TROIS FIGURES EN BRONZE
DB LA. CRAMCKO» DUS ORIGIITAVX.
La figure n' i est un charmant petit buste de femme, portant autour du cou un collier auquel sont suspendus plusieurs phallus. Nous avons déjà dit que chez les Egyptiens, dans la Grèce et dans l'Italie, les plus graves matrones ne rougissaient pas de porter en public ces amulettes. C'était surtout pour les femmes stériles , et pour celles qui enfantaient ordinairement avec peine et malhevïr, que ces charmes étaient réservés; mais quel- (|ues-unes ne voyaient dans ces bijoux que des espèces d'ex-voto qui présentaient autant de fois l'image de Priape que ce dieu avait satisfait à leurs désirs. .
« Plures unà nocte peragebat Messalina vi-
» ros indefessa. A nuUo unquàm excgit stipendium, quod » spcntè quisque non inferret. Die facto, quatuor suprù » viginti è myrto et rosis corollos Priapo , Marsyae et » aliis ridiculis diis dedicabat victrix. Eraut singulae parta > victoriarum praernia '. »
Sans les monumens irrécusables que Tantiquîté nous a légués , on serait porté à croire que les nations civilisées ont eu de tout temps les mêmes idées que nous '^ur la pudeur, tan' il parait naturel de ne pas séparer le mystère d'avec les plaisirs des sens, sous peine de s'assimiler aux brutes! Il n'en était pourtant pas ainsi, et les
' Joauius Meursie.
PLAXCSE xti.
conlrées «jui dunnùrent le jour aux Socratc, aux Platon, aux Lycurge, aux Cic(^ron et aux Antonin, furent souillées par les mœurs les plus dissolues , par le» orgies les nlus dégoûtantes. Plusieurs siècle;! se sont écoulés depuis qu'une religion de pureté el de chasteté a jelë dans le sol de la vieille Europe ses puissantes racines, et cependant on y trouve encore quelques traces du culte infâme du dieu Phallus. En France même, pays qui depuis longtemps marche à la tétc de la civilisation , on a vu dans les derniers siècles des processions publiques où, par dévotion, des hommes, des flagellans paraissaient entièrement nus I
Le n* a représente un satyre, peul-èlre le dieu Pan , dont la tête est surmontée par une énorme paire de cornes. Une grande barbe flotte sur sa poitrine. D'une main il poilc unu amphore sans doute pleine de vin.
Sine Bac c ho et Certre/riget f^enuf.
De l'autre il tient par les ailes un oiseau que Sylvain-Maréchal, et avant lui les académiciens de Naples , ont dit être un coq, mais qui ne ressemble nullement à rct an^mnl. Sa grosseur pourrait le faire prendre pour un pigeon ou une tourterelle, et su forme pour un moineau. Tous ces oiseaux, dont les amours se renouvellent plusieurs fois dans l'année, sont fort lascifs : ils étaient conkaciés à Vénus.
H est a présumer que cette petite figure était un des dicuA lares d'une maison romaine ; ses grandes cornes et son phallus démesuré servaient à en éloigner les mau-
vais sorts. Remarquons en passant que» quoi qu'on en ait dit , l'usage d'insulter aux mari? trompés par leur» femme», en leur supposant des cornas, ne vient que de cette opinion si ancienne, et cependant si fausse, que de deux, hommes celui-là est le plus heureux dont la femme est infrdèle ; car le besoin qu'elle éprouve, à chaque instant de la journée, d'endormir les soupçons de celui qu'elle outrage, la porle incessamment à feindre la douceur, la résignation, toutes les vertus, en un mot, qu'elle ne possède pas ; outre que son libertinage n'est quelquefois que le résultat de l'ambition , et qu'il procure ainsi au ménage une aisance que sans lui il ne connaîtrait pas. Tandis que l'époux dont la femme est vertueuse doit , diton , payer avec usure les sacrifices qtie sa bompagne s'im* pose par amour de rhonuêfeté. Il est vraiment à plaindre, tandis que le premier est aussi heureux que s'il portait des cornes, car les cornes, comme les phallus, ont la propriété d'éloigner les charmes, les mauvais sorts, et d'appeler incessamment la joie, les richesses et la tranquillité. Nous avons dit, dans l'introduction de cet ouvrage, que la superstition relative aux cornes existait encore dans toute sa vigueur dans le midi de l'Italie , en Espagne et dans le Levant.
Il n'entre pas dans notre plan de démontrer combien est absurde et immorale l'opinion qui fait d'un époux trompé un homme heureux, d'un époux respecté un être infortuné ; ceux-là sont trop à plaindre à qui leur propre cœur ne suggérera pas tout ce que nous omettons ici! Oui, ils sont à plaindre ceux qui ne savent pas apprécier tout ce qu'il y a de respectable et de consolant dans la fierté d'une femme qui n*a rien à se reprocher, qui peut en
tiHis lieux porter la té(c haute» qui «nfin ne craint pas. au besoin . de s'interposer entre un fUs coupable et un époux irrité, parce qu'elle a la conscience que ce fiU n'est point un étranger dans la famille, et qu'il a des droit» ù la condescendance paternelle !
La figure n" Z eut celle d'un vieillard chauve , couché sur la terre. Il est etitièrement nu ; sa main droite repose sur un grand phallus en érection > et son bras gauche est passé sous sa tète. Comme il existait dans le musée de Kircher une statue du Budha des Indiens, ù peu près semblable à cette figure, avec l'inscription latine : Ditto Mercurio » quelques antiquaires napolitains ont cru que c'était encore ici le Budha indien , neuvième incarnation de fVis/inoti, le Mercure grec, le Thoih des Egyptiens, etc.; et ce qui donne quelque poids à cette opinion , c'est que ce morceau provient d'Egypte.