Dans cette figure , comme ici , cet habillement ou stola , est garni dé franges , et replié de manière qu^il offre une surface rectangulaire; mais les plans en sont plus larges , et le nombre des plis moins multiplié.
lies franges du bord inférieur que nous avons fait observer ici, me font conjecturer, que cette espèce de siola est un reste des calasiriies dont on faisait usage dans les rits égyptiens (i).
La seconde figure est celle d'un homme revêtu de la toge. Ce personnage paraît jeter des grains d'encens, qu'il a pris dans une acerrap sur les flammes qui s'él&vent d'un autel fait en forofie de candélabre , lequel est souvent désigne par les écrivains sous Içs noms de focu" lum ou de thuribulum.
L'inscription gravée sur le bord supérieur de la corniche qui renfermait autrefois le bas-relief, ne conserve pas d'autres lettres que les suivantes :
. . PFGALA.TEAT . . .
il y manque le nom romain de la femme Isia^»
que; il reste une partie du P, lequel , suivi de IT, suit, à ce qu'il semble, le nom de son fève Publii filia f fille de Publius: vient ensuite le nom tout entier, qui reste ^ de Galateay et qui indique sa condition d'affranchie, ou d'é-
(i) Hcfjchius, y. KaAaiF7jp«Ta.
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traDgère. Le T suivant pourrait être la première lettre de titulum^ si dous pouvions être assurés que ce mot pût avoir lieu ici, ou, pour mieux dire, si ce monument appartenait bien sûrement à un tombeau. Mais nous sommes eur cere incertains, et la signification de ce caractère nous est entièrement inconnue. Quant au Bom de Galatée on l'employait à Rome pour les femmes des conditions que nous avons indiquées; et d'autres en ont déjà rapporté des exemples tirés des anciennes inscriptions. Je me contenterai de parler de cette Galatée qui mérita qu'Horace lui adressât une ode , et qui était peut-être l'amie de quelque proconsul (i). Elle n'était certainement pas contemporaine de la nôtre y dont l'éjloque est déterminée par l'arrangement de ses cbeveux ; le même que nous remarquons à d'autres images de femme du temps de Trajan et d'Adrien.