FRANS HALS
gnements sur Jui, ainsi que sur ses neveux, Frans Frinszoon, Jan, Willem, etc. Quelques-uns de ses tableaux sont cités dans les Catalogues de ventes de Gerard Hoet. On rencontre aussi, dans l’Inventaire de Rembrandt, « une petite peinture par, Hals Ze jeune, » et, dans la vente de Jordaens, en 1734, «une Société de Hals /e jeune. » Cette désignation se rap porte-t-elle à Dirk ou à un des fils de Frans?
Frans Has. — Frans lui-même a un portrait au musée van der Hoop : vieille femme assise dans un fauteuil, presque de face, de grandeur naturelle. Elle est vêtue de velours noir, avec une fraise blanche. De la main droite elle tient un livre à fermoir d'argent; la gauche, admirable, est appuyée sur le bras du fauteuil. Fond neutre. Portrait superbe, de première force. On lit, au-dessous d’un écusson à armoiries : Ætalis suæ 64. A°. 1639.
C’est la belle époque de ce maître vaillant et original, qui doit être considéré comme le véritable précurseur de Rembrandt, et qui l’égala presque, après avoir agrandi son style quand il eut vu des œuvres du jeune peintre établi à Amsterdam. On peut, du moins, supposer cette influence de Rembrandt sur la seconde période de Frans Hals, dont la transformation est évidente après 1630.
Ses grands tableaux de l'hôtel de ville de Haarlem, représentant des officiers du S. Joris Doelen (ir de Saint-George), sont bien précieux, ccmme types pré-
cisément de ses deux manières : l’un est de la même année que ce portrait du musée van der Hoop, 1639: dix-neuf figures, de grandeur naturelle, vues jusqu'au-dessous des genoux ; ce sont les arquebusiers de la compagnie du colonel Johan van Loo, groupés autour de lui; Hals en est, le deuxième à gauche, vers le sommet. Tenez que c’est un des chefs-d'œuvre de la haute école hollandaise. Une maestria incomparable, un dessin accusé, solide, grandiose et libre, comme dans le Tintoret, à qui on a souvent envie de comparer Frans Hals. Il connaît la peinture de Rembrandt alors, et cette jeune concurrence sans doute l'a poussé à une couleur plus profonde, à une expression plus intime des physionomies, à un effet plus harmonieux et plus tranquille, tout en conservant la brusquerie énergique de l'exécution.
Dans un autre tableau de l'hôtel de ville, c’est la première manière, toute franche, un peu grincée de touche, un peu maigre relativement à sa peinture de 1639 ; car celle-ci est de 4627 : Rembrandt était encore à son moulin de Leyde. Cette fois, c’est le colonel Druijvestein avec onze officiers de sa compagnie du même doele de Saint-George, tous gaillardement campés dans les plus fières attitudes. Cela fait songer aussi, comme tournures et mouvements, aux figures soldatesques du Caravaggio. Le jaune chamois, particulier à Frans Hals, domine partout, même un peu trop. 11 ÿ a trois porte-drapeau magnifiques, dont un, celui du milieu, avec un chapeau à larges bords,
MICHIEL MIEREVELD. 123
ressemble encore à l'artiste lui-même et à l’homme que peint Brouwer dans le tableau du Louvre attribué à Craesbeck (n° 97 du cat. de Paris).
Les autres Hals à l'hôtel de ville de Haarlem, — à la Maison des vieillards (Oudemannenhus), portraits de régents et de régentes de l'établissement, — à l'hôpital Sainte-Élisabeth, offrant aussi les portraits des régents en 1641,—et quelques grands tableaux à l'hôtel de ville d'Amsterdam, à Delft et ailleurs, mériteraient une étude spéciale, pour faire apprécier le talent de ce maître dont on ne connait, hors de la Hollande, que des portraits détachés.
Micuiez Mierevezp. — Il compte également dans la première pléiade des maîtres hollandais après l’affranchissement, lesquels ne tiennent plus à aucune tradition, et recommencent à nouveau une école autochthone et indépendante. Simple portraitiste, il est vrai, mais à sa guise, et, ce qui est un mérite réel, avec beaucoup de sincérité, de naturel et de caractère.
Il à deux portraits au musée van der Hoop :
l'un, du poëte Jacob Cats, qu'il a peint plusieurs fois; nous en avons déjà rencontré un, très-beau, signé en toutes lettres et daté 1634, au musée d'Amsterdam (n° 197 du nouveau catalogue); celui-ci n’est pas de pareille qualité et ne rappelle même pas la tête du poëte populaire; — l’autre portrait, tout petit, 10 pouces de haut sur 6 de large, mais excellent, représente aussi, à mi-corps, un personnage
dont le musée d'Amsterdam possède deux portraits, Pieter Corneliszoon Hooft, bailli de Muiden.
Van ner Hersr. — Son générateur fut un peu Miereveld, plus serré que lui cependant, et plus grave, mais praticien moins habile. Où il faut voir van der Helst, c’est au musée d'Amsterdam, dans son Banquet d'arquebusiers, et dans quelques autres grandes toiles. Il ne marque pas ici, avec un seul portrait «d'homme de guerre, » en buste, assez bon, mais sans rien de saillant. Passons.
ABRAHAM VAN DEN TEempez. — Il fut le contemporain de van der Helst et un peu son rival; peutêtre fut-il le condisciple de Rembrandt, car il se forma chez le célèbre peintre (bien inconnu aujourd’hui hors de la Hollande), Joris van Schooten, — ou Verschooten, de Leyde, chez qui Rembrandt pourrait bien avoir étudié, comme l’insinuent timidement quelques biographes. Jan Lievens, l'ami de Rembrandt, fut aussi l'élève de ce George van Schooten, qui entendait supérieurement la grande peinture; ses tableaux d’arquebusiers qu’on voit encore à l’hôtel de ville de Leyde ont conservé l’irrécusable témoignage de son talent. Il était né à Leyde en 1587 et fut élève du portraitiste Koenraed van der Maas. Il avait donc trente-cinq à quarante ans à l’époque où Rembrandt s'initiait au métier de peintre, et comme il jouissait alors d’une grande
ABRAHAM VAN DEN TEMPEL. 125 réputation, Rembrandt a pu suivre son atelier, aussi probablement que l'atelier de van Swanenburg, dont il ne reste plus trace aujourd’hui. Van Schooten a peint durant toute la première moitié du seizième siècle, et un de ses meilleurs tableaux de l'hôtel de ville de Leyde, représentant six officiers du doele d'arquebuse, est signé V. Schooten fecit, et daté 1650, tandis qu'un autre porte, je crois, la date 1612.
Van den Tempel est un très-beau maître dans le portrait, et nous trouverons de lui, au musée de Rotterdam, deux pendants, l’homme et la femme, qui rivalisent avec deux des chefs-d'œuvre de Jacob van Loo, cet autre peintre de grande pratique, qu'on connaît seulement en France par le superbe portrait de Michel Corneille, recteur de l’Académie de peinture (n° 274 du catalogue du Louvre), et par la femme nue et vue de dos, debout, de grandeur naturelle, gravée par Porporati sous le titre : /e Coucher, tableau digne des Vénitiens, qui a passé dans quelques collections françaises et qu’on voyait encore à Paris, il y à une quinzaine d'années; je ne sais où il est aujourd’hui.
Ce qu’il y à de singulier, c’est que cet Abraham van den Tempel, qui peignait si largement, — peutêtre au sortir de l’atelier de Joris van Schooten,—fut l’éducateur de plusieurs petits peintres, souvent maigres, secs et durs, d’Arie de Vois, qui tourne parfois à Mieris, de van Musscher, qui devint sectateur de Metsu, du chevalier Karel de Moor, qui s’essaya
aussi, en certaines occasions, à la peinture de grande dimension, mais qui finalement est un triste praticien, malgré ses titres, sa haute renommée et ses succès prodigieux.
Van den Tempel, comme son maître van Schooten, a fait quelques grandes compositions avec des portraits de personnages des gildes ou des étlablissements publics, par exemple les régents de la Maison des orphelins à Leyde. Il mourut en 1672.
Ses deux portraits du musée van der Hoop ont des qualités, sans être aussi remarquables que ceux du musée de Rotterdam. L'un représente «une Dame en habit antique, » dit le catalogue (n° 118); en buste; assez rapproché de van der Helst; — l’autre est, suivant le catalogue, le portrait de Hugo de Groot (Grotius), mort en 1645; s’il a été peint d’après nature, Abraham van den Tempel devait être encore jeune, et il semble qu’il cherchait alors la finesse et la distinction de van Dyck. Ça ne se trouve pas sous un caillou du Rhin. Mais, en cherchant van Dyck, ou tout autre, il a fini par se trouver luimême; ce qui vaut mieux.
Les Paysacisres. — Nous avons déjà pris à part de la série des paysages les chefs-d'œuvre d’Adriaan van de Velde, de Philips Wouwerman et de Jan Both, à cause de l'importance des personnages qu’ils contiennent. Parmi les purs paysagistes, les deux plus grands de l’école hollandaise, Hobbema et Jacob
van Ruijsdael, ont aussi des chefs-d’œuvre au musée van der Hoop.
Hobbema, deux tableaux : « N° 51. Moulin à eau, entouré d'arbres. — N° 52. Petit paysage, avec maison rustique, arbres, elc. » Tous deux sur bois. Le premier a 2 pieds 9 pouces de large sur 2 pieds de haut; le second, 1 pied 5 pouces sur 1 pied.
Les musées d'Amsterdam et de La Haye ne possèdent point de Hobbema. Nous en rencontrerons seulement un petit au musée de Rotterdam. Les deux du musée van der Hoop, ainsi rapprochés l’un de l’autre, sont donc bien intéressants pour les artistes, quoiqu'ils n'aient pas une valeur égale aux grands et superbes paysages des collections particulières du baron van Brienen, de M. Six van Hillegom, de madame Hogdson, à Amsterdam, de MM. de Kat et Dupper, à Dordrecht, etc.
Le Moulin à eau du musée van der Hoop, acheté autrefois de M. William Smith, parle chevalier Bonnemaison, retiré à 305 € dans une vente par M. Philips, 1822, passa aussi dans la vente Lafontaine, 1824, où il fut encore retiré à 480 guinées. En 1831, il fut payé, aux enchères, chez M. Robin, 182 guinées. Ce n’était guère. Il faudrait décupler aujourd’hui.
La maison du moulin, en planches, et couverte de tuiles rougeâtres, est au milieu. Des troncs d'arbres, creusés en rigoles et perchés horizontalement sur de hauts madriers en bois gris, conduisent l’eau au-des-
sus de la roue et en tombant la font tourner. L'eau occupe presque tout le premier plan, avec une souche d'arbre. Deux canards barbotent parmi les jones. Derrière la maison, des arbres. Sur la droite, devant la porte, où paraît dans l'ombre une figurine d'homme, se dresse un grand arbre; une femme en corsage rouge, vivement éclairée, lave du linge dans un cuvier. Tout à fait à droite, vient un paysan vêtu de brun, donnant la main à un petit garçon en bonnet rouge. Bouquets d'arbres et halliers, aux plans reculés. Ciel indécis, avec des nuages entre lesquels glissent des rayons de soleil sur les verdures. Ii y a de très-beaux tons olivâtres et des gris très-fins. En bas, à gauche, la signature , suivie d’une apparence de date. Mais cette signature paraît apocryphe.
On voit que la composition est presque la même que celle du Hobbema payé 27,000 florins par lord Hertford , à la vente du roi Guillaume II de Hollande, et exposé à Manchester en 1857’. C’est le même moulin, certainement, et je crois qu’on le retrouve encore dans plusieurs autres tableaux du maître. Hobbema avait une douzaine de sites d'affection qui servirent à presque loutes ses œuvres, et il est étonnant que le caractère si bien marqué de ces paysages n’aide pas à retrouver le pays? où il a peint
1 Trésors d'art, p. 288 et suivantes.
? Ce pays de Hobbema, qui ne ressemble point à la Nord- Holland où Hobbema est censé avoir habité, puisque les peintres d'Amsterdam et de Haarlem ont certainement fait des
LES PAYSAGISTES. 129 d'habitude, où il demeurait, et où peut-être il est né. Ces découvertes se feront quelque jour, — par hasard, — il faut l’espérer, puisque toutes les recherches préméditées n’ont abouti à rien jusqu'ici. Un artiste qui en aurait le temps devrait parcourir à pied toute la Hollande, pour le moins la Frise et la Gueldre, où il est le plus probable que Hobbema a travaillé, — jusqu’à ce qu'il ait rencontré les moulins, les cottages, les ruisseaux et les étangs du mystérieux amant de la nature. Tous les fanatiques du maitre iraient ensuite en pèlerinage, rèver dans les mêmes endroits où sans doule il a si souvent rêvé, admirer les blondes lumières sur les prairies ver-
figures dans ses paysages, j'ai presque cru le retrouver, l’autre jour, en revenant d’Allemagne, sur le parcours du chemin de fer de Dortmund à Düsseldorf. Les maisons, construites absolument comme celles de Hobbema, ont des toits rouges, du même ton absolument. Le pays aussi est le même: de petits cours d’eau, avec des passerelles en bois, des mares, avec des joncs et des saulaies, de ces arbres au feuillage roux, particuliers à Hobbema. Il doit y avoir eu beaucoup de moulins, remplacés sans doute aujourd’hui par les machines de la grande industrie qui couvre toute cette contrée, sans lui avoir pourtant Ôté son caractère. Seulement il y a, par-ci par-là, des collines boisées et un mouvement très-pittoresque du terrain.
De l’autre côté du Rhin, sur la rive gauche, de Düsseldorf à Gladbach, par exemple, c’est encore le paysage de Hobbema, et même bien mieux, car le pays est plat, sans aucune ondulation. Hobbema aurait-il remonté le Rhin jusque dans ces parages? On à supposé quelquefois qu'il avait habité la Westphalie.
doyantes, voir couler ces eaux vives et y pêcher des goujons.
Le petit paysage est encore supérieur de qualité au Moulin à eau. Une maisonnette et une grange, sur la droite; deux figurines devant la maison, un homme debout, en noir, une femme courbée, en rouge; un grand orme touflu, puis un groupe d’arbres, puis une haie qui se découpe sur le ciel. Et tout cela se mire en brun dans une pièce d’eau étalée sur le premier plan. Les reflets des arbres à l'envers dans l’eau sont exquis de couleur. Tout ce mirage merveilleux qui semble trembloter est obtenu par des frottis transparents; le reste est peint à pleine pâte, d’une touche sûre, aussi juste que spirituelle. Les petites figures excellentes sont toujours de ce maitre indeviné jusqu'ici, qu'on appelle erronément Abraham Slorck, et qui a souvent illustré aussi les paysages de Jacob van Ruijsdael. La signature, cette fois avec l’initiale M du prénom accolée en monogramme à l'H du nom écrit en toutes lettres, n’est pas non plus d’une authenticité incontestable. Comme les vraies signatures des Hobbema avaient été effacées à l’époque où les spéculateurs présentaient ses tableaux sous le nom de Ruijsdael, il faut croire qu’on en a remis beaucoup depuis que Alobbema est remonté au premier rang; car rien n'est plus commun que les fausses signatures sur des œuvres parfaitement originales du maitre.
Smith, n° 411, vante beaucoup, avec raison, ce petit bijou , qui provient de la vente Goll van Frankenstein, 1833, où il ne fut payé que 1,325 florins.
Rien des imitateurs ou sectateurs de Hobbema, qui sont plus rares en Hollande qu'on ne pense. Au musée de Rotterdam, nous trouverons seulement une très-belle peinture de Jan van Kessel, et nous aurons alors occasion de débrouiller un peu le groupe de paysagistes qui approchent plus ou moins du maître typique. Ce ne sera pas de trop. Car il ne semble pas que les imitateurs de Hobbema soient très-bien connus par les amateurs et même par ceux qui prétendent leur servir de guides. Gault de Saint- Germain, dans son Guide des amateurs de tableaux, etc., indique, comme sectateur de Hobbema : « Théodore Rombouts, né à La Haye en 1597, mort en 1640! » Autant d'erreurs que de mots".
Théodore Rombouts n’a rien de commun avec Hobbema ; il est né à Anvers, et non à La Haye; il n'est pas mort en 1640, mais en 1637. C'est le grand peintre flamand qui fut doyen de la gilde d'Anvers,
1 Fiez-vous à ces guides, que pourtant l’on consulte encore en France, à ce qu’on dit. Ce serait rendre un grand service aux collectionneurs, aux artistes et à tous ceux qu'’intéresse l'histoire de l’art, que de démolir une bonne fois tous les bouquins acceptés en France comme des autorités, depuis Descamps et Dargenville jusqu’à Landon et Gault de Saint-Germain, etc., etc. Mais les vieilleries ne disparaissent jamais que lorsqu'elles ont été remplacées par des nouveautés.
de 1628 à 1630, qui avait étudié d’abord en Italie et qui devint presque un rival de Rubens. Et comment, d’ailleurs, un peintre mort «en 1640 » aurait-il pu se consacrer à imiter Hobbema qui, certainement, était encore tout jeune alors et ne pouvait avoir aucune célébrité ?
Le Rontbouts, imitateur de Hobbema, a travaillé autour de 1660, et ses dates de naissance et de mort paraissent être 1617-1676; du moins ce sont celles adoptées par Smith, qui écrit, à tort, le nom : Rombout ou Rombourg, car le musée de Berlin possède un paysage boisé (n° 888 a), signé : Ronthouts, sans prénoms et sans date. Le musée de Gotha catalogue aussi deux paysages de ce maître, mais avec un simple monogramme ÀR4. Quant à son prénom, Smith donne Nicholas; M. Waagen, dans le catalogue de Berlin, les initiales A. V.; M. Lamme, dans le catalogue du musée de Rotterdam : J.— Nous trouverons, dans ce dernier musée, un vrai Rontbouts, très-intéressant. 11 y en avait un aussi à la vente Stolberg, récemment faite à Hanovre, avec la signature Rd, comme au musée de Gotha.
Sur les quatre Ruijsdael, très-différents de sites et de manière, il y en a un qu'on peut classer parmi ses œuvres les plus extraordinaires, à côté de la superbe Tempête du Louvre (n° 471). Il doit être du même temps, car il a la même originale grandeur d’exécution et la même profondeur de sentiment.
Quel malheur que van Ruijsdael n'ait presque jamais daté ses tableaux ! C’est là un obstacle à faire l’histoire sériée de ses productions, sans quoi, à mon avis, on ne saurait jamais bien comprendre intimement un maitre.
Ce Ruijsdael étrange est presqu'une marine,comme le tableau du Louvre. La vue, dit le catalogue, est prise à Wijk, près Duurstede (Wijk sur la-côte de la mer du-Nord, entre Haarlem-et-Alkmaar ?): Au premier plan et sur toute la gauche, l'eau, avec une barque à voiles; un grand navire dont on aperçoit les mâts est retiré dans une petite anse vers le milieu. A droite, sur une langue de terre avancée, bordée de pieux et de fascines, un moulin à vent; en arrière, une maison, et, à l'horizon, le haut d’une tour d'église; un peu à gauche du moulin, à un plan éloigné, un château à tourelles. En avant du moulin, sur le chemin qui y conduit, vont trois paysannes en tablier blanc, l’une avec une coiffe blanche, les deux autres avec des coiffes jaunes. On distingue encore quelques autres figurines du côté de la petite anse où est réfugié le vaisseau. Le ciel est gris, avec des nuages gris, tout du même ton, incomparable. La signature est à droite en bas.
La {oile peut avoir 3 pieds 1/2 de large sur environ 3 pieds de haut.
La terre, l’eau, le ciel, tout est si bien ensemble, dans une harmonie si forte et si dominatrice, si simple et pourtant si grandiose, qu'on est saisi par
cet effet unique, presque terrible, sans qu’on sache pourquoi. Finalement, il n’y a là qu'un moulin grossier, avec sa base en tour ronde, à la mode du pays, qu'un bout de terrain défendu contre l'invasion des eaux, et trois femmes qui reviennent du village. Ce n’est pas de quoi émouvoir l'imagination. Et cependant on regarde ça avec je ne sais quelle irrésistible mélancolie. Le caractère de la nature et à la fois le caractère du peuple y sont si fermement marqués, qu'on est arraché à soi-même et transporté de force au cœur de la création de l'artiste. On ne songe point tout de suite à la peinture, — si énergique et si accentuée. C’est l'esprit qui est impressionné d’abord. — Suprème résultat de l’art, et bien rare, surtout en paysage.
L'artiste lui-même sans doute a été commandé par son idée, et l'exécution s’est faite toute seule. Ce n'est qu'après le premier étourdissement qu'on admire la pratique magistrale de cette œuvre d’un seul jet. Ah! le grand poëte que Ruijsdael, puisqu'il communique la poésie avec un moulin à vent, une pointe de clocher et quelques vagues qui minent sourdement une haie de pilotis!
Une fois revenu à moi-même, — à l’état d'étudiant de l’art, de critique curieux, — ce sont les trois femmes à tablier blanc qui m'ont tourmenté ! Je n'ai jamais vu nulle part de plus braves figurines, plus bravement et plus lestement animées à leur place. Elles sont encore de ce même inconnu qui en a peint
tant d’autres dans Ruijsdael et dans Hobbema, et qui s’est accusé ici avec toute son adresse et vraiment tout son génie. C’est peu de jeter un bon homme ou une bonne femme dans un paysage. Mais c’est tout, s’ils sont parfaits, — et ils le sont.
Non vraiment, ce figuriste n’est pas Storck. Abraham Storck n’a pas cette désinvolture, ni cette faculté inexplicable, de créer une figure vivante et remuante, par trois ou quatre touches qui y mettent le nécessaire. Qui est-ce donc? Et pourquoi ne trouve-t-on pas des tableaux entiers qui ressemblent à la peinture de ces petites merveilles ? Adriaan van de Velde, qui prêtait souvent à son ami van der Heijden et aux paysagisies, à van Ruijsdael et à Hobbema, ses fins personnages, en faisait de pareils dans ses propres compositions. De même pour Philips Wouwerman, Nicolaas Berchem, Lingelbach et autres éto//eurs de profession ou d'occasion. On les reconnaît aussi bien chez eux que chez leurs voisins. Mais Je défie les baptiseurs émérites de montrer dans les tableaux de Storck lui-même des figurines analogues à celles qu'ils disent être de lui dans les paysages de Hobbema et de van Ruijsdael.
Les trois femmes à tablier blanc m'ont fait songer à... je le risque, sauf à passer pour un maniaque. à ce Delftsche van der Meer qui me poursuit. J'ai été revoir les petites figurines de l'Ezxtérieur d'une maison de Delft, dans la collection Six van Hillegom ; j'ai même été exprès à La Haye revoir le paysage du
musée, où justement deux petites femmes debout, empâtées de quelques coups de blanc et de jaune citron, causent ensemble sur le bord de l’eau; puis je suis revenu devant la triade du Ruijsdael van der Hoop ; il y a vraiment bien des analogies dans la manière de poser la pâte, dans la qualité du ton, dans l'éclat lumineux. Si ce van der Meer de Delft avait été collaborateur de Ruijsdael — et de Hobbema ! ce n’est pas celui-ci qui aiderait à deviner l’autre! Deux mystères accouplés !
A présent que c'est lancé, comme un mot en l'air, pour qu'on saute après, n’en parlons plus, et oublions nos trois commères qui s’en vont au moulin.
Un second Ruijsdael représente encore un moulin, mais avec une roue dans l’eau et non avec des ailes au vent. Sur la droite, travaillent des bûcherons. Forte peinture, mais un peu sombre.
Nous avons maintenant deux Cascades, l’une de première importance et de très-grande dimension, l’autre, Site de Norwége , sous l'influence directe d’Allart van Everdingen.
La grande Cascade — 6 pieds de large sur 4 de haut — paraît être composée avec divers éléments pris sur la nature. L'eau bondit et écume sur tout le premier plan, de travers en travers de la toile. Audessus de ce large torrent, la moitié droite est occupée par de grands arbres, sous lesquels quatre figurines. À gauche, en avant de bouquets d’arbustes, dans l'ombre, un troupeau de moutons passe le ruis-
LES PAYSAGISTES, 137 seau. Au fond, après des prairies, un clocher à l'horizon. C’est très-vigoureux , très-riche et trèsbeau. | Le Site de Norwége est aussi un grand tableau, large d'environ 5 pieds. Le torrent caracole parmi de petites roches. À gauche, sur des blocs de pierre, une maison, des groupes d'arbres et un grand arbre isolé, qui se détache seul au premier plan. Habilement peint, mais la composition n’est pas heureuse. Le véritable accent de la nature y manque. Car il est certain que Ruijsdael n’a jamais été en Norwége et qu'il s’est livré aux cascades et aux rochers par simple camaraderie avec van Everdingen dont les paysages abrupts, si étrangers à la Hollande, surprirent et enthousiasmèrent les Hollandais. C'est, je pense, de 1645 à 1650 que van Everdingen avait eu occasion d'étudier la nature norwégienne et qu'il en avait rapporté une quantité prodigieuse de dessins, qui défrayèrent son talent toute sa vie, en peinture et à l’eau-forle, et qui séduisirent le jeune Ruijsdael. On arrivera peut-être à prouver que les Cascades rocheuses de Ruijsdael, simulant un pays qu'il n'avait jamais vu, sont toutes de sa première manière. Le musée de Berlin en possède une (n° 893) signée et datée, — ce qui est extrêmement rare, — et la date est 1653. Ruijsdael n'avait que vingt-cinq à trente ans. Plus tard encore sans doute, il a utilisé les cascades et les chutes de ruisseaux, qu'il avait appris à si bien faire, mais pour aviver et
égayer des sites moins sauvages que ceux de van Everdingen, et étudiés en partie sur la nature de son pays. Toujours, cependant, ses compositions à cascades sont un peu maniérées, et, malgré leur réputation consacrée, elles sont inférieures, suivant nous, à ses intérieurs de forêt, à ses pâturages boisés, avec des mares ou des ruisseaux, à ses vues de pays plat qu'il a peintes parfois sous le magnétisme de Rembrandt, à ses vues de côtes et à ses marines.
Everdingen lui-même a un beau paysage au musée van der Hoop, — sans cascade, cette fois, bien qu'il y ait de l’eau et des rochers. Les terrains en avant sont très-vigoureux. La toile a près de 4 pieds de haut.
Abraham Verboom ressemble souvent à Ruijsdael, sans néanmoins être de sa suite; il était, je pense, plus âgé que lui et il peut bien avoir deviné le même paysage, en s’assimilant le caractère du pays. Nous avons vu au musée d'Amsterdam un de ses chefsd'œuvre, daté 1653. Son paysage au musée van der Hoop est encore de la bonne peinture.
Pieter Jansz. van Asch appartient aussi à cette première génération des paysagistes hollandais. II était né, dit-on, en 1603, ce qui ne l'empêche pas de rappeler tout de même Ruijsdael. Mais les grands maitres ont le privilége d’absorber et d'effacer leurs prédécesseurs et leurs contemporains. Les musées
d'Amsterdam, de La Haye, de Rotterdam, n’ont point de tableaux de van Asch. Le musée van der Hoop n'en à qu'un : « paysage boisé, » très-savant et trèsvigoureux.
Autre adhérent à Ruijsdael : Jafi van der Hagen, né à La Haye vers 1635. Celui-ci a donc pu se former d'après Ruijsdael, et il le cherche beaucoup dans un grand paysage qui n’est pas sans talent.
Le vieux Wijnants a quatre tableaux : un paysage dans les dunes, avec des chasseurs; un paysage tout petit, très-fin; signé à gauche; et deux petits pendants, avec figurines par Adriaan van de Velde; le n° 452, «paysage sablonneux, » est signé : J. Wi7nants, 1669; l’autre aussi; mais la date, qui est sans doute la mème, est cachée sous le cadre. 1 pied de haut, tout au plus.
Un paysage de Moucheron, Site d'Italie, vide et froid, a également des figures et des animaux par Adriaan van de Velde : un pâtre à cheval, deux vaches, des moutons, etc. C’est son seul mérite.
Jan Hackaert à peint dans des manières très-différentes. Son ‘« paysage montagneux, » signé en bas à gauche : Hackarrr, offre des qualités de finesse et de lumière et rappelle un peu Wijnants dans l’exécution, mais la nature y est arrangée, sous l'influence des pseudo-ltaliens. Point d'originalité. Hackaert est parfait quand il est naïf et quand il s'inspire du
caractere et du style de son pays. — On désapprend quelquefois en voyageant.
De Dirk van Bergen, nous avons, au contraire, un de ses meilleurs tableaux, très-important pour ce maître secondaire, qui imita Adriaan van de Velde, en songeant aussi à Berchem : « Paysage boisé avec bestiaux. » — Il paraîtrait d’ailleurs, d’après les catalogues de Gerard Hoet, que Dirk van Bergen eut l'honneur de peindre parfois des animaux dans les paysages de Hobbema.
Nicolaas Berchem est ordinaire dansun Site d’Itale, décoré de montagnes à l'horizon, et dans un petit paysage avec figures et animaux; mais il est trèscurieux dans un grand tableau haut de 6 pieds, avec une quinzaine de personnages au tiers de grandeur naturelle à peu près, dimension de ceux du Poussin ; la plupart sont nus, les autres bellement drapés à la grecque : divinités sur des nuages, nymphes, fleuves, etc. ; car il s’agit d’une « Représentation allégorique à l’occasion du dernier agrandissement d'Amsterdam. » Tel est le titre donné par le catalogue. Ce n'était pas l’affaire de Berchem, qui s'entend mieux aux pâtres qu'aux dieux de l'Olympe. ILest plus facile de peindre un paysan couvert d'une peau de mouton, qu’une figure de femme nue.
Nous trouvons aussi Karel du Jardin égaré dans « la grande peinture » : « Portrait d'un Seigneur
avec un chien et un lièvre mort. » Le plus mort des trois n’est pas le lièvre, et, si le lièvre n'était pas mort, ce n'est pas le chien qui pourrait courir après, ni le seigneur après le chien. Ce seigneur en ferblanc, comme toujours, est découpé de grandeur naturelle, jusqu'aux genoux, sur un fond de ciel sombre. Les mains sont ce qu’on appelle bien dessinées, mais il n’y a pas apparence qu’elles pourraient se remuer.
Karela, de plus, un paysage; mais, par malheur, cette peinture, d’ailleurs usée et restaurée, est trèsnoire et peu agréable. Ajoutons-une copie d’un Site d'Italie, «enrichi de figures et d’un cheval blanc. » M. van der Hoop n'avait pas réussi avec ce maïtre, — excellent quand il est bon.
Le talent d’Asselijn est mieux représenté par un paysage, très-vrai, très-important, mais un peu vide. À gauche, un pont. Fond de montagnes bleutées. Il y a aussi des ruines italiennes, naturellement, et des muletiers d'occasion. Signé du monogramme JA accolés.
Autre paysage italie, avec roches et cascade, par Adam Pijnacker, presque dans la manière de Both. De la finesse et de la lumière, mais l'exécution trop détaillée tombe dans la sécheresse.
Lingelbach a imité Wouwerman, dans un Départ pour la chasse, aussi heureusement qu'on peut imi-
ter quelqu'un. Mais tout véritable artiste est inimitable.
Bartholomeus Breenbergh n’a guère d’individualité non plus, ordinairement, et il a souvent tâtonné le pastiche. Ici, par hasard, son paysage « orné de trois portraits en pied » a du naturel et de la force. Les petites figures surtout sont excellentes.
De Herman Sa/tleven, une Rivière et beaucoup de figurines. Sans rivière, lui et son élève Jan Griffer n'auraient pas su faire un tableau.
Jan Beerstraaten aïmait l'hiver et il l’a peint trèsbien. I signait et datait presque toujours ses œuvres"; cependant je n’ai remarqué aucune date sur sa « Vue d'hiver près d’un village. » Il doit avoir travaillé surtout de 4650 à 1670. Mais, d’après les catalogues hollandais et celui de Berlin, il ne serait mort qu’en
Aart van der Neer à fait aussi un paysage d'hiver, avec quantité de patineurs. C’est un vrai bon peintre que celui-là, aussi adroit que pas un, et grand coloriste. Il ne faut pas le voir seulement au clair de lune ; il commande également très-bien à la lumière du plein jour. Ses tableaux à effets de lune sont
1 Il a trois tableaux signés au musée d'Amsterdam; un au musée du Louvre et un à la galerie Suermondt, datés tous
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deux de 1662; un au musée de Berlin, daté de 1664, etc.
même parfois un peu conventionnels, et l’on doit croire qu'il avait fini par les peindre de routine.
Le talent le plus robuste se fatigue à répéter toujours une même impression. Mais, dans ses effets d'hiver, dans ses marines, dans ses paysages rustiques, où souvent Aalbert Cuijp a mis des figures, il s'inspire de la nature directement et il en traduit la physionomie avec sentiment et sincérité. Outre son tableau d’Aiver, il a un paysage boisé : de grands arbres, à droite, et des maisons, derrière; à gauche, un étang, au bord duquel un chasseur. Le panneau a environ 2 pieds 1/2 de large, sur près de 2 pieds de haut. Ce paysage et liver, excellents tous les deux, sont signés du double monogramme habituel : AV. DN. entre-croisés.
Les Anglais ont si bien accaparé Aalbert Cuijp, au commencement de ce siècle, qu'on ne le trouve plus guère en Hollande dans sa haute qualité. Je suppose . que M. van der Hoop eût volontiers donné quelque vingt mille florins pour un grand chef-d'œuvre de Cuijp. Mais on ne saurait plus en avoir, même pour 2 à 3,000 livres sterling, car les principaux sont désormais immobilisés à la National Gallery, à Buckingham Palace, à Bridgewater Gallery, dans les collections Peel, Baring, Hertford, etc.
Il y a pourtant au musée van der Hoop un vigoureux morceau de Cuijp, un des meilleurs types de sa première manière dans la peinture des animaux : sur panneau large d'environ 2 pieds, haut de 15 à
18 pouces. Un grand bœuf rouge à tête blanche, debout, de profil à gauche, tient la moitié du tableau ; un peu en arrière, un bœuf noir, couché, la tête vue de face; ils se dessinent tous deux sur le mur d’une vaste chaumière grisâtre. En avant des pieds du bœuf rouge, trois adorables pigeons, finement et fermement ciselés, picotent par terre. À gauche, percées sur des pâturages, où sont couchés, au second plan, un bœuf fauve et un bœuf brun. Au fond, à l'horizon, un des clochers de Dordrecht et quelques arbres. Le ciel est superbe, dans des tons gris pleins. La gamme générale du tableau est d'une harmonie roussâtre, où éclatent comme des veines d’or. Point de signature apparente ; mais les deux initiales 4. €. doivent être quelque part, selon la coutume du maître à cette époque de sa carrière, — autour de 1640.
Une composition presque analogue, de Ja même qualité à peu près, et du même temps, avec ces initiales pour signature, se trouve dans la collection de M. Dubus de Gisignies, à Bruxelles.
Deux autres tableaux sont catalogués comme Aalbert Cuijp : un grand cheval noir, qui pourrait bien être de Gerrit, le père d’Aalbert, et un portrait « d'homme de guerre, » dont l'exécution, toujours savante, est assez froide et sèche.
Mais une peinture que le catalogue n'ose pas attribuer positivement à Cuijp, une espèce de marine, « désignée sous le nom de Cuijp, » n° 31, est du maître, sans aucun doute, à notre avis. Elle repré-
LES PAYSAGISTES. 145 sente un des aspects de la ville de Dordrecht, vue de l’autre côté d’une grande étendue d’eau, la Meuse peut-être, occupant lout le premier plan de la toile, C’est une large ébauche, magistralement enlevée sur des frottis roux, par de beaux accents de touche aux reliefs des objets et aux lumières. L’eau en avant est merveilleuse. Quelques indications de barques, les plans de la rive, les silhouettes de maisons et d'arbres sur le ciel, tout est à l’effet dans cette esquisse qui pourrait bien avoir été prise d’après nature, ou qui certainement a été jetée de premier coup sur la toile, dans un moment d'inspiration,
C’est peut-être cette liberté — cette grossiéreté — d'exécution qui excite les scrupules et l’hésitation du catalogue. Mais les maîtres se permettent ces façons-là, qui ébouriflent les demi - connaisseurs. Cette ébauche a même quelque chose de Rembrandt dans le procédé et dans le ton; quelque chose aussi de van der Meer de Delft, tel qu'il apparaît dans son superbe et singulier paysage du musée de La Haye. Nous avons vu d’autres Cuijp ressemblant à celui-ci, par exemple un îlot de terrains marécageux, où des canards et leurs petits s’ébattent parmi les joncs et les plantes aquatiques, tableau exposé à Manchester, et qui appartenait à M. Edward Loyd. Les œuvres de ce style sont, d’ailleurs, de la première manière du grand artiste,
A défaut de Cuijp importants, M. van der Hoop.
avait réuni trois « paysages avec bétail » d’un imitateur du maître, d’Aalbert X/omp, sur lequel les biographes ne disent rien. immerzeei cite seulement de Klomp un paysage daté 1632. Aalbert Cuijp alors n’était âgé que de vingi-sept ans : il aurait donc eu des sectateurs dès sa jeunesse? Les vrais Klomp ne sont pas communs, ce qui est peu regrettable, car ce peintre est souvent lourd et noir. Au musée de Bruxelles, une Scène rurale, n° 122, porte la signature : À Xlomp fecit, Y'A de forme anglaise, à peu près comme l'initiale d’Asselijn.
Sur les trois Klomp du musée van der Hoop, deux se font pendants. Ils ont aussi la signature en toutes lettres : À Xlomp f., et des dates devenues illisibles. Outre l'influence de Cuijp, on y constate encore l’influence lointaine d’Adriaan van de Velde et de Paul Potter.
Les Paul Potter du musée van der Hoop comptent à peine dans son œuvre. Deux petits pendants sur bois (H. 10 pouces. L. 1 pied), qui inspirent plus de curiosité que d’admiration. Travail de jeunesse, déjà très-fort sans doute, déjà savant et marqué d’un caractère propre; le grand peintre d'animaux s'y révèle déjà; mais ce qui domine, c’est le défaut dont Paul Potter ne se défit presque jamais absolument, la sécheresse de la touche et la crudité de la lumière.
« Paysage avec des chevaux. » Un cheval noir, de
profil à droite, contre une barrière sur laquelle ‘est
la signature : Paulus Potter F. 1645. I] avait vingt ans. Le musée d'Amsterdam possède aussi un tableau de la même année. Au second plan, à gauche, un étalon blanc, la tête de face. Derrière lui, un groupe d'arbres. A droite, de lointaines prairies où paissent de petits troupeaux, et à l'horizon une ville.
Paul Potter lui-même a gravé à l’eau-forte cette composHion. Gravée aussi par Aubertin. Collection Goll van Frankenstein, 1833,—2,500 florins. Smith, n° 84.
Pour pendant : quatre vaches dans un pâturage; trois debout, une blanche, à taches blondes, une brune, une fauve; la quatrième, couchée. Prés unis. Fond de ciel sombre : il va pleuvoir. Daté 1646. Même collection. Smith, n° 83. — Le tableau des vaches ne vaut pas celui des chevaux.
Le catalogue attribue encore à Paul Potter un Épagneul dans un paysage; 5 pouces en carré. Horrible copie, moderne, effrontément signée et datée 1653, L'original est, je pense, à la galerie van Loon.
Ce n’est pas tout : une «Nature morte » est cataloguée Paul Potter. Si l’attribution est fausse, la désignation de l’objet est juste cette fois. L'objet est une tête de mort, très-largement peinte, ce qu’on appelait dans le temps une Vanitas. Beaucoup de peintres du dix-septième siècle en ont fait; Rembrandt lui-même; mais Paul Potter, je ne le crois pas. La peinture n’a rien, d’ailleurs, de sa pratique. C’est son père, Pieter Potter, qui a fait des Vanutés,
et la galerie de M: Barthold Suermondt ! en possède une, signée : P. Potter. 1636. La Vanité du musée van der Hoop pourrait donc bien être de Pieter. Elle porte cependant une signature presque impossible à déchiffrer, qui, à la vérité, ne saurait faire le nom Potter, Il y a beaucoup de lettres confuses, puis : F£, puis encore un mot de six lettres, suivi de la date 1642. Mais ce barbouillage peut avoir été ajouté par une main étrangère.
Les œuvres de Pieter Potier sont presque introuvables, et je ne sais pas si l’on pourrait citer de lui, même en Hollande, quelque autre peinture authentique que la Vanitas de la galerie Suermondt, Le catalogue du musée van der Hoop ferait donc bien, après vérification sérieuse, d'enlever cette « Nature morte » à Paulus, pour la restituer à Pieter, — si elle est de lui. Ne donnons pas à Paul ce qui est à Pierre.
ManiNE, ARCHITECTURE, NATURE MORTE. — Les quatre Willem van de Velde sont d’une qualité exquise. |
C’est d’abord une Vue de la côte de Scheveningue. À droite, les dunes de sable, au-dessus desquelles on aperçoit la flèche d’une église. À gauche, la mer; effet de calme, sous une belle lumière du soir. Un pêcheur s’avance avec des filets; on charge une barque; une autre barque, échouée sur le sable; au loin,
1 Voir Galerie Sucrmondt, p. 18 et 19.