MARINE, ARCHITECTURE, ETC
Verschuur, quialla ensuite en Italie étudier d’autres maitres, a signé une « Marine avec des bâtiments. » Dans les fonds, dans les petits navires, dans le ciel, il cherche Willem; mais la mer fapotée ressemble à une verroterie,.
Quoique Abraham Stork soit très-estimé en Hollande, ses deux marines du musée van der Hoop sont assez insignifiantes. Il est plus fort dans ses vues de monuments, par exemple dans une Vue du Dam et de l’ancien hôtel de ville d'Amsterdam, aujourd’hui le Palais. La toile a près de 6 pieds de large, et le peintre à pu ainsi étudier en détail et représenter fidèlement la grande construction, alors très-récente, que des fanatiques ont baptisée : « la huitième merveille du monde ! »
Gerrit Berkheïjden aussi a là trois Vues de l’ancien hôtel de ville: l’une, prise de la place du Dam, en face; une autre, prise de côté; la troisième, prise le long du Marché aux fleurs. On dirait que les figures sont de Lingelbach. C’est un peu sec, mais savant et solide. Sa Vue de l’intérieur de l’ancienne Bourse d'Amsterdam (n° 17) offre quelque analogie avec l'excellent tableau de son frère Job à la galerie d’Arenberg, et il est probable que les deux peintures sont du même temps : celle de Job est datée 1678 et signée en toutes lettres ; celle de Gerrit, sans date ni signature. L'effet en est simple et juste, Gerrit cependant né vaut pas son frère aîné,
Il n’a pas fait souvent des paysages : en voici un, avec personnages et animaux. Sur le devant, une charrette attelée d’un cheval blanc, une vache, deux moutons, une chèvre, qui passent un gué. Dans la charrette, une femme allaitant son baby, et, tout auprès, un paysan et une paysanne. Le style et l'exécution de cette peinture sont assez particuliers, et l'on chercherait peut-être à qui l’attribuer, si elle n'était signée : G. Berk Heijde; sans date apparente. Que ces Hollandais du dix septième siècle sont capricieux dans l'orthographe de leurs noms! Sur son tableau du musée d'Amsterdam, Gerrit signe : Berck.; et Job, qui, à la galerie d’Arenberg, signe: Berckeyde, signe, au musée de Berlin (n° 845 a) : Berkkeyde.
Les autres architecturistes', au musée van der
1 Nous nous sommes déjà permis souvent d'écrire : les marinistes. Pourquoi ne ferions-nous pas, suivant le même procédé de formation onomatologique, le mot : architecturiste? Cette genèse est très-régulière, puisqu'on dit : paysage, paysagiste ; portrait, portraitiste; miniature, miniaturiste, etc. — M. Théophile Gautier a introduit dans la langue des critiques français le mot : animalier, peintre d'animaux. En bonne syntaxe, le mot serait : animaliste, s’il ne prêtait pas à plusieurs sens. Mais encore un solécisme est-il à risquer, quand on simplifie le langage.
- Ce qui devrait bien aussi être réformé, — reformé, transformé, — c'est cotte absurde locution française : peintre de nature morte. Tous les peuples du Nord, Allemands, Hollandais, Flamands, Anglais, disent : vie tranquille. C'est mieux,
MARINE, ARCHITECTURE, ETC. 153 Hoop, sont : le vieux Pieter Sacnredam : Vue intérieuse de l'église d'Assendelft (où il est né), peinture étrange, primitive, sans clair-obscur, et pourtant assez juste d'effet, — Emmanuel de Witte, van der FHeijden et un peintre du dix-huitième siècle, Jan ten Compe , dont le tableau n’a d'autre mérite que de montrer, sur une Vue du Keizersgracht, « la maison qu'habitait feu le sieur A. van der Hoop » (n° 27).
Le petit van der Heijden, « Vue sur la ville d'Amersfoort, » n’est pas de première qualité, mais il est illustré de charmantes figurines par Adriaan van de Velde,
L'Intérieur d'église, par de Witte, peut compter comme un des chefs-d’œuvre du rival d’Aalbert Cuijp en ce genre. Il rappelle Cuijp, en effet, par l'ampleur de l'exécution, le ménagement de la lumière et des ombres, et aussi par la tournure des personnages. Tableau capital, haut d’un mètre et demi environ.
Les peintres de fleurs et de fruits, de gibier mort, d'oiseaux, ne sauraient manquer dans une collection hollandaise. Nous avons donc un beau Melchior de Hondecoeter ; —trois Jan Weenix : «une Oie blanche ct autre volaille, » dit le catalogue; grand tableau,
et plus conforme à l’histoire naturelle, Mais comment faire un seul mot de : peintre de la vie tranquille, ou peintre des objets immobiles ?
très-admiré, mais un peu froid; un portrait d'homme
en pied! et un Lévrier;, — des Fruits, d'Abraham Mignon; — des Fruits et des Fleurs, deux
pendants de la plus fine pratique, par van Huijsum, et qui ont dû coûter cher, plus qu'ils ne valent, malgré leur belle signature : Jan Van Hürijsum fecit, avec des capitales dignes du calligraphe Backhuizen; — et deux « pièces de fleurs, » par Rachel Ruisch. Un de ces morceaux, puisque pièce il y a, est signé : R. Ruys ! fec., avec une date qu'on croirait lire 1659? Ce doit être 1689. Mais, malgré l’étrangeté de cette signature, les morceaux n'en sont pas moins bons et parfaitement authentiques.
Enfin, parmi les maîtres inconnus est cataloguée, comme de l’école hollandaise, une grande et belle Vue de Ja place de Haarlem.
Les FLamanps. — Ils ne sont pas nombreux.
Comptons-les. IL faut d’abord écarter un prétendu Graasbeck (sic) : «trois paysans dansants, » que je n'ai jamais pu découvrir, et qui, par conséquent, ne sont pas de Craesbeck, l'élève et l’ami de Brouwer à Anvers; puis, il faut restituer, je pense, à Frans Francken lg jeune — celui qui signait D° F. F., parce qu’on l’appelait Don Francisco à son retour d'Italie, — une très-bonne peinture, la Parabole de
1 On trouve quelquefois le nom écrit ainsi dans les anciens livres hollandais, par exemple dans Weyerman,
l'enfant prodigue, avec des grisailles tout autour, attribuée par le catalogue à « Sebastiaan Francken, né en 4575.» Après quoi il ne reste plus que quatre peintres, mais avec des œuvres distinguées : Rubens, van Dyck, Teniers et van Utrecht, qui est né à Anvers, malgré l'apparence hollandaise de son nom.
Rubens a peint quantité de portraits de sa belle grosse Helena Fourment. Celui du musée van der Hoop a beaucoup de charme. Elle est en buste, de face, ses cheveux crêpés en touffes sur les oreilles, —haute et ferme collerette en éventail montant derrière la tête, — la gorge mi-nue, repoussant un corsage de satin, — colliers et pierreries.
On a bien fait de ne pas mettre à côté d’elle l’autre portrait attribué à Rubens : Marie de Médicis, aussi en buste, et tenant de la main droite un bouquet. Les yeux ne sont pas ensemble, la bouche est mesquine , les cheveux sont maladroïtement travaillés, Faible reproduction, d'après laquelle on devine cependant que l'original de Rubens devait être splendide.
Le portrait par van Dyck est un chef-d'œuvre dans sa manière flamande. En haut est écrit : Johannes Bapt. Franck, œtatis suæ XXNIIL '. Buste de trois quarts à droite. Tête nue, cheveux blonds, mousta-
1 Smith s’est trompé en donnant l’âge de 32 ans (n° 827 de son catalogue). Il avait pourtant possédé le tableau en 1831, etil en demandait alors 300 guinées,
ches et barbe pointue. Manteau noir, drapé à beaux plis. La main gauche, une merveille de couleur, sort d’une blanche manchette. Le ton de la chair dans cette main et dans le visage est flamboyant. C’est peint à pleine pâte, avec une certitude toute magistrale. Sur toile. H. 2 pieds 5 pouces et demi. L. 1 pied 41 pouces. Gravé à l’eau-forte, lorsqu'il était dans la collection Lucien Bonaparte; gravé aussi par Mougeot dans le Musée franças.
CeJ.B. Franck est-il un fils de Sebastiaen?— Van Dyck a fait aussi Le portrait de Sebastiaen Franck, ou mieux Vranex !, gravé par Bolswert. — Et où sont les peintures de J. B. Franck, sectateur de Rubens, probablement? On ne trouve guère son nom dans les catalogues de l'Europe. Au musée de Dresde, on lui attribue un buste de l’apôtre Simon; — à l'hôpital Saint-Jean de Bruges, un Calvaire et une Vierge aux Anges ; — au musée de Bruxelles, une Décollation de saint Jean, et, suivant le catalogue
1 Le nom est écrit ainsi sur la gravure de Bolswert, et le maître lui-même avait pour monogramme un V sur lequel s’entortille un S. On trouve ce monogramme SV, ou le Vrancæ en toutes lettres, aux musées de Vienne, de Brunswick, de Hanovre, et même à celui de Rotterdam. Sebastiaen Vrancex était-il de la famille des Francken? Le nouveau catalogue d'Anvers ne le cite qu’en passant et ne mentionne point le Jean-Baptiste, censé fils de Sebastiaen. On y trouve seulement le « Jean-Baptiste, né en 4648, fils de Frans le jeune. » —Voir, pour quelques éclaircissements sur Sebastiaen Vranex, au Musée de Rotterdam, paragraphe des Flamands.
dé ce musée, « Jean-Baptiste Franck, fils et élève de Sébastien, est né à Anvers, en 1600, etmorten 1653.» Le portrait peint par van Dyck serait donc de 1628. Le caractère de la peinture s'accorde bien avec cette date.
Trois Teniers : Une grande Kermesse flamande, un Intérieur avec des joueurs aux dés, largement peint, et un «paysage avec une maison rustique, » qui occupe la moitié de la toile, du haut en bas. Ce défaut de composition ôte beaucoup* de valeur au tableau, dont les figures ont environ 10 pouces : un jardinier debout, sa pelle à la main, parle à la fermière assise à sa porte et tenant sur ses genoux un enfant, À gauche, par terre, des légumes, des pots et autres ustensiles de ménage. A droite, coup de soleil sur un paysage gris verdâtre, lestement brossé à la façon des peintures qu’on appelle des déjeuners de Teniers. Pour ma part, j'aime autant Teniers dans ce style un peu décoratif que dans ses tableaux très-finis.
Adriaen van Utrecht n’est pas cité dans le catalo gue du Louvre. Il y a quelques chefs-d’œuvre de lui dans les musées allemands : à Dresde, à Cassel, à Brunswick ; — dans la galerie du prince Leuchtenberg, autrefois à Vienne, aujourd'hui en Russie; — à la galerie de Cristiansborg, à Copenhague ; — à Madrid aussi, Mais il est assez rare dans son pays. Le musée d'Anvers n'a qu'un Cygne mort, au milieu d'autres oiseaux, de fruits et d’acces-
soires; rien au musée de Bruxelles; au musée de Gand, une Échoppe de marchand de poisson, avec irois figures de grandeur naturelle, et un fond de ciel à gauche; dans la collection de M. Dubus de Gisignies, à Bruxelles, une grande et belle composilion. Rien dans les musées de la Hollande, excepté un tableau de moyenne proportion, au musée de Rotterdam , et celui que nous rencontrons ici. Toile de 8 à 10 pieds de large. Abondance et richesse. Des pâtés, des jambons, un homard, des raisins, des pêches, des citrons sur une table. À gauche, par terre, des instruments de musique; sur une chaise, des vases d'or; en haut, un perroquet; à droite, un grand bassin ciselé, un petit épagneul blanc, au milieu, un singe jouant avec des fruits renversés d’une corbeille. Exécution très-vigoureuse. Van Üirecht doit prendre place après Snyders et Jan Fyt, presque à côté d’eux , quoiqu'il soit moins élégant que l’un et moins fin coloriste que l’autre.
Il était né la même année que van Dyck, 1599, le 42 janvier; en 1614, il commençait ses études chez Herman de Ryt, et en 1625 il était reçu, comme fils de maitre, dans la gilde de Saint-Luc d'Anvers. En 1628, il épousait la fille du peintre et poëte Willem van Nievlant, et, la mème année, une de ses sœurs épousait le peintre Simon de Vos. Tous ces artistes de la grande époque flamande se tenaient par les liens du sang ou par des alliances, outre leur so- Lidarité dans la gilde de Saint-Luc et les autres asso-