L. BOURSSE
L. Boursse. — C’est un sectateur, peut-être un élève de Pieter de Hooch. Il n’a guère de notoriété hors de la Hollande, et en Hollande même, où son talent est justement apprécié, on ignore jusqu’à son prénom. Rien de sa biographie, ni l'indication de sa demeure, ni les dates de sa naissance et de sa mort. Et ses œuvres ne sauraient aider à reconstituer sa personnalité, car elles ont circulé d'ordinaire sous la marque de Pieter de Hooch. Les signatures originales en ont été enlevées, pour y substituer de fausses signatures, comme il est arrivé aux œuvres de Hobbema.
On trouve donc rarement des tableaux de Boursse sous son nom. Dans les collections hollandaises, nous n'avons vu de lui qu’une femme en bonnet blanc, assise de profil, chez madame Hogdson (à Amsterdam), où l'on admire un Willem van de Velde, de si fine qualité, un paysage de Hobbema, un portrait de van Dyck, un curieux Paul Potter, daté 1554, l’année de sa mort, dans une manière toute rembranesque, et Ruisdacl, et Gerard Dov, etc.
Le sujet du tableau de Rotterdam touche aussi à la galanterie, comme le scabreux Berkheïjden. Seulement, nous sommes au lendemain de la fête, à l'après, qui est aussi l'avant; car, un épisode fini, c’est toujours à recommencer. — Se scandaliserait-on de ces peintures de mœurs, dans le pays de Watteau et de Boucher, de M. Vidal et de M. Gavarni? — Nous sommes au petit lever et à la toilette, dans la
chambre à coucher, décorée de babioles gentilles et de tableaux appropriés aux mœurs de l'endroit : une Léda, un Cerf, un paysage avec des bergères qui, passant un gué, se gardent bien de mouiller leurs cottes. La demoiselle, assise devant son miroir, au saut du lit, se met du rouge. Est-ce qu'elle se sent pâlie depuis hier soir ?
Au fond de la chambre, à droite, une jeune servante naïve regarde curieusement dans le lit et s’apprête à remettre tout en ordre. Ce coin du tableau serait digne de Pieter de Hooch, comme justesse de ton, dans une harmonie simple et vigoureuse.
La figure principale est d’un dessin plus faible, plus rond, plus moutonné. Il y a des poupées qui ressemblent à cette petite. ah! si l’on voulait permettre le vrai mot, qui est synonyme de poupée dans le langage des enfants du peuple! — Sauf cela et quelques repeints, il n’est pas surprenant que ce tableau ait pu être baptisé Pieter de Hooch. Aussi, la signature a-t-elle été presque effacée. On en découvre cependant encore des traces suffisantes pour attester l'attribution à Boursse.
GEerarb TErBuRG. — Il est convenu, en général, que ce n'est pas au musée de Rotterdam qu'il faut chercher les grands maîtres hollandais dans leurs beaux exemplaires. Soyons contents si nousen tenons des échantillons, même détériorés.
Les deux petits portraits de Terburg, l'homme et
GASPAR NETSCHER. 257
la femme, debout, en pied, peuvent avoir été parfaits dans leur temps. On perd, avec l’âge. L'homme, de trois quarts à droite, avec sa longue perruque et son rabat de guipures, a une assez bonne tête; la femme, tournée en regard, est d’un type peu séduisant. C’étaient tout de même gens de qualité, car ils sont vêtus de noir, et, sous sa robe, la dame laisse entrevoir un jupon de satin blanc, finement ouvragé en fils d’or. Tous deux se découpent sur un fond neutre, de ton grisätre, dans une chambre nue, si ce n’est que Terburg y a mis sa table à tapis rouge et sa chaise couverte de velours rouge, meubles d’occasion qui lui ont servi souvent dans ses peintures, et sur lesquels il déposait tantôt une draperie quelconque, tantôt un vase ou une cassette ciselée. Nous n'avons ici que le vaste chapeau noir du gentilhémme à perruque.
Tout cela, il faut presque le deviner, à la hauteur où sont placés les deux tableaux, très-restaurés probablement, sans quoi M. Lamme n’eût pas manqué de les montrer dans la grande salle, à portée du regard.
De Gaspar Netscher', élève de Terburg, le mu-
{ A propos de Gaspar Netscher, le catalogue du Louvre a laissé échapper quelques inexactitudes : ce serait, dit-il, « à l’âge de vingt et un ans ,» que Gaspar Netscher aurait quitté la Hollande pour aller en Italie, et qu’il s’arrêta à Bordeaux, « où il s’est marié en 4559,» et où Theodor est né en 1661, — Gaspar étant né à Heidelberg, en 4639, n’avait pas encore
sée de Rotterdam possède un portrait d'homme, de grandeur naturelle; ce n’est pas commun, et l’œuvre n'est pas mauvaise. Cependant Netscher est meilleur, et même très-bon, — c’est encore assez rare, — dans un petit portrait de femme habillée en satin bleu, et qu'il à signé de l’année précédant sa mort : CNetscher Fec., 1683, le C pour Caspar (on écrit encore ainsi son prénom en Hollande), accolé au premier jambage de l’N.
Suivent ses deux fils, Theodor, né à Bordeaux, et Constantin, né à La Haye, après le retour du père dans sa patrie adoptive. Tous deux cherchèrent à imiter Gaspar, et Constantin y réussit un peu mieux que son frère aîné. Mais il est rond, mou et lourd, à côté du père, qui n’est pas déjà très-ferme, ni trèsserré. Son portrait du prince d'Orange, devenu Guillaume IF, roi d'Angleterre, n’a d'autre intérêt que le personnage qu’il représente.
Le petit portrait en pied, par Theodor, paraît être le portrait d'un acteur français, et il est signé T. Netscher Pinxit, Parisi, 1681. Sans cette signature authentique, on pourrait le prendre pour une atroce copie. Il est vrai que Theodor n'avait alors que vingt ans et qu’il venait seulemeut d'arriver à Paris.
Michiel van Musscher, qui imite ordinairement
vingt ans à son départ pour l'Italie. — Il paraît certain aussi qu'i à travaiuo en Anglélérre, Gu imvins selon Walpoie (t, Hi,
Metsu et van Ostade, ressemble beaucoup aux Netscher dans un tableau très-vulgaire, où trois enfants s'amusent à tresser des guirlandes de fleurs. Cette peinture est signée : M. v. Müsscher Pinxzit, 1690.
ADRIAAN VAN DE VELDE. — Ses deux tableaux du musée de Rotterdam sont extrêmement intéressants, comme œuvres de son adolescence, comme indication de son point de départ.
C’est d’abord un pâturage, avec une vache couleur safran, debout, de profil, très-bien dessinée et modelée, d’un ton exquis; derrière elle, un mouton couché, et une vache grisätre, couchée, vue de croupe et retournant le mufle de face. A gauche, des lointains, de petits troupeaux, quelques maisonnettes et des arbres. Très-beau ciel, fin et profond. Il n’y a point encore de bergers ni de paysans dans ce premier essai de pastorale, signé en toutes lettres : A. V. Veide F. et daté 1655. L'artiste, âgé de seize ans, ne se risquait pas encore dans les figurines; mais il sait déjà ses animaux; mieux que les arbres, qui sont très-enfantins. Il apprendra tout ce qu'il faut.
Le tableau du musée de Berlin, daté de la même année, offre à peu près la même composition : une vache brune qui paîtet une vache grise qui se repose; mais il est en hauteur : 10 pouces sur 8; celui de Rotterdam a les mèmes dimensions, à l'inverse.
Cette date 4655 n'est pas irrécusable, nous devons le dire, sur le tableau de Rotterdam : le dernier 5,
examiné de travers, a l'air d’avoir au sommet une espèce de boucle qui en ferait un 8.
Le second tableau d’Adriaan est justement de cette date 1658, bien nettement lisible, cette fois, à la suite de la signature entière, sur la droite. On pourrait l'intituler le Maréchal ferrant, ou le Cheval pommelé. La scène a lieu devant l'atelier d’un maréchal, qui bat le fer, à sa porte, dans l’ombre sur la droite; près de lui, sa femme, vue de dos. Au milieu, un jeune gars, à grand chapeau gris et veste brune, appuyé sur son bâton, tient par un licou le beau cheval pommelé, en lumière; sans doute il a aussi amené l’âne, posté modestement en arrière. Pour fond, des murs, d’un ton neutre, et, à gauche, une indication d'arcade, précédée de quelques marches.
Le cheval et l’âne sont très-bons; les figurines sont faibles encore, surtout dans le dessin des mains et des pieds; c’est là qu'on juge les maîtres. Adriaan cependant faisait déjà des personnages dans les tableaux de peintres alors célèbres, par exemple dans un Zntérieur d'Anton de Lorme, daté 1657, à la galerie Six van Hillegom.
Plusieurs de ses élèves ou imitateurs ont des tableaux estimables au musée de Rotterdam : Dirk van Bergen, un paysage, avec des vaches, des moutons, un cheval et de petits bergers; — Simon van der Does, une large ébauche, avec un bœuf et trois moutons dans un paysage 2{alien, suivant le catalogue; je ne
ADRIAAN VAN OSTADE. 261
crois pas que van der Does ait été chercher par là ses troupeaux ; — Pieter van der Leeuw, cinq paysages avec animaux, peintures très-rapprochées d’Adriaan.
Pieter van der Leeuw était Le jeune frère de Gabriel van der Leeuw, imitateur de Rosa de Tivoli, et dont nous avons à Rotterdam deux paysages italiens : toute cette génération, née au milieu du siècle seulement, n’a plus fait que pasticher ses prédécesseurs. Pieter fut reçu, en 4669, dans la gilde des artistes de Dordrecht, et, en 1678, il en était le directeur. Il y a de ses habiles pastiches qui ont passé et passent encore pour des originaux d’Adriaan van de Velde.
ADRIAAN VAN OSTADE. — Je prends Ostade comme tête d’une file assez longue qui a processionné en Hollande, durant le dix-septième siècle, à travers les mœurs populaires, dans les hôtelleries et les cabarets, dans les rues de village et par les grands chemins, dans les intérieurs de famille et les ateliers de travail. Ce n’est pas que lui-même, Adriaan, attire l'attention au musée de Rotterdam. Il n’a qu'un petit tableau d’une seule figure, car on ne peut en conscience accepter comme original un autre tableau qu'on lui attribue : Joueur de vielle et joueur de vio- Jon, arrêtés devant une porte et entourés de gamins. Si par hasard ç’a été de lui autrefois, 1l faut qu'on ait Ôté, ou caché, tout ce qu'il y avait mis.
Le petit tableau qui est vrai, et même de bonne qualité, représente une sorte de vieux philosophe,
assis dans son cabinet d'étude et lisant, appuyé contre une table à tapis turc, sur laquelle sont des livres et des papiers.
Il se trouve que Jan Sr£ex a peint le même bonhomme, assis devant sa table pareïllement, presque dans la même attitude, mais occupé à tailler sa plume. Au lieu de lire, il va écrire. Ce personnage, reproduit par les deux grands artistes, pourrait bien être quelque savant dont on découvrirait le nom en feuilletant les recueils iconographiques. Il a une tête intelligente et fine, assez narquoise dans sa bonhomie. La signature de Jan Steen est sur un des papiers qui encombrent la table.
Une remarque, en passant : dans les innombrables tableaux des très-nombreux peintres hollandais qui travaillaient au mème temps et en mêmes lieux, les mêmes modèles ne reparaissent jamais chez des artistes différents. On ne se prêtait pas des poseurs de profession, types banals, roulant d'atelier à atelier, après avoir roulé dans les ruelles, sortes de mannequins vivants, bons à tout faire, déguisés tantôt en alchimiste, tantôt en ivrogne, tantôt en musicien, en fumeur d’estaminet ou en berger de pastorale. Brouwer, les van Ostade, Jan Steen, et aussi Terburg, Metsu, Pieter de Hooch et tous les autres, prenaient de vrais personnages sur la nature, acteurs habituels des scènes que l'artiste voulait représenter. Les buveurs et les batailleurs de Brouwer, les paysans
ADRIAAN VAN OSTADE. 263
de van Ostade, les ribauds de Jan Steen, ne sont point des masques de carnaval, mais des individualités réelles et caractérisées. Voilà une des raisons pourquoi la peinture hollandaise a tant de naturel et de justesse.
Les Italiens de la Renaissance faisaient des Vénus ou des Madones indifféremment avee leurs maîtresses. Dans le grand art mythologique et allégorique, il n’y a point, en effet, de réalité à saisir sur la nature. Vénus n'est-elle pas dans l'Olympe, et la Vierge dans le Paradis? Les modèles de tous ces personnages fantastiques ne descendent point sur la terre à l'évocation des peintres. Force est donc de les composer avec des éléments approximatifs. Voilà pourquoi la peinture italienne est souvent creuse et fausse, pourquoi elle devait tomber, et elle est tombée dans la routine, le poncis et le stéréotypage.
En ces derniers temps, et surtout par l'influence de l’école académique qui a régné au commencement du dix-neuvième siècle, les artistes n’employèrent même plus des beautés choisies et distinguées, comme étaient les compagnes des grands Italiens, la superbe Margarita de Raphael, ou la puissante matrone d’Andrea del Sarto, mais de misérables créatures payées à l’heure pour se déshabiller à l'antique ou s’affubler de vieux costumes, tirer la jambe en arrière ei étendre la main en avant, ouvrir la bouche et rouler les yeux. On demande une sainte en extase ou une nymphe en amour? Faites venir la petite qui attend
chez le marchand de vin la bonne fortune d’une séance chez le peintre. On demande le Grec Léonidas ou le Romain Brutus? Qu’on appelle le grand Alexandre, occupé à pêcher sous les arches du pont Neuf! — Si les œuvres des peintres modernes vont à la postérité, elle sera bien étonnée de retrouver la tête d’un Christ dans une bataille ou dans une orgie.
N'est-ce pas là une des raisons de la décadence des arts contemporains ?
Rubens aussi, comme les Italiens, faisait des déesses avec ses femmes; mais il les copiait naturellement, et, sous prétexte de Junon, de Vénus ou de Diane, il n’a peint en réalité que les déesses Isabelle et Helena, de vraies Flamandes, en chair eten os, plus de chair que d'os.
Jordaens aussi a mis dans ses compositions sa grosse Catherine; mais, où il l’a mise, elle est à sa place, et l’on ne saurait trouver mieux : dans les fêtes des Rois, dans les banquets et les concerts, buvant, chantant de bon cœur.
Et maître Steen lui-même, n’a-t-il pas prodigué aussi sa femme, la gaillarde fille de van Goïjen ? Oui, comme la Catherine de Jordaens, elle fait à merveille sa partie les jours de Saint-Nicolas et tous autres jours où il s’agit de s'amuser. Elle n’est point encore trop déplacée parmi des compagnies plus folles, avec un brin de galanterie, — s’il faut en croire les propos lestes qui coururent sur elle dans le temps. — Et pour ce qui est de la propre image de Jan Steen, qui
ADRIAAN VAN OSTADE,. 265
remplit dans ses tableaux toute espèce de rôles excentriques, c’est que personne n’eût posé un meilleur modèle dans le caractère de l'emploi.
Terburg encore a utilisé sa fille, je pense, dans ses petites scènes musicales, naïves et prudes, d’ordinaire, etoù mademoiselle Terburg n'était point compromise. Mais il ne l’a point prêtée à ses confrères.
Ainsi, dans les tableaux hollandais, c’est quelquefois l'artiste lui-même, sa femme ou sa fille, sa servante ou les gens de son intimité, qui peuvent avoir posé des personnages, quand ils convenaient à la mise en scène. Encore ne fût-ce que par exception, la nature étant presque toujours prise directement sur le fait, avec des acteurs qui ne s’en doutaient pas et s’'abandonnaient à leur franche originalité, s’occupant de vivre à leur guise, et non pas de se contorsionner pour obéir à l'idée du peintre. Et c’est cette absence de modèles patentés qui explique comment les maîtres hollandais n’ont jamais répété l’un de l’autre les mêmes personnages.
Puisque nous venons de rencontrer Jan Steen, — on le rencontre partout en Hollande, diable merci !— expédions ses trois autres tableaux, plutôt curieux que recommandables par leur qualité.
Une Saint-Nicolas, avec sept figures : la mère, deux fillettes, deux garçons, le grand-père et la grand'mère. Beaucoup de gaieté, toujours; de l’esprit; une mimique juste et expressive. « Charmante scène de famille, où l’on voit le patron des enfants
leur apporter des bonbons ou des verges, » dit M. Viardot. Nous n'avons pas vu sur le tableau ce patron des enfants, le bon saint Nicolas, qui sans doute reste dans la cheminée, et ne se montre pas plus aux marmots hollandais que le « petit Noël » ne se montre aux enfants parisiens.
L'Extraction du caillou. Scène comique, d’un homme qui s'imagine avoir une pierre dans la tête, et du docteur qui risque l’opération. Dans cette tête lourde, il doit y avoir, en elfet, quelque quartier de roc, où un moellon, pour le moins. L'habile chirurgien-prestidigitateur se contente de faire semblant d'en extraire un petit caillou, qu’il laisse glisser dans un bassin tenu par une vieille femme. Les spectateurs, de rire. La farce est jouée, et le maniaque est guéri.
Une Scène de l’Ancien Testament, c’est plus fort! avec un ange! par Jan Steen ! l'ange Raphaël, assistant à une opération non moins miraculeuse que celle de l'extraction du caillou : le jeune et pieux Tobie ouvre les yeux de son vieux père, par la vertu d’un poisson vraiment céleste, si l’on ose ainsi dire. Iei, les spectateurs ne rient pas, mais leur sérieux a sa bouffonnerie, qui était assurément l'intention de Jan Steen, le bon catholique, au milieu de la Hollande protestante !
Dans cette fantaisie biblique, le peintre a voulu faire aussi son miracle, en éelairant la pièce par des
lumières différentes : une chandelle, des lampes, du
PIETER QUAST. 267 feu dans la cheminée. Mais il n’a pas été heureux dans sa tentative à la Gerard Dov, avec son combat de lumières factices. — Le tableau est assez grand, près d’un mètre en largeur; une douzaine de personnages, — sans compter l'ange!
Pieter Quast, le connaît-on en France? Son nom n’est pas dans le catalogue du Louvre. C’est un bon peintre, et de la première génération; il a signé des tableaux avant que Jan Steen eût seulement touché la brosse : 1632. On dit qu’il s’est formé d'après Adriaan van der Venne, mais il rappelle bien davantage les deux autres Adriaan : Brouwer et van Ostade; Brouwer surtout, qui serait peut-être son maître, — s’il avait eu des élèves; du moins, c’est à Brouwer que ressemblent le plus les quelques tableaux de Pieter Quast, à nous connus : le musée de Brunswick en possède deux petits. IL paraît que Pieter Quast eut une certaine réputation, car P. Nolpe, S. Savrij et H. Hondius ont gravé d’après lui. Il a laissé beaucoup de dessins, et il aurait même gravé aussi, selon van Eynden.
Son Chirurgien de village, opérant une vieille femme en présence d’un vieillard qui tient une tête de mort, est à la fois de la bonne comédie et de la bonne peinture. Un caractère délibéré, une touche vive etspirituelle; des fonds lestement frottés, dans la manière de Brouwer. Le panneau, presque carré, n'a que 25 centimètres de haut, Signé des deux let-
tres initiales du nom’et du prénom, en un monogramme qui paraît avoir une prétention de rébus, et qu'on ne saurait se permettre d'expliquer. Peut-être cependant l'artiste n’y a-t-il point songé? Fatale onomatopée! dirait Odry, s’il n’était pas mort. Ce malencontreux monogramme aurait de quoi brouiller «les honnêtes gens » avec ce petit peintre si brave, mais apparemment très-mal élevé.
Cornelis Sujtleven a souvent aussi queique chose d’Adriaan Brouwer, par exemple dans son petit tableau où des enfants s'amusent autour du feu.
Jan Miense Molenaar est encore du même groupe inspiré par Brouwer et les van Ostade; il doit être né au commencement du dix-septième siècle, car un de ses tableaux à Brunswick est daté 1630 (?). Plus tard, il trahit quelque influence de Jan Steen, et c’est parmi les sectateurs de Steen que Smith le range. On constate, en effet, un mélange des trois maîtres ci-dessus indiqués, dans un excellent Zntérieur avec des paysans dont un joue de la clarinette; ce musicien campagnard semble un peu volé à Brouwer. Dans une École de village, c'est le souvenir d’Isack van Ostade qui domine. Un troisième tableau représente un /ntérieur avec des paysans qui chantent et une femme qui pince de la guitare.
Nicolaas Molenaar, confondu quelquelois avec un Cornelis Molenaar, d’une génération antérieure, —
RENIER BRAKENBURGH. 269 parce qu'il signe son prénom C. ou K. (Claas ou Klaas, pour Nicolaas), et que cette initiale peut être prise pour celle de Cornelis ou Kornelis, — encore un sectateur des Ostade, d’Isack surtout, dans ses paysages d'hiver. Nous en avons un, au musée de Rotterdam, avec une rivière gelée et des patineurs; plus, une Blanchisserie, près d’un hameau; peinture solide, qui rappelle Dekker; signée, le nom en toutes lettres, le prénom par un monogramme où l’on peut supposer un À accolé au C de Claas.
Les tableaux de ces deux Molenaar ne sont pas rares dans les collections hollandaises de second ordre.
Renier Brakenburgh paraît avoir été directement élève d’Adriaan van Ostade. Il n’est pas cité au Louvre. Îl aurait vécu quatre-vingt-dix-sept ans, selon le catalogue de Rotterdam : 1605-1702! Probablement 1605 est une faute typographique pour 1650, date adoptée par van Eynden et M. Kramm, mais qui est erronée, car un Brakenburgh important, de la collection Dupper à Dordrecht, est daté 1665.— Nous répéterons qu’il signe toujours avec un / final, sur ce tableau de Dordrecht comme sur les deux de Vienne, datés 1690, comme sur celui de Brunswick, daté 1689, comme sur les deux de Hanovre, datés 169%. On ne découvre pas la signature sur celui de Rotterdam : Zntérieur, scène de médecin et de jeune malade, dans la manière de Jan Steen.
Brekelenkamp ‘ n’est pas notable au musée de Rotterdam comme au musée van der Hoop. Nous avons dit que, sans posséder aucun renseignement sur sa biographie, on le suit néanmoins par les dates de ses œuvres, pendant près de vingt ans, depuis 1653, l'Ermite de la galcrié Lazienki à Varsovie, jusqu'à 1669, la Souricière de la collection Dupper à Dordrecht. Le petit Fumeur de Rotterdam n'étant pas daté ne nous apprend rien de nouveau.
I n’est pas difficile de rattacher Willem ÆKalf aux Ostade, car il fut élève de Hendrik Gerritsz. Pot, le familier de Frans Hals?, de qui sort Adriaan Ostade. Dans son tableau de Rotterdam , /ntérieur de paysans, Kalfse montre, comme toujours, excellent
i Sur un tableau du musée de Dresde (n° 4555), la signature est écrite : Breklenkamp, sans le second e. Mais, comme d’autres signatures ont cet e, plus conforme à une orthozraphe logique , nous adopterons Brekeleukamp, avec les catalogues d'Amsterdam, de Rotterdam, etc,
2 H.G. Pot fut, de 4633 à 14639, lieutenant des arquebusiers du tir Saint-George à Haarlem, et son portrait se trouve, selon van Eynden, dans un des tableaux de Frans Hals, autrefois au Sint Joris Doele, maintenant à l'hôtel de ville (voir précédemment, p.121). Il a demeuré en Angleterre, selon Walpole, et, en effet, le délicieux petit portrait de Charles Ier, n° 398 du Louvre, doit avoir été peint d’après nature. Ce tableau était autrefois dans la galerie des princes d'Orange à La Haye, et Reynolds, dans son Tour in Holland, en parle, comme l'avant vu là, en 4781,
HENDRIK MARTENSZ. SORGH. 271
coloriste ; mais cette peinture a beaucoup souffert et elle est dénaturée par des retouches. — Willem Kalf ne doit pas être né en 1630, ainsi que le supposent les catalogues de Rotterdam, d'Amsterdam, de Paris, de Dresde, etc., car il a, au musée de Francfort, un tableau signé : W. Kalf, avec la date 1643.
Le tableau de Hendrik Martensz. Sorgh au musée de Rotterdam est assez surprenant : Buste de vieillard, grandeur naturelle, avec une collerette blanche; très-bien peint. On sait la facilité de touche que Sorgh avait apprise de Teniers peut-être. Le père Marten était, à ce qu'il paraît, « votturier d'eau, » suivant la drôle d'expression employée par le catalogue du Louvre, — mettons batelier sur la Meuse, et faisant un service de transport par eau entre Rotterdam et Anvers. Hendrik aura pu ainsi fréquenter l'atelier de Teniers. Son surnom héréditaire viendrait du mot hollandais zorg, qui veut dire soin, le batelier Marten étant estimé pour son exactitude de commissionnaire. Mais, néanmoins, ce qu'il y a de sûr, c'est que Hendrik le peintre signe toujours : Sorgh, précédé du monogramme des prénoms : ZM, V'H formé dans l'A, par une petite barre horizontale. Nous avons constaté cette signature au musée de Brunswick sur deux tableaux, dont l’un est daté 4665; chez M. Dubus de Gisignies, à Bruxelles, sur une excellente Partie de cartes; sur le Marché aux poissons du musée van der Hoop, etc. Le cata
logue de la galerie Lazienki à Varsovie la mentionne pareillement, avec la date 1643, sur un /ntérieur de cuisine. On en citerait bien d’autres encore avec PS en tête du nom; mais nous n'en avons jamais vu commençant par Z.
Les Wijck, Thomas et son fils Jan, écrivent tou- Jours leur nom avec un c. Le catalogue de Rotterdam et le catalogue du Louvre, qui cite une fois Jan comme maître de van Huchtenburgh, ont donc tort d'écrire : Wiik, ou Wyk.—Thomas a trois tableaux très-différents : un /ntérieur avec une femme entourée de ses enfants, une Vue de rivage et un paysage italien; car il a fait un peu de tout, non pas avec une égale habileté. Ici, comme toujours, il est moins fort dans le paysage et le plein air que dans la peinture d'intérieur, où cependant il exagère top les contrastes d'ombre et de lumière.
On considère Barend Gael comme un sectateur de Philips Wouwerman, qu’il cherche, en effet, dans la tournure de ses petits chevaux et dans l’arrangement de ses groupes. Mais, dans sa pratique, il a souvent plus de rapport avec Isack Ostade, par exemple dans ses deux petits tableaux du musée de Rotterdam : une Paysanne faisant des gâteaux à la porte de sa chaumière, et un Cavalier descendu de son cheval, pour causer avec des Campagnaräs, l’un est trop tapoté de touche; l’autre, plus sobre, quoique vigou-
GERRIT LUNDENS. 273 reux de couleur, pastliche un peu Pieter Wouwerman, en même temps qu'Isack van Ostade. Tous deux sont signés : B. Gaer, sans date. — Nous n'avions pas encore rencontré ce peintre dans les musées de la Hollande.
Autre nouvelle connaissance, qui n’a jamais fait de bruit à l'étranger : Gerrit Lundens. C’est aussi la première fois que nous ayons à en parler dans ces études sur l’art hollandais. Les catalogues de l’'Europe ne le mentionnent point, si ce n’est Dresde, sous le nom de Gerrits Lunders, et Hanovre, pour un Intérieur, daté de 1660. M. Blokhuvzen, à Rotterdam, possède deux tableaux de lui, signés et datés, l’un de 1657, l’autre de 1667. Le musée en a deux aussi, petits pendants, où sont groupés des villageois en goguetle. Toutes ces peintures, sujet et style, sont une sorte d’amalgame de van Ostade et de Jan Steen.
Gerrit Lundens est plus original, et même bon praticien, dans un tableau que nous avons vu chez M. Lamme, et qui est destiné au musée : un Arquebusier, en pourpoint couleur chamoiïs et chapeau jaunâtre, à plumes flottantes. Debout sur un quai, il tient son arquebuse et la fourche servant de point d'appui pour le tir. Le long du quai, une rangée d'arbres; au fond, à gauche, des maisons. Belle signature : GLunpexs, l’L formant monogramme avec le grand G du prénom.
Cette figure assez fièrement tournée, qui s’enlève
sur des fonds en légers frottis, le style du dessin et la couleur, feraient supposer que Lundens a touché parfois, — de loin, — aux grandes écoles, peut-être à Frans Hals, peut-être à Rembrandt, car il a quelque chose d’Anton Palamedes, de Willem de Poorter, et même de Nicolaas Maes, en certains tons moelleux et rompus. Finalement, c’est un talent de troisième ordre. Mais encore est-il bon de se renseigner sur ces artistes médiocres, dont on peut trouver, par hasard, des œuvres dans la cireuiation.
Pauirs Wouwermax. — A son tour, Philips Wouwerman nous servira pour rallier les peintres de petites batailles et de chevauchées quelconques.
Ses trois tableaux sont bien usés. Le plus important était un Péllage par des gens de guerre; cavaliers et soldats qui maltraitent des paysans; au loin, le village en flammes. Dans un autre, de sa première manière, deux hommes et un cheval blanc sont arrêtés près d’une cabane. Le plus petit offre seulement un gentil cavalier au milieu d’un paysage sablonneux. C’étaittrès-fin ettrès-spirituel, maisil n’enreste guère.
De Pieter Wouwerman, une vaste toile : 4 mètre et demi de large sur { mètre de haut! Aussi la composition est-elle un peu vide. Sujet militaire; un camp dans une contrée montagneuse; des tentes et des équipages de guerre, des chevaux qui se cabrent, quantité de personnages. — Un second Pieter Wouwerman, tout petit, représente deux enfants jouant
DROOCH SLOOT. 275
avec une chèvre et un chien, dans un paysage.
Nous avons aussi le troisième frère, Jan Wouwerman. Rareté bien précieuse, qu’un tableau de lui! Nous le retrouverons dans la catégorie des paysagistes,
Joost Cornelisz. Drooch Sloot avait précédé de beaucoup les Wouwerman dans le genre des mêlées soldatesques, des cavaliers à l'aventure, des kermesses et fêtes populaires. Car, dès 1616, il était reçu maître dans la gilde d’'Utrecht, suivant Hoevenaar, reproduit par van Eynden ‘. On cite un de ses tableaux daté 1618; le musée de Vienne en a un, signé en toutes lettres, et daté 1630; le musée de Brunswick, une grande toile, large de 5 pieds 1/2, — l'Étang Bethseda, où se plongent des malades, des infirmes et des vieillards, signé aussi en toutes lettres et daté 1643; le musée de Berlin, ce même sujet, emprunté à l'Évangile de saint Jean , avec le double monogramme seulement, et sans date; le tableau du Louvre (n° 132) est daté 1645; celui du musée de Rotterdam, 1649, avec la signature entière : Je. (le c appliqué sur le milieu du grand J), Drooch Sloot, ces deux mots séparés, bien entendu, le premier terminé par ch au lieu d’un g qui serait plus régulier : Droog Sloot (fossé desséché). Toutes
1 Van Eynden possédait «un portrait de Drooch Sloot peint par lui-même, daté 4630, et où lartiste semblait avoir environ cinquante ans. »
les signatures à nous connues sont disposées et orthographiées de la même façon.
Le tableau de Drooch Sioot à Rotterdam compte assurément dans son œuvre, surtout à cause de sa dimension ({ m. 65 c. de large sur À m. 40 c. de haut). Dans cette vaste Kermesse, comme dans plusieurs autres de ses compositions, le peintre hollandais semble chercher les Teniers. Peut-être s’était-il formé d’abord à l’imitation de Teniers le vieux, son contemporain.
Jan van Huchtenburgh est issu de Philips Wouwerman, au second degré, par l'intermédiaire de Jan Wijck, disciple du grand Philips. Il est vrai qu'il se modifia ensuite, durant ses études à Rome avec son frère Jacob, et à Paris sous van der Meulen. Sa première manière est la meilleure; plus tard, il devient vide et mélodramatique. Son Marché aux chevaux, du musée de Rotterdam, est peut-être un de ses chefs-d’œuvre : devant une porte de ville, groupes de chevaux et beaucoup de monde; à droite, le paysage et un horizon lointain. Exécution facile et adroite, belle couleur. — Ses deux autres tableaux sont bien inférieurs : un Choc de cavaliers et un paysage hollandais.
Dirk Maas, son élève, l’imite dans une vue de Camp, avec des cavaliers en avant d’une tente; 1l a aussi un paysage t{alien, avec des personnages de Lingelbach.
LES PSEUDO-ITALIENS. 271 Lingelbach ! 11 faut bien en arriver à ces peintres
métis, qui croyaient trouver encore le secret de l’art en Italie, au dix-septième siècle !
Les pseuno-ÎraLiens. — Cette fureur d’imiter l'Italie avait pris toute l'Europe, comme on sait, vers le commencement du seizième siècle ; le Nord aussi bien que le Midi. Dans les Pays-Bas, la glorieuse tradition des van Eyck était délaissée, et tous les arüistes des Flandres et de la Hollande, constituant alors un même État, s’encoururent au delà des Alpes. Cette émigralion, qui fut générale au seizième siècle, continua en Hollande, même après la Séparation de 1579, même encore « sous le règne » de Rembrandt, et jusqu’à la fin du dix-septième siècle, — jusqu'à la mort de l’école hollandaise.
Il y a ainsi, durant deux siècles, une chaîne ininterrompue de Hollandais dénationalisés, qui aboutit à des van der Ulft, exécutant le sujet italien, paysages italiens, villes italiennes, personnages italiens, — sans avoir jamais vu l’Italie!.. à des Polydor (Glauber), le digne associé du Poussin hollandais (Gerard de Lairesse), qui n'était pas Hollandais, mais Wallon de Liége! — Lastman, dont nous avons déjà parlé, et qui était en Italie à la même époque que Poelenburg, dit Satiro, se rattache au milieu de la chaîne. — Jan van Schoorl en est le premier anneau.
Ce fut un très-grand artiste que van Scaoorr, en
son temps, et dont on admire encore des œuvres extrèmement magistrales, à l'hôtel de ville d'Utrecht, au musée et à Saint-Sauveur de Bruges, au musée d'Anvers, au musée de Cologne, à ceux de Darmstadt, de Munich et de Vienne. Il faut avouer que les érudits ne s'accordent point à reconnaître l’authenticité de la plupart de ces peintures, notamment du fameux triptyque de l’ancienne collection Boisserée, aujourd’hui à Munich, la Mort de la Vierge, que M. Passavant ! restitue à un peintre colonais dont le nom n’est pas trouvé. Mais, du moins, quelques-uns de ces tableaux sont incontestables ?, et ils suffisent à montrer le style de van Schoorl, son profond sentiment, son dessin correct, son entente de la composition, du mouvement des figures et de l’arrangement des draperies.
1 Catalogue du musée de Francfort-sur-Mein (Städelsche Kunst-Institut), n° 417, p. 77, à propos d’un {tableau du même maître colonais, tableau également attribué autrefois à van Schoorl.— M, Michiels, dans son Histoire de la peinture flamande et hollandaise, a donné, d’après Johanna Schopenbauer, une longue et enthousiaste description de cette Mort de la Vierge, censée le type des œuvres de van Schoorl. La biographie de van Schoorl et le catalogue de ses tableaux, au nombre de 51 ! occupent 38 pages dans l'ouvrage de M. Michiels, t. HX, p. 165-203.
2? Par exemple plusieurs de ceux qui sont conservés à l’hôte] de ville d'Utrecht. Encore est-il probable que certains portraits des Croisés ont 6t6 printe par Antonie Mor, élève de van Schoorl.
VAN SCHOORL. 279
Le musée de Rotterdam prétend avoir trois van Schoorl. Il en à un, parfaitement authentique; c’est déjà très-curieux : le Baptème du Christ par saint Jean, figures presque de grandeur naturelle, fond de paysage. Ce tableau, — cité par Karel van Mander, — fut peint à Haarlem, pour Simon Saan, commandeur de l’ordre de Saint-Jean’. Il est signé très-lisiblement : JScorel Pigebat, 1525, le J du prénom en monogramme avec l'S. L'artiste, alors âgé de trente ans, était déjà revenu de ses aventureux voyages en Allemagne, en Italie, en Orient; tout transformé — on s’en aperçoit — par l'étude des maîtres romains et florentins.
Hélas! sur ce grand panneau? si précieux, il ne reste presque plus rien du maître illustre qui éduqua l'excentrique Marten van Heemskerk et Antonie Mor, un des meilleurs portraitistes issus de la Hollande. Le bois était presque à nu, sans doute, et les
1 Sao Saan fit à van Schoorl un gracieux accueil : il aimait beaucoup la peinture et le chargea de plusieurs travaux. Quelques-unsde ces tableaux ornaient encore la cité hollandaise (Haarlem), à l'époque de Karel van Mander : il en parle avec de grandséloges, principalement d’un Baptéme du Christ, où l’on voyait de charmantes femmes au doux visage, peintes à la manière de Raphaël et levant les yeux vers le Saint-Esprit, qui descendait sous la forme d’une colombe; puis, dans le lointain, un paysage et des figures nues. » — Michiels, t. ILE, p. 185.
2 3 mètres 43 centimètres de haut, sur 4 mètre 44 centimètres de large. |
repeints qu'on a dù ajouter ont détruit le caractère primitif de l’œuvre; il faut maintenant deviner ce qu'elle fut autrefois, comme tournure et surtout comme exécution ; car, si les lignes générales y sont encore à peu près, la couleur et la touche de l’habile praticien n’y sont plus.
Les deux autres tableaux attribués à van Schoorl, une singulière Madone avec l'Enfant et une Adoration des Mages, tvès-détériorés aussi, ont également perdu leurs accents caractéristiques, et ils n’ont pas, comme le Baptème du Christ, Yavantage d'une tradition certaine et d’une signature.
L'attribution à Marten van Heemskerk d’une autre Adoration des Mages et d’un sujet allégorique n’est pas non plus très-justifiée. On n’y retrouve guère la bizarrerie de composition et la bravoure de dessin qui lui étaient habituelles; car il a de l'énergie. et de la science’, tel qu'on le voit au musée de Berlin par exemple, dans un tableau signé : Martinus van Heemskerk Inventor, 1561, où sont rassemblés Momus, Minerve, Vulcain et Neptune.
Au musée de Vienne, il a signé une Bacchanale, d’après Jules Romain : Martinus Hemskerkius Pingebat. Ses œuvres ne sont pas rares en Allemagne : le musée de Munich en possède onze; la collection de Moritz Capelle, à Nuremberg, quatre; le musée
1 Rembrandt avait dans ses coilections, inventoriées en 1656, « un carton plein de gravures, œuvre complet de Heemskerk. »
POLLENBURG. 281
de Darmstadt, deux, etc. M. Michiels, dans son Histoire, en a catalogué 129!
Quoiqu'il latinise son nom et qu'il soit converti à la mythologie, ce Zemskerkius y met encore du sien, et il n’a pas absolument abjuré toutes les qualités de sa race : l’homme du Nord transparait du moins sous le déguisement méridional. Cornelis van Haarlem, qui vient un demi-siècle après lui, n’est plus qu'un simple copiste de l’art italien, dès lors en décadence. Contemporain des Carrache, il singe l’école bolonaise, qui singeait l’école romaine, qui, ellemême, imitait l'antique. Quelle dégringolade!
Un seul tableau de van Haarlem, heureusement : Bacchus jeune, signé du monogramme, le C accolé contre le premier jambage de l'H, et daté 1608. Nous avons vu que le Massacre des Innocents et l'Adam et Eve du musée d'Amsterdam, peints dans toute la ferveur du pastiche italien, sont datés 1590 et 1592. Une Bethsabée et une sorte de Banquet mythologique, au musée de Berlin, sont datés 1617 et 1618. Il paraît que le musée de Stockholm possède sept tableaux de Cornelis van Haarlem ! Je les aime mieux là qu’au Louvre, —qui n’en a point.
Poelenburg et sa petite bande. Peu d'artistes, si ce n'est le chevalier van der Werff, ont eu autant de succès que Poelenburg, dit Satiro. Penser que Rubens avait deux paysages de lui dans sa collection,
que van Dyck a fait de lui un portrait, gravé par de lode, que Charles [* d'Angleterre voulait le garder à sa cour, que ses tableaux sont partout et fort estimés, que son nom est encore un des plus universel lement célèbres de l’école hollandaise, avec ceux de Gerard Dov, des Mieris, et du chevalier van der Werff!—TIl est très-adroit, sans doute, et ses figurines ressernblent à celles de la fabrique de Sèvres, pour orner des pendules ou des étagères.
Deux tableaux de son répertoire : un « paysage arcadien, » avec des Nymphes au bain, et un paysage, non moins mythologique, avec une Nymphe endormie et un Amour, épiés par un berger.
Ses élèves : Daniel Vertangen, né à La Haye, où il mourut en 1657 : le petit Moyse sauvé par la fille du Pharaon; — Jan van der Lijs, né à Breda, en 1600, mort à Rotterdam, en 1657 : paysage boisé et montagneux, avec des Nymphes qui se baignent’; son monogramme est composé des quatre lettres IVDL; — Jan van Bronkhorst, né à Utrecht, en 1603, mort vers 1680 : un paysage italien, avec de l'eau et des ruines; il paraît que ce van Bronkhorst a fait aussi quelquefois de la « grande peinture, » car, au musée de Brunswick, un tableau large de 7 pieds 8 pouces, avec des figures entières, de gran deur naturelle, est signé : Jo. Bronkorst Fecit. I] fut reçu bourgcois d'Amsterdam en 1652, dans le même mois que Ferdinand Bol, Govert Finuck, Asselijn, Jacob van Loo, etc,