SAINTE GENEVIEVE
Tableau de Pierre Guérin.
Quand une tradition a pénétré dans l'esprit du peuple et jeté de profondes racines dans ses croyances , est-il toujoui^ possible de rendre à la vérité tous ses droits? Qui pourra jamais persuader aux fidèles les plus dévots à Tauguste patronne de Paris, qu'elle ne fut point une simple bergère y que la quenouille et les troupeaux ne partageaient pas ses loisirs , qu'un simple vêtement grossier ne couvrait pas celle qu'on se plaît à croire tirée d'une obscure chaumière? Et cependant saint Germain , évéque d'Auxerre, accompagné de saint Loup, évéque de Troyes , s'arrêtant à Nanterre , ayant remarqué celte enfant et l'engageant à se consacrer à Dieu , l'exhorta à renoncer aux parures mondaines , à ne point mêler l^or et V argent à ses habits , à ne porter ni bracelets , ni bagues , ni bijoux , mais à conserver la médaille de cuivre qu'il lui donnait , et sur laquelle était empreinte une croix. Sans doute une telle exhortation convenait à la fille d'un riche personnage , et saint Germain eût trouvé toute autre chose à dire à une pauvre bergère , qui devait connaître à peine les richesses dont il l'engageait à ne pas se parer.
Ne pouvant lutter contre une opinion fortement enracinée, et voulant avant tout rappeler aux yeux le souvenir de la puissante vierge qui protège Paris , P. Guérin a adopte comme attribut distinctif de sainte Geneviève une quenouille et des moutons. Il a donné à sa figure un air inspiré , mêlé d une admirable modestie. Ses vêtemens , de la plus grande simplicité , sont parfaitement en rapport avec ce qui l'environne.
Ce charmant tableau est au musée du Luxembourg.
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