PHALLUS VOTIF
BATJTEOB, ENVIRON 5 POUCES.
Ce bronze curieux provient du musée Borgia. Il repré' sente un phallus votif sous la forme d'un lion ailé, portant deux autres phallus dont un lui sert de queue. L'arrièretiain est terminé par deux pieds, avec l'un desquels l'animal se gratte le ventre. On remarque sur son dos un anneau qui servait à le suspendre. On compte également sur ce phallus quatre clochettes attachées à autant de petites chaînes.
Ici se reproduisent les symboles de force , de rapidité cl de triomphe qui caractérisaient chez les anciens le culte du phallus. Ces mêmes attributs se retrouvaient également chez certaines autres divinités, dont le culte reposait principalement sur des pratiques mystérieuses et symboliques : telles étaient Bacchus, le Soleil, Apollon , Osiiis, si souvent et peut-être si iustement confondus; l'Amour , Vesta, Cérès-Éleusine, etc. Tel était aussi le dieu Mithra, car cette dernière divinité n'était pas autre qu'Eleusis \
Nous devons de curieuses notions sur le culte de MiUvra aux importantes recherches de M. Félix Lajard et de
' "Voyex leâ Mithnaçua. Mémoire de M. dt Hammer , avec les notes de M. Spencer Smith. Voyez encore une excellente dissertation de M. Denne-Baron, insérée dans la France littéraire , t. ix , p. 5.
PiAMtUB xxt?.
M. (le UaDinier ; nous saisirons Toccasion qui »'o(t°rc à uoiu pour donner quelques détails sur le dieu Mithra, car l'ori ^ine de ce culte et de ceux que nous avons Doum^s plu> haut, quelque variés qu'ils puissent paraître» se eonfond dans un principe unique > la génération.
Selon Hérodote, Mithra n'est autre chose que la Vénu> céleste ou l'Amour, principe de la génération et de la fécondité. Dans plusieurs dialectes de l'Orient, MiUira signifit également lumière et amour. Les Perses reçurent ce cultt des Indiens , et le transmirent aux peuples de la CUicie. Plutarque nous apprend qne des pirates de cette c6te Tiutroduisirent à Rome soixante-huit ans avant J.-C
Selon M. de Hammer, Mithra n'était pas le soleil luimême, mais il en était le génie , Vized. Le nom de ce génie , que les Grecs ont écrit Mlipat , est Mihr , et ce mot, ajoute le savant orientaliste, signifie encore aujourd'hui en persan Viztd , le sola'U et Vtmour.
Le culte de Mithra fut exempt des orgies qui souillaieut à Rome même ceux d'Isis et d'Eleusis.
« Les mystères de Mithra, dit M. de Hammer, comme le» • mystères d'Eleusis et autres, servaient au paganisme de » dernier retranchement dans lequel il se réfugiait pour « se défendre contre la puissance toujours croissante de la
> religion chrétienne- Les défenseurs les plus éclairés et les » phéS habiles du paganisme opposaient à la doctrine chrt- » tienne les mystères d'Lsis et d'Éleuïfis . et surtout ceux » de Mithra , comme un système religieux supérieur au
• christianisme, dont celui-ci ne contenait, selon eux,
> que des révélations fausses ou partielles; les mystères
• de Mithra étaient , sous ce rapport , des armes infini- » ment supérieures à celles des aotres mystères , puisqu'ils
» #e rattachaient immédiatement à la religion de Zoroas- X tre* laquelle en tant d'endroits offre les plus grands }> rapprochement avec les dogmes et les rites du christfax nisme.
• La ressemblance des pratiques et des cérémonies des » mystères de Mithra avec ceux de la religion du Christ » est avouée par les Pères de l'Église , tels que Justin et » TertuUien ; et la manière dont d'autres, comme Grégoii-e » de Nazianze et Jérôme, s'expriment sur les mystères de » Mithra montre assez l'importance qu'ils attachaient à r> cette rivalité de pratiques et de cérémonies. C'est donc » sans doute l'établissement du christianisme qui fut une » des causes principales du succès et du développement » du culte de Mithra dans l'empire romain, jusqu'à ce » qu'il succombât devant le triomphe de la religion chrér » tienne. »
Nous voyons donc par ce qui précède que la religion de Zoroastre, dont le Zend avesta, le feu vivant, est la bible , a donné naissance aux mystères de Mithra et aux cérémonies du christianisme; mais ici les rites ont été sanctifiés , et à l'exemple de TertuUien et de saint Augustin on peut en faire l'aveu sans nulle crainte.
Revenant maintenant à la planche qui fait le sujet de cette explication , nous ferons remarquer que cette figure a un rapport direct avec Mithra , l'emblème, le génie du soleil. Aigle et lion, le soleil s'élance de l'Orient, dompte tous les obstacles, plane sous la voûte des cieux, et redescend sur l'horizon après avoir reçu les hommages des hommes. Chez les Égyptiens le griffon était l'emblème du soleil et d'Osiris.
Ainsi le principe fécondant est la divinité qui préside à
tous ces cultes de l'antiquité. , si souvent modifiés selon le génie ou les passions des législateurs que l'on voit surgir eu foule dans les annales de l'Orient !
Si l'Amour était adoré comme principe de la génération , Jtfithra l'était aTissî sous le même rapport; et en eftet Porphyre l'appelle Demlourgos , i'abricateur des peuples, seigneur de la génération.