‹ Musée rétrospectif de la classe 67Chapitre 4 sur 6 · CATHÉDRALE DE BOURGES · texte numérisé non relu

CATHÉDRALE DE BOURGES

Fig. 3. — La Vierge. , Fig.

Vitraux des fenêtres liantes (xnr siècle).

Isaïe.

Les essais de restitution archéologique que nous critiquons aujourd’hui étaient indispensables à une époque d’ignorance absolue : on leur doit la connaissance des principes de composition applicables aux verrières, et des techniques variées s'accordant avec les ressources de verres de fabrication différente aux différentes époques.

Depuis une vingtaine d’années, l’art commence à se dégager de l’archéologie. La fabrication des verres a fait de tels progrès, qu’elle a suggéré l’idée d'harmonies nouvelles dans lesquelles le verre, tantôt opalisé, tantôt nuancé dans la masse, tantôt martelé ou plissé, a par lui-même de tels effets qu'on a réduit à rien ou presque rien le dessin en grisaille, au risque de perdre un des éléments principaux du décor.

Les tentatives sont trop récentes pour qu'on puisse porter sur elles un jugement définitif; mais les efforts faits dans les dix dernières années ont été tels, qu'on peut dès à présent entrevoir une renaissance du vitrail, plutôt par la rénovation des formes que par le changement delà technique.

Jeton de la corporation des vitriers et peintres sur verre de Paris (xvme siècle).

Description sommaire (les vitraux exposés.

Le classement chronologique est celui qui se prête le mieux «à l'étude comparative des œuvres anciennes, et, dès l’entrée dans l’Exposition rétrospective des vitraux, les visiteurs pouvaient apprécier les intéressantes variations des harmonies colorées d’un siècle à un autre.

Parmi les plus précieux fragments du douzième siècle étaient le David, le Samson, le Serpent d’airain et les bordures en rinceaux de feuillage aux puissantes couleurs, provenant de l’ancienne cathédrale de Châlons-sur-Marne. L’exécution du trait de grisaille est d’une habileté surprenante et les verres colorés en masse d’une harmonie très douce. On pouvait les comparer à certains panneaux de la légende de saint Paul, provenant de l’ancienne cathédrale du Mans : les panneaux de Châlons étaient présentés dans leurs plombs anciens, plombs coulés aux ailes étroites, assez flexibles pour suivre les contours très compliqués des coupes. Une des plus curieuses pièces de la série du douzième siècle était un panneau provenant de la cathédrale du Mans et représentant, avec les costumes contemporains, Samson renversant les colonnes du Temple.

Une délicate bordure, assimilable aux encadrements des verrières absidales de l’église abbatiale de Saint-Denis, avait été prêtée par M. Babonneau : elle complétait, avec des mosaïques colorées, comparables à celles de l’église Sainl- Remi de Reims, et avec quelques fragments provenant de la cathédrale de Bourges, l’exposition des verrières du douzième siècle.

Tous les artistes ont regretté que d’admirables verrières provenant de Châlons-sur-Marne, « la Crucifixion », la légende de saint Gamaliel : « les deux Lois », aient été distraites de la collection des vitraux de l’Etat pour être exposées au Petit-Palais, dans un emplacement, situé à contre-jour, de telle sorte qu’elles étaient à peu près invisibles.

Pour le treizième siècle, l’Exposition rétrospective était fort riche ( fig . B et 4) (1). Elle comprenait la majeure partie des vitraux provenant de la cathédrale de Bourges et non replacés encore; vitraux consacrés à la légende de saint Galérien, de sainte Cécile et de saint Urbain, une magnifique tête de Vierge, débris d’une verrière de l’église de la Trinité de Vendôme, les verrières recueillies dans l’église de Varennes (Seine-et-Oise), et qui ornaient jadis l'ancienne abbaye de Gercy, la légende de saint Martin et deux panneaux d’un arbre de Jessé.

Les vitraux acquis par l’Etat et qui étaient placés dans une ancienne église, aujourd’hui détruite, de Châteauroux, offraient des types caractéristiques des

(1) Les gravures 3, 4, 1, et 13 à 21 sont extraites de l'Œuvre des peintres verriers français, par M. L. Magne. — Firmin-Didot, 1S8H.

Partie supérieure d'un arbre de Jessé. Ancienne abbaye de Gercy (xme siècle). ( Collection des vitraux appartenant à l'Etat.)

verrières du treizième siècle, inférieures sans doute pour la qualité des harmonies colorées et la perfection du dessin aux vitraux du douzième siècle, mais bien

Fig. S. — Grisaille à filets coloriés. Ancienne abbaye de Gercy (.\me siècle). Collection de vitraux appartenant à l’Etat.)

étudiées cependant pour produire à distance l'effet décoratif que nos artistes tiraient de la translucidité des verres colorés : c’était une grande rose, sur

( COMITE FRANÇAIS v

DES EXPOSITIONS A L’Ef. ANGER

Fig. G. — Légende de saint Dié. Panneau d'un vitrail de la cathédrale de Saint-Dié

(.\iv° siècle).

incolores ; ils témoignent de l’ingéniosité des artistes français, capables de plier leur génie aux règles étroites d’un ordre religieux, en imaginant un décor entièrement dû au mode de montage des verres, décor charmant malgré sa simplicité.

Au treizième siècle, on avait eu, comme au douzième, soit pour des besoins d’éclairage, soit pour des raisons d’économie, l’idée de combiner dans des réseaux

laquelle le Christ préside au jugement dernier, c’était encore une verrière presque complète ayant pour sujet la vie de la Vierge.

Nous aurions souhaité pouvoir exposer quelques-uns de ces vitraux cisterciens dont l’effet, est entièrement dû au dessin des plombs sertissant des verres

de lignes droites ou courbes des verres incolores, en marquant par des points de couleur les divisions du dessin. Mais, pour limiter l’introduction de la lumière et pour enrichir la surface vitrée, on garnissait de feuillages ou d’animaux peints en grisaille les morceaux de verre incolores montés en plombs, et on utilisait les blets de grisaille pour aider au passage des lignes qui accusaient le dessin.

Notre Exposition était très riche en spécimens de grisaille du treizième siècle.

Je citerai parmi les plus remarquables celles de la cathédrale du Mans, de l'abbaye de Gercy [fuj. 5), de l’église détruite de Châteauroux, de l’église d’Essômes, de l'église Saint-Gengoult de Toul (fiy. 7), enfin un panneau, prêté par M. Denis, et provenant peut-être de l'église de Saint-Jeanaux-Bois.

Les collections particulières avaient enrichi notre exposition de quelques pièces remarquables, caractérisant l’art du treizième siècle. C’étaient une Cène, de l’école de Champagne, prêtée par M. Haussaire, de Reims; une Assomption de laVicrge, de l'école de Bourgogne, prêtée par M. Toppfer; un Christ en gloire et une Crucifixion, de l’école de l’Ile-de-France, prêtés par la Société artistique de peinture sur verre; deux charmantes têtes de l’école rhénane, conservées dans leurs plombs anciens, et appartenant à M. Leprévost.

Ainsi, grâce aux œuvres tirées des collections particulières, il était possible

Fig. 7. — Grisaille à bordure et points de couleur. Eglise Saint-Gcngoull de Toul (xiv° siècle).

d’étudier les différentes écoles de peinture sur verre réparties au treizième siècle sur le territoire français.

On sait que l’art du quatorzième siècle continua, en les exagérant, les défauts qui s’accusaient déjtà dans les vitraux de la seconde moitié du treizième siècle et même

l-'ig. 8. — Vitrail de l’Ecole de l’Ile-de- Fig. 9. — Donateurs. Vitrail de l'Ecole de

France (xV siècle). l'ilc-de-France (xvc siècle).

(Coller lion Ba ho n nea u . )

dans les vitraux de la Sainte-Chapelle. Aussi bien dans la composition du sujet que dans le geste et l’expression des figures, on tendait à l’effet dramatique, au détriment de la simplicité et de la grandeur de la décoration. Le défaut d’une fabrication trop rapide était aussi sensible dans la qualité des verres colorés que dans le dessin.

La \ ierge et l’Enfant Jésus. Cathédrale de Châlons (xve siècle

L’Exposition rétrospective de la Classe 67 rendait bien compte de eette évolution de l’art. Parmi les morceaux les plus caractéristiques étaient une Vierge de la cathédrale de Toul, la légende d’une Sainte, tirée d’un vitrail en débris de la cathédrale de Séez. Je citerai encore les curieux panneaux de la légende de saint Lié (fig. 6), obligeamment prêtés par l’administration des Cultes; un Christ assis sous un dais, provenant de l'église d’Essômes, et un moine agenouillé sous un édicule, panneau prêté par la Société artistique de peinture sur verre.

C’est peut-être l’art du quinzième siècle qui était le mieux représenté à l’Exposition rétrospective. J’y avais apporté tous mes soins, connaissant l’importance de celte époque de transition et l'insuffisance des études auxquelles elle a donné lieu jusqu’à ce jour. C’est l’époque oii le dessin d’imitation fait tort à la décoration translucide, où les compositions d’ensemble font place à des figures isolées, à des portraits que l'artiste trace sur un fond de tapisserie, bleu, rouge ou vert, dans un cadre architectonique de grisaille qu’enrichit par places une couleur d’application ou de cémentation, le jaune d’argent.

A cette époque les nuances d’écoles sont très accentuées, et, suivant que telle ou telle province est plus ou moins en contact avec la Flandre ou avec l’Italie, l’évolution du vitrail se ressent de ce contact. Tandis que dans l’Ile-de-France les traditions décoratives du moyen âge persistent, ainsi qu’on peut le constater sur deux délicieuses verrières prêtées par M. Babonneau et qui représentent, l’une un personnage tenant une épée, l’autre un donateur agenouillé (fig. 8 et 9), un panneau de Saints et de Saintes, prêté par M. Tüpffer, caractérise l'exécution précieuse de l’école flamande au quinzième siècle, au temps oii les Flandres faisaient partie du duché de Bourgogne, sous les ducs issus de la maison de Valois [fig. 10.)

Un ange en grisaille et jaune d’argent, provenant sûrement de l’école normande {fig. Il), caractérise, comme les vitraux de l’Ile-de-France, une tendance tout autre vers une exécution large et simple qui semble s’accorder avec celle des miniatures françaises contemporaines.

L’exécution atteint dès lors à une prodigieuse habileté {fig. 12). Il suffisait, pour s’en convaincre, dans notre Exposition, de considérer les débris de décorations architecturales provenant d’une verrière détruite de la cathédrale d’Autun.

Tandis que quelques panneaux appartenant à l’Etat et empruntés à la cathédrale du Mans, représentant l’un un donateur agenouillé, l’autre une Crucifixion, nous révélaient l’art un peu brutal qui se développait à cette époque dans nos

Fig. 10. — Vitrail de l'Ecole flamande (fin du xve siècle).

( Collection TopfTer.)

provinces du Centre et de l'Ouest, les verrières de l’église Saint-Serge d’Angers, quoique exécutées au milieu du quinzième siècle, nous initiaient à un art beaucoup plus raffiné. Quelques figure^ de Prophètes ont la belle allure des œuvres de la fin du quinzième siècle et semblent faites sous l’inspiration des maîtres italiens.

Peut-être les relations de l'Anjou avec l’Italie pourraient-elles expliquer cette particularité.

Dans la seconde moitié du quatorzième siècle,

Fi<r \2. Ecole

les vitraux civils consistaient en médaillons déli- dé Bourgogne

i . , . , (xv° siècle).

catement dessines a 1 aide de la grisaille et du „ ,, , „

° [Collect. Magne.

jaune d’argent et distribués sur une vitrerie incolore, ainsi qu’on le voit sur une fenêtre figurée dans une Annon- [(Coiiection Magne.) j ciation à l’église d’Ecouen. Quelques-uns des médaillons provenant des collections Otto Wegener, Leprévost, Tôpffer, sont les types variés de ces décorations très délicates qui laissaient passer la lumière blanche à l’intérieur des habitations.

Dès la fin du quinzième siècle, nos peintres verriers ont compris que l'harmonie obtenue par la décoloration des surfaces est, au moins pour les édifices publics, un obstacle à l’effet décoratif, et si les progrès du dessin assouplissent les formes, si l’artiste étudie de plus près la nature et s'efforce d’en rendre toutes les finesses, ce n’est plus aux dépens de la couleur. La fabrication des verres plaqués lui fournit les nuances qu’exige la nouvelle conception de l’art, et, si l’effet est moins simple, on ne peut nier que la seconde floraison du vitrail n’ait produit des œuvres égales à celles de la première.

Nous eussions voulu pouvoir exposer quelques œuvres de premier ordre caractérisant l’art du seizième siècle, telles que les verrières du chœur de l’église de Montmorency (fig. 13 et 15), ou les verrières absidales de l’église Saint-Godard, à Rouen, et de l’église Saint-Etienne, à Beauvais, mais aucune de ces verrières ne pouvait être déplacée et nous avons été très heureux d’accueillir d’importants panneaux, tels que la Résurrection et la Descente aux Limbes, offerts par M. Otto Wegener, une Naissance de la Vierge et une Ilérodiade, appartenant à M. Babonneau, des scènes de la vie du Christ, prêtées parla fabrique d’Essômes, et surtout la collection des vitraux de l'école de Beauvais, acquise de M. Petit par le Ministère des Beaux-Arts. Parmi ces derniers vitraux, nous citerons notamment deux anges tenant une Monstrance, une Annonciation et d'intéressantes figures de donateurs.

D’autres panneaux acquis par l’Etat de la fabrique d’Essômes, et provenant d'un édifice détruit, ont charmé les visiteurs parla liberté de leur exécution et par leurs délicates tonalités. Ils appartiennent tous à la légende de saint Augustin et

Fig. 11. — Ecole de Normandie (xv* siècle).

Page 1