PL.A'I.VIII
SPINTHRIA.
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Deux époux, jeunes et beaux, jouent amoureusement sur un lit de sangle. Une lampe allunîée indique que la scène se passe de nuit. Comme dans la précédente peinture , le jeune homme est nonchalamment étendu sur le dos, tandis que sa complaisante compagne, assise sur lui ù califourchon , est chargée du rôle principal. Dans le fond , ou aperçoit Tesclave cubiculaire qui veille attentivement sur ces ébats voluptueux, et semble même les regarder d'un œil de luxure , circonstance qui rappelle parfaitement ces vers de Martial :
« Masturba baotur Phrygii postostia servi, X Hcctoreoquotîes sederat uxor eqao.
Cette fresque, sous le rapport de l'exécution, ne manque pas de mérite. La femme parait forte et bien faite ; sa blonde chevelure tombe sur ses épaules en boucles ondoyantes.
L'homme est imberbe, mais sa stature est élevée, et tout en lui dénoie une jeunesse pleine de vigueur et de feu.
Le meuble, fort incommode d'ailleurs pour de pareils élK\ts , est formé d'une tuile bariolée dont on ne voit point assez l'élasticité. Le dossier recourbé indiquerait plutôt
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une sorte de canapé qn'ùn lit. Le tout est supporta par quatre piedg trop grêles pour résister long-temps s'ils n'étaient en fer, ainsi que Tusage s'en est perpétué jusqu'à nos jonrs, dans le midi de l'Italie. Il est possible néanmoins que ce meuble , ai simple en apparence , fût composé d^une matière plus précieuse que l'or, car, à l'époque de la décadence à laquelle appartient cette peinture, le luxe élail porté à un tel point chez les Romains, qu'il surpasse méfae ce que les récits des poètes orientaux contiennent de plus merveilleux.
Les dames romaines faisaient grand cas des chevelures blondes» elles à qui la nature avait donné de si beaux cheveux noirs ; aussi étaient-elles généralement dans l'usage de se faire raser la tête pour la couvrir de blondes chevelures que les jeunes filles germaines ou gauloises leur vendaient à très-haut prix. Les cosmétiques de toute espèce se voyaient épars sur leurs toilettes ; on sait que» Poppée , femme de Néron , inventa une pommade qui reçiit le nom de poppisanum.
Cette même Poppée prenait des bains de lait d àuesse, pour conserver sa fraîcheur, et Pline nous apprend, qu'elle faisait traire journellement cinq cents ânesses dont le lait servait à cet usage.
Toutes les parties du monde connu contribuaient alors à servir le luxe effréné et vraiment délirant des Uomains : l'Inde leur 'envoyait des colliers de perles fines, évalués à plusieurs millions de sesterces ' ; l'Arabie , ses parfums les plus suaves; Alexandrie, Tjfr et TAsie-Mineure , de précieuses étoffes brochées d'or et de soie; Sidon^ ses mi-
Cioq sesteices équiviileat )i peu près au franc.
roirs de métal ou de verre. D'autres contrées envoyaient à Rome la pourpre, Tor, Targent, le bronze, tous les produits des arts et ceux de la terre, les vins les plus exquis , les animaux les plus rares % Sous le dernier Scipion, on vit à Rome des hommes d'une grande autorité consumer leurs biens avec les mignons, d'autres avec les courtisanes, ou en concerts et en festins dispendieux, ayant contracté dans la guerre de Perse les inclinations des Grecs; et ce désordre était devenu une fureur parmi les jeunes gei)<4 '.
M. Roux-Ferrand a donné, dans son excellent ouvrage sur les Progris de la Civilisation ^ une fort belle description de ces repas somptueux où le luxe romain déployait toutes ses pompes; il en a recueilli les élémens dans Martial. Pline, Pétronne, Sénèque, Horace, Vitruve, etc. Nous lui empruntons le passage suivant :
« Des lampes de bronze , supportées par des caudéla- » bres , répandaient une vive lumière ; la table , faite de » bois de citre , plus précieux que l'or , repose sur des » pieds d'ivoire ; elle est recouverte d'un plateau d'argent » massif, du poids de cinq cents livres, orné de ciselures » et de dessins. Les lits triclinarres sont de bronze, cnri- > chis d'ornemens en or pur et en écaille de tortue mâle ; » les matelas de laine des Gaules teinte en pourpre , et « des coussins précieux , sont recouverts de tapis tissns et » brodés de soie, fabriqués à Babyloue, qui coûtent ius- » qu'à quatre millions de sesterces ( environ 800,000 fr. ) • Le pavé en mosaïque représente des débris de repas , » comme s'ils fussent tombés naturellement k terre. Ce
» Mazoig, Bœttiger, Meiners, d'après Tite- Live , etc., etc.
" Polybe, Roux-Ferrand , Histoire des Progrès de la civilisa tioD,etc«
M tricliiitum pourrait contenir uoe table de soixante lits : » il n est destiné qu'à Tété , car chaque saison a sa vaissi lie M et ses esclaves parti ouliers.
» En attendant la venue du mattre de la maison , de » jeunes filles entrent en chantant, et répandent sur le
> pavé de la sciiire de bois teinte de safran et mêlée d'une » poudre brillante. Le linge de table est une espèce de » lin incombustible qu'on jette au feu pour le blanchir.
» De jeune« éohansons venus de TAste , ver-
» .sent à la ronde des vins parfumés et rafraîchis avec de » la neige ; les coupes sont d'or , entouii^es de pierres » précieuses. Pendant le repas ^ les convive.H changent de B robe pour se délasser, et de jeunes filles, à demi->cou-
> chées à leurs pieds , agitent l'air et chassent les mouches ^ avec des éventails de plumes de paon> etc. »
PL.XUX