BACCHANALES
B&8-BEtIEF Elf MARBBR
Ce curieux bas-relief représente Tune des fêtes les plus célèbres du paganisme ^ connues sous le nom de Bacchanales, et quelquefois déguisées, avec de légères modifications, sous ceux d'Éleusines , de Dionysiaques, de Lamptéries, de mystères d'Isis , des Cabires, de Mitlira, d'Adonis , de la bonne déesse , etc. D'ailleurs tous ces mystères , et la plupart de ceux que nous avons juge superflu de nouimer, avaient leur partie dogmatique, litui^tque et morale, et ils différaient moins par leur doctrine et leur morale, que par leur origine et leiirs rites. Partout on re- • trouve le pouvoir générateur symbolisé , une victime immolée , et des lustrations pour purifier les fidèles.
Les dieux Cabires, ainsi nommés du mot arabe cabir (puissance) , étaient au nombre de quatre : Cérè», Proserpine, Pluton et Mercure. Pour les initiés, Cérès .se nommait OxUrls, Prpserpine Axiokersa , Pluton Axiokersos , et iMercure Casmilus. Leurs mystères, auxquels se firent initier plusieurs des hommes les plus célèbres de Tantiquité , tels que Moïse', Orphée, Musée, Homère, Archimède, Dédale, Thaïes , Platon, Lycurgue, Solon, Pythagore . etc., différaient peu par la liturgie, et nullement
PLA.HCUB VII.
par la raoralc, i\cê Dionysiaques ou Dionyaiades, ou ciirin Dionyùes.
Bacchus fui surnommé Dionysos, dérivé de àtlt, génitif de ^fù; , dieu, et de Nysa, ville où l'on suppose qu'il fut élevé. Plusieurs écrivains de l'antiquité ont dit que ce dieu , sans doute celui de Thèbcs, n'était pas autre qu'Osiris, tandis que Cérès, en l'honneur de laquelle on célébrait à Eleusis des fêtes appelées Eleusines, serait la même que risis des Égyptiens. Quoi qu'il en soit de cette supposition, sur laquelle les mylhographes sont peu d'accord , toujours paratt-il positif que l'usage des Dionysiaques ou Bacchanules fut porté d'Egypte en Grèce par un certain Mélampus, fils d'Aroyathon '. C'est lui, dit Hérodote, qui a introduit cliez les Grecs le culte du phallus et de Bacchus.
Les Athéniens célébraient avec la pompe la plus fastueuse les fêtes de Bacchus, et les Romains ne tardèrent pas à introduire chez eux et dans toute l'Italie l'usage des bacchanales. Dans le principe les hommes n'y étaient pas admis , et le scandale par conséquent n'était pas fort grand ; mais dans la suite l'introduction des hommes fit dégénérer ces fêles en orgies si abominables , que le sénat , crut devoir intervenir : il rendit un décret , l'an de Rome 568 , pour supprimer ces turpitudes dans la capitale et dans toute l'Italie *.
Les lieux que l'on ohoisiscait de préférence pour la célébration des Dionysiaques y étaient les plus solitaires , tant parce que la solitude encourageait l'effronterie dev
■ Hérodote , Ut. ii , $/xlix.
* Hérodote , loc. cit. — Diodore de Sicile. Athénée. Mémoirca de Tacad. des Inseript.
Bacchantes que parce qu'elle était plus propre au reteatuAement de la voix. Evohe I svohe 1 tel était le cri par lequel , disait-on , Jupiter encourageait son fils Bacchu» à vaincre les obstacle» que lui suscitait la jalouse Junon : «i}oh« ! evoke I nipétaient les fougueux acteurs de ces orgies. C'est de là que chaque fois qu'on veut désigner un grand bruit , un vacarme infernal, on dit un bacchanal '.
Les prétresses de Bacchus étaient au nombre de quatorze; on les nommait rtfetpa) ( Ghéraré), de yisâ^-xM ( je deviens vieux ) , parce qu'on les choisissait âgées. Elles servaient quatorze autels , et présidaient à l'offrande de c{uatorze sacrifices; c'étaient les Bacchantes proprement dites. Mais ce nom fut'depuis étendu à toutes les femmes qui prenaient part à ces infamies. Quelques auteurs ont avancé que les Bacchantes étaient vierges, et qu'elles savaient, tout en s'abandonnant au délire le plus extravagant, et à l'ivresse des libations bachiques, se défendre contre tes entreprises.
La statue du dieu était ordinairement peinte avec du cinabre; on la revêtait de plus de la nébris ou peau de cerf, de panthère , de léopard ou autre animal. L'hiérophante , ou prêtre chargé de révéler les choses sacrées , représentait le créateor, le Dtmiourgos, Ceux qui portaient les flambeaux se nommaient Lampadophores f leur chef, ou le Daduehe, figurait le soleil; l'assistant à Tautel, la lune , et le sacré proclamateur , Mercure
Les principales cérémonies consistaient en processions
» En pariant d« la fête il faat dire ane bacchanale et non pas un bacchanal, comme Tout écrit certains auteurs. ■ Eusèbe , p. c lib. m.
où Ton portait des vases remplis de vins et couronné.^ de pampre. De jeunes femmes, chargées de corbeilles pleines de fruits et de fleurs, venaient ensuite : c'étaient les Canephores. Après elles s'avançaient les Lampadophores. Derrière ceux-ci on voyait des joueurs de flûte et des cymbalisles , et après des troupes d'hommes et de femmes masqués en satyres, en Pans, en tannes, en Silènes, en nymphes et en bacchantes ; couronnés de violettes et de feuilles de lierre, les cheveux en désordre, le teint animé par les vapeurs du vin , les vètemens disposés avec un art impudique , de manière à laisser à découvert tout ce qu'il aurait fallu cacher , et tous chantant X&tphalUoat chtn^ns obscènes en l'honneur de Bacchus.
Le» Phallophores et les JtyphaUes suivaient cette cohue; les premiers présentait elTrontémeut aux regards des spectateurs des Ungam poitlches attachés sur les hanches à l'aide de courroies, les seconds portant les mômes objets, avec des proportions plus gigantesques, au bout d'une longue perche. Enfin la marche était ferniée par les quatorze prêtresses que l'orchonte-roî , ou président de la fête, avaient chargées de tom les préparatifs.
Kn Egypte les cérémonies étaient les mêmes, si ce n'est qu'au lieu de pkallesy les Égyptiens avaient inventé des figures de deux pieds de haut environ, qu'ils faisaient mouvoir par un ressert. Les femmes portaient dans les bourgs et les villages, ces figures , dont Tatlribut viril n'était guère moins grand que le reste du corps, et qu'elles faisaient remuer à l'aide d'une corde *.
Arrivée au lieu du rendez-vous, soit dans le milieu
' Hérodote, loc cit.
d^xine forêt ûlenciettse, soit au sein d'une vallée profonde entourée de rochers, cette multitude de gens débauchés et fanatiques tirait du coffre appelé par les Latins aroa ineffàbiUs Pimag6 de Bacchus, la plaçait sur un hermès et lui offrait un pourceau eu holocauste. Les vins et les fruits étaient ensuite disiribués avec largesse. Eu peu de temps, Tabondance des libations > les cris redoublés, la joie immodérée et le mélange des sexes portaient le trouble dans tous les sens et frappaient de démence les prêtres de cette infâme divinité. Chacun agissait alors en présence de touv comnoe s'il eût été isolé du monde entier, et les plus honteuses débauches avaient pour témoins plusieurs centainoi de spectateurs. Les femmes nues couraient çà et là , provocant les hommes par les gestes et les propos obscènes; et ceux-ci songeaient peu, en ce moment, à ce que faisaient , dans cette cohue , leurs femmes , leurs sœurs ou leurs filles; le déshonenr leur paraissait peu de chose parce qu'il était réciproque; et il n'est sorte de débauche, en un mot, qui ne trouvât en cette occasion un nouveau raffinement.
Enfin la nuit qui avait étendu ses voiles sur ce thédtre d'abominations , fuyait devant le char du soleil ; alors le dieu était renfermé dans Varca ineffabUis. Les hommes , gorgés de vin et énervés par les plaisirs, regagnaient eh chancelant leur logis solitaire , où revenaient successivement les femmes et les enfans , mais flétris et déshonorés !
Les chefs d'une nation civilisée ne pouvaient souffrir toutes ces turpitudes : on a vu que le sénat de Rome en proscrivit l'usage.
Le bas -relief qui a fourni te sujet de cette explication
rupréfeente uue Dionysiaque ou BacchanaU bien caractéfùée. Dans le milieu on voit le vieux Silène couronné de lierre , I>ortant d*unc main une coupe, et de l'autre une couronne, prix de sa victoire sur les buveurs; il chancelle) et il tomberait certainement s'il n'était soutenu par deux jeunes launcs. Derrière lui on aperçoit un Lampadephore et uue Canfpliore. Â la gauche de Silène on voit successivement une bacchante, joueuse de cymbales, un jeune garçon portant quelques-uns des instrumens de Tiiiitiation ; un impudique Phalloptiore attachant sa courroie; un satyre femelle déposant le pedum , et la syrinx aux pieds du Baochus- Hcrmèfi, que l'on recoiraait à ses cornes et à la nehrls qui enveloppe son buste. Dans le coin on remarque le dieu Cupidon qui semble venir prendre part à la féte< A la gauche deSilène se trouve un petit aulel snrmonté d'une pomme de pin : un flambeau allumé est là préparé pour le sacrifice, line bacchante, couchée sur une peau d'ours, repose voluptueusement dans une attitude qui laisse peu d'équivoque sur les causes de sa lassitude. Dans le fond ou aperçoit un satyre qui sort de sa demeure, attiré par le bruit, et qui se hâte de venir prendre part à cette orgie. Enfm , à l'extrémité du bas-relief, une femme déguisée en satyre se pose elle-même sur l'attribut d'un Priapô- Hermès. La scène se passe dans une forêt, où l'on remarque une quantité de chênes et un palmier.
SACRIFICE A PRÏAPE.
HAOTBOn II TOBCB» , LOMCTIBini S PIEDS t POOCE.
Ce bas-rdtef est la représentation de Tune des cérémonies les phis atroces du paganisme. Plusieurs femmes conduisent une ieane fille, que l'on peut supposer une nouvelle mariée , à trnç statue de Priape , et déjà l'infortunée est sur le point de taire à ce marbre le douloureux sacrifice de sa virginité. Seule de la troupe , elle est entièrement nue ; elle baisse la tête d'un air confus et triste , et s'appuie sur Tépaule d'une femme âgée , de sa mère peut-être I Non loin de là une petite fille joue de la double flûte» pour couvrir les cris que îa douleur arrachera à la victime; plus loin une vieille femme, accoudée sur un genou, regarde cette scène, et parait s'impatienter de Thésitation que manifeste la jeune éjpuuse.
Nous avons parlé dans notre Introductioa de ces abominables sacrifîces en usage dans iine haute antiquité. Nous ne les coln.sidérons pas comme moins révoitans que ceux qui ensanglantaient les sombres bosquets où les druides célébraient leurs mystères. Ceux-ci égorgeaient froidement de^ nommes que la société oyait déjà voués à la mort; ils tiraient du grondement de leiirs eu ira (lies et des palpitations de leurs lambeaux d'absurdes présages. Ceux-là faisaient couler le sang le plus pur des vierges innocentes sur un marbre, obscène ; sans piité pour les
PULirCMi vtii.
crie et les tourmeus des jeunes i^ictimes , ils détruisalaot impitoyablement ce magique talisman qui rend si cher Tuu à l'autre deux époux qui ont confondu leurs premiers sentinicns de désir, de honte et de volupté.
U est à présumer toutefois que ce rite impur ne subsista pas long-lemps; mais il est permis de supposer que les prêtres des fausses divinités exploitèrent alors à leur profit la crédulité publique, et se substituèrent eux-mêmes aux insensibles idoles.
On voit dans le temple d'Isls, à Pompéi, sur Tautel où était placée la statue de la déesse, un piédestal creux dans lequel on s'introduit par uu escalier dérobé qui aboutit au logement intérieur des prêtres. C'était par là que passait le fourbe chargé de fajre parler la statue.....
Ab uno disce omnes *.
> Le bas-relief dont il «'agit est en terie cuite. Il fait partie du cabinet (le M. de S C qoi a bien voulu nous le communiquer. Le
sujet qui y est représenté se retrouve sur une des pièces qui fout partie de la coUection du Cabinet secret du Musée royal de Naples, mais les bornes que nous avons été obligé de mettre à cet ouvrage ne nour ayant ptts permis de les donner tous deux , nous avons préféié celui* ci comme plus complet et plus ingénieux.