‹ Musées de la HollandeChapitre 61 sur 72 · JAN BOTH · texte numérisé non relu

JAN BOTH

Nous rencontrons ici la pléiade qui fourmillait à Rome vers le milieu du dix-septième siècle : Both et les autres imitateurs de Claude Lorrain, Berchem et sa nombreuse suite, Karel du Jardin, et Jan Baptist Weenix , et Pijnacker, et Lingelbach, et Hendrik Verchuring, et Frederik Moucheron ! que saisje? il n’y manque guère, pour commencer, que le Bamboccio et le Krabbetje, Asselijn, le petit bossu aux mains crochues, qui eut la chance d’être portraituré par Rembrandt! Mais, pour finir, nous aurons Polydor, dit Glauber, le noble poursuivant des Poussin, dans les contrées féériques de l’Arcadie!

Ces associés de la Bande académique ne sont pas, en général, les plus mauvais au musée de Rotterdam, où, par exemple, Karel du Jardin a un vrai petit bijou, avec un cavalier, un berger et trois vaches traversant un ruisseau, fond de montagnes illuminées par le soleil; peinture claire, fine, égayante, harmonieuse et très-ferme ; toutes les qualités naturelles aux maîtres hollandais, quoique le site soit censé italien. Karel a cette singularité : qu’il est excellent, quand il n’est pas détestable, comme dans ses figures de grande dimension. — La date de sa naissance — nous croyons l'avoir prouvé à propos de son portrait au musée d'Amsterdam — n'est pas 1635, mais 1625 environ, et le catalogue de Rotterdam fera bien de changer son chiffre 3 pour le chiffre 2.

Les tableaux de Jan Both sont aussi très-nota-

bles : une belle et libre étude de paysage, d’après nature, avec un vieux saule au bord de l’eau, deux pâtres et des chèvres; — un effet de soir sur un paysage italien, avec une ville et la mer à l'horizon ; des bœufs attelés à un chariot s’en vont le long d’une route conduisant à une vieille tour; beaucoup de lumière et d'harmonie.

Willem de Heusch, élève de Jan Both,et Jacob de Heusch, élève de son oncle Willem, ont une demidouzaine de paysages, tous arcadiens ! Deux des Willem, ornés de cascades, se rapprochent assez de Both; ils sont signés : GDHeusch f., les grandes lettres formant monogramme, le G pour le prénom, changé, par habitude italienne, de Willem en Guglielmo (Guillaume). — On ne sait pas exactement quand mourut Willem de Heusch. La dernière date que nous connaissions sur une de ses œuvres est 1696, au musée de Brunswick.

Le tableau de Herman van Swanevelt, élève direct de Claude Lorrain, paysage arcadien toujours, avec un satyre, une femme et un enfant, offre aussi l'intérêt d’une signature en toutes lettres : HVSWANEVELT F. A. WOERDEN. 1647 (ou peut-être 67?), ln, le v et l’s en monogramme, et l’a du nom, accolé au w qui le précède. Woerden est la petite ville, — voisine d'Utrecht, — où naquit l'artiste.

Passons une espèce de marine, avec une CÔte ro

cheuse, par Adam Pijnacker, —un paysage italien,

par J. B. Weenix,— deux idem, par Lingelbach, — un paysage, une plage et un excellent petit tableau de genre, Maréchal ferrant un cheval, par Hendrik Verschuring, une Conversation, par son fils Willem, — un grand paysage montagneux, par Frederik Moucheron, et une Vue de Rome, par son fils Isack.

Le paysage de Frederik Moucheron est éfoffé de figures et d'animaux par Jan van der Meer de Jonge (le jeune), qui n’a rien de commun avec notre Jan van der Meer de Delft. Le musée de Rotterdam possède aussi un tableau, paysage et troupeaux, par van der Meer de Jonge, avec la date 1688. — Le tableau du musée d'Amsterdam est daté 1678. Sur les trois tableaux du musée de Berlin, deux sont datés, l’un 1679, l’autre 1680. Quelques eaux-fortes (catalogue Rigal) portent la date 1685. La signature est toujours la même : Zvder Meer de Jonge, et se trouve sur presque tous ses tableaux; elle doit être sur les deux paysages du musée de Dresde (n° 1361 et 1362) attribués au van der Meer, né à Schoonhaven, en 1628, et qui sont assurément de van der Meer de Jonge.

Quand est né ce van der Meer de Jonge? Balkema dit en 1665, à Utrecht; c’est impossible, puisque nous avons un tableau daté 4678; le catalogue du Louvre dit 4650, à Haarlem; le catalogue d’Amsterdam dit 1646, à Utrecht; le catalogue de Rotterdam ne dit rien. Et nous restons seulement avec les dates des œuvres : 1678 à 1688.

Le talent de cet artiste, probablement élève de Berchem, n’a d’ailleurs rien de séduisant; au contraire, il est mou et lourd, sans lumière conune sans esprit. Il semble que van der Meer de Jonge peint avec la laine de ses moutons. Si nous avons rassem— blé ces quelques renseignements sur lui, c’est afin qu'on n’emmêle point cette personnalité insignifiante

avec celle de notre grand mystérieux, Jan van der Meer le Delftois.

Pour Berchem, ce n'est pas à propos de ses deux pastorales du musée de Rotterdam qu’on peut s’occuper de lui; elles ne comptent pas dans son œuvre, bien qu’elles aient plusieurs de ses qualités banales. Suffit qu’il y a berger et bergère, un âne et un cheval blanc, des vaches et des agneaux ; les mêmes qui sont habitués à traverser le même gué et à se reposer à la même ombre.— Berchem nous fait toujours penser à ces rubriques du théâtre, où, pour simuler du monde, des défilés et des foules, les mêmes comparses reviennent sans cesse après avoir fait un tour derrière la toile, passent et repassent, quelquefois avec un autre manteau et un autre attirail, ou groupés différemment. Chez Berchem, bêtes et gens sont des comparses qui sautent d’une toile sur une autre, pour s’y livrer aux mêmes exercices.— Une douzaine de figurants, équipés de casques et de lances, représentent, au moyen de manœuvres habiles, une armée innombrable sur une petite scène du boulevard. Avec un pâtre cou-

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vert d’une peau de mouton, une bergère à jupon bleu, une vache jaune et une vache blanche, un âne toujours gris, une chèvre bigarrée, un chien fauve et trois ou quatre brebis, Berchem a peuplé la cam-

pagne romaine, si déserte, — et l'Arcadie! Quel étonnant magicien! — N'empèche que certaines

œuvres de Berchem ne soient de premier ordre dans l’école hollandaise.

Ses élèves sont nombreux et bons à étudier au musée de Rotterdam.

La personnalité d'Abraham Begein est fort embrouillée par les biographes, et son nom même est transfiguré en celui de Bega par le catalogue du Louvre, très-embarrassé aussi sur les prénoms, comme sur les dates de naïssance et de mort. Pour les prénoms, c'est Nicolaï qui a raison; pour la naissance et la mort, c’est Weijerman qui donne les dates approximatives. Le musée de Bruxelles possède un tableau (n° 40) qui nous éclaire un peu sur tout cela, par une seule signature : une Marine des environs de Naples est signée : C À Begein, 1659, les trois premières lettres en un beau monogramme très-élégamment combiné. Begein, ou Begeïjn, comme il signe au musée de Berlin (n° 971 *), avait donc deux prénoms : Cornelis, Abraham; il était donc en Italie, peintre tout formé, en 1659, et 1! doit done être né vers 4630, sans doute un peu après Berchem dont il procède évidemment, et non pas en 1650, comme le suppose le catalogue de Rotterdam.

Voilà notre homme presque reconstitué, au moyen d’une simple signature! L'étude des œuvres est vraiment secourable pour l'histoire des artistes et de l'art!

Abraham Begein a trois tableaux au musée de Rotierdam : un paysage, avec deux femmes, dont une sur un mulet, et un troupeau de bétail; — un berger couché près de ses moutons; — une paysanne qui trait une chèvre; vigoureuse étude d’après nature, à mi-grandeur; la femme, en corsage rouge et jupon bleu bien drapé, est assise par terre, de face. Paysage tout simple, à larges plans, seulement pour servir de fond à la figure. Je crois que ce tableau est signé; il faudrait le descendre de sa haute rangée et l’examiner de pres.

Hendrik Mommers n'est pas au Louvre; il est à Rotterdam, en deux bons exemplaires, paysages avet animaux, dont l’un est signé : ÆMommer, l'H formé sur l’'M par une barre horizontale, ls final, s’il y en a un, imperceptible.

Point de J. F. Soolmaker au Louvre, non plus; à Rotterdam, un paysage avec une traversée de gué ; aussi bon qu'un mauvais Berchem. Le musée de Bruxelles montre encore une signature précieuse de ce peintre assez rare sur un paysage orné d’une fontaine : J. F. Soormarer ff. Voilà le nom tel que le maître l'écrit, quoiqu'il semblât plus correct de le commencer par un Z (faiseur de semelles).

Viennent ensuite Jan van der Bent : paysage

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