LES PEINTRES DE MARINE
sur lequel l'artiste assiste au combat. Willem , en effet, dessinait d’après nature ses batailles navales, et aussi ses tempêtes et ses naufrages. Dans la Vie de l'amiral de Ruijter, Gerard Brandt, parlant de l’engagement qui allait avoir lieu entre les Anglais et les Hollandais, raconte spécialement cet épisode : « Du 6 au 13 juin 1666, Willem van de Velde venait chaque jour à la flotte dans l'intention de prendre des esquisses de ce qui allait se passer. I se faisait conduire sur une galiote aux places d’où l’on pouvait le mieux voir... »
Après ces trois tableaux précieux viennent encore trois marines ordinaires : ne Eau agitée, comme dit le catalogue; effet de fraîche brise ; trois vaisseaux de guerre et quelques autres bâtiments; qualité médiocre; hauteur 3 pieds 2 pouces, largeur 3 pieds 8 pouces; — et deux Eaur calmes; la plus petite de ces compositions, sur panneau de { pied carré environ, est la meilleure : à droite, une jetée en planches, qui avance; un navire, quelques barques. Petits personnages de 9 à 10 lignes, très-fins. En mer, un trois-mâts et des barques éloignées. L'autre Calme est un peu plus grand : environ { pied et demi de large. Aucun de ces trois tableaux n’est signé.
L'oncle de Willem, Esaias van de Velde, né en 1597, mort en 1648, frère de Willem le vieux, est l'auteur d’un « Sujet symbolique tiré des temps du prince Maurice, » tableau qui parait curieux , mais qu'on voit à peine à la hauteur où il a été placé.
J'ai rencontré dans ma vie quelques belles marines de Backhuizen, et je suis ainsi forcé de le tenir pour un maitre d'une certaine valeur; mais j'avoue qu'en général sa peinture me semble misérable, petite, froide, maniérée. Ce commis de comptoir, ce calligraphe qui vendait ses tours d'adresse à la plume jusqu’à 100 florins, — le prix de la fameuse eauforte de Rembrandt, Jésus quérissant les malades, — ce professeur d'écriture, devenu peintre plus tard, n'a jamais eu, à mon avis, le sentiment artiste. Si Backhuizen n'existait pas, il ne faudrait pas l’inventer, car il est d’un triste exemple. Dans le sublime aspect de la mer, c’est le détail qui le préoccupe! On dit pourtant qu'il se faisait conduire en pleine mer par la tempête, à limitation de Willem van de Velde sans doute. Joseph Vernet aussi se procura souvent cette émotion. Mais les tempêtes de Backhuizen et celles de Vernet, quoique très-estimées en leur temps, ont déjà baissé et elles baisseront encore.
Il y a toujours, en tout pays, parmi les contempo-\ rains de chaque école, un parti de riches bourgeois qui s’amourachent des peintres vulgaires. Les mar chands hollandais du xvu° siècle, qui dédaignaients Cuijp, Metsu, Pieter de Hooch, Jan Steen, Hobbema ne pouvaient manquer d’exalter Backhuizen, et il eut un grand succès, de son vivant. |
Smith raconte, d’après je ne sais qui, un trait as4 sez caractéristique de Backhuizen. A ia mort de ce | ancien bureaucrate , bon compagnon d'ailleurs, à €
LES PEINTRES DE MARINE. 159 qu'il paraît, on trouva dans sa chambre une bourse contenant des florins, en nombre égal aux années de sa vie (78), avec une note exprimant le désir que cet argent füt distribué à certains peintres désignés, qui seraient invités à assister à ses funérailles. Il ordonnait en même temps de donner à chaque personne présente une bouteille d’un vin qu'il avait mis en réserve pour cette circonstance; — à condition que l'argent füt dépensé, et le vin bu gaiement à sa mémoire.
Un de ses tableaux au musée d'Amsterdam offre un intérêt historique. Il représente « /e Grand-Pensionnaire Jan de Witt s'embarquant pour diriger l'expédition de la flotte hollandaise » dans le conflit de 1666. Le rivage est couvert d’une foule nombreuse, et Jan de Witt lui-même arrive, entouré d’une escorte. Des vaisseaux de guerre et autres navires sont là, prêts à partir. Grande toile de 4 pieds en hauteur et de 4 pieds et demi en largeur. Signé, en lettres fantastiques : L. Bakh A° 1690".
Un second tableau représente le Quai aux Moules, sur l’Y à Amsterdam. Beaucoup de navires dans le port, et des figures sur la digue, femmes et enfants, marins, et un personnage qu'on dit être le portrait du peintre. Signé : L.Bachhuy et daté 1673. Hauteur 2 pieds 8 pouces, largeur 2 pieds 2 pouces. Payé 1,005 florins à la vente van der Pot. En conscience, c'est très-laid.
1 Acheté 41,600 florins {nouv. cat.).
Le troisième tableau, venant aussi, je pense, de la même collection , est plus petit, et meilleur, sauf les personnages qui sont horribles. Il est intitulé : Mer houleuse par une bourrasque qui se retire au lointain. Signé : L. Bakh 1692.
Hendrik Dubbels, qu’on donne quelquefois pour maître à Ludolf Backhuizen, en est bien plutôt le disciple. Il est postérieur à Backhuizen, très-certainement, et encore plus faible que lui. Nous avons de Dubbels, au musée d'Amsterdam, un Calme. Son chef-d'œuvre est au musée van der Hoop.
Renier Nooms, surnommé Zeeman, approche souvent de Willem van de Velde. C'est un maître tresserré et très-correct, comme on peut le voir dans son précieux tableau représentant l’ancien Louvre, au musée de Paris (n° 586); car il a fait des vues de ville aussi bien que des marines. Ses œuvres sont rares, et, quoiqu'il soit censé avoir habité longtemps Berlin, le musée de cette ville n’a point de tableau de lui. Amsterdam en a un : /a Bataille navale devant Livourne en 1612. On en trouve un autre, excellent, au musée de Rotterdam.
Jan van de Capelle fut aussi un bon mariniste, de cette génération qui occupe le milieu du xvrr siècle. 4 Son seul tableau, au musée d'Amsterdam, est signé 4 et daté 4650. Le catalogue l’intitule (n° 54): « une & Rivière à reflets d'eau, avec quantité de navires. » |
Du même temps est Lieve Verschuur, né à Rot-! terdam. Nous avons de lui : /e Chätiment de la cale
UN PEINTRE D'OISEAUX VIVANTS. 161 infligé au chirurgien du vaisseau de l'amiral van Nes, et l'Entrée de Charles 11 d'Angleterre dans le port de Rotterdam. Ces deux tableaux sont signés en toutes lettres.
D'un maître plus ancien, H. C. Vroom, 1566- 1640 : l'amiral Heemskerk coulant à fond les qalères espagnoles devant Gibraltar en 1607. Signé : Vroom 1617.
Enfin, de J. C. Rietschoof, 1652-1719 : un Calme et une Mer agitée.
UX PEINTRE D'OISEAUX VIVANTS. — Très-bon peintre, vraiment : Melchior de Hondecoeter, dont Amsterdam et La Have possèdent des chefs-d'œuvre. Personne n'a fait mieux que lui coqs et poules, canards et eanes, et surtout les poussins et les canetons. Il à compris ces familles avec autant de profondeur que les Italiens la Sainte Famille mystique ; il a exprimé la maternité des poules, aussi bien que Raphaël la maternité des vierges; à la vérité, le sujet comportait plus de naturel, sinon autant de sublimité. Nous avons là, de Hondecoeter, une mère poule qui, pour la tendresse, affronterait la Madone à la Chaise. Elle est accroupie avec sollicitude, ses ailes étalées, sous lesquelles sortent des têtes éveillées de petits poussins; sur son dos est perché le bambino privilégié ; elle n’a garde de bouger, la bonne mère !
Sur les huit Hondecoeter du musée d'Amsterdam, le plus célèbre est celui qu'on intitule du nom consa-
cré : la Plume flottante. Cette plume de canard flotte à la surface d’une pièce d’eau, au bord de laquelle miroitent des canards, un pélican, un flamant et autres oiseaux aquatiques. Ne soufflez pas sur la plume, elle s’envolerait. Le fond de paysage est un parc. La toile a près de 6 pieds de haut sur # à 5 de large. Signé en toutes lettres : M D Hondecoeter.
Dans un autre : Parc avec des canards et des prgeons, il y a aussi une plume qui flotte sur un bassin ; car le peintre s’est amusé souvent à répéter cette babiole, pour l’ébattement des amateurs. Mais ce tableau-ci ne vaut pas l’autre.
La Plume flottante n’est pas cependant, à mon avis, le meilleur Hondecoeter du musée d’Amsterdam. Le n° 123, Paysage avec un paon, une paonne et des oiseaux exotiques, est supérieur, comme ampleur d'exécution et comme harmonie générale. Les deux paons sont à droite; à gauche, une poule blanche, entourée de ses petits; vers le milieu, un de ces poussins effrontés, au plumage feuille morte et à la tête rouge, et qui fera un beau coq, se rebecque galamment contre le paon. Vigoureuse peinture, provenant de la collection Lormier. Environ 4 pieds de large sur plus de 3 pieds de haut.
Le n° 127, Paysage avec de la volaille morte, est à peu près de la même proportion que /a Plumes flottante; on y voit un héron, une oïe, des canards ;1 et sur une souche d'arbre, une pie vivante. Signél
UN PEINTRE D'OISEAUX VIVANTS. 163 des initiales M. D. H. Dans le pendant, n° 128, un lièvre, un faisan, etc., et un paon vivant, près d'un grand vase.
Le n° 125 est très-petit, 1 pied de large à peu près, sur { pied et demi de haut. Une perdrix morte et une brochette de quatre petits oiseaux. Rare qualité.
Les deux derniers représentent, l'un des perroquets, des oiseaux exotiques et même des singes, l'autre des fleurs et des plantes".
Jan Asselijn, né à Diepen, suivant son inscription au registre de la bourgeoisie d'Amsterdam, et non à Anvers*, comme le suppose à tort le catalogue du Louvre, Jan Asselijn — qui le croirait? — à peint un Cygne de grandeur naturelle, et que Hondecoeter pourrait signer; c'est pourquoi je mentionne, à la suite de Hondecoeter, cette singularité du peintre de paysages et de ruines. Le cygne de Jan Asselijn a les ailes déployées, et signifie allégoriquement, dit le catalogue, la vigilance du Grand-Pen-
{Le nouv. cat. enregistre un neuvième tableau de Hondecoeter : Combat d'oiseaux.
? Il est étonnant que le nouv. cat. donne aussi Anvers comme le lieu de naissance d’Asselijn, quand un des livres de la bourgeoisie d'Amsterdam inscrit, comme ayant été reçu bourgeois le 24 janvier 4652 : « Joannes Asselijn, van Diepen. » — Voir Scheltema : Redevoering over het leven en de verdiensten van Rembrand, etc., Amsterdam, 1853 ; page 69. — Le Cygne d’Asselijn provient de la vente Gildemeester, 4800, Amsterdam, 95 florins,
sionnaire Jan de Witt. Signé du monogramme JA. Excellente peinture.
Ux PEINTRE DE GIBIER MORT. — Jan Weenix. À un grand vase, orné de bas-reliefs, sont suspendus deux lièvres ; un faisan, une oïe, un coq, des perdrix, sont étalés au premier plan. Sur le vase, la signature : J. Weenix f 1714. Le peintre avait soixante-dix ans. Il mourut cinq ans après.
Autre grand tableau de Weenix, 4 pieds sur 3 : du Gibier mort et des Fruits; et un troisième : wx Lièvre suspendu avec des accessoires de chasse".
P£INTRES DE FRUITS ET DE FLEURS. — Ils sont tous ici: David de Heem et son fils Jan Davidsz; Abraham Mignon, l'Allemand, qui vint étudier chez Jan Davidsz; Rachel Ruysch, dont le Louvre n'a rien ; Jan van Huijsum, qui se forma d’après les de Heem et Mignon; son contemporain, C. Roepel, né à La Haye en 1678, mort en 1748, dont nous avons un tableau de fleurs et un tableau de fruits, signés Coenraet Roepel fecit T2 ; Pieter de Ring, à moi inconnu ?, si ce n'est par son excellent tableau de Fruits avec accessoires.
1 Ce dernier tableau a été payé 4,055 florins à la vente Herman ten Kate, 1800 ; et 2,510 fl. à la vente van der Pot (nouv. cat.).
? fnconnu aussi au nouy, cat., qui ne donne ni date, ni
LES PEINTRES DE FRUITS ET DE FLEURS. 165 David de Heem, un tableau ; — Jan Davidsz, deux, assez bons; l’un est signé : Johan D Heem f 16..; l’autre : J D De Heem p.;—Mignon, deux : un Vase avec des Fleurs, et un Verre, des Fruits et accessoires, signés en toutes lettres; — Rachel, un seul : Bouquet de fleurs délicieuses, avec des papillons et des insectes, signé du prénom et du nom, en toutes lettres. Toile haute de 4 pied 6 pouces, large de A pied 3 pouces. Payé 680 florins à la vente de la baronne de Thoms, en 1816".
Le talent de Rachel, dans ses productions choisies, est plus sympathique aux artistes que celui de P'Allemand Mignon, dont la touche est si maigre et la couleur si froide. Pour moi, ces fleuristes de profession ne m'inspirent pas une admiration très-passionnée. J'aime mieux les fleurs peintes quelquefois par Rubens, par Velazquez, et par certains maîtres de la grande peinture, que les bouquets les plus fins et les plus chers de van Huiïjsum. Il faut remarquer d’ailleurs que van Huijsum, le plus estimé des fleuristes hollandais, n'était pas de la grande époque, qu'il vint au moment de la décadence, quand tous les génics de la Hollande étaient morts, et qu'il travailla pendant la première moitié du xvim® siècle. II me
renseignement, à la suite du nom. Le tableau vient de la coll. van Heteren.
1 Et, deux ans auparavant, à la vente de la douairière Boreel, 570 fl. (nouv. cat.).
semble que Metsu, s’il s’en était mêlé, eût fait de plus belles fleurs que van Huïjsum.
Cette Rachel était une vaillante femme, qui mourut à quatre-vingt-six ans et peignit presque jusqu’à son dernier jour. M. Six van Hillegom a d’elle deux pendants, signés et datés 1730, et qui n’accusent aucune faiblesse, quoiqu'’elle eût alors soïxante-six ans.
Née à Amsterdam, en 1664, d’un professeur distisgué, elle apprit, tout enfant, la peinture chez Willem van Aalst, mort en 1679. Elle était déjà célèbre quand elle se maria, en 1695, avec le portraitiste Jurriaan Pool. Tous deux sont inscrits, en 4701, au registre de la gilde des peintres de La Have (Haagsche Broederschap). Malgré son assiduité à peindre, elle n’a pas laissé beaucoup de tableaux, sans doute à cause du soin qu’elle y mettait, On dit qu’elle passa sept années sur deux chefs-d’œuvre qu’elle donna en dot à une de ses filles; — elle avait dix enfants ! 11 paraît que les enfants lui coûtaient moins à faire que les fruits et les fleurs.
Van Huijsum, comme on sait, a peint quelquefois de petits paysages très-fins, pointillés à la façon des miniaturistes, et qui serviraient bien de pendants 4 aux plus minutieux ouvrages des héritiers de Frans Mieris. La nature n’y étant pour rien, il y introdui-4 sait de petits monuments microscopiques, avec des colonnes et de menus déguisements à l'antique, et il! appelait ça des Arcadies où autrement. Le mustes d'Amsterdam a de cette fabrique deux petits bijoux,
LES PORTRAITS. 167 signés en toutes lettres. Les Arcadies de van Huïjsum sont infiniment moins chères que ses Vases de fleurs. C'est justice.
Mais le musée d'Amsterdam a aussi des Fruits et des Fleurs de van Huysum. Les Fruits sont peutêtre le tableau qui fut vendu 3,610 florins à la vente van der Pot. Les Fleurs, roses, hyacinthes, anémones, etc., sont groupées en un vase orné de basreliefs et placé sur une tablette de marbre, à eôté ‘d'un nid contenant quatre œufs. Fond clair, ce qui est une grande qualité dans ces sortes de compositions, Sur panneau large de 2 pieds, haut de 2 pieds 1 pouces. Cette élégante et délicate peinture est datée 4723, du plus beau temps du maitre. Un tableau analogue, ou peut-être celui-ci, a été vendu 3,800 florins à la vente Braamcamp, 1771, et 1,950 florins à la vente J. Gildemeester, 1800 *.
Les porrrarrs. — J'ai parlé, à l'occasion, des portraits exécutés par les maîtres d’un vrai mérite. Le musée d'Amsterdam en possède quantité d’autres, plus ou moins estimables comme peinture, mais qui offrent un intérêt historique. En voici la nomenclature :
‘ Le nouv. cat. ne confirme pas celte tradition et n'indique que la vente Johan van Schuijlenburg, bourgmestre de La Haye, 4735, où ce van Huijsum fut payé seulement 450 florins. Les Fruits et les Fleurs sont signés en toutes lettres, avec un y au lieu de l'ij de la signature des Arcadies.
Le prince Guillaume IV, par J. Aved. Je suppose que cet Aved, inscrit sans autre désignation, doit être celui qui faisait partie de l’Académie de Peinture en France, au milieu du xvim siècle, Guillaume IV étant précisément de ce temps-là ".
Le Grand-Pensionnaire Jan de Witt; noble tête, mains longues et fines”; et Cornelis de Witt, son frère, bourgmestre de Dordrecht; par Jan de Baen, né à Haarlem en 1633, mort à Amsterdam en 1702 ; auteur d’un troisième tableau représentant «les Ca davres mutilés de ces frères Jan et Cornelis de Witt. » Pour de telles scènes et de tels personnages, il est regrettable que le peintre soit assez insignifiant. Jan de Baen eut cependant grande réputation à son époque, et fut appelé en Angleterre, où, suivant Walpole, il a fait quantité de portraits du roi Guillaume et de la reine Mary.
Marie van Reigersbergen, femme de Grotius, par David Baillij, né en 1584, mort en 1638. Signé : D Baillij fecit A° 1624.
Fernand Alvarez de Tolède, duc d’Albe (le fameux exécuteur de Philippe IV d’Espagne, dans les Pays- Bas), par Dirk Barendsen, né en 1534, morten 1592. | Malheureusement, ce n’est rien comme peinture.
1 Le nouv. cat. ajoute au nom de « Jaques André Joseph Aved » cette petite notice : « Né à Douai en 1702, élève de Bernard Picart et de Le Bel; mort à Paris en 1766, » — Le portrait est signé : J Aved 1751.
2 Gravé par L. Visscher (nouv. cat.)