PLANCHE XXXVI
Vase cinéraire en albâtre oriental *.
Le mOQument que nous examinons a du mérite > nod-aeulment comme un reste de l'antiquité qui appelle l'attenlion des amateurs , par la richesse de la matière et par l'élégance des formes , mais il est aussi un fragment du siècle d'Auguste , qui est relaiii à ce temps, et qui sert à en éclaircir quelques particulaiités, ùnsi qu'à décider quelques points de controverse mis en question jusqulci par , les topographes qui ont écrit sur le champ de Mars. Commençons par la description du vase.
C'est un des phis grands que nous couuaissioDS parmi les vases qw ont été sculptés avec cette espèce d'albâtre oriental, lequel a eu parmi les mo- ' demes, à cause de sa couleui', le nom d'alLâue cotO' j §■«100(1), jaune de coingî et tes anciens l'appelaieatJ
(1) Ces filses fureul trouvces dans le territoire Icstrine ; elles sont en marbi-c de l^unï, haute* d'ufivff me, lioip oncea ; toutes ensemble clk-s com[>al<Ot I longueur Hc ciuquantc deux palrtui , &iins lei tai' plAalg
^ Ilauteur, depuis le sommet du 1 quatre onces. On parle dansIcdtM; Irc cmploje' pour ce va*c , blance de sa découverte ^ en accompagnent 1 de resiauvatioii, e\> tlie circulaire qui
(3) Dans la I d'alMtre ,
«79 albâtre couleur de mie). Ce marbre est, dans le moDument que nous voyons , de la plus belle espèce Tariée de ucbes ovales et conceotriques de la même couleur ( i ) , qui tirent, en se dégradant légèrement, vers le Uanc , et sur le rougeâtre. Le contour du vase est ovale , sans avoir cependant la fonne préfâse de Tceuf. On dirait plutôt qu'elle a été imitée d'après certaines grandes courges qui ont pa dans tous les temps être employées comme un ré> cipient agreste. 11 me paraît imposable d'expliquer par des principes et des règles, comment les artistes anciens se sont guidés dans l*îmitation ou dans la modification de la forme et des contours de certains objets naturels. On ne peut non plus atteindre à une telle exceUence de goût, si. non eu comparant continuellement, en cboïsissant et en imitant les ouvrages que ces artistes nous ont . hûsës.
k-La forme de la pomme qui temiine le couverte, est à remarquer; car selon l'upiaion de queU ({oeMiDS celte forme n'est pas sans aCTectatiou , et
§ la; Prohiinîur ijiuim maxi'
meilei coloris , in verlicei ma-
Oq doil entendre par cette
ibaolii de traïupo-
alToiblie qui Uisis
iquelle on tic peut voir
par-IJ ^ la truntparcnce
dee de l'autre qualité,
1 vertices «ii in vorli-
iqnt'es sur le corps du
paraît s'accorder mal avec la simplicité des profils qui forment le corps de ce yase. J'ai pourtant trouvé ce boutpn, ou pomme, de la même forme à tous les couvercles des plus beaux vases qui nous ont été conservés (i). Cette uniformité ne m'a pas semblé être purement accidentelle , mais j'ai con* jecturé que cette sorte de pomme avait été suggérée aux artistes par l'usage même que l'on fai« sait de ces vases. Ils étaient destinés à renfermer les cendres des mprts , et il est connu que lorsqu'on rendait les demiei-s devoirs aux défunts, les parens avaient coutume de répandre sur des res"* tes si cbers des parfums précieux : .et de plus nous voyons sojuvent des petits vases, qui les contenaient, déposés dans les tombeaux(3). Il parait que les anciens, en dessinant de semblables couvercles, auront imaginé qu'une dé ces phioles à parfiuns ait été déposée par les conjoints du mort sur le couvercle de son urne cinéraire. Cette invention aura été adoptée, d'autant plus qu'en même temps la forme de cette pfaiole offrait à la main une faci-
(i) Sur un très-beau porphyre avec son couvercle antique j qui se conservait autrefois dans le Cabinet de la Tilla Albanie et dont parle Winckelmann ( liv. VII^ c. i, S de VHist, de VArt ) j dans un autre aussi d'albâtre jaune et très-entier^ qui fut découvert en France il y a quelques années près à'Alais {Civitas Aletinorum) dans la province Narbonaise.
(a) Ce sont ceux qu'on appelle vulgairement lacryma' îoires. Voyez ce mot dans le Dictionnaire d'Antiquités de M. Mongez,
i8i lité pour prendre ' et lever plus sûrement le couvercle.
En eflet ces vases d^albâtre furent , à une certaine époque , très-en usage pour conserver ' les cendres des morts. En outre de beaucoup qu'on ignore à qui ils ont appartenu , faute d'inscriptions, celui qui contenait les cendres de Claudius Pulcher fils de ce Claudius ennemi de Cicéron est célèbre. Ce vase se voyait dans la collection de la Yilla Pinciana (i). Le nôtre a servi probablement à renfermer des cendres encore pltis illustres; et cette observadon nous conduit à parler de la découverte qui nous l'a procuré et des inscriptions qui raccompagnent. .
Lorsqu'on rétablit, en 1777* depuis ses fondemens , la maison qui forme l'angle de la me del Corso et de la place S. Carlo , en face de la rue délia Croce , on trouva ce vase renversé dans les fouilles qu'on fit Son couvercle était à peu de distJUQce (2) , et autour on découvrit six massifs de
(i) Winckelmann , Hist. de VArt^ liv. H, ch. 4; S ïQ»' La Villa Àlbani était oniëe autrefois de beancoup do vases d* albâtre ; il lui en reste encore quelques-uns. Ou en voit d'autres dans plusfeurs collections : la plupart ont ëtë trouve's dans les chambres d'anciens tombeaux , quelques-uns ont i\é trouvés places avec beaucoup d'adresse dans le creux de deux pierres brutes, jointes ensemble, pour les dérober plus facilement k l'aviditë des violateurs de la sépulture. On consultera Ficoroni dans l'opuscule delhl BoUa éC oroj et les Miscellatiee de M. l'av. Fea,n. 117^ pi. CLXXV.
(q) Ces circonstances se trouvent rappelées dans une
traversia go forme de parallepîpedes de diverses hauteurs. Une de leurs faces, la plus unie, et la Supérieure, portait, sur chacune de ces pierres, quelques lignes d'inscriptions latines, que voici copées (i):