PAN ET SYRINX
MOSAÏQUE PaOVENiNT DU MFSÉE DE NOJA. nkVrtVR I PIED EN CAITBK
Cette mosaïque, qiii retrace l'aventure de Pan et Syrinx, est sans contredit un des plus beaux morceaux du cabinet secret du mirsée de Naples.
Nous avons déjà eu l'occasion de dire que plusieurs mythoçraphes ont disputé fort sérieusement, à l'épouse d'Ulysse , sa réputation de chasteté. A les en croire , Pénélope favorisa chacun des nombreux adorateurs qui aspiraient à sa main , et ne sachant à qui faire honneur d'un fils illégitime dont elle accoucha, elle le nomma Pan , d'un mot grec qui signifie iout , l'attribuant ainsi à toute la communauté amoureuse. Seloji d'autres , Pan serait le fils de cette même Pénélope et de Mercure. Le messager des dieux , 'disent^ils , ne pouvant triompher de la chasteté de la reine d'Ithaque, se transforma en bouc, et parvint ainsi à ses fins; c'est-à-dire que Pénélop& accorda à l'animal ce qu'elle avait refusé au dieu. Cela n'était guère flatteur pour ce dernier ; mais les divinités du paganisme n'étaient pas fort délicates sur cet article , et les hommes recevaient d'elles de fort mauvais exeioiples. On conçoit difficilement , en vérité , qu'une religion aussi impudique ait pu résister si long-temps à la marche progressive de l'esprit philosophique. On ne peut se l'expliquer qu^en réfléchissant que plus la corruption des mœurs devenait grande chez
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lis
les païens j et plus ils devaient s^efTorcer de maintenir un culte qui non- seulement excusait les faiblesses de Thtimanité, mais encore qui sanctifiait les plus infâmes débauches.
Des amours de Mercure -Bouc et de Pénélope naquit un enfant moitié homme et moitié chèvre. Ce fut Pan, qui devint la terreur des nymphes et des bergères. Un jour ce dieu lascif rencontra l'aimable fille du fleuve Ladou , Syrinx , nymphe d'Arcadie et compagne de Diane. Elle descendait paisiblement du mont Lycée, ne se doutant pas du sort qui l'attendait ; mais à l'approche de Pan , qui manifestait ses désirs d'une manière non équivoque, elle se mit à fuir avec rapidité. Ses forces toutefois ne répondirent pas à sa vertu ; sur le point d'être atteinte » sa' défaite paraissait certaine; mais Diane, qu'elle invoqua en ce grave péril, ne l'abandonna pas, et la uymphe fut changée en roseau. Le dieu , touché de sa disgrâce , s'arrête long- temps auprès de cette plante bien -aimée dont le feuillage, caressé par le zéphyr, semblait pousser de longs gémissemens. Pan voulut perpétuer le souvenir de cette triste aventure , et rendre hommage en même temps à la mémoire de la chaste nymphe. Il forma, de plusieurs morceaux du roseau , une flûte champêtre à laquelle il donna le nom de Syrinx :
1 Paiiaque cùm piensam aibi jam Syrioga putaret u Coi'pore pro nymphes calamos tenuisse palustres , n Dumque ibi suspirat, motos in arundiae ventos » Ëffecisse »onum teauem similemque querenbl ) » Arte nova vocisque deum dulcedine cnptum , » Hoc mihi coosilium tceum dixis3« mancbit ; » Atque itk diiparibus calami* cqmpagine cerse » Inter se junctis aomeu tenuisse puellat. (Ovjde.)
NASÏTERNE.
VISE ITALO-GBEC.
HABTEPB I PIED I POXJCE.
Voici un de ces vases si renommés , vulgairement appelés étrusques y parce que les premiers ont été trouvés en Étrurie. Depuis on en a découvert une bien plus grande quantité dans la Grande - Grèce , aujourd'hui royaume de Naples, dans la Grèce proprement dite, et en Sicile ; et il a été reconnu qu'ils étaient d'origine grecque et non pas étrusque , d'où l'on a senti la nécessité de changer leur dénomination. Parmi les noms divers qui ont été proposés, les suivans ont prévalu, ou du moins finiront certainement par prévaloir un jour : vases grecs , ceux qui appartiennent à la Grèce proprement dite ; vaces Halogrecs , ceux qui proviennent . de la Grande - Grèce ou royaume de Naples; et vases siculo-grecs , ceux qui appartiennent à la Sicile. Enfin il a été découvert une quatrième espèce de vases dont on peut réellement attribuer la fabrication aux anciens peuples de l'Étrurie. Ceux-là conserveront le nom de iases' étrusques ; mais , jusqu'à présent, les collections en sont peu importantes, et nous n'avons pas à nous en occuper.
Chacune des trois catégories de vases grecs est fort aisée à reconnaître ; il suffit , pour cela , d'en avoir fait quelquefois la comparaison avec les deux autres. Nous
ptiAircnB Lvi.
(lirons à ce sujet que, pendant notre séjour dans la Grau(Je- Grèce , nous avons souvent entendu des étrangers manifester des doutes sur la sincérité des vases greca qui leur étaient offerts ; ces doutes n'avaient rien de fondé. Il existe à Naples plusieurs manufactures de poteries imitant l'étrusque et le grec; il en sort de charmans services de table que Ton aurait certainement perfectionnés en France, si Tintroduction de la poterie étrangère n'y était pas prohibée' Mais il y a loin de Vimiiation à ii contre façon , et la plus simple inspection permettrait à toute personne, même à un enfant , de distinguer le vase vrai d'avec le faux; il suffit pour cela d'avoir eu une fois l'occasion de les mettre en présence Tun de l'autre.
On trouve des vases grecs, dans le royaume de ISaples, sur un grand nombre de points, mais on les classe généralement en vases de Nola , de Basilicate et de la Fouille. Ceux de Nola sont les plus estimés, et sans contredit te sont les plus beaux, tant par l'élégance des formes qu'ils affectent, que par la pureté cl l'éclat du Vernis.
L'usage de ces vases était fort répandu cher les anciens ; aussi en a-t-on découvert une immense quantité, et la mine est- elle loin d'être épuisée. Ils s'en servaient pour les usages domestiques , pour les sacrifices , les mariages, les cadeaux à diverses époques de l'année , et surtout pour les funérailles. Lorsqu'on avait déposé le corps de la personne défunte dans son. tombeau , ses pareng et ses amis en faisaient le tour à la suite l'un de l'autre , chacun portant dans sa main un petit vase plein d'essence dont il aspergeait le cadavre et qu'il déposait ensuite dans la tombe , à côté du mort. On lui en mettait dans les plis du manteau dont on l'avait enveloppé , sur ses
bras , dans ses mains et à ses pieds. Enfin , quand il s'agissait d'une personne riche, on garnissait l'intérieur de la tombe de plusieurs grands vases ornés de belles figures , les uns remplis d'essences , les autres chargés de fruits ou de fleurs. C'est en conséquence dans les tombeaux antiques que sont recueillis journellement les vases qui entrent dans nos collections. Ceux de Nola ont encore, à cet égard, ime grande supériorité sur ceux de la Pouille et de Basilicate ; on les enlève le plus souvent, sans les briser, circonstance fort rare pour les vases des autres localités, et voici Texplicaiion de ce fait : l'usage des habitans de la Campanie, et de Nola en particulier, était de couvrir leurs tombeaux à l'aide de deux pierres formant une toiture angulaire. Il en résulte tmc plus grande force de résistance contre la bêche du fossoyeur : crlui-ci est promptement averti de la présence du moiiuraent ; dès lors il use de précaxitions, et parvient à retirer la plupart des objets d:«ns un bon état de conservation. Mais il n'en est pas de même dans les autres provinces, où les tombeaux sont quelquefois entièrement découverts , et d'autres fois couverts simplement par une pierre plate. Dans le premier cas , la bêche plonge dans le fond du tombeau et y brise tout ce qu'elle y rencontre ; dans le «econd, ce sont les éclats du couvercle lui-même qui tombent dans le monument , et détériorent les objets qui y sont contenus.
La fabrication de cetle poterie a eu, chez les anciens, comme les autres arts, son enfance, sa maturité et sa décadence. Les premiers vases sont reconnaissables surtout à l'originalité dos formes , souvent imitées des Egyptiens,
à la grossièretiî des figures. Ceux de la décadence ont
généralement des formes plus prétentieuses et moins élégantes qne celles des vases du temps prospère*. Les figures y «ont souvent chargées d'un blanc mat.
Nous allons dire quelques mots des vases de la bonne époque.
On n'y trouve que deux couleurs : celle de la matière première, rougeâtre et argileuse, et le noir foncé. Les vases siciliens ( siculo-grecs ) portent le plus souvent des figures noires sur un fond rougeâtre. Les italo-grecs, au contraire, sont habituellement à figures rougcâtres sur fond noir ; ce n'est point une distinction absolue , car on en trouve des uns et des autreis dans les deux localités; mais, quels qu'Us soient, le noir est la seule couleur que l'ouvrier y ait apposée, le rouge étant celle de la matière première. Ce n'^st, ainsi que nous l'avons déjà dit, qu'à l'époque de la décadence qu'on y ajouta du blanc.
Plusieurs vases sont entièrement noirs, oti entièrement rougeâtres , dépourvus de figures , ou n'ayant que quelques arabesques, guirlandes ou filets^ et il est inutile d'ajouter que ce sont les moins recherchés. Parmi les vases à figures, la plupart des sujets représentent des initiations à différens mystères, des jeux et des luttes; mais il est à remarquer que c'est moins le fini des (igures que la rareté du sujet qui contribue à élever le prix de ces antiquités.
Les formes de ces vases sont très- variées, et beaucoup sont d'une élégance qui les rend dignes de servir de modèle à nos artistes. Chacune de ces formes est appelée à Naples d'un nom particulier, tiré de sa ressemblance avec un objet moderne. Le vase à cloche ( campana ) est celui dont l'ouverture , fortement évasée , est plus
large que le renflement du venlce. Voyez ci -après les planches lviii et liX. ,
Le vase langelle, gracieitse forme a deux anses» poer laquelle on peut voir ci-après la planche lx.
Le vase nasiterne. C'est celui de la planche ci- contre. L'ouverture est divisée en trois compartimens , et a la forme d'un trèfle. Ces vases n'ont qu'une anse.
Le caitino , diminutif de catto, seau à puiser de l'eau, quand il y a, sur Touverlure même, une anse e»» forme d'arc. Les balsamines ou lacrymatoires , petits vases à une anse, à cou étroit, et ventre plus ou moins renflé. On les appelle balsamines , parce qu'on y mettait des baumes ou parfums , et lacrymatoîres, parce que la liqueur s'en échappe , goutte à goutte, comme les larmes qui tombent de nos yeux.
Vase à lucerne , affectant la Agure d'une petite lampe antique.
Rhyton ayant la forme d'une corne. Path-es , salures, encriers, etc.
Nous ne poursuivrons pas celte nomenclature plus loin, et nous renverrons les personnes qui voudraient la cony naître à fond, à une brochure (aisée à se procurer ) du chanoine Jorio , conservateur actuel de la galerie des vases grecs du musée de Naples.
La planche ci-contre, n* lvi, est un vase nasiterne de Nola '. On y voit un jeune homme, couronné de feuil-
■ Nola , dans la Campanie Heureuse , à cinq lieues environ de Na> pies. Ces» à Nola que les cloches furent dit-on employées pour la première fois pur les chrétiens , d'où on les appela campanee.
îài
lagcs , tenant deux bâtons dans ses maia«, et ayant l'air (l'eu frapper un chien et sa femelle au moment de lem accouplement. Il serait difficile de décider si l'artiste y a caché un sens mystérieux.
PL.LVIl
i53 HERCULE ET LES OISEAUX STYMPHALIDES'.
PETIT VASE ITAtO-GREC. FOHD HOIR. FIGVRB6 R0VGEATRB8.
Pausanias, dans ses Arcadiques y fait mention de certains oiseaux originaires, à co qu'il croit, de l'Arabie , de la grosseur des grues et de la figure des cigognes. Il ajoute qu'ils vinrent autrefois, en grande quantité, s'établir en Arcadie sur les bords du lac Stymphale , d'où on les appelle stymphalides. Apollonius les nomme wA«;Af, c'està-dire plongeurs ou nageurs, circonstance qai prouve que ces oiseaux, quelles que soient les fables que l'on ait débitées sur leur compte , étaient de la famille des imaniopides. Il paraît que ces animaux devinrent fort importuns dans la nouvelle patrie qu'ils s'étaient choisie , et qu'ils y commirent de grands dégâts. Ceux qui en délivrèrent la contrée lui rendirent en cela un si grand service, que Tinnaginatiop des poètes s'empara des récits déjà exagérés par la reconnaissance. Cette chasse contre des oiseaux, sans doute fort peu dangereux, devint sous la plume des poètes, et dans l'esprit des peuples , un des travaux d'Bercule. Ou dit que , fuyant devant ce héros , ils se réfugièrent dans une lie du Pont-Axin ', nommée Aretia , de A'ftjs, Mars, parce que les Amazones Otrère et Antiope y avaient bâti un temple de pierre en l'hounour de ce dieu; dès lors les
» Pont-Axin , mer inhospitalière , appelé plus tard Pont-Euxin , œei hospitalière.
pLAKCue LVii. ao
styniphaiides fnrent appelés oiseaux de Mars. Apollonius en parle en ces termes ' : « Après avoir côtoyé le pays » des Mossynéciens, vous trouverez une île rocailleuse et » escarpée , où votre premier soin sera d'épouvanter et » de chasser au loin des oiseaux fort importuns et mé- • chaos qui se trouvent en nombre immense dans cette » Ile déserte, où Otrère et Antiope avaient élevé un » temple de pierre consacré au dieu Mars. »
Pline * a dit dans sx>n Histoire Naturelle : c Vis-à-vis » Phamacée se trouve l'ile de Chalcérite , que les Grecs » nommèrent Arie , consacrée à Mars. Là^ certains oi- » seaux se battaient en lançant leurs grosses plumes cob- 4 tre ceux qui y abordaient. »
Un peu après le passage déjà cité, Apollonius ajoute : « Ayant passé le pays des Mossynéciens, et se trouvant
> à peu près en face de Tile Arctia , les Argonautes fai-
> saient route à Taidc des rames , car le vent était tombé
> dès la pointe du jour. Ils aperçurent alors un oiseau de » Mars, habitant de cette ile, qu' i, fendant les airs de » toute la force 4e ses ailes, lança contre le navire une de » ses fortes plumes acérées , et cette plume vint tomber » sur Tépaule gauche du divin Oïlée. >
Timagnète ^ a écrit sur le même sujet : « Ces oiseaux •> stymphalîdes , à qui Hercule donna la chasse, avaient R des ailes, des becs et des griffes de fer. » Tantôt il les a ippelé« o-titif»7irTif«9( ( ayant dés ailes de fer ) , tantôt ii>»<»ivx«f i ayant des griffes de fer, et tantôt viètifofvyx,»vi , tyant des becs de fer.
■ Apollonius. Argon. , liv. n.
2 Pline , Hist. nat. , liv. vi, ch. xii
■^ Schoiiaste d'Apollonius. - Noël le Comte, M) Ui. , Hv. vit , ch. i.