SCÈNE EROTIQUE
riBSQDB D BBBCVLAHOM.
Une jeune femme à demi nue montre à son aman» une feuille de coignassier j coipme pour Texciter à prendre ce qu'elle lui refuse encore. Le jeune homme presse amoureusement la gorge de sa maîtresse , et regarde arec anxiété la feuille que celle-ci tient dans sa main, et que sans doute le peintre a considérée comme le symbole d'uue virginité prête à être efièuillée.
C'était l'usage à Rome de faire manger un coing à la nouvelle mariée, avant de la conduire au lit nuptial. Aussi on peut considérer cette fresque comme une représentation du premier tête-à-tête dé deux jeunes époux.
Les figures -sont parfaitem 3nt bien conservées; mais il n*en est pas de même du fond de cette fresque. Dans son état actuel, les acteurs semblent assis sur des bancs de pierre ; mais nous pensons qu^on les voyait précédemment assis sur des coussins, dans une chambre drapée. Les jambes du jeune homme sont recouvertes par un manteau rouge ) et celles de la jeune femme le sont par le flammeum, vêtement de soie couleur d'or, réservé aux nouvelles mariées. Toutefois, pour achever de dissiper toute incertitude sur le sujet de cette planché , il nous manque la ceinture que les vierges romaines laissaient dénouer à leurs maris dans la première nuit des noces.
Les Heurs, les feuilles et les fruits du coignassier étaient
PLARCHE XXXVII. iS
na
dédiés égalemeut par les Grecs slxx phallus et par les Indiens
au Ihigam.
Nous devons na savant allemand Niébuhr de précieux détails sur la manière dont se célébrait le mariage chez les Romains.
La première solennité était la confarréation. Elle avait lieu en présence de dix témoins^ et avec l'intervention des pontifes. Le farreum ou gâteau sacré était offert aux époux ; on allumait devant eux cinq flambeaur; la fiancée touchait l'eau et le feu, et accomplissait quelques autres cérémonies également symboliques. Après cette solennité , la femme était in manum virif tombée dans la main de son époux, en son pouvoir; elle prenait son nom, et était ap*pelée à hériter de lui concurremment av«c ses enfans.
Cette cérémonie n'avait point lieu po\ir le mariage libre , sorte d'union qui ne conférait point à la femme le nom de son mari , ni le droit d'en hériter, et qui ne donnait à celui-ci aucun pouvoir sur elle. C'est ce qu'en Allemagne on appelle encore mariages de la main gauche.
Une femme tombée sous la puissance absolue de son mari, pouvait être condamnée par lui à la peine de mort , pour de certaines fautes plus ou moins graves , et parmi lesquelles on remarque celle d'avoir bu du vin. L'usage de cette boisson était généralement interdit aux femmes, sous les peines les plus sévères : c'était une loi des Douze Tables.
Mais une femme n'était sous la puissance maritale qu'après avoir passé un an révolu sous le toit conjugal, et elle pouvait interrompre la prescription en s'absentant chaque année pendant trois nuits.
Après les fiaucailles, l'homme donnait à sa future com-
pagne un anneau de métal et un baiser. Au jour fixé, les parons et les amis des deux époux les conduisaient au temple avec une grande pompe ; le corlége était précédé par de jeunes enfans qui portaient une corbeille à ouvrage , une quenouille, un flambeau et une branche d'aubépine. Des cris joyeux se faisaient entendre; on y distinguait celui de Thalossio ; des joueurs d'instrumens se mêlaient au cortège et l'accompagnaient jusqu'au temple. Là, les pontifes célébraient l'union après avoir consulté les auspices.
Alors la jeune épouse était conduite avec la môme pomp< jusqu'au domicile de l'époux. Arrivée sur le seuil de la porte, elle l'arrosait d'une huile odoriférante, et ses compagnes la saisissaient aussitôt pour lui faire franchir ce seuil dans leurs bras. Puis venait, comme de nos jours , le fameux re pas de noces si désiré par tous les convives, et si fatigant pour les nouveaux époux, point de mire de tous les regards , de toutes les fades plaisanteries.
Enfin la jeune épouse vêtue , comme nous l'avons dit, du flammeunif couronnée de verveine, et parée surtout de la précieuse ceinlure virginale, était conduite par ses parens et ses compagnes dans la chambre conjugale ; là , on lui donnait à manger un coing, et chacun se relirait ensuite , la laissant seule avec son mari et l'esclave cubicuiaire. Celui-ci se retirait également en emportant les souliers de «a maîtresse, soigneusement enfermés dans uqe précieuse cassette; il se mettait en sentinelle derrière la porte, veillant attentivement à ce qu'aucun indiscret ne vint troubler les mystères du lit nuptial.
PF.XXAVIU
JOl
SPINTHRIA.
TRCSQUE DE TOMPÉI.
Cette fresque a été découverte en i8a6, à Pompéi. On suppose que la maison où elle se trouvait était np de ces lieux de débauche nommés lupanaria. On voit dans une des chambres principales de la maison , une peinture qui représente des jeunes gens et des courtisanes se livrant aux plaisirs de la table et du jeu : un de ces jeunes hommes , celui de la fresque- dont il est ici question, échauffé sans doute par les vapeurs du vin , poursuit une femme. Ses gestes ne laissent aucun doute sur la nature de ses intentions ; mais celle-ci , effrayée à la vu& du trait qui la menace , saisit son amant à !a gorge, et 8*efforce de le repousser; elle semble même vouloir lui jeter à la tète un vase qu'elle tient dans sa main droite.
Le dessin de cette fresque offre plusieurs imperfections ^ et le brao gauche du jeune homme e«t évidemment trop court, quoique vu en raccourci.
Nous avons dit dans Tintroduction que les Grecs appelaient ces sortes de peintures grylU et les latins Ubidines^ Elles étaient désignées par une expression plus énergique -, lorsqu'elles étaient encore par trop obscènes ; cette expression est celle de spinihria , débauche, de «-iriutnf, étincelle , comme qui dirait sailUe brûlante. Nous nous servirons désormais de ce terme, comme plus approprié aux peintures qu'il nous reste h décrire.
PLAirCIIB XXSVIH.
SPINTHRIA.
rftBSQDB DE rOMPÉl.
Cette peinture erotique représente à n'en pouvoir douter une première nuit de noces. La jeune épouse porte encore la ceinture virginale, et, selon les usages de cette époque, Tépoux devra la lui enlever après la consommation du premier sacrifice. Uesclave cubicolaire qu'on aperçoit dans le fond du tableau , porte une fooite d'essences et de parfams. Les deux jeunes gens ont choisi une altitude qu'ils ont jugée pins convenable à faciliter l'aocompiissemeut de l'acte auquel ils procèdent : more ferarum. Enfin les mots : LENTE IMPELLE, qu'on lit au bas du tableau , achèvent de démontrer que l'actrice est ici une jeune femme qui demande grâce pour son inexpérience : va doucement, ménage-jnui f uliiiraïaiiieti paroles, VOUS ne retentirez pas long-temps aux oreilles du vainqueur! le superbe coursier aura bientôt besoin de l'éperon.
La position adoptée par nos deux personnages se retrouve assez fréquemment sur les pierres gravées et sur les étrusques, ce qui n'a rien de surprenant; car il nous semble (juc Voltaire a fait une plaisanterie doviblement mauvaise lorsqu'il met dans la bouche de Dorothée ce singulier reproche qu'elle adresse à Jeanne :
« Mais j'avouerai quefe ne conçois pas
» Cominent on peut^oateair l'appareil » De l'attitude aptée k cas pareil. »
Pucelle , édit. de Londres , UDCCI.XXX ( Paris , 1780).
FLAKCHE XXXtX.
to«.
Celte attitude paraît indiquée par la nature même, et it Mt certain que dans l'origioe des sociétés les hdimmes qui voulaient approcher de leurs femmes, n'ayant pas Jia ressource de les ieter sur un épais duvet, dans le fond d'une »)cove mystérieuse) n'auraient pas songé à les étendre sur des pierres et des ronces. L*attitùde dont les quadrupèdes leur enseignaient f usage devait leur sembler plus commode et plus naturelle
IMutarque a dit ' : < felldment que par là Ou cognoist » que les Delphiens ne faillent point en ce qu'ils appellent « VerMS'Harma j c'est-à-dire le chariot attelé, ni Homère » quant il' nomme- telle conjonction quxirfif , qui est à » dire amitié y etc. *
D'ailleum la conformation et la position des organes ae 4a génération cbez les deux sexes indiquent assez que cette œuvre peut s'accomplir ainsi dans l'intérêt de la reproduction de l'espèce humaine. Écoutons Lucrèce à ce sujet
«..,,...... N«m more ferarum
» Quadropedumque magia rita plerumque patantur » Concipere iixores, quia aie loca sumer« poasoat, n Pectoiibu! posîlis, sublatis scmioa lumbis; » Nec molles opus sunt motus uxonbus llilum. » Nam mulier prohibet se coflcipere atque repugaat , M Cluaibus fpsa viri venerem si Iseta rettactet : M^Atque exossa/o ciet omnt peclore fluctus i> Ejicit coim sutci rectâ regione, viaqae » Vonierera , atque locis axertit seminis icium
Le Marchetti en a donné une admirable traduction itaiietttic :
CI Clie (lelie fere in guisa
i> £ degli altri quadrupedi auimali
» Slimar si dee che molto più sien atte
» Le donne a concepir poichè in tal modo
» Slaudo i lombi elevati c'i petto cbino ,
» Ponno i debili vasi il viril semc
» Ricever molto meglio , e non è d*uopo
» Di movimenti cllemiuati e molli :
» Ânzi a se stessa il concepir contrasta
u La donna , allorchè del consorte a gai a
» Il diletto carnal lieta accomp&gna
» Gil motto délie naiiche , e bramosa
» £ dindogio e dî requie irapaziente
» Con tulto il pelto disossato ondeggia :
» Poichè il vomere aller dai cammin dritlo
» DëI solco génital caccia e rimove
» Da' luughi a lui proporzionaii il semé. »
Cette fresque est de récente découverte. Le dessin n'en est pas fort correct : on remarque surtout les bras du principal acteur comme peu proportiounés aux autres parties de son corps.