‹ Musées de la HollandeChapitre 15 sur 72 · VAN OSTADE · texte numérisé non relu

VAN OSTADE

Un des deux tableaux de van Ostade au musée d'Amsterdam est l'/ntérieur de son atelier (n° 205), où il s’est représenté lui-même, assis devant son chevalet et peignant quelque belle scène ostadesque. Malheureusement on ne le voit que de dos et de profil perdu. IL n’a point pensé à montrer sa bonne physionomie honnête et joviale, mais à se placer comme il faut pour avoir sur sa toile une vive lumière qui vient de gauche par une large fenêtre. Il porte une barrette rouge sang, et un pourpoint d'un violet glacé d’argent. Un de ses rapins prépare une palette dans la demi-teinte, et un autre broie des couleurs. Car les Hollandais faisaient souvent eux-mêmes la cuisine de leurs couleurs, et c’est à cela en partie que leur peinture doit sa conservation. Devant le broyeur est un petit chien noir couché. Divers bibelots d'atelier sont épars çà et là. Mais presque tous ces détails sont noyés dans le clur-obseur, la lumière étant réservée pour l'important personnage si occupé au travail.

IL y avait, sur une table à gauche de la fenètre, une signature, indéchiffrable aujourd'hui. Le panneau n'a que À pied 1 pouce de large sur 4 pied 4 pouces de haut.

Van Ostade lui-même a gravé à l’eau-forte cette composition, dont le musée de Dresde (n° 1218) possède un duplicata. Descamps mentionne un de ces deux tableaux comme étant à son époque dans la collection de M. Bouxière. Celui d’ Amsterdam provient,

je pense, de la vente Pourtales, en 1826, où il fut payé 105 livres sterling, après avoir été payé 2,901 francs à la vente Grandpré en 1809. Ce n’est pas cher pour un chef-d'œuvre".

Le second yan Ostade est intitulé : Réunion villageoise (n° 204). Même dimension que le précédent. I a l'avantage d’être signé et daté : A. Ostade. 1671. Le peintre avait déjà soixante et un ans, mais on ne s’en aperçoit guère. La touche est toujours leste et ferme à la fois. Bien plus tard, le vieux maître faisait encore des tableaux irréprochables.

Dans une cour d’estaminet, sur un banc ombragé d'arbres , sont assis deux hommes qui causent : l’un à droite, vu de profil et tenant sa pipe à la main, est un chasseur dont le fusil et la cirnassière sont déposés là tout près; il a une toque tourterelle, une veste rosâtre et une culotte d'azur, toutes couleurs de berger. Son partner , pour écouter à l'aise, s’est débarrassé de son chapeau gris, de son havre-sac et de sa pipe, qui font trophée sur un escabeau en avant; mais il n'a point abandonné le prot, qu'il serre dans sa main. Entre eux deux, l’hôtesse, debout, de face, ap-

‘ Le nouv. cat. ne parle point de ces provenances, et cite seulement la vente van der Pot, avec le prix de 600 florins. Il a lu pour signature les deux initiales À O, Il intitule le tableau simplement : Intérieur d’atelier, avec un peintre quelconque, sans doute parce qu’on ne voit pas assez la figure du personnage pour y reconnaître Ostade. Mais la tradition constante est que c’est le portrait du maître.

VAN OSTADE, 95 puyée sur le dossier du banc. Derrière elle , la maison, et à gauche, en plein air, cinq ou six petites figures de buveurs.

« Belle peinture, » dit Smith. Mais cependant on en trouve d’autres bien supérieures, au musée de La Haye et dans les collections particulières.

Isack, comme son frère, n’a au musée d’Amsterdam que deux tableaux, tres-bons tous les deux : un Paysan qui rit, son pot de bière à la main; signé : Isack van Ostade; —et des Voyageurs arrêtés à la porte d'un cabaret de village; provenant des ventes Fouquet et van der Pot.

A la suite des van Ostade il faut ajouter les élèves d’Adriaan : Cornelis Bega et Cornelis Dusart. Celui-ci a trois tableaux : une Poissonnerie, vantée par Immerzeel; signée, avec la date 1653, et payée 1,665 florins à la vente van der Pot; — une Vue de village, et une Cour de cabaret, avec beaucoup de petites figures. Bega, deux tableaux : un Vieillard dans son cabinet d'étude, peinture un peu grise, qui parait chercher Gerard Dov; et une Réunion rustique, œuvre de premier ordre pour le maître, et signée : C, bega (sic).

Ici encore je rassemblerai quelques artistes secondaires, mais non pas sans talent, qui ont traité des sujets analogues à ceux des Ostade.

Je n'ai point à parler du condisciple d’Adriaan van Ostade chez Frans Hals, — de Brouwer, puisque les deux tableaux qu'on lui attribue, et qu’Immerzeel

cite de confiance ', ne sont que de misérables copies de l’école de Breugel le vieux*.

Mais il y a de Brekelenkamp deux excellents tableaux. On a supposé que ce maître avait travaillé chez Gerard Dov; il ne lui ressemble point, comme pratique; mais il est évidemment sectateur d’Adriaan van Ostade. Sa touche est ample et simple; ses personnages sont solides, naïfs, franchement plébéiens,

Dans un de ses tableaux, un vieillard à barbe blanche est assis devant un rouet; un pêcheur, habillé de noir et coiffé d’un grand chapeau, tenant d’une main sa ligne, de l’autre main son panier à poisson, entre dans cet intérieur, Le pendant représente un autre in-‘: térieur avec deux figures; Brekelenkamp ne mettait jamais beaucoup de personnages dans ses compositions. Un bonhomme à barbe blanche, vu de profit, allume sa pipe dans un réchaud; un autre homme, assis , tient un pot. À gauche, une cheminée. Fond neutre, Signé ©. Brekelenkam (sic) 1664. Les deux tableaux viennent de la vente van der Pot.

Arij de Vois a aussi, au musée d'Amsterdam, un de ses bons ouvrages : #n Homme joyeux, tenant un verre de vin et un violon. Cet homme joyeux porte un chapeau brun et un manteau noir. Son teint

1 M. Maxime Ducamp, dans la Revue de Paris, les cite aussi éomme originaux d’Adrien van (sic) Brouwer.

? Rejetés aux Inconnus dans le nouv. cat., d’où le nom de Brouwer a disparu.

VAN OSTADE, 97 coloré rappelle en petit les types de Jordaens. Le tableau, signé à droite, provient, je crois, de la vente de la baronne van Warmond, où il fut payé 900 flo rins.

Un deuxième Arij de Vois est intitulé : Marchand de poisson en bonne humeur (n° 314). Signé, comme le précédent : A D Vois, l'A, le D, le V emmêlés en monogramme.

Brakenburgh — il signe ainsi d'habitude (au musée de Vienne, par exemple, deux tableaux), et le catalogue d'Amsterdam a tort d'écrire le non sans l’h final, — Brakenburgh est censé élève de Mommers, imitateur de Berchem. Mais il a bien plus d’adhérence à l’école des Ostade et de Jan Steen. Le seul tableau de lui au musée d'Amsterdam , Réunion rustique (n° 37), ne suffit point à le faire connaître. Passons.

Un tableau de Thomas Wijck, peintre habile, dont ia biographie est assez obscure, semble aussi se rapporter à l’école des van Ostade : Intérieur avec une femme qui file. Mais il est trop haut pour qu’on en puisse parler.

Ce Thomas Wijck, né à Haarlem en 1616, a peint des sujets bien différents : des intérieurs de paysans, des alchimistes, des ruines, même des marines; même un sujet turc avec des figures de grandeur naturelle , suivant Walpole. IL avait passé quelques années en ltalie, où il imita, un moment, le Bamboccio. Il vint, sous la estauration (Charles IT), habiter l’Angle-

p8 MUSÉE D'AMSTERDAM.

terre, où il mourut en 4682 . Son portrait et celui de sa femme ont été peints par Frans Hals. Il à gravé très-spirituellement quelques eaux-fortes. Son fils , plus connu que lui, quoiqu'il ne le vaille pas, fit surtout des batailles, et il sert de lien entre Philips Wouwerman, dont il fut sectateur, et Jan van Huchtenburgh, qui fut son élève. L’Angleterre, où 1l se maria, où il eut plusieurs disciples, et où il mourut en 1702, possède quantité de ses tableaux, quelques-uns d'assez grande dimension. Il a peint des chevaux dans certaines compositions de Kneller, et il a laissé un livre de dessins de chasses.

Kalf encore. IE a étudié chez Henri Pot; mais, à son maître si fin et un peu minutieux, il semble avoir préféré la touche et le ton d’Adriaan van Ostade. Sa Nature morte (n° 152) est une vaillante peinture , d’une couleur chaude et énergique.

Pierer pe Hoocn, — Comme Adriaan van Ostade, il tient de très-près à la méthode rembranesque, et peut-être découvrira-t-on quelque jour qu'il a travaillé chez Rembrandt, ou peut-être chez Nicolaas Maas.

Ses tableaux sont très-rares, même en Hollande. Les musées de La Haye et de Rotterdam n’en ont point !

1 Le nouv. cat. dit, à tort je pense, 4686.— Voir Walpole, Anecdotes of painting in England, etc., London, 1782, t. I, p. 249.

PIETER DE HOOCH. 99 mais le musée van der Hoop en a quatre; les collections van Brienen, van Hillegom et van Loon, plusieurs très-importants.

Le musée d'Amsterdam n’en a qu'un, et un petit portrait qui passe pour être le portrait de l'artiste, peint par lui-même à l'âge de dix-neuf ans. Je crois que M. Charles Blanc en a publié une gravure sur bois dans l’Æistoire des peintres. La tête est sérieuse, l'œil profond, la peinture large et solide, autant qu'on en peut juger à la hauteur où ce précieux petit panneau , qui n'a pas À pied carré, a été accroché en mauvaise lumière. Il serait pourtant bien intéressant de s'assurer d’abord si l’œuvre est de Pieter de Hooch". Encore resterait-il à constater que ce portrait le représente lui-même. De cela je ne sais quelles raisons peuvent être données : une tradition plus où moins obscure, sans doute. Car on ne connaît presque rien de la vie de ce grand artiste, qui probablement, comme Cuijp, Hobbema et plusieurs autres, ne fut pas estimé à sa valeur par ses contemporains : l’observation est de Smith.

M. Viardot signale un autre portrait de Pieter de

1 Le nouv. cat. donne le monogramme DH, près duquel est l'inscription : Ætatis 19. Voilà pour l'originalité de la peinture ; mais cela ne dit rien pour le personnage. Ce tableau a été acheté en vente publique à Amsterdam. — Le cat. écrit le nom : de Hooge, ce qui est plus conforme à l'orthographe régulière, mais le peintre lui-même, dans ses rares signatures, écrit habituellement : de Hooch.

Hooch dans la galerie du comte Czernin, à Vienne, On pourrait, au moyen de la photographie, comparer ces deux têtes pour voir si elles se ressemblent.

Mais, quoi qu’il en soit de ce portrait, le tableau représentant un Intérieur, sorte de vestibule pavé de dalles jaunes, est une belle production du maître. I a près de 2 pieds de large, et 2 pieds 2 pouces de haut; sur toile. Il provient de collections célèbres : J. de Bruyn, Amsterdam, 1798, 2,600 florins'; Smeth van Alpen, 1810, 3,025 florins; madame Hoggeuer, Amsterdam, 1817, 4,010 florins. Smith (1833) l’estimait 600 guinées. Il faudrait doubler cette somme aujourd’hui.

L'effet de lumière est prestigieux, comme toujours. A droite, au fond du vestibule, une porte ouverte laisse voir un petit salon resplendissant, dont la fenêtre, ouverte aussi, donne en plein air. Trois degrés de Jour très-diflérents ! Dans le petit salon, une chaise avec un coussin, et, au-dessus de la chaise, un portrait d'homme accroché au lambris.

À gauche, de côté, dans la première pièce éclairée par une petite fenêtre, une autre porte entrebaillée, d’où sort une femme de profil à droite, donnant un pot à une petite fille, de profil en vis-à-vis. La femme est coiffée d’un serre-tête blanc ; elle à un caraco rouge à manches bleutées , un jupon bleu perse. La petite fille est vêtue de gris perle, avec un beau bonnet

1 « J, J, de Bruin, 1765, 450 florins, » suivant le nouv. cat,

LES CÜLP. [Of brodé. Ses cheveux blonds en désordre couvrent presque tout son visage. Elle avance gentiment sa petite main gauche vers le pot. C’est délicieux de naïveté dans les personnages , et superbe de simplicité dans l'ensemble. Signé : P. D. H., sans date.

Nicolaas Koedijk a-t-il été élève de Pieter de Hooch ? S'il est né, comme on le dit, en 1681 seulement, c'estun peu tard ; il est vrai qu'on ne sait point quand mourut de Hooch. En tout cas, Koedijk l'a imité supérieurement. Le petit portrait en pied du leutenant-amiral P. P. Hein, qu'on lui attribue au musée d'Amsterdam, parait très-fort ; mais il faut de bons yeux pour le deviner à trois mètres en l'air. Ces maîtres rares devraient, quoique secondaires dans l’école, avoir des places choisies en lumière favorable. Au musée van der Hoop, on retrouve ce Koëdijk dans un de ses meilleurs ouvrages.

Mais, pour suivre la lignée de Rembrandt, j'a laissé en arrière un grand peintre qui était né trois ans avant lui, et qui se classe auprès de lui dans l'école hollandaise : Aalbert Cuijp.

Les Cuir. — De Jacob Gerritz, père d’Aalbert, et fondateur de la société des peintres à Dordrecht, où il résidait et où naquit Aalbert, les tableaux sont presque introuvables. La France et la Belgique n'en ont point, du moins dans les musées et dans les galeries notables. En Allemagne, je ne trouve qu’au musée de Berlin (n°743) un portrait de vieille femme,

signé Z. G. Cuijp fecit, Anno 1624; au musée de Munich (n°454, 2° série), une Vue de ville au bord d’un large fleuve, et au Städel’sche Institut de Francfori-sur-Mein, un portrait de femme (n° 241). Le catalogue de la galerie Lazienki, à Varsovie, mentionne aussi un portrait d'homme, par J. G. Cuijp. En Hollande, je ne connais que le tableau du musée d'Amsterdam. Peut-être y en a--1l d’autres dans des collections particulières que je n'ai point visitées.

Le tableau du vieux Cuijp, au musée d'Amsterdam, est donc très-précieux. C’est, de plus, une excellente peinture. [lest intitulé : Tableau de Famille (n° 59), et il représente, suivant Immerzeel, la famille du peintre Cornelis Troost; famille gaillarde et nombreuse : la grand'mère, le père et la mère, quatre garçons et deux filles, tous un peu courts et trapus, du moins tels que les a faits l'artiste.

Aalbert aussi, comme son père et son maître, à toujours carrément établi ses personnages, gentlemen ou paysans, Cavaliers ou pâtres. La sveltesse et l'élégance ne se rencontrent que par exception dans la race hollandaise, et dans ses interprètes plastiques.

Près de la famille Troost, qui s’en va se promener en fête quelque part, est une charrette attelée d’un beau cheval noir, de ces types frisons qu’Aalbert luimême s’est plu à reproduire. Les têtes, les costumes, l'espèce de paysage, un peu étouffé, sur lequel se

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dessine le groupe, tout est peint magistralement, largement, à pleine pâte, et d'un ton vigoureux ‘.

Pour Aalbert, ce n’est pas au musée d'Amsterdam, ni même dans les autres musées de la Hollande, qu'on peut l’apprécier. Dans quelques collections privées, oui ; mais surtout en Angleterre, où quantité de ses œuvres superbes ont été importées.

Le musée d'Amsterdam n’a qu'un seul tableau d'Aalbert : Paysage entrecoupé par une rivière (n° 60). Le catalogue ajoute cependant, n° 61, wn Combat de cavalerie”. Je n'ai jamais deviné à quel tableau apocryphe pouvait s'appliquer ce titre. Je ne sache pas qu’Aalbert ait jamais représenté de bataille, et, sur 277 numéros de son catalogue, Smith n’en mentionne pas une. {

Le paysage, sans être de premier ordre, a de belles parties, et surtout une lumière juste et profonde. Aalbert Cuijp n’a point volé son surnom de « Claude hollandais. » On sait toujours quelle heure il est dans ses paysages, et quelle saison.

Ici nous sommes en automne, le matin. Au premier plan, à droite, deux grands arbres; à gauche,

Acheté de Mme Schol, à Amsterdam, 600 florins (nouv. cat.).

? Le nouv, cat. attribue toujours ce tableau à Cuijp, et il en donne la signature, qui est évidemment apocryphe : « À Cyvp. » Il suffit de la comparer à la signature de l’autre tableau, où le nom, comme d’habitude dans la seconde manière du maître, est écrit : À. cuijp.

un homme sur un âne, et un homme à pied, en veste rouge. Au milieu, quatre vaches qui s'en vont paitre, et une bergère sur son âne. Au second plan, une rivière, des arbres, une tour; et pour fond, des montagnes.

Le tableau, sur toile, a plus de 3 pieds de large sur environ 3 pieds et demi de haut. I] a été payé 3,800 florins à la vente van der Pot, Rotterdam, 1808.

A côté de Cuijp il convient de mettre son ami et collaborateur Aart van der Neer, dont on voit au musée d'Amsterdam un £ffet d'hiver, xssez ordinaire, mais bien authentique, et signé du monogramme A. V. entrelacés, suivis de l’N accolé au D.

D'Eglon van der Neer, qui travailla d’abord chez son père et imita ensuite différents maitres, notamment Terburg, il y a aussi un seul tableau : /e Jeure Tobie avec l'ange. Signé : E. H. van der Neer f.

Aalbert Cuijp, comme on sait, était cun vrai gentleman, » qui peut-être, on le suppose, peignait par vocation et par plaisir; on dit aussi qu'il était calviniste rigide. En contraste, je prendrai donc après lui une des figures les plus débraillées de l’école hollandaise : maître Jan Steen, le franc rigoleur, excelient cathoïique, du reste; l'hüumioriste spirituel el profond, qui semble avoir choisi, pour texte de ses peintures, la comédie humaine.

Jan STEEN est au grand complet dans les musées

JAN STEEN. 105 de la Hollande : le musée d'Amsterdam en a 8; le musée van der Hoop, 5 ; le musée de La Have, 6; le musée de Rotterdam, 3; sans compter des chefsd'œuvre dans les collections particulières.

Les Hollandais estiment beaucoup Jan Steen, et le tiennent, avec raison, pour un des maitres les plus originaux de leur école. [ls s’y reconnaissent, par un certain côté, dans quelques-uns de leurs traits natio— naux. Mais l'épopée de Jan Steen va plus loin que le caractère d’un peuple, elle touche au fond même de l'humanité.

Il a cela de commun avec Molière, — et aussi avec Balzac, — que, dans sa comédie humaine, ce sont d'habitude les mêmes personnages qui reviennent, jouant toujours un rôle analogue, quoique dans des pièces différentes. Comme Molière, il a ses Sganarelle, ses Arnolphe, ses Dorine; toute une troupe bien apprise, consacrée à Bacchus et à Vénus; jeunes vauriens et vieillards ridicules, duègnes et soubrettes, grosses commères et capricieuses fillettes, buveurs très-illustres et ribauds très-précieux.

Lui-même est presque toujours de la compagnie, trinquant avec les autres et leur versant à boire, tantôt jouant du violon pour les faire danser, tantôt les regardant en philosophe, de quelque coin ombreux où il fume sa pipe.

[n'ya pas une œuvre de Steen qui ne soit une raillerie sur les mœurs ou sur les passions.

Ses sujets peuvent se classer en quelques séries

principales, sortes de chapitres de la même farce pantagruélique.

Les Zntérieurs de famille, où l'on se réjouit tous ensemble, depuis le grand-père jusqu'aux nourrissons : fêtes des Rois, fêtes de la Saint-Nicolas, fêtes du bon Dieu et du bon Diable, où la table est toujours dressée au milieu et couverte de jambons et de brocs : sur les genoux du vieux bonhomme sautille un petit enfant en chemise et en bourrelet; au sein de la grosse jeune mère tette un baby; le père enseigne à un de ses garçons l'art de fumer. Mais tous ont toujours une main occupée à tenir un verre.

Quelquefois la scène se passe entre le couple marital qui se grise en tête à tête; mais, tandis qu’ils chantent à table, les enfants cassent tout dans la maison, et, par quelque porte entr'ouverte, on aperçoit dans le fond la mersjie (la meschine,'la servante) qui fait l’a- | mour avec son galant.

Quelquefois le mari et la femme dorment en pendant, près l’un de l’autre, mais, chacun tourné de son côté, l’un accoudé à la table, l’autre renversée sur sa chaise ; ou bien l’homme lit, et la femme qui s’ennuie, s’endort.

Les Noces se rattachent à cette comédie de la famille. Avec un vieux tout pimpant et très-cossu, les garçons de noce poussent narquoisement la jeune ma riée, fraiche et gaillarde paysanne, qui hésite à « sau-

JAN STEEN. 107 ler le pas. » Ou bien les épousés sont jeunes tous deux et se font des tendresses ; mais quelque fumeur, assis sur un tonneau, ricane en les regardant passer, et se demande combien ça durera.

Les Orgies, — chapitre Bacchus, — intérieurs d’estaminet, où les hommes boivent et braillent ; mais voilà qu'au seuil de la porte, une femme chargée d'enfants vient appeler son ivrogne qui n’y prend garde. Kermesses en plein vent, où l’on danse, où l’on joue aux boules et aux quilles, où l’on se roule sur des gerbes, où l’on badine sous des treilles. Franche gaieté, point de souci! On ne s'amuse ainsi que chez Rabelais.

Les Médecins, charlatans et alchimistes. Le médeein d'amourettes — chapitre Vénus — est surtout le triomphe de Jan Steen. Ce n’est pas tant le médeein qu'il a plaisanté, que l'amour féminin qu'il a célébré. I] s'agit toujours de quelque jolie fille, qui n'a guère l'air malade, et ce n’est que grand hasard si elle en est venue jusqu'aux pâles couleurs.

Parfois le vieux docteur est très-sérieux et semble de bonne foi consulter toute sa conscience pour remédier à une pareille désolation, passagère heureusement. Le spectateur devine très-bien la cause du mal, — à un billet doux, chiffonné devant le miroir, — à un petit portrait en médaillon que la fillette n’a pas eu le temps de cacher tout à fait sous son oreiller. N'est-ce pas là un comique comme celui de Molière, dans les scènes où Arnolphe écoute complaisamment

les confidences et les contes du jeune Horace, tandis que le spectateur du théâtre comprend la tromperie d’Agnès ?

D'autres fois, le médecin, qui connaît l'affaire, sourit à la duègne dissimulant sous son tablier l’instrument de Diafoirus, et, par un signe grotesque, il indique le moyen de sauver la belle défaillante.

D'habitude, pendant ces graves consultations , où le médecin regarde le soleil à travers un bocal mystérieux, arrive quelque page avec un papier plus salutaire que les drogues pharmaceutiques; ou bien, par une fenêtre on entrevoit un jeune cavalier qui rôde et qui entrera tout à l'heure achever la guérison.

En certains cas compliqués et désespérés , le remède de Jan Steen est un pâté qu'on apporte avec une grosse amphore et de gentils verres en cristal. C'est, par exemple, quand il y a là, près de la malade, un vieux Dandin qui la surveille. Il s’agit de faire passer le temps, en attendant que le bonhomme aille vaquer dehors à ses affaires. L'amant n’est pas loin.

Outre les gais bohémiens et les jeunes sentimentales à £alons courts comme on disait au xvi' siècle, les écoliers sont encore les favoris de Jan Steen. Son système d'éducation, de même que son système médical, repose également sur la nature et la liberté. Dans ses Écoles, on n’apprend rien d’inutile, car le magister dort le plus souvent ; et les jeunes citoyens s'apprennent tout seuls à faire des cocottes avec leurs

JAN STEEN. 109 livres ou à dessiner sur la muraille la silhouette du pédagogue qui ronfle. Oh! les bons petits Panurge que ça fera !

Ce n’est pas que Jan Steen ne se soit jamais élevé aux sujets graves, aux compositions bibliques et héroïques. Si vraiment! N'a-t-il pas représenté, à plusieurs reprises, les Noces de Cana? Admirable prétexte pour exalter dignement le miracle du changement de l’eau en vin! C’est le seul miracle qui, dans toute l'Écriture sainte, paraisse avoir touché Jan Steen. Il n'ya pas une de ses kermesses où l’on s’enivre mieux que dans ses Voces de Cana.

Il a même fait un Romain, choisi tout exprès bien en harmonie avec sa rigide morale. Oui, il s’est amusé à peindre : la Continence de Scipion ! Et un autre jour il a même peint un Grec : Diogène cherchant un homme. Vous pensez si la foule de ribauds et de gamins se moquent du philosophe lanternier , bien empêché de trouver un sage dans cette bande de fous.

Après tous ces tableaux où la vie humaine est saisie par son côté sarcastique, où s’étalent les ridicules , les passions et même les vices, Jan Steen sans doute ne peut manquer d’être damné. Il mérite assurément de faire compagnie à Panurge, à Sganarelle, à Sancho, à Falstaff, à Pangloss, et aux derniers de ces grands réprouvés, Robert Macaire et Vautrin.

Non-seulement dans les caractères, mais dans la mise en scène de ses personnages, Jan Steen a encore

cette qualité de Molière : une extrème clarté; il est si expressif et si simple, que tout le monde le comprend , le peuple et les enfants, aussi bien que les lettrés et les raffinés. Il n’a pas besoin, comme les peintres mystiques, de mettre des banderoles au-dessus de ses héros; on sait ce qu'ils disent et ce qu'ils pensent, en voyant à merveille ce qu’ils font. Pourtant il a la manie de coller souvent aux murs de ses cabarets de belles sentences explicatives et édifiantes : «Tel père, tel fils. — Quand les vieux s'amusent, les jeunes en font autant, etc. » Car il faut ajouter que les inventions burlesques de Jan Steen , loin d’être la glorification des égarements qu'il se plaît à retracer, ont toujours au fond une signification morale. L'intempérance, le libertinage, la paresse, le désordre, montrent toujours leur punition dans quelque percée même du tableau. Absolument comme dans le marquis de Sade ou dans M. Bouilly. Pour ce qui est du métier de peindre, personne ne le pratique mieux que lui. Reynolds, — voilà qui est surprenant! — Reynolds lui à trouvé des analogles avec Raphaël! «Jan Steen, dit le peintre anglais, a un style vigoureux et mâle, gw approche même du dessin de Raphaël. a manifesté la plus grande habileté dans ja composition et daus ie mé nagement de la lumière et des ombres, comme aussi une grande vérité dans l’expression et le caractère dé ses figures. »

Après cette citation, j'oserai dire, à mon tour, qu’on

JAN STEEN. 111 voit de Jan Steen quelques figures de médecins qui font penser à Titien et à Velazquez dans sa manière ferme. Quoique hautes d’un pied seulement , elles ont une structure qui conviendrait à un personnage de grandeur naturelle.

Il est vrai que Jan Steen n’est pas souvent de cette force-là. Toujours spirituel, il est quelquefois un peu enflé de dessin , à la manière de Jordaens ; car il est le Jordaens de l’école hollandaise. Et c’est ce style-là qu'on connaît surtout de lui en France, avec une gamme de ton trop rougeâtre. Mais, dans ses œuvres distinguées, il est aussi correct de dessin que Terburg, etimême plus solide; aussi fin de couleur que Metsu, mais plus ample de touche; aussi vigoureux que Pieter de Hooch, mais plus mouvementé. Quelquesuns de ses tableaux pourraient être pris pour les meilleurs Adriaan van Ostade. Il a, dans ses manières très-diverses, presque toutes les qualités des maîtres de son école. Mais 1l est Le plus expressif de toùs. Sa mimique est incomparable. Et là-dessus, dans quelque école que ce soit, personne ne l'a surpassé.

il y à de lui cependant une certaine quantité de ableaux, — parfaitement authentiques, — mais qui ont assez faibles et semblent des ébauches mal réusies. L’intention comique et la physionomie s'y trourent toujours indiquées, mais l'exécution est abanonnée et impuissante. Comment expliquer cela d’un omme si vaillant dans ses bonnes veines”?

Si ces sortes de tableaux appartenaient à sa période primitive, on pourrait croire qu'il eut un moment de débrouillement difficile; mais ils sont de diverses époques, et même souvent postérieurs à ses bons ouvrages.

Serait-ce vers sa fin, au contraire, que son talent

perdit une partie de son adresse et de sa sûreté? Serait-ce un effet de sa propre intempérance? Car ce grand et joyeux philosophe, pareil au bon curé de Meudon, cherchait souvent sa philosophie au fond du pot.

Peut-être, quelquéfois, quand l'œil et la main, fatigués par quelque orgie nocturne, ne répondaient pas tout de suite à son hallucination intérieure , renonçait-il à son fantôme incomplet. Peut-être, au milieu même de ses compagnies joyeuses, barbouillait-il de ces pochades qu'il laissait là dans l’estami-! net. C’est la supposition faite par Smith, qui assure! qu'on rencontrait autrefois des tableaux de Steen dans tous les cabarets (/iquor shop) de la ville de Delft. — Il y a des Jan Steen qui valent 500 francs , d'autres qui valent 50,000 francs.

Chosesingulière, que ce soient les Anglais qui aient le plus relevé le talent de ce peintre débraillé ! Hs en possèdent plus d'ouvrages non-seulement que ia Holi lande, mais que toute l'Europe. Lord Ashburton , lord Ellesmere, lord Dudley, lord Scarsdale, lord Overstone, le marquis de Bute, lady Peel, M. W. Beck= ford, M. Munro, M. Walter, M. Hope, toutes les col

JAN STEEN. 113 lections principales en ont. La galerie de la reine , au palais de Buckingham, en a six. Le grand lord Wellington surtout adorait les Steen, et il en avait réuni quantité dans la collection qui appartient aujourd’hui à son fils, à Aspley House. On en comptait onze à l’Exhibition de Manchester . Les musées de Vienne, de Dresde, de Munich, de Berlin, à eux quatre, n’en ont que Six.

Parmi ceux du musée d'Amsterdam, il ÿ en à un de la meilleure mañière, sans être d'importance; un autre très-bon, un autre intéressant en ce qu’il est le portrait du peintre lui-même, deux ou trois fort médiocres, et un ou deux assez mauvais. If faut Les prendre comme ïls sont. Tous d’ailleurs ont leurs titres en règle, et proviennent de collections plus ou moins célèbres.

« N° 270. Intérieur avec figures, parmi lesquelles une femme qui donne à maiger à un perroquet. » C'est le plus beäu. À droite sont des joueurs de tric- (trac, un assis, l'autre debout ; un troisième homme les regarde en fumant. À gauche, devant une cheminée où cuisine une femme, un petit garçon fait inanger un chat. Au milieu, en avant, une jeune lille, debout et vue de dos, lève le bras vers une cage pendue au plafond ; à la porte de la cage se penche un perroquet pour becqueter la main de la fille. Sur un fauteuil, au premier plan, est jeté le manteau d’un

# Voir Trésors d'art, etc., par W. Burger, p. 281 et suiv. | 10,

des joueurs de trictrac. Au bas, à droite, la belle signature en toutes lettres, le J du prénom entortillé dans un S capital. La jeune fille, motif principal du fableau, est d’une tournure ravissante. Dessin correct, modelé très-ferme ; la [lumière partout avec des dégradations merveilleuses ; le ton local vigoureux comme chez les Vénitiens.

Ce tableau sur toile à été collé sur bois, ce qu’on appelle marouflé. Il a 4 pied 8 pouces de haut, 4 pied 3 pouces de large. Gravé par J. de Mare. A la fameuse vente Lormier, en 1763, il fut payé 540 florins.

Ces prix du xvirr siècle, que nous donnons par curiosité, çomme certificats d’origine et titres de noblesse, ne signifient plus rien à présent. En général, ils doivent être au moins décuplés; pour certains peintres dont la renommée a monté, les florins seraient remplacés par des billets de 100 franes ; pour certains tableaux même, et nous en citerons qui auraient cette chance, il faudrait aller bien au delà. Pour ce Jan Steen spécialement, les guinées remplacant les florins n’arriveraient pas à sa valeur. Steen d’ailleurs est de ceux qui, pendant une période assez longue, ne furent pas estimés autant qu'ils le méritaient. Mais, comme dit ie proverbe anglais : Le temps finit toujours par mettre La vérité en lumière ,! Time brings truth to light.

Smith intitule cette composition : les Joueurs de trictrac ; M. van Westrheene, de La Have, dans son

JAN STEEN. 145 catalogue plus complet que celui de Smith, adopte le titre : /a Perruche".

« N°265. Un intérieur bourgeois; tableau connu sous le nom de la Fète de Saint-Nicolas. » Sujet affectionné de Steen qui l’a répété souvent, avec variantes. [ci, la mère, en caraco vert, bordé d’hermine, jupon Hlas, est vue de profil, assise à droite près d’une table chargée de pâtisseries et de bonbons ; elle tend les bras à une petite fille qui emporte des jouets à pleines mains et dans un seau de fer-blanc. Les autres enfants, trois ou quatre garçons et une fillette, rient ou pleurent selon les faveurs de saint Nicolas et se font des malices. Le père est au fond dans la demi-teinte. Nombreux accessoires. Bonne peinture, un peu usée par place. Signé, sans date. 2 pieds 8 pouces de haut, 2 pieds 3 pouces de large. Vente Seger Tierens, La Haye, 1743, 695 florins.

«N° 264. Portrait de l'artiste. » Buste de grandeur naturelle, tourné à droite de trois quarts; avec Les deux mains appuvées sur un dossier de fauteuil.

La tête de Steen est bien connue ; il s’est peint luimême assez souvent, non-seulement dans ses compositions, mais en portraits séparés, qui valent mieux

1 Le nouv. cat, : la Cage du perroquet. — I faut noter, en passant, que le nouv. cat., d’après l’excellent travail de M. van Westrheene, donne 1626 et 1679, comme dates de la naissance et de la mort de Jan Steen. Il faudra bien'que le cat, du Louvre change ses dates 1636-1689.

que celui-ci. Smith a fait graver, pour son VI volume, le charmant petit portrait en pied, que posscdait alors le baron Verstolk van Zoelen de La Haye. On y trouve le vrai Jan Steen, qui chante et qui rit, en s’accompagnant de la mandoline. Il est assis près d’une table sur laquelle sont des papiers de musique et une cruche de quelque chose à boire.

Dans le portrait d'Amsterdam, la physionomie est assez sérieuse etmême triste, avec toutefois un peu de sarcasme. Le nez baroque pointe en l’air ; petite moustache, longs cheveux bruns. Sur la casaque sombre, un rabat blanc. A droite, une échappée de ciel opaque. Tout à poussé au noir. La peinture, d’ailleurs, n’a jamais été de belle qualité : indifferently painted, dit Smith. La signature est sur le bord d'une fenêtre à droite. La toile presque carrée a 2 pieds et quelques pouces de haut. Gravé par J. de Mare’.

«N°269. Un Charlatan vantant sa marchandise.» Ilest debout sur une estrade, à l'ombre d’un arbre. Beaucoup de petites figures, toujours très-spirituelles, et des épisodes comiques : une femme amène dans une brouette un homme ivre, sans doute pour que l’éloquent docteur le guérisse de livrognerie. Un paysan se fait opérer par la commère du charlatan, ete. Exécution trèes-libre et très-légère. Sur bois. H. 1 pied 2 pouces, L. 4 pied 7 pouces. Encore de la collection Lormier : 420 florins.

* Acheté 150 florins, de M. Hodges (nouv. çat.).

De la collection Braamcamp, non moins célebre, une toile assez grande, 2 pieds et demi de large sur 2 pieds 2 pouces de haut, qui fut payée seulement 360 florins. Sorte d’ébauche, très-làchée, et qui n'a de mérite que le mouvement de la composition et une indication de physionomies. Sur le devant, un canal et un bateau dans lequel sont un batelier, un garçon jouant de la flûte et une femme allaitant son enfant. Au bord du canal un homme fait des signes à la femme et s’en va rejoindre un groupe de buveurs à une auberge.

De la collection van der Pot, deux panneaux : Un Boulanger étalant son pain, et une Servante de paysan écurant un pot d'étain.

Le boulanger range ses galettes sur la devanture de sa boutique ; une femme vient pour en acheter ; un petit garçon sonne de la trompe en manière d’appel aux pratiques. Daté 1659. Gravé par J. Bemme. Payé 705 florins à la vente van der Pot, Rotterdam, 1808, après avoir été payé 160 florins à la vente Wierman, Amsterdam, 1762 !.

La Servante, dans son intérieur de cuisine, est en caraco blanc et jupon bleu. Près d’elle, sur une table, une lanterne et des ustensiles de ménage. Tout petit tableau, très-fini. 255 florins à la vente van der Pot.

1 D’après une inscription au dos du panneau, les figures de cette composition sont les portraits du boulanger Oostwaard, de sa femme, et d’un des fils de Jan Steen. Le nouv. cat. ne donne pas la date 1659, mais seulement la signature.

Enfin, une Noce de campagne. Le marié, la mariée, leurs amis, sont à table. On va danser. Les musiciens sont là. Signé et daté 1672",

Au revoir, Jan Steen! et à meilleure rencontre !

TersurG. — Parmi ces petits grands peintres hollandais, il v en a un qui ne s’est jamais encanaillé. C’est Terburg. Vrai gentleman, comme Cuijp, et de la même génération. Il est né la même année que Rembrandt, en 1608. Il a sa bonne part d'influence dans l’école de son pays. Metsu est son jeune frère, et son égal. Tous deux, dans leur genre, qui est analogue, distancent de bien loin tous leurs rivaux. Mais Terburg à sur Metsu l'avantage d’être l’initiateur. C’est lui qui a inventé les scènes d'intérieur élégant, conversations, parties de cartes, galanteries discrètes, réception de billets doux, concerts intimes, dans un petit salon tendu de soie, où de jeunes ladies coquettement parées étalent avec nonchalance leurs robes de satin. La robe de satin appartient à Terburg. Il a fourni l’étoffe à Metsu, à Mieris, même à Wouwerman pour ses cavalcades seigneuriales, même à Jan Steen qui ne l’a point trop froissée dans ses belles malades d'amour.

Terburg a beaucoup voyagé et il est le seul artiste de son pays, qui, en son temps, ait ainsi couru le

! Vente J. Hoogenbergh, 1743, Amsterdam, 81 florins (nouv. cat.).

TERBURG. 119 monde. I a visité litalie et il a étudié les grands maîtres ; ila vu l'Allemagne et il a peint d'après nature son Congrès de Munster; il a vu l'Espagne, où, dit-on, il ne fut pas insensible à la beauté des femmes, et il a dû connaître à Madrid Velazquez ; il a peint en France, peut-être mème en Angleterre. Et, malgré tout, il est demeuré pur Hollandais de style et d'exécution. La terrible épreuve de l'Italie ne l’a point perverti. La fréquentation des rois, princes, ambassadeurs, cardinaux, grands personnages de tant de pays, ne lui a point fait perdre le naturel; il n’y a gagné qu'une rare distinction et une grâce exquise pour interpréter la société hollandaise dans ses types des classes supérieures. Aucun des maîtres étrangers ne luia laissé la moindre empreinte, quoiqu'il se soit assimilé mystérieusement leurs plus fines qualités. S'il a songé parfois à quelqu'un d'eux, c'est peut-être à Velazquez, et il en a, dans certains de ses tableaux, les tons verdâtres argentés, d’une nuance si harmonieuse et presque indéfinissable. Smith lui trouve de la ressemblance avec « la manière fascinatrice » du Corrége ! Que ces Anglais sont excentriques : Revuolds mêlant Raphaël à Jan Steen, Smith mêlant Corrége à Terburg !

La vérité est que Terburg ne ressemble à personne. C’est là un maitre original et de premier ordre. Je ne sais pas si, après Rembrandt, on ne devrait pas le mettre tout à fait hors ligne, seul à son rang, comme les vrais grands hommes.

Le musée d'Amsterdam n’a de lui qu'un tableau, assez célèbre : {a Robe de satin, précisément. On appelle quelquefois ainsi cette charmante composition, qui à été gravée à l’aquatinte par Vaillant. Le catalogue l’intitule : « Jeune Dame, habillée en satin blanc, conversant avec un seigneur et une dame. » (n° 277.)

La jeune lady est debout, de dos, la tête penchée en avant et ne laissant voir que sa nuque blanche et son chignon blond clair. Elle à une pelerine netre sur sa robe de satin blanc. Elle se découpe en partie sur une table couverte d’un tapis rouge, en partie sur les baldaquins et les rideaux rouges d’un lit qui occupe la moitié du fond; l’autre moitié du fond est un simple lambris gris, avec une porte fermée. Sur la table, quiest à gauche, un miroir, une coupe, un flambeau d'argent, deux peignes, un cordon rose ; nous sommes dans le sanctuaire intime, dans la chambre à coucher.

A droite, le gentleman, assis de profil sur une chaise à dossier rouge, une jambe croisée sur l’autre, lient à la main gauche son grand chapeau gris à longues plumes azur et citron ; sa main droite, mi-levée, fait un geste d'explication avec la femme debout qu'il regarde. Il ressemble un peu à Terburg jeune. Il a

de longs cheveux, une casaque courte, couleur cha-,

mois, des hauts-de-chausses lilas; son épée à poignée d'acier traîne le long de sa chaise, derrière jaqueile est un grand lévrier gris dans la pénombre. Entre lui et

TERBURG. 421 la femme en satin blanc, une jeune femme blonde, | assise de trois quarts, vêtue et encapuchonnée de noir, boit dans un verre à pied, qu'elle soutient de la main droite et à travers lequel on aperçoit la moitié du visage.

C'est délicieux. « Une des meilleures œuvres du maître, dit Smith, et de la plus haute beauté. » Par malheur, la peinture est très-usée en plusieurs endroits, ce qui diminue de beaucoup la valeur du fableau.

Tous les amateurs connaissent d’ailleurs cette composition par un chef-d'œuvre de Wille. La gravure de Wille, intitulée : — on ne devine pas pourquoi, — l’'Instruction maternelle, a été faite, non d’après cet original, mais d’après une répétition offrant de légers changements ; par exemple, le lévrier y manque. Cette répétition, qui a passé dans les cabinets les plus célèbres, appartient aujourd'hui à lord Ellesmere (Bridgewater Gallery), et a été exposée à Manchester, en 1857". Il y en a encore une répétition avec variantes au musée de Berlin, n°791.

Le tableau d'Amsterdam est sans doute celui qui lit partie de la collection Lormier, et qui, à la vente, en 1763, fut payé 825 florins. Il vaut aujourd'hui plus de 1,000 guinées, et s’il était de bonne conservation, les Anglais se le disputeraient au delà de 3,000 livres.

1 Voir, pour les détails, Trésors d'art, ete., par W. Burger,

La toile a 2 pieds 4 pouces carrés. Les figures ont environ 4 pied de haut.

A la suite de Terburg, le catalogue enregistre , comme étant copiée d’après ce maître, une espèce de petite ébauche, intitulée : la Conclusion de la parx de Munster. Smith dit que ce tableau a été gravé par Simon Fokke, et que ce pourrait être une pre-

mière étude pour le fameux Congrès, que les artistes français ont admiré dans la galerie de la duchesse de Berri. Mais assurément Terburg est étranger à cette mauvaise pochade.

Nous trouverons, au musée de La Haye, le portrait de Terburg, par lui-même, en pied, dans son costume de bourgmestre de Deventer. On voit encore plusieurs de ses chefs-d’œuvre chez les riches amateurs d'Amsterdam, notamment un bijou, une merveille incomparable, dans la galerie van Loon.

Gaspar Netscher, de Heidelberg, a travaillé sous Terburg. Un de ses meilleurs {ableaux est au musee d'Amsterdam : « Femme pompeusement mise, ajus= tant la chevelure d’un petit garçon (n° 201). » Le costume de la femme est, en effet, très-élégant : ca raco de satin bleu foncé, bordé d’hermine, jupon d satin, couleur safran, avec des lisérés d'argent. Asse beau ton, mais un peu lourd. Elle peigne un genti petit enfant agenouillé près d'elle. Un autre enfant debout contre une table à tapis ture, se fait des gri maces dans une glace. Sur ja table, une boîte er argent, une assiette, une coupe, très-délicatemen

METSU. 123 peintes. Une servante arrive, portant un plateau d’argent. En avant, une chaise couverte de velours rouge, sur laquelle sont déposées une toque et des plumes. Derrière la chaise de la jeune femme est un’ chat. Haut., 4 pied 6 pouces; larg., 4 pied 2 pouces; sur toile. Signé, sans date.

Smith, qui fait grand éloge de ce tableau, l'intitule : Occupation maternelle.

Le catalogue attribue encore à Gaspar Netscher, un «portrait de Constantin Huygens père !.»

Mersu. — A côté de Terburg, — Metsu. J'ai rectifié ailleurs? plusieurs points de sa biographie, et en particulier la date de sa mort, que tous les calalogues de l’Europe fixent à 1658, quand, au musée de La Haye justement, il y a de lui un tableau daté 4661*.

Avec ses airs de marquis, ce délicat Metsu fut camarade de Jan Steen, un peu plus jeune que lui. Mais il quitta Leyde pour Amsterdam, vers le moment où Steen se mariait à la fille de van Goijen. Je

1 D’après le nouv. cat., ce tableau, acheté par le roi Guillaume Ier pour le musée, est signé : C. Netscher 1672.

? Voir Trésors d'art, etc., par W. Burger, p. 274 et suiv.; et l’Artiste, livraisons de février 1858.

$ Les rédacteurs du nouv. cat. d'Amsterdam n’ont point eux-mêmes connaissance de cette date authentique, et ils inscrivent encore 4648 comme date de la mort de Metsu! Il p’y a pourtant pas loin d'Amsterdam à La Have.

suppose qu'ils continuèrent, à distance, des relations d'amitié, On remarque même quelquefois dans leurs œuvres une mutuelle influence. Quand Steen peignait des ladies en caraco de velours bordé d’hermine, il n'était pas sans songer à son ami Metsu, et celui-ci s'inspirait un peu de Steen, quand il composait des scènes populaires, telles que Le beau Marché aux herbes d'Amsterdam (n° 292 du Louvre).

Smith, qui appelle Metsu le van Dyck hollandais, le trouve tres-inférieur à Steen, «comme invention, expression el facilité d'exécution. » Quoique parfaitement juste, cette appréciation, par un des plus profonds connaisseurs en peinture, a de quoi surprendre ceux qui sont peu familiarisés avec l'œuvre de l’incomparable Jan Steen. Il est vrai que Smith ajoute tout de suite : « Mais pour le choix, plein de goût, des sujets, pour la grace de l'expression et l'élégance des tournures, Metsu est sans rival. »

C'est à cette grâce et à cette finesse que Metsu probablement dut le privilége d’être toujours préféré par les amateurs hollandais à tous les peintres de leur école, Gerard Dov et Mieris exceptés. Mais aujouræ d'hui Metsu est mis au-dessus de Mieris, et même dé Gerard Dov; et quant aux autres peintres qui paraisa sent avoir été un peu dédaignés par les anciens bours geois hollandais, comme Cuijp, Steen, Hobbema ef bien d’autres, ils ont conquis, au jugement de la poss térité, un rang indiscutable désormais. |

Les deux Metsu du musée d'Amsterdam sont très

METSU. 125 charmants, sans avoir aucune importance dans son œuvre : N° 171. Un Homme et une Femme assis à une table garnie de mets. N° 172. — Vieillard assis près d'un tonneau de bière. As sont fort petits tous les deux : l’un, sur toile, n'a pas 1 pied de large sur un peu plus de 4 pied de haut; l’autre, sur bois, n'a que 9 pouces de haut et 8 pouces de large.

Le premier, assez frotté, malheureusement , à perdu toute sa fleur. La femme, en corsage camellia tendre, jupon violacé, tablier émeraude, fichu blanc à deux pointes, est assise à droite, presque de profil, versant du vin, d’une cruche de grès, dans un long verre. L'homme, en veste puce, prend sur la table un plat de viande. Il y a encore sur la table, couverte d’un tapis perse et d’un surtout en linge blane, des assiettes, du pain, des couteaux, un verre. Le fond, à droite, est vague, avec une indication de porte. A gauche, un rideau vert sombre. Les personnages ne sont vus que jusqu'aux genoux. Signé G. Metsu. Gravé par D. J. Sluijler. Vente Lormier, 1763, 605 florins.

Le Vieux buveur est de meilleure conservation, et d’une qualité exquise. Il à de longs cheveux gris et une barbe grise, courte. Joyeuse trogne, vive expression, Ne tient-il pas sa pipe d'une main qui repose sur un tonneau, et de l’autre main, un pot en étain, appuyé sur sa cuisse? Aux bons vivants les mains pleines. IT à une chaude houppelande grise, et une belle toque rouge, garnie de fourrure brune. I ne

lui manque rien. Cet homme est parfaitement heureux. Au-desstis du tonneau, une cruche de grès et une ardoise, accrochées à des clous. Le reste du fond, ngutre, dans une harmonie gris perle, très-fine. Le personnage est aussi coupé à la hauteur du genou.

De 1810 à 1827, ce petit bijou a doublé de prix. Payé 1,560 florins à la vente Smeth van Alpen (1810), il monta à 2,860 florins à la vente Gerrit Muller (Amsterdam, 4827). Combien a-4-il gagné depuis trente ans ?

Je ne trouve point d'élève notable de Metsu au musée d'Amsterdam; c’est pourquoi je passe à un autre maître aussi admiré dans son genre, que est Metsu dans le sien.

Paues Wouwermax. — Suivant moi cependant, Wouwerman, malgré toutes ses qualités, n’est pas absolument à la mème hauteur que les premiers, les princes (principes) de l'école, comme on disait jadis. Duc, soit, ou comte, gentilhomme assurément, et de race distinguée, mouvante, adroite, spirituelle. Mais Cuijp est plus fort que lui; Terburg et Metsu ont plus d'élégance ; Adriaan van Ostade et Adriaan van de Velde ont la naïveté, qu'il n’a pas; Jan Steen a le véritable entrain qui lui manque... Bah! toutes ces hiérarchies en peinture ne signifient rien. Chacun à le droit d’adorer ses idoles, de vanter le noble dont il sait compter les quartiers, — où de sympathiser avec des misérables comme Jan Steen et Brouvwer,

PHILIPS WOUWERMAN. 127

Qui a fait, mieux que Wouwerman, de petits départs pour la chasse, au bas du perron d’un chàteau, les ladies à cheval, faucon au poing, les meutes aboyant entre les pieds des chevaux ; de petites arrivées à l'hôtellerie, de petits chocs de cavaliers? personne. Et parmi les artistes qui, après lui, et en s'inspirant de lui, ont répété ces sujets, personne ne l'a égalé. Convenons donc que le goût des collectionneurs ne s'égare point sur ce peintre précieux. Si Philips Wouwerman vaut dix fois van Huchtenburgh, cinquante fois van der Meulen, pourquoi un tableau de Jui-ne vaudrait-il pas 40,000 francs, 50,000 francs? — 100,000 francs?

Le musée d'Amsterdam est assez riche en Wouwerman, du moins par le nombre. Il a neuf tableaux de ce maître. C’est peu, à la vérité, comparativement au musée de l'Ermitage, qui en à quarante-neuf, et au musée de Dresde, qui en a soixante-trois ! plus que n'en à conservé la Hollande, en additionnant tous ceux des musées et des collections particulières. Le musée van der Hoop n’en à que trois; le musée de La Have, neuf, comme le musée d'Amsterdam ; le musée de Rotterdam, trois. Ce n’est guère que le tiers du nombre de Dresde! Sur près de mille tableaux que Wouwerman a peints, Smith en a catalogué 522.

Le malheur est que nos neuf Wouwerman du musée d'Amsterdam — le nombre est pourtant de bonheur — ne sont pas de la qualité des treize — le

nombre à perdu sa fatalité — que possède le Louvre. J'en donnerai seulement une nomenclature succincte. Nous apprécierons plus complétement, au musée de La Haye, le maître du Coup de pistolet, du Chariot de foin, du Marché aux chevaux, de tant de chasses, de haltes de cavaliers, et de batailles inimitables.

« N° 328. Un Paysage montagneux. » Ce n'estrien.

« N° 329. Un Paysage avec des chevaux et des figures. » C’est peu de chose.

«N°330. Le Pillage d'un village, les paysans refoulant les gens de guerre. » Assez important, mais pas très-heureux. Figures innombrables, épisodes variés. Des soldats attaquent des paysans en un village environné de bois. Au premier plan, un officier demi-nu, les bras liés, est entrainé par des paysans qui s’affublent de son uniforme; un paysan frappe un soldat étendu par terre; des morts, des blessés ; des chevaux renversés, croupe par-dessus tête; un enfant tué, etc. Au second plan, continuation de [a lutte : les soldats se sauvent, poursuivis de fous côtés. Signé du double monogramme complet, avec PS final de Philips, entortillé sur le second jambage de V'AT.—Haut. 1 pied 10 pouces ; larg. 2 pieds 6 pouces. Sur toile. Vente Dornburgh, La ave, 1745, avec un pendant, 1,400 florins; van der Pot, 1808, 3,625 florins.

«N° 331. Une Chasse aux hérons. » Celui-ci à passé dans des collections célèbres : Choiseul, 1772, 3,000 francs; prince de Conti, 1779, 2,700 francs;

PHILIPS WOUWERMAN. 129 Tolozan, 1801, 2,720 francs; van der Pot, 3,030 florins. Il n'a pas 1 pied de large sur 10 pouces de haut. Il à été gravé par Dunker, dans la Galerie Choiseul. La composition est très-animée : huit ou dix chasseurs et une femme à cheval sont dispersés dans un fin paysage. Quelques autres figures d’hommes, de femmes et d'enfants. C’est un des plus distingués. Signé du double monogramme, sans VS.

€ N° 332. Une Rire de paysans. » As se battent , hommes et femmes, en avant d’une maison. Au loin, une foire. Malgré sa dimension, 2 pieds de haut sur 2 pieds 8 pouces de large, ce tableau n'a été payé que 600 florins à la vente van der Pot: Signé comme ie précédent.

N°333. Un Paysan avec un cheval blanc.» Voilà un excellent exemplaire du maître. Le cheval blanc, monté par un Cavalier, est au milieu ; d’une ruade, il vient de renverser une femme portant un panier de pommes; un autre cavalier, sur cheval bai foncé, galope à gauche sous de grands arbres; à droite, un palefrenier tient par la bride un cheval rouan, d’un ton tournant au lilas. Une lady et un gentleman regardent ces chevaux qu’on exerce. Ton vigoureux, belle exécution. Signé du double monogramme, avec lFS. Vente de la douairière Boreel, 181%, Amsterdam, 2,825 florins. Haut. 1 pied 3 pouces; larg. 1 pied 1 pouce. Sur bois.

«N° 334. Un Paysage avec une Chasse aux cerfs.» Quatre chasseurs et une femme, à cheval; au pre-

nier plan, les chiens saisissent le cerf. À gauche, un petit torrent; des ruines, dans le lointain. 1 pied carré, environ. Signé. Vente J. de Wit, 1741, 234 florins; Lormier, 1763, 4,010 florins; N. Nieuhoff, 1777, 1,995 florins.

&N°335. Un Manége. » Composition assez importante, sur toile de 2 pieds de large. Au milieu, un cavalier en bleu, sur un cheval gris moucheté, vu de eroupe. À gauche, un autre homme dresse un cheal à sauter, et une femme, son enfant dans les bras, s'enfuit pour éviter les ruades ; à droite, un palefrenier amène un cheval hors de l'écurie. Signé du double monogramme LA

Enfin, € N°336. Un Paysage, » tout petit, avec quelques figurines.

De Pieter Wouwerman, frère de Philips, un seul tableau : La Prise de la place de Coevorden, en DOTAMDIQRE : PF W.

D'Emmanuel Murant, 1622-1700, élève de Philips : Une Maison rurale en ruines.

De van Huchtenburgh, élève de Philips, au second degré : Un Combat de Cavalerie.

J'ajouterai ici, ne sachant où le classer ailleurs : un Corps de qarde, de Jan Le Ducq. Ce peintre, as-

1 Dans le fac-simile donné par le nouv. cat., la signature est assez particulière: le premier monogramme du prénom, formé du P et de l’H, est suivi d’un p, pour le second p de Philip; vient ensuite le W habituel.

CLAAS BERCHEM. 131 sez adroit, qui est censé avoir été élève de Paul Potter, doit être, selon moi, un élève de Palamedes. En tout cas, c’est Palamedes qu'il a suivi, et il parait aussi avoir étudié Wouwerman et les autres peintres de soldatesque.

Craas Bercnem.— Claas ! ou Nicolaas Berchem, qu'on à l'habitude d'élever au premier rang, est même bien inférieur à Philips Wouwerman.

Sans doute il est aussi adroit que pas un; ilest naturel et fort, dans sa première manière, où il s'est inspiré de la vue de son pays et de son propre sentiment. Sans doute il a gagné en Italie, si l’on veut, des pratiques assez magistrales et un style plus relevé, — mais moins naïf, Il a gagné d'arriver à composer des paysages et des scènes rustiques, sans regarder la nature, mais de chic, comme on dit dans les ateliers, au moyen du procédé subjectif qu'avait inauguré la noble et majestueuse école du Poussin et de ses acolytes les Dughet. Seulement, au lieu de pasticher des aspects antiques, grecs ou romains, en mettant par-ci par-là un édifice à colonnes, quelques modèles deshabillés où un bonhomme en tunique, le Hollandais continua ses pastorales, avec un tronc d'arbre, quelques pierres au bord d’un gué, et

1 Il signe, le plus souvent un C pour son prénom, comme on le voit dans les signatures des n°5 17, 48, 27 du musée de Paris; et presque toujours Berchem.

à l'horizon une ligne de montagnes bleues; pour personnages, un pâtre, couvert d’une peau de chèvre, une paysanne en jupon bleu, assise sur son âne ; tou jours le même âne et le même jupon, et la même peau de chèvre sur le dos du même berger. C'està-dire que Berchem perdit en Italie toute individualité.

Les maîtres hollandais qui ne subirent point cette influence méridionale conservèrent, au contraire, une personnalité très-caractérisée. En allemand, on dirait qu'ils s'attachèrent à la méthode objective. Leur point de départ est toujours la nature : ils l’aiment, ils la contemplent, ils l'étudient, ils se tiennent en communication intime avec elle, et quand ïls la traduisent, ils l’imprègnent du sentiment qu’elle leur a inspiré. Ils ont beau faire toujours à peu près les mêmes sujets, bien simples, ils y mettent toujours de la nouveauté au fond, parce qu'ils ont éprouvé une impression différente sous un effet particulier. A la réalité, consciencieusement observée avec une sorte,de passion | placide, ils ajoutent une interprétation vivement sentie au contact même de la nature. Ils animent la vie ! extérieure au feu de leur propre originalité. |

Est-ce à ce qu'on appelle le naturalisme ? Ce natu- # ralisme à du bon, décidément.

Telle est la divergence radicale entre Berchem et les vrais Hollandais, entre le maître falsifié par un mélange étranger et les maîtres du crû.

La France n'ayant presque jamais été dans les arts

CLAAS BERCHEM. 133 plastiques qu’un reflet de l'Italie, devait préférer les peintres hybrides, teintés d’italianisme, aux francs artistes, demeurés libres des systèmes transalpestres et de toutes ces méthodes dangereuses qui, à la poésie spontanée, jallissant de la nature, quand on la consulte avec amour. substituent des combinaisons stéréotypées par une science réflective. C’est pourquoi, en France, Berchem, Karel du Jardin, les Both, et en général les affiliés à la Bande académique de Rome, ont toujours été plus estimés, et bien plus connus aussi, que Jan Steen, Pieter de Hooch et autres originaux, qui, n'ayant jamais démarré de leurs rivages, sont peu classiques.

La Hollande n’a rien à apprendre à la France sur le chevalier van der Werff. Mais, sur ses petits mai tres purement indigènes, et même sur le génie de Rembrandt, la Hollande peut révéler encore à la France et aux peuples d’origine latine bien des se- -crets, très-neufs.

Berchem est parfaitement familier aux artistes et aux amateurs français, puisque le Louvre à réuni onze tableaux de ce maître. Le musée d'Amsterdam n’en à que sept; le musée van der Hoop, trois; le musée de La Haye, quatre; le musée de Rotterdam, deux. Seize en tout, pour les galeries publiques de la Hollande. |

Quelques-uns de ceux d'Amsterdam sont très-notables, et d’une belle qualité, particulièrement un « Paysage montagneux avec des pâtres et du bétail

(n° 48), » et un « Paysage en Italie, au bord d’une rivière (n° 21)».

Le premier représente un troupeau passant un gué, avec la bergère, le pâtre et deux chiens; en avant, caracole un beau taureau blanc; le groupe d'animaux est parfait. A gauche, une paysanne, montée sur sa vache, cause avec la bergère; le pays est découvert de ce côté et laisse voir un fond de montagnes. A droite, des pins et autres grands arbres. Signé en toutes lettres : Berchem. f. 1656. Sur panneau. Haut. 4 pied 3 pouces ; larg. 2 pieds".

Dans le second, une femme, en corsage jaune et manteau bleu, montée sur un cheval blanc, des pàtres, un taureau, des vaches, des moutons, une chèvre, un âne, attendent le bac, plein de passagers, qui revient de l’autre côté de la rivière. Sur les terrains montueux, quelques arbres, quelques maisons, un château, une tour. Fond de montagnes bleues. Effet de matin. Composition très-riche et très-capitale ; très-italienne, — trop. Signé, sans date. 3 pieds et ! demi de large, au moins, sur plus de 2 pieds et deini de haut?.

Viennent ensuite : un autre Paysage italien, effet de soir, un peu dans la manière de Both ; — Ruth et

1 Vente de Me van Heemskerk, 1770, La Haye, 1,265 florins (nouv. cat.).

? Vente Antonii Sijdervelt, 1766, 4,530 florins; vente de # Mme Bicker, 1809, Amsterdam, 3,040 florins (nouv. cat.).

ADRIAAN VAN DE VELDE. 135 Boo: dans un champ de blé; figures de plus d’un pied de proportion’; — deux Vues d'hiver, assez singulières, et qui pourraient bien être d’un autre maitre, presque dans le style de Pieter Wouwerman?; provenant de la collection Govers, Rotterdam, 1827 ; haut. 4 pied 3 pouces; larg. 1 pied T pouces; sur bois ; — et T° un petit Paysage italien, provenant, je crois, des collections Tolozan et van der Pot. Signé, sans date. Les seuls élèves ou imitateurs de Berchem, au musée d'Amsterdam, sont : Jan van der Meer le jeune : «un Paysage avec des brebis; » et Willem Romijn, trois Paysages avec animaux.

ADRIAAN VAN DE VELDE. — Dans des sujets analogues à ceux de Berchem, Adriaan van de Velde lui fait cependant un contraste absolu. Né quinze ans après Berchem, et mort onze ans avant lui, il n’en à pas moins, à mon avis. laissé un œuvre plus précieux que celui de Berchem. C’est celui-là qui aimait la nature naïvement, et pour ainsi dire avec une chasteté respectueuse ! Quand il l'avait étudiée jusque dans

1 Le nouv. cat. donne le fac-simile de la signature, qui est fort singulière : N Berighem, l'N accolé au B. Il se pourrait bien que cette signature eût été mal lue, ou qu’elle soit apocryphe; ce qui ne fait rien à l’incontestable originalité du tableau.

? L'une cependant est signée et datée 1647 ; elle vient de la collection van Heteren; l’autre, sans signature ni date, a été payée 3,040 florins à la vente de Mme Bicker, Amsterdam, 4809 (nouv. cat.).

les fibres les plus délicates et les plus intimes, if la voilait d’une tendre et mystérieuse harmonie. Charmant jeune homme, un peu rèveur comme les poëtes, doux comme une fille, sympathique à tous les artistes de son temps. Collaborateur de son maître, Wijnants, ami de Wouwerman, qui avait aussi étudié chez Wijnants, Adriaan n'a-t-1il pas prêté son talent à van dér Heijden, à Moucheron, à Jan Hackaert, à Hobbema et à Ruijsdael, et même à des paysa moins célèbres, comme Abraham Verboom.

gistes

On voit son portrait, gracieux et souriant, au musée van der Hoop, dans le chef-d'œuvre où il s’est représenté avec sa femme et ses enfants, au milieu d'une belle campagne ; car il Jui fallait toujours des arbres et la lumière du ciel. Il n’a jamais peint une scène qui ne füt en plein air.

Le musée d'Amsterdam ne possède que deux {ableaux de lui : un petit « Paysage avec des figures et du bétail, » et un autre « Paysage avec une chaumière. »

Le petit paysage, large de 4 pied seulement et haut de 4 pied 3 pouces, est délicieux. Près d’une fontaine sont arrêtés des paysans avec leurs troupeaux : un pâtre, vu de dos, sur son âne, une femme en rouge, sur un cheval rouan, une femme à pied, qui cause avec elle. Quelques moutons, et le chien du berger. Une vache boit à la fontaine, dans l'ombre, sur la gauche, où s'élève une petlle colline rocaitieuse. A droite, de l'eau, avec un bac qui passe un troupeau.

ADRIAAN VAN DE VELDE. 137 Une petite figure debout, tournée vers le bae, le re garde venir. Daté 1666. « Belle production, très-étudiée, » dit Smith.

L'autre paysage (n° 304) est bien plus important, et même de qualité supérieure. Smith l'appelle une «peinture très-capitale et admirablement finie. » Elle vient de collections distinguées : Braamcamp, 1771, 2,420 florins ; Valkenier, Amsterdam, 1796, 4,020 florins; voilà déjà le prix doublé ; Gildemeester, 1800, %,825 florins; et général Brentano, 1822, 8,290 florins ; voilà le prix doublé une seconde fois, On peut décupler aujourd’hui Je chiffre de la vente Braamcamp ‘.

Deux figures seulement, hautes d'environ 4 pouces : une bergère et un paysan. La bergère est assise devant la porte d’une chaumière, au pied d'un coteau boisé qui monte jusqu'aux deux tiers de la toile ; c'est le seul défaut de la composition ; mais Adriaan sans doute a voulu en faire une sorte de petite oasis bien solitaire. Cette jeune femme, en jupon azuré, corsage un peu entr'ouveri, reçoit un coup de soleil sur sa gorge mi-nue. Le corset strictement agrafé n'est pas de rigueur dans ces nids agrestes. Passe cependant un jeune voisin, monté à poil sur son cheval blanc et portant au bras un panier. Sa toilette est aussi sans façon : il à les jambes nues et une casaque

! Le nouv. cat. ne donne qu’une partie de cette tradition. Il ne mentionne pas la date 1666 du tableau précédent,

rougeâtre. Il s'en va aux champs, ou au bois. Comment ne point s'arrêter, pour causer en passant? On ne le voit que de dos, mais on devine qu’il pourrait bien parler à la bergère du beau temps qu’il fait pour l'amour, — honnêtement toutefois, et non pas à la manière de Jan Steen.

Tout le premier plan du paysage est un pré où sont dispersés des moutons et des vaches. Près de la chaumière, un grand arbre découronné. Belle signature : À. V. Velde f, et la date 1671. L'année d’après, Adriaan van de Velde mourait, âgé seulement de trente-trois ans !

La toile a environ 2 pieds 4 pouces de haut sur 2 pieds de large".

On trouve des figures par Adriaan dans les tableaux de quatre peintres, au musée d'Amsterdam.

Le vieux Wijnants d'abord. Il avait quarante ans de plus que son cher élève, et il vécut plusieurs années encore après lui. À soixante-quinze ans, il peignait toujours avec autant de verdeur que de finesse. Car le musée de La Haye possède de lui un tableau daté 1675. Ce qu'il y a de curieux, c’est que les catalogues des musées de la Hollande, celui de La Haye compris , donnent 1670 comme date de la mort de Wijnants ! Seul le catalogue du musée van der Hoop fait exception et indique la date 1677 ?.

74 centim. sur 63 (nouv. cat.).

? Les rédacteurs du nouv. cat., qui, apparemment, ne connaissent guère le musée de La Have, donnent toujours 4670

Wijnants avait donc de soixante à soixante-dix ans, lorsque, à ses paysages, Adriaan ajoutait de gracieuses figurines. Adriaan étant mort en 4672, ce fut surtout Lingelbach qui éfo/ffa les tableaux de la dernière période de Wijnants; car Philips Wouwerman était mort aussi, dès 1668. Le vieux maître avait ainsi perdu, coup sur coup, ses deux disciples les plus habiles et les plus illustres. Adriaan van Ostade, à qui il avait eu recours autrefois, était lui-même bien vieux alors, étant né en 1610. Je rappelle ces faits chronologiques parce qu'ils peuvent aider à reconnaître les dates des œuvres de Wijnants. C’est d’abord — rarement — Ostade qui l’aide; c’est ensuite Wouwerman, puis van de Velde, puis Lingelbach. Cette succession toutefois n’est pas rigoureuse, car, à certains moments, 1ls ont pu, les uns et les autres, travailler avec Wijnants.

Il faut remarquer que Philips Wouwerman avait presque vingt ans de plus qu'Adriaan van de Velde, qu'ils n'ont jamais été condisciples à l'atelier de Wijnants, comme le supposent les biographes français, et notamment le rédacteur du catalogue du Louvre. Philips était déjà un peintre très-renommé et ne pouvant suffire à ses commandes, avant que le petit van de Velde, qui fut pourtant si précoce, eùt commencé ses premiers barbouillages chez Wijnants. comme date de la mort de Wijnants! sans doute d’après des

papiers quelconques; mais les œuvres des maîtres eux-mêmes ont plus d'autorité que toutes les paperasses,

Jan Wijnants est une des principales souches (ce vilain mot peut s'appliquer ici) du paysage hollandais. Tous les naïfs paysagistes de son pays ont un peu suivi Son inspiration, qui était de regarder la nature de très-près, d'en étudier les détails, d'en admettre consciencieusement et délicatement les petites fantaisies, d’adorer l'infinie variété dans l'unité.

Rembrandt fut, à l'inverse, l'autre grand initiateur de l’espèce de panthéisme qui caractérise les paysagistes hollandais. Lui, le poëte qui contemple d'en haut et de loin, il a enseigné à voir la nature dans son ensemble, dans ses plans immenses, et il à su faire quelquefois des lieues de terrain, en étalant son pinceau sur une bande horizontale large d’un pouce. Philips Koninek et Jacob Ruijsdael l'ont imité souvent dans ces aspects de la terre à vol d'oiseau.

On doit croire que Wijnants, malgré sa longue vie, n’a pas énormément produit, peut-être à cause de sa manière assez minutieuse; car les quatre musées | principaux de la Hollande n’ont que treize Wijnants : le musée d'Amsterdam, 4; le musée van der Hoop, #; ! le musée de La Have, 2 ; le musée de Rotterdam, 3. Le Louvre aussi n’en à que 3 ; Dresde, 3 ; Vienne, 2; Munich, 4 ou 5 ; Berlin, point du tout. À Manchester, il n’y en avait que deux, insignifiants. Smith, néanmoins, en catalogue 176, la plupart dans les: collections anglaises, d’autres qui se sont égarés après avoir passé dans des ventes anciennes,

Deux, sur les quatre du musée d'Amsterdam, ont des figures par Adriaan van de Velde; petits tous les deux, 4 pied carré environ ; des terrains sablonpeux, comme toujours. Le n°339, signé des initiales, sous la bordure, est assez faible ; le n° 340, signé à droite, en toutes lettres, sans date, est excellent.

Le troisième , intitulé : « Paysage avec une habitation rustique, » est de la première manière du maitre.

Le quatrième est porté au nom de Lingelbach, qui en à peint les figures et les chevaux. L'illustration, en effet, est plus importante que le paysage lui-même, et rarement Lingelbach s’est montré aussi animé, aussi fin, aussi spirituel que dans cet éfo/ffage dont la campagne est l'accessoire; on dirait presque Philips Wouwerman; aussi Lingelbach a-t-1l signé de son monogramme LB, le B accolé intérieurement au jambage horizontal de L.

Lingelbach a encore ur Manége, de sa première qualité, signé en toutes lettres; et deux Ports de mer en Italie, assez ordinaires, l’un portant la signature entière : Z. Lingelbach, et Ia date 1664, l'autre, le nom, sans l’initiale du prénom, et sans date.

Les autres tableaux illustrés par Adriaan van de Velde sont : un Paysage de Frederik Moucheron, un Paysage de Jan Hackaert, et trois Intérieurs de ville, par Jan van der Heijden.

Dans le petit paysage de Moucheron, qui n’a pas 1 pied de large, Adriaan à peint un Départ de

chasse, hors d’un parc: cavaliers, piqueurs, meute de chiens. Le paysage lui-même est exquis. Ce Moucheron, un peu grêle et mesquin, d'ordinaire, un peu patte de mouches, est ici toujours très-fin, mais onctueux et plein d'harmonie.

Le tableau est signé : Moucheron f. — Vente Boreel, 1814, Amsterdam, 275 florins.

Jan Hackaert est presque inconnu en France, et son nom n'est pas même cité dans le catalogue du Louvre. Il est né à Amsterdam vers 1636 et on suppose qu'il est mort vers 1699. Il a fait, d’ailleurs, peu de tableaux de chevalet. IL avait voyagé, tout jeune, en Allemagne et en Suisse, et, à son retour en Hollande, il exécuta beaucoup de grandes compositions décoratives. IL a laissé aussi beaucoup de dessins et d’aquarelles; il a même gravé six eaux-fortes, trèsspirituelles, décrites par Bartsch.

Smith n'a catalogué que 23 tableaux de Jan Hackaert, parmi lesquels, avec éloges, celui d’Amsterdam, qui représente la lisière d’un parc, bordure de hauts arbres élancés, et, sur la droite, une large pièce | d’eau. C’est le matin; on sort pour aller courir le | cerf; à la porte du parc, le maître du château souhaite bonne chance à la troupe de chasseurs, gentlemen et ladies, à cheval; élégantes figurines par Adriaan , ainsi que d’autres chasseurs à pied, des serviteurs, des chiens tenus en laisse. Composition gravée par Daudet dans ia Galerie Le Brun. —M. 2 pieds 2 pouces, L, 1 pied 9 pouces. Sur toile. Cité

ADRIAAN VAN DE VELDE. 143 par Immerzeel, comme ayant été payé 3,005 florins à la vente van der Pot.

Hackaert et Moucheron n’ont pas d'autres tableaux au musée d'Amsterdam.

Van der Heiïjden est, avec Wijnants, le peintre qui fut le plus favorisé par les figures d’Adriaan. Ses trois tableaux du musée en ont. Adriaan et lui, du même âge à deux ans près, ont dû être intimement liés. IL y a beaucoup d'analogie dans leurs manières de peindre. Tous deux ont ceci de rarissime, et même d'introuvable chez n'importe quel autre peintre de n'importe quelle autre école, — excepté toutefois Memling et peut-être Jan van Eyck, — qu'ils ont su exprimer tous les détails, l’un dans la figure humaine, l’autre dans l’architecture, en les réduisant à une proportion microscopique, et sans mesquinerie, sans sécheresse, aussi largement en apparence, aussi magistralement, que si les objets avaient leur grandeur naturelle. C'est là un tour d'adresse dont le secret s’est perdu. Les fils van Mieris et le chevalier van der Werff ne l'avaient pas. L’Allemand Denner ne l'a pas retrouvé en son temps. M. Meissonier le cherche aujourd’hui, et il brële, comme on dit aux jeux innocents; mais cependant il n'a toujours fait que donner des gages, sans toucher précisément le point mystérieux.

Les (rois van der Heïjden représentent, bien entendu, des Vues de villes hollandaises. Tous trois sont sur panneau. L'un, provenant de la collection Ge-

vers, a près de 2 pieds de large sur 4 pied et demi de haut. Un canal, un pont-levis, des barques le long du quai bordé d'arbres, et des rangées de maisons. Signé : V D Heijden, les trois lettres capitales accolées et formant un monogramme. Les deux autres se font pendant et ont été achetés 1,040 florins à la vente van der Pot, Rotterdam, 1808. Ils n’ont que 4 pied 2 pouces de haut sur 4 pied 6 pouces de large. Dans l'un on admire un petit personnage qui lit une affiche sur une colonne. Il tiendrait assis dans un O; mais il a de quoi grandir jusqu'à six pieds. L'autre es délicieux de ton et de lumière. Le premier plan est occupé par un canal; à gauche, des arbres et des maisons; à droite, un quai également ombragé d’arbres, avec de gentilles figures dans la demi-teinte. Signé : V Heijden, le V et V'H accolés, mais sans D. A présent, deux élèves d’Adriaan : Dirk van den Bergen, un Paysage avec animaux, et son pendant; des plus beaux du maitre; signés, tous deux : D.V.D.Bergen'; — et Simon van der Does, trois Paysages avec pâtres et troupeaux ?.

1 Les signatures de ce maître varient souvent. On trouve au Louvre et au musée de Vienne : D. V. Berghen. Le plus souvent il signe : D. V. Bergen, sans le second D (pour den) des Signatures constatées ci-dessus. Van Bergen, né vers 1645, est mort vers 4689, et non 4680, date donnée par le catalogue du inusée Gu Louvre, Où, précisément, i1 y a, de van Bergen, un tableau, n° 15, daté 1688.

? Sionés tous trois; l’un : S, V. Does, 1106; l'autre: $. V.

POELENBURG, LAIRESSE, VAN DER WERFF. 145

PoeLeNBuRG, LAIRESSE, VAN DER \VERFF. — Avant de passer aux paysagistes purs et aux autres spécialités de l’école, marines, architecture, nature morte, fruits et fleurs, j'ai à expédier quelques peintres dont la célébrité fut prodigieuse à leur époque, et même depuis, trop prodigieuse, selon moi, pour un mérite si vulgaire.

Poelenburg, qui eut la prétention de suivre Raphaël, l'honneur d’être estimé de Rubens, la chance d’être appelé par des souverains comme Charles I d'Angleterre.

Gerard de Lairesse, le Wallon de Liége, qui alla se mêler, on ne sait pourquoi, aux maîtres d’Amsterdam et eut le privilége, bien exceptionnel en Hollande, d’être surnommé le Poussin du Nord.

L'illustre chevalier van der Werff, qui porta si majestueusement le même prénom que Brouwer, van Ostade et van de Velde, qui fabriqua des galeries entières pour l'Électeur palatin de Dusseldorf et fut recherché par tous les princes. Les princes peuvent se tromper — en peinture.

Poelenburg avait formé sa manière en Italie. C’etait encore la mode d’y aller, de son temps, et de s'italianiser; car il est de la génération qui clôt le xvi*siècle. Au xvu°, le voyage outre-monts n’est plus qu’une exception. La vie éclataiten Hollande; pour-

Does, 1708 ; le troisième : S. Van der Does MDCCA4 (nouv, cat.).

quoi s’en aller chez les morts? La pauvre grande Italie avait accompli son œuvre. La Renaissance mipaïenne et mi-chrétienne ne devait plus être qu'un souvenir désormais, une tradition comme les arts de l'antiquité et du moyen âge, assez indifférente d’ailleurs au peuple hollandais renouvelé par la liberté . civique et religieuse. Les petits Amours et les petits anges de Poelenburg, cette espèce d’Albane septentrional, devaient sembler un peu vieillots aux contemporains de Rembrandt.

Les tableaux de Poelenburg au musée d’Amsterdam offrent, suivant son habitude, des nymphes surprises par des satyres, de petites femmes nues dans de petits paysages italiens, et aussi: Adam et Eve expulsés du paradis.

Gerard de Lairesse, né plus d’un demi-siècle après lui, continua ces mythologiades. Nous avons donc à Amsterdam : Mars, Vénus, Cupidon et Mercure ; — Mars, Vénus et Cupidon; — Diane et Endymion , assez grandes figures, très-bêtes ; — deux « Compositions symboliques, » en grisaille; — et « Séleu— cus cédant sa femme et son sceptre à son fils Antio chus. » |

D’Adriaan van der Werff, trois chefs-d'œuvre :

4° Le portrait d'Adriaan par lui-même, en buste, de grandeur naturelle. Il est drapé d’un manteau de velours rouge, sur un pourpoint jaune. Au cou pend la chaîne, avec une médaiile du patron, le prince palatin., Dans la main gauche, la palette et les pin

POELENBURG, LAIRESSE, VAN DER WERFF. 147 ceaux ; dans la droite, une miniature ! représentant la femme et l'enfant de l'artiste. Signé et daté 1699. Adriaan avait quarante ans. Ce portrait, précieux apparemment pour les admirateurs du chevalier, a été payé 6,000 florins à la vente Gevers Arnoutz, Rotterdam, 1827. O

2° Sainte Famille. Tableau célèbre, ayant fait partie de la collection Lormier, et gravé dans la Galerie Choiseul, par Rousseau. Voici ses titres — financiers— : Vente Choiseul, 14772, 3,700 francs; duc de La Vallière, 1780, 6,110 fr.; Le Bœuf, 1782, 6,600 fr.; Destouches, 179%, 5,200 fr.; van der Pot, 1808, 5,225 florins?. Ce petit panneau n’a pourtant pas 1 pied de large. Comme je me récuse sur ce peintre, à cause de mon antipathie personnelle, j'emprunterai la description de Smith : « La Vierge, en corsage jaune pâle et manteau gris, est penchée avec une maternelle tendresse vers l'Enfant, couché tout nu sur une draperie; il étend ses bras et prend d’une main quelques cerises à une branche que lui présente Joseph. Celui-ci, un peu en arrière de ia Vierge, est en partie caché dans l'ombre. Deux

1 Il y de van der Werf, au musée de Munich, un tableau allégorique, où un génie couronne les portraits du prince palatin, et où la muse de la peinture tient à la main le propre portrait du peintre.

2 Le nouv. cat. ajoute : vente Lormier, 1763, 4,305 florins. Ce tableau était porté sur le catalogue Lormier, comme étant d’Adriaan et de Pieter.

roses en avant, par terre. An excellent example of great beauty and perfection.»

3° Un paysage avec deux figures ; signé : Chev vd Werff fc ATIS.

Vient ensuite : Psyché et Cupidon, dans le style du maitre, dit seulement le catalogue ‘.

De Pieter van der Werff, frère puiné et collaborateur d’Adriaan. sont : Saint Jérôme au désert ; Signé et daté 1710; — Deux jeunes filles ornant de fleurs la statue de Pan; et une Jeune fille dessinant la statue de Vénus. |

De Hendrik van Limburg où Limborch, élève d’Adriaan van der Werff, un seul tableau : Groupe d'enfants jouant au colin-maillard *.

Avec van der Werff, la décadence est complète. Après ce glorieux chevalier , tout est fini pour la peinture hollandaise , comme pour la peinture italienne après la fatale école des Carrache. Van der Werff mourut en 1722. L'école hollandaise avait duré juste un siècle : le dix-septième.

Les paysaGistes. — Les paysagistes ne brillent pas au musée d'Amsterdam. Outre Wijnants, dont nous avons parlé à propos d’Adriaan van de Velde, on n'en

1 Attribué au chevalier lui-même par le nouv. cat,

? Le nouv. cat. en ajoute deux autres : Amour et Psyché, ct les Bergers, provenant, ainsi que le Groupe d'enfants, du cabinet van Heteren,

LES PAYSAGISTES. 149 compte guère qu’une douzaine : van Goiïjen, Jacob Ruijsdael, van Everdingen, van der Hagen, van Vries, Verboom, Herman Saftleven, Jan Griffier, les Both, Pijnacker et van der Ulft.

Jan van Goiïjen, contemporain de Wijnants, a produit, de son côté, toute une lignée de paysagistes. Né en 1596, il fut très-probablement le maître de Salomon Ruijsdael, né vers 1610, lequel fut probablement le maître de son frère Jacob. Peut-être Hobbema lui-même a-t-il aussi travaillé chez Salomon. Van Goijen se trouverait donc être l'origine d’une pléiade non moins illustre que celle qui entoure Wijnants. L’analogie est incontestable entre Hobbema et Jacob Ruijsdael, entre Jacob et Salomon, entre Salomon et van Goijen. Encore faut-il ajouter à ce groupe les nombreux sectateurs de Jacob et de Hobbema.

Nous n'avons de van Goiïjen qu'un seul paysage, signé et daté 1645, grand, vrai, mais pas très-heureux. Rien de Salomon. Deux paysages de Jacob, seulement. Point de Hobbema! Le musée de La Haye n'en à point non plus; le musée de Rotterdam n’en a qu'un petit. Le musée van der Hoop en à deux. Mais les collections particulières en ont de superbes.

L'un des Ruijsdael représente un pays sauvage et montagneux, avec un torrent qui tombe en avant parmi des rocs et des troncs d'arbres brisés. Un berger et son troupeau passent le long d’une route rabo-

teuse sur la Jente d'une colline. A œauche au soni- © 13,

met des rochers, un grand bâtiment qui ressemble au château de Bentheim, tant de fois peint par Ruijsdael. «A clear and beautiful production, » dit Smith. Sur toile haute de 2 pieds 2 pouces , large de 4 pied 9 pouces. Signé".

L'autre, de qualité supérieure, selon moi, pourrait être intitulé /a Cascade: car tout le premier plan est couvert d’eau et d’écume. À gauche, des bouquets d'arbres, et au fond une tour; à droite, des collines avec un château. Grande toile de plus de 3 pieds de large, et de près de 4 pieds de haut. La signature est entière : Rüisdaei, le jambage vertical de R se terminant en J, et portant accolé le petit v pour van. Car le nom véritable est van Ruisdael où Ruijsdael , puisqu'on trouve presque toujours ce v dans les signatures et monogrammes des deux frères. Il a même quelquefois plus d'importance que ls dans les signatures de Salomon. |

Aldert van Everdingen eut, dit-on, de l'influence sur Jacob Ruijsdael, plus jeune que lui. Quand ils peignent des pays analogues, des sites du Nord, ils ont, en effet, quelque ressemblance, par le caractère plus que par l’exécution. Everdingen fut toujours | plus sec et plus mince que Ruijsdael. I n'a qu'un seul tableau , peu remarquable , au musée d’Am- ! sterdam. Signé : EVERDINGEN.

1 Vente G. G. baron Taets van Amerongen, 1805, 750 florins ; de Smeth, 1810, Amsterdam, 740 fl. (nouv. cat.).

Un seul tableau également de Renier van Vries, beau paysage avec de grands arbres, cherchant le style de Hobbema; car van Vries, élève de Ruijsdael, se rapproche parfois de Hobbema au point de tromper les demi-connaisseurs. Signé : À.V.Vries f

Jan van der Hagen tient aussi à Ruijsdael. Son grand Paysage avec un pont de halage n'est pas {rès-intéressant. Acheté 1,405 florins à la vente van der Pot, 1808. ’

D'Abraham Verboom, une de ses œuvres capitales : Intérieur de forêt. 10 pieds de large sur 6 de haut. Peinture libre et magistrale, tournant au style décoratif. Signé : À, 4. V. Boom fecit. À. 1653*?.

Un autre groupe issu de van Goijen diffère beaucoup, comme sentiment et comme pratique , de l'école de Ruijsdael. Herman Saftleven, qui avait étudié chez van Goïijen, mais qui ne conserva point l'ampleur de son maitre, forma, à son tour, Jan Griffier. Tous deux ont laissé quantité de fines vues du Rhin hollandais. Nous en avons trois de Saftleven et une de Griffier. Un des Saftleven est signé du monogramme ES, LS entortillé sur le second jambage de l'H, avec la date 1678. Le Griffier est signé en toutes lettres, avec l’initiale du prénom.

1 Vente P. Loquet, 1783, 280 florins ; Wessels Reïjers, 1814, Amsterdam, 555 fl. (nouv. cat.)

2 Le nouv. cat. a omis de donner cette signature. Le tableau a été acheté 600 florins de la douairière Balguerie,

Restent maintenant les paysagistes italianisés : deux tout petits van der Ut: Sites d'Italie: un grand Pijnacker médiocre, signé en toutes lettres, l'A du prénom formant monogramme avec le P :

Paysage montagneux aux bords d'une rivière, avec des arbres à haute futaie" ; et deux Both, très-lestement calalogués : N° 34. Paysage en Ttalie : No 35. Idem.

Ces deux tableaux, faits, comme d'habitude, par collaboration de Jan et d’Andries, sont extrêmement vantés par Smith, et je lui en laisserai donner la description, d'autant que je ne suis pas fou de cette peinture, sorte de pastiche de Claude, et qui, à la vérité, en attrape quelquefois certaines qualités Tumineuses.

«Halte de voyageurs à l'ombre d'arbres. Celte admirable peinture représente un site sauvage el ro cheux. avec des arbres et des dessous de bois, vivement colorés par la chaleur d’un beau matin d'été. Sous de hauts arbres à gauche est un groupe de voyageurs qui se sont arrêtés pour laisser reposer leurs animaux fatigués : une femme sur un âne auquel un homme donne à manger; près d'eux, un autre voyageur debout à côté de son cheval blanc; un peu en arrière, un pâtre conduisant deux bœufs le long d'une route montueuse. À droite, une rivière coule à travers une vallée fertile; plus loin on aperçoit un pont et une

1 Payé 1,800 florins à la vente van der Pot (nouv. cat.)

LES PEINTRES D'ARCHITECTURE. 153 tour ronde. Sur bois. EH. 4 pied 6 pouces; L. À pied 11 pouces. Vente van Slingeland, 1785, 2,575 florins. »

Le second tableau est intitulé : /e Bac. « Beau paysage, avec beaucoup d'arbres et une noÛle rivière qui coule à la base de montagnes vers le premier plan. Le bac contenant trois passagers et trois vaches vient de toucher le rivage, où semblent l'attendre , pour traverser, une lady sur cheval gris, un gentleman en rouge et un boy tenant une mule. A travers un bouquet d'arbres, on voit une ruine, et de là le regard s'étend sur un vaste pays jusqu'à des montagnes dans le lointain. Un brillant coucher de soleil ajoute un charme indescriptible à cette scène. Both a fait une eau-forte analogue à cette composition. Sur toile. EH. 2 pieds 5 pouces; L. 2 pieds 10 1/2 pouces. Vente van der Pot, 1808, 3,690 florins. »

A ces deux tableaux, le catalogue d'Amsterdam ajoute, sous le nom de Jan Both tout seul : wne

Ecurie .

Les PEINTRES D'ARCHITECTURE.— On à déjà rencontré le précieux van der Heïjden avec son ami Adriaan van de Velde. Après cela, nous n'avons presque rien :

1 Le nouv. cat.a mis au nom des deux frères ce troisième tableau, payé 618 florins à la vente de madame Boreel, Amsterdam, 1844, et signé, comme les deux autres : J Both, le premier jambage du B faisant le J.

une Vue de l'ancien hôtel de ville d'Amsterdam, par Gerrit Berckheïjden; signé : Gerit Berck. 1677; — les Ruines du mème hôtel de ville après l'incendie de 4652, par Jan Beerstraaten, de qui le musée d'Amsterdam a aussi deux marines : Vue d'hiver, prise du côté de VV à Amsterdam, et la Batarlle navale de 1666 entre les flottes hollandaise et anglaise ; toile de 8 pieds de large’; — un excellent Intérieur de l’église ancienne à Delft, par Hendrik van Vliet; signé et daté 165%; — et un autre Intérieur d'église, par Emmanuel de Witte?, né en 1607, mort en 1692; élève, dit-on, de Evert van Aalst de Delft, mais sectateur d’Aalbert Cuiïjp, dans sa manière de peindre les intérieurs de monuments. Le Louvre n’a aucun tableau de ces deux derniers artistes, et leurs noms ne sont pas cités dans le catalogue du musée de Paris.

On peut ajouter ici Egbert van der Poel, dont la spécialité était les incendies. Deux tableaux de lui : Ruine du magasin à poudre à Delft en 165%, et l'/ntérieur d'une habitation rustique ; le premier, signé : E van der Poel, 12 octb 1654; le second : Egbert vn der poel, 1646.

LES PEINTRES DE MARINE. — Ceux-ci ont au musée

! L'Incendie et la Bataille sont signés : 1 BEERSTRAATEN ; la Vue d'hiver : I. Becrestraaten.

? Signé : E. De. Witte; provenant de la collection van der Pot (nouv. cat.).

LES PEINTRES DE MARINE. 155 d'Amsterdam des œuvres de première importance, Willem van de Velde surtout.

D'abord, le plus grand tableau que Willem ait peint, à ma connaissance : Vue de la ville d'Amsterdam, prise de P'Y. La toile a environ 10 pieds de large sur plus de 5 pieds de haut '. Au milieu , un grand vaisseau de guerre, aux couleurs hollandaises, sa poupe richement sculptée et dorée; à droite, un yacht le salue par une décharge d'artillerie ; à gauche en avant, une barque d'amiral. Une foule d’autres navires, petits et grands, circulent à l’entour. Belle signature W. V. Velde f. 1686. Cette date est précieuse en ce qu'elle prouve que Willem van Velde, qui s'était fixé en Angleterre ainsi que son père, et qui, dès 1675, recevait de Charles IT une pension annuelle, revint quelquefois en Hollande, ou, du moins, en cette année 1686.— On doit penser que Willem, qui connaissait si bien l'architecture navale, s’est donné de l'agrément avec ce vaisseau d’une proportion qu'il n'avait jamais risquée. Pour ma part, je l'aime mieux dans ses petits tableaux.

Deux compositions très-célèbres en Hollande : Scène de la bataille navale de quatre jours en 1666. Un ancien catalogue du musée d'Amsterdam les dé-

1 Le nouv. cat. donne pour mesure: 3,44 sur 4,76.— La maguifique marine de Willem, exposée à Manchester par lord LHertford, n'a que 8 pieds de large, mais 6 pieds de haut. Voir Trésors d'art, etc., par W. Burger, p. 314.

crit ainsi : (N° 324 (aujourd'hui n° 297). Cette peinture rappelle une période glorieuse pour Ka nation hollandaise. Elle représente la prise d’un vaisseau de guerre anglais, le Prince-Royal, de cent canons, commandé par Sir George Askew. Au moment où il abaisse son pavillon, les marins hollandais abordent le bâtiment. On voit encore d’autres vaisseaux de guerre, et aussi le petit canot sur lequel le célèbre peintre s'était fait amener pour prendre ses esquisses. Cet événement eut lieu le 43 juin 1666, troisième jour de la bataille donnée par le lieutenant-amiral M. À. de Ruijter à la flotte anglaise commandée par l'amiral Monk, duc d’Albemarle, et le prince Rupert.—N° 325 (aujourd’hui n° 298). Le pendant , qui est la continuation du précédent, représente quatre vaisseaux de ligne pris aux Anglais dans la même action. »

Tous deux proviennent de la collection van der Pot et furent achetés, en 1808, 8,000 florins par le gouvernement hollandais. Hauteur près de 2 pieds sur 2 pieds 7 pouces de large”.

On a remarqué , dans la description, le petit canot

1 Le nouv. cat. donne le fac-simile d’une singulière signature, qui se trouverait sur le tableau de la Bataille : A. v. V. Que veut dire cet A pour prénom, au lieu du W de Willem? Il faut croire que cette signature, évidemment fausse, aura été apposée par un barbouilleur ignorant, qui aura confondu Willem avec son frère Adriaan, d'autant que cet A rappelle la forme de ceux d’Adriaan dans ses signatures authentiques.

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