JAN VAN KESSEL
au pied duquel sont assis une paysanne en caraco rouge et un petit garçon. A droite, sur un chemin, arrive un petit cavalier. À gauche, au loin, deux figurines. Fond boisé; ciel gris. C’est un mélange de Hobbema et de Ruisdael, mais néanmoins avec une originalité personnelle, La signature est entière : J. van Kessel.
Chez M. Rubl, à Cologne, on voit aussi un beau paysage plat, dans le genre de Philip Koninck, l'élève de Rembrandt, avec la signature JvKessel, les trois premières lettres en monogramme, selon la forme la plus habituelle au maître.
Il paraît que plusieurs peintres assez célèbres ont collaboré avec Jan van Kessel, notamment Abraham Stork, auteur des figures dans un grand tableau, Vue du Dam et de l'hôtel de ville d'Amsterdam, payé 404 florins, à une vente publique, Amsterdam 1696. Les Catalogues de Hoet et Terwesten indiquer: encore quelques paysages, « attribués à Ferdinand van Kessel d'Anvers, » mais qui doivent être du Jan d'Amsterdam, par exemple une « Vue du bois de La Haye, tel qu’il était en 1674. »
Le catalogue du Louvre dit avec raison que Jan van Kessel a peint des effets de neige et d’hiver ; nous en avons vu quelques-uns, où alors c’est l'influence de Ruisdael qui domine. Selon M. Kramm, Jan aurait aussi gravé à l’eau-forte; ses gravures, s’il y en a, doivent être à la fois bien accentuées et très-spirituelles,
Donc voici à Rotterdam un des chefs-d’œuvre de ce van Kessel, et d’après lequel on peut être initié à son talent : Vue d’une des écluses & Amsterdam ; l’eau de travers en travers au premier plan, avec un bateau dans la demi-teinte; l’écluse, un peu en arrière, au milieu, avec son pont-levis, sur lequel passent plusieurs petits personnages ; à droite età gauche, un bout de quai, avec des arbres brunâtres; tout le fond, dans la vapeur; mais on y distingue le clocher de la vieille église (oudekerk:) d'Amsterdam.
Ce qui saisit dans cette peinture, c’est son unité, un grand parti pris d'ensemble, une harmonie simple et forte dans une gamme rousse, avivée par des gris d'argent. Le ciel a la puissance de ton particulière à ces paysagistes privilégiés, Ruisdael et Hobbema, Philip Koninck. Van Kessel n'est pas sans avoir étudié aussi ce Koninck, issu de Rembrandt; il est vrai que Ruisdael s’en était déjà approprié luimême les profondes qualités de coloriste.
Signature comme au tableau de Cologne : Jo.
Kessel, sans date, malheureusement.
Le second tableau est une étude d’Intérieur de forêt, d’après nature sans doute : des troncs d'arbres, très-fermement modelés, des échappées de lumière olivâtres sur des broussailles ou des gazons, des flaques d’eau, au premier plan, avec des reflets prestigieux; une conscience de détail singulière, et, malgré cela, une touche libre et de larges accents de couleur. Hobbema toujours, — à peu près : la difié-
J,. ROMBOUTS. 293 rence est que Hobbema fouille plus profondément ses feuillages et qu'il répand l'air partout, qu'il est plus fin de ton dans ses clairs et dans certaines couleurs brisées, telles que ses gris et ses rouges, vraiment inimitables et même innommables, quoiqu’on
essaye de les indiquer approximativement par le terme banal d’une couleur franche.
Il se trouve que le tableau de Romsours est aussi un petit chef-d'œuvre, comme l’Écluse de van Kessel ; mais 1l ne ressemble point du tout à Hobbema : peutêtre cela tient-il au sujet, c'est-à-dire au site choisi, ce jour-là, par le paysagiste. Il ne s’agit point de forêts, ni d'étangs, avec des pêcheurs à la ligne. Nous sommes au bord de la mer, qu’on aperçoit, pas loin, au bout d’une plage; à droite, des éminences de dunes; à gauche, des maisons de — pêcheurs, mais de pêcheurs maritimes. Pas le moindre arbre; ni buisson, ni verdure. Le sable, l’eau et le ciel. Beaucoup de petits personnages sur les dunes et près des cabanes. Les premiers plans très-vigoureux, les fonds très-fins, le ciel d’un gris rembranesque. Perspective aérienne, ton local , harmonie générale, — c’est parfait.
Et si original, pour cet artiste censé un imitateur ! mais il faut dire que Rombouts, pas plus que van Kessel, ne sont point du tout des faiseurs de pas- {üiches : ils ne se proposent point du tout d'imiter Hobbema ou Ruisdael. Ils travaillent, devant la na-
turé, de plem cœur, et au courant de la brosse. Seulement, comme ils avaient un sentiment analogue au sentiment de Hobbema et de Ruisdael, comme ils tenaient d'eux sans doute leurs procédés et toute leur éducation artistique, comme ils étaient impression nés par le même pays, le même ciel, les mêmes effets pittoresques, il arrivait, lorsqu'ils peignaient un site pareil à ceux que leurs initiateurs avaient peint, il arrivait que l’initié ressemblait à l'inventeur de génie. Et c’est justement parce qu'ils ne cherchaient point à produire des copies trompeuses, que certains de leurs lableaux peuvent être pris pour des œuvres authenliques des maîtres typiques; car ils n’ont point le caractère timide et les {àtonnements d’un pastiche, mais, au contraire , la franchise et la sincérité d’une pratique indépendante.
Hobbema n'a jamais fait de marine avec des dunes, que je sache, ni les écluses des canaux d'Amsterdam. Rombouts et van Kessel ne pensaient donc point à lui en représentant ces vues toutes naïves; ni à Lui, ni à personne autre. Aussi les amateurs étrangers à la Hollande hésiteraient certainement pour nommer l’auteur de l’Écluse, et surtout l’auteur du paysage aux dunes. L'Écluse ferait songer peut-être à Dekker, ou à Naïwjnex, quand on connaît la peinture de ce maitre si rare. Le paysage aux dunes. qui rappellerait-il ? un peu Salomon Ruisdael, dans ses œuvres de haute qualité.
Ce tableau de FRombouts est d’une conservation
J. ROMBOUTS. 295 étonnante, la pâte serrée ayant fait émail sur le panneau. Il a une signature microscopique , mais trèsrégulière et immaculée. Les lettres en sont si petites, si pelites, que nous ne les avions jamais lues distinctement, lorsque la première partie de ce volume (le Musée van der Hoop) a été imprimée. Nous avons donc à nous reprocher quelques inexactitudes dans l'alinéa relatif à Rontbhouts, page 132. Depuis le tirage de ces premières feuilles, nous avons étudié avec une loupe la gentille signature, et nous en avons un fac-simile, que nous regrettons bien de ne pas montrer ici : plus tard, si nos biblicules sur les musées de la Hollande ont la chance de nouvelles éditions, nous ne manquerons pas de publier les fac-simile de tent de signatures précieuses que nous avons relevées avec grand soin. La moindre gravure sur bois vaudrait infiniment mieux que toutes nos traductions par des caractères typographiques et par des mots.
Le nom est en toutes lettres : Rombovts, VR ayant de l’analogie avec celui des signatures de Ruisdael, et portant de même en monogramme un grand J, et peut-être un V ; il semblerait, de plus, qu'un $S est formé avec la boucle supérieure de lR. Ce n’est pas tout : l’ — paraît certain, mais encore pourrait-il faire x £. Cela explique comment sur la signature du tableau de Berlin on lit Rontbovts, et aussi comment M. Waagen, dans la table alphabétique terminant son catalogue, donne pour initiales des prénoms : V. S. !.
1 Après avoir donné A. V., dans l’article même relatif à Rom-
Quant au prénom Nicholas, proposé par Smith, — écarté définitivement. Le J est incontestable, si le VetlS sont douteux. Nous nous en tiendrons donc à J. Rombouts, sauf à compléter le prénom, si vient la veine.
D'où était Rombouts? Smith dit : de Gand; c’est impossible : J. Rombouts est un Hollandais very genuine; d’autres supposent qu’il était de Zélande, parce qu'on aurait trouvé de ses œuvres dans cette province. Ce qu'il y a de probable, c’est qu’il demeurait à Ilaarlem, ou peut-être à Amsterdam, dont Haarlem est tout proche, car Adriaan van de Velde, qui habitait Haarlem, a été son collaborateur : la galerie Six possède un tableau qu’ils ont peint de concert, Rombouts le paysage, Adriaan les personnages et les animaux ; c’est une Entrée de forêt, avec un chemin au milieu, etsur le chemin quatre vaches, un pâtre et d’autres figurines. Cette fois Rombouts ressemble tout à fait à Ruisdael, — qui demeurait aussi à Haarlem. Et où demeurait donc Hobbema, l'autre prototype de Rombouts? à Haarlem encore, probablement ; du moins, il a travaillé dans les en-
bouts et au tableau , n° 888 a; et ce sont ces initiales que nous avons reproduites page 132, sans avoir remarqué la variante dans la table alphabétique du catalogue. Nous ne nous rappelons point, malheureusement, la signature du paysage de Berlin. Il faut croire que les initiales sur lesquelles hésite M. Waagen sont aussi rattachées assez confusément en monogramme avec l'R, comme dans notre signature de Rotterdam.
J. ROMBOUTS. 297 virons, puisque ses tableaux ont été également illustrés par Adriaan van de Velde et autres artistes fixés à Haarlem ou à Amsterdam. Notre paysage aux dunes pourrait bien lui-même avoir été emprunté aux environs de Haarlem, dont le grand lac, desséché depuis sur une vaste étendue et métamorphosé en terre ferme par l'industrie magique du peuple hollandais, était alors une véritable mer intérieure.
A propos de Rombouts et de van Kessel, c’est encore le cas de remarquer, — comme à propos de le Ducq, — que les peintres hollandais de second ordre, à peine connus de nom hors de la Hollande, ont produit — par hasard? — des tableaux aussi bons que ceux des premiers maîtres. Donc il faut arriver à connaître ces habiles ouvriers sans réputation, pour ne pas toujours attribuer leurs œuvres aux chefs de file, ainsi qu'on a coutume de faire dans les collections d'amateurs peu éclairés. Un vrai Rombouts ! constaté est plus intéressant qu'un faux Hobbema contesté.
Tout cela dit ne change rien, d’ailleurs, à la hiérarchie de l’école : malgré le mérite de leurs tableaux au musée de Rotterdam, Jan van Kessel et J. Rombouts n’en sont pas moins des médiocrités et ils de-
1 Il y avait un paysage de Rombouts dans la célèbre collection Verstolk van Zoelen, vendue à La Haye, en 4847. Il y en à un dans la collection Moltke à Copenhague. Le Rombouts de la collection Stolberg, que nous avons cité page 432, a été vendu 245 thalers, soit 948 fr. 75 c.
meureront des obscurités, si l’on peut ainsi dire. Il en est bien autrement de certains artistes, également ignorés hors de la Hollande, mais dont la place hiérarchique doit être bouleversée, et qui doivent monter au premier rang; tels, par exemple, Theodor de Keïjser et van der Meer de Delft, l’un qui va de pair avec Frans Hals et van der Helst, l’autre avec Pieter de Hooch et Metsu pour les intérieurs, avec Cuijp et Hobbema pour le paysage.
Deux autres imitateurs de Hobbema, Jan Loten et Édouard Dubois, sont morts tous deux en Angleterre, le premier en 1680, le second en 1699. Jan Loten, ou Looten, était probablement d'Amsterdam, et dans ses paysages Lingelbach a peint des personnages, dans un tableau de la galerie de Christianborg (à Copenhague) par exemple. Édouard Dubois était né à Anvers en 1622, et c'est après avoir visité l'Italie, qu'il s'était établi, sous le règne de Charles IE, en Angleterre, où il aurait fait non-seulement ses paysages dans le style de Hobbema, mais des portraits.
Je raconte ces histoires d’après Smith et autres, déclarant que je n’en sais rien personnellement, ni même si ces deux peintres ont imité Hobbema. J’ai bien vu de Dubois quelques paysages assez rapprochés de la manière de Ruisdael, un, entre autres, dans une collection particulière d'Anvers. Il n’a rien au musée de Rotterdam. Jan Loten a un paysage boisé, très-sombre; ça ne suffit pas pour ressembler à Hob-
J. VAN RUISDAEL. 299
bema, qui oppose à des ombres fortes une vive lumière, la vraie lumière du soleil.
Coenraet Dekker encore adhère à ce petit groupe. S'il n’était pas trop noir, monotone de couleur, quelquefois pesant de touche, il aurait beaucoup de Hobbema, et il le rappelle dans un tableau de sa meilleure facture : Habitation rustique, sous de grands arbres, au bord de l’eau.
On ne s’attendrait guère à trouver de beaux Ruis- DAEL au musée de Rotterdam, qui en à trois cependant, et d’une qualité distinguée : une grande" Vue du château de Bentheim, que le maître a représenté plusieurs fois ; «admirable tableau fait avec un soin prodigieux et d’une parfaite conservation, » dit M. Viardot ;—le Champ de blé, avec un grand arbre sur une éminence à droite, et à gauche un fond de marine; un coup de soleil blondit les blés déjà presque mürs; cet effet de lumière capricieuse, la couleur du ciel, la solidité des terrains, le caractère tout entier de ce paysage découvert, tiennent de Rembrandt; ce petit chef-d'œuvre doit avoir été peint au moment où Jacob van Ruisdael se tourmentait du prodigieux artiste d'Amsterdam et suivait ses traces, presque dans le même sentiment que Philip Koninck ; la Blanchisserie d'Overveen, répétée en triple,
1 4 mètre 57 centimètres de large, sur 4 mètre 02 centimètres de haut.
au musée de La Haye, dans les collections Dupper, à Dordrecht, et Suermondt, à Aïx-la-Chapelle, est de la même période ; notre Champ de blé, ainsi que la Vue du château de Bentheim, est signé : Ruisdael, VR portant, comme d'habitude, le grand J et le petit v;,—un Chemin, nous intitulerons tout simplement ainsi le troisième tableau ; pourquoi pas? on appelle bien un des chefs-d'œuvre de Ruisdael au Louvre : le Buisson, tout court. Ce petit chemin sablonneux, glacé d’un ton gris sur la nappe de sable, s’en va de travers, entre des arbres, du côté où rayonne le soleil à l'horizon; il y a un peu d’eau en avant. C’est tout, mais c’est très-poétique pourtant, et d’une finesse exquise.
Le catalogue de Rotterdam a tort de conserver 1635 pour la date de naissance de Jacob van Ruisdael. 1630 serait plus près de la vérité. Le catalogue du Louvre cite un tableau daté 14645. La collection Hausmann (cédée au roi de Hanovre pour constituer un musée) en possède un, très-curieux comme exemplaire des débuts du grand artiste : Collines sablonneuses au bord de la mer, avec une belle signature et une belle date 1648; c’est déjà très-fort et très-original. L'auteur ne pouvait pas être un petit boy de treize ans. Mettons qu'il avait dix-huit ans au moins. Le nouveau catalogue d'Amsterdam, si attenüif à restituer la biographie des artistes, ne s’est pas corrigé non plus sur ce point, et il enregistre encore cette fausse date 4635 ; mais il a adopté le van pré-
S. VAN RUISDAEL. 301
cédant le nom : il suffit, en effet, de bien regarder le monogramme, pour s'assurer qu'un petit v est greffé extérieurement sur le premier jambage de l’R.
C’est un préjugé admis, que Salomon van Ruisdael aurait imité son jeune frère Jacob. Tout prouve, au contraire, que c'est lui qui l’a formé. Il est l’intermédiaire entre le précurseur van Goijen et le glorieux réalisateur Jacob. Que Jacob ait ensuite réagi sur le talent de Salomon et même sur le talent de van Goiïjen, c’est incontestable. — Rembrandt eut bien une certaine influence sur son vieux maître Pieter Lastman !
La preuve que Salomon fut un des éducateurs de son frère, ce sont ses tableaux peints alors que Jacob était encore enfant, par exemple un grand et superbe paysage avec un canal couvert de bateaux, au musée de Berlin; la signature en toutes lettres est suivie de la date 1642.
Son tableau au musée de Rotterdam représente une Rivière avec diverses embarcations et des vaches qui entrent dans l’eau. C’est aussi magistral qu’une œuvre de Jacob. Les lointains perdus, les petites voiles à l’air, extrêmement fins de couleur, s’harmonisent sur un beau ciel argentin.
Pieter Moliyn le vieux, comme Salomon van Ruisdael, tient à van Goïjen. Il a de la naïveté et quelquefois de la force. En général, il vaut mieux dans ses petites compositions que dans les grandes,
qui sont vides et trop abandonnées. Une chaumière, au milieu, et deux ou trois paysans, — un tronc d'arbre, à gauche, et des terrains jaunâtres, — une haie, à droite, et quelques broussis, — ne font pas un tableau. Avec cela seulement, il n’a produit sur sa toile, large de 5 pieds, qu’une pochade très-vigoureuse.
“P.J. van Asch et Abraham Verboom étaient encore de leurs contemporains. Nous avons dit par erreur, page 138, que van Asch n'avait point de iableaux à Rotterdam : il en a deux, avec de grands arbres. Abraham Verboom en a un, très-bon : eflet de soir; pays boisé; des chasseurs se reposent, au second plan.
Renier van Vries semble bien, lui, formé directement à l’école de Ruisdael ou de Hobbema ; il les serre d'assez près dans une bonne peinture qui rappelle aussi Dekker, par l’arrangement et par le ton : Canal bordé de bâtiments et d'arbres; deux hommes en bateau pêchent.
Le plus grand paysage du musée est une Entrée de bois, par van der Hagen. À mètre 77 centimètres de large. Peinture décorative, signée J. Hagen, assez magistrale, ainsi qu'un second paysage montagneux, élégamment composé.
L’ami de Ruisdael, Allart van Everdingen, V'inventeur des Cascades, nous en montre une, superbe
JAN WOUWERMAN. 303
par sa sauvagerie. — Où l'on peut surtout étudier van Everdingen, c’est au musée de Dresde, dans cinq de ses paysages, très-différents les uns des autres.
Une rareté! Jan Wouwerma, le frère de Philips et de Pieter. Ses œuvres sont presque introuvables, peut-être parce qu'il est mort assez jeune, en 1666, à Haarlem. Le catalogue du Louvre dit qu’il était né en 1629. Mais cette date n'est pas absolument certaine, et le catalogue de Rotterdam n'ose pas la donner. Je croirais bien que Jan naquit plus tard, car il paraît s'être formé d’après la dernière manière que Wijnants avait adoptée vers 1660.
Quoi qu'il en soit, et n’eût-il vécu que trente ans, il avait eu le temps, sans doute, de faire une cen- {aine de tableaux. Que sont-ils devenus? Probablement ils auront été attribués à d’autres maîtres, à Wijnants surtout, non-seulemeut à cause de la ressemblance du style, mais à cause de la ressemblance du monogramme employé par les deux artistes : J. W.
Le tableau de Rotterdam a l'avantage d’être signé en toutes lettres : Z. Wouwerman. C'est la seule signature entière qu'ait jamais vue M. Lamme, fort expérimenté sur son école hollandaise. Chez M. de Kat, à Dordrecht, un superbe petit paysage n'a que le monogramme, ainsi que le petit paysage au cavalier, de la galerie d’Arenberg, à Bruxelles.
Ce qu'on admire dans le paysage de Rotterdam, c'est l’extrème fermeté de la touche et l'énergie de la
couleur. Wijnants est mou à côté, et Philips est maigre. Ruijsdael en ses commencements a cette solidité, qui va jusqu'à la dureté, par exemple dans son tableau de 1648 à Hanovre.
Le site représenté par Jan Wouwerman prête d’ailleurs à cette âpreté sauvage, car c’est un simple morceau de terrains montueux, couvert de broussailles, avec du sable par-ci par-là, et des plantes drues et courtes. Les habitués des bords de la mer y reconnaitraient le caractère de certaines dunes isclées dans des parages infréquentés. C’est très-mélancolique, et presque terrible, d'autant que le ciel aussi est farouche et sombre. Œuvre vaillante, en résumé, et qui cause une profonde impression, du même genre à peu près que Le petit Buisson de Ruisdael au Louvre.
Voici justement Wijnants lui-même dans cette dernière manière où son talent avait gagné comme ampleur, mais où il avait perdu son exquise finesse et sa douceur harmonieuse. En certaines parties des arbres, il tourne même décidément à la froideur et à la sécheresse. Le maître y est toujours cependant, bien sûr de son terrain, car c’est là ce qu'il excelle à peindre, les mouvements du sol et les plans successifs du paysage.
Les personnages sont de Lingelbach, dans ce tableau dont nous parlons : cavaliers, chasseurs avec leurs chiens, paysans, etc. Nous avons déjà fait remarquer ailleurs que Lingelbach n’a guère illustré
F. MANS. 305 de ses figurines que les dernières œuvres de Wijnants, après que le vieux paysagiste eut perdu ses deux élèves, ses deux collaborateurs d'affection, Philips Wouwerman et Adriaan van de Velde.
Un autre paysage, avec un tronc d'arbre dépouillé en avant, est assez faible, et probablement très-restauré. Le troisième, tout petit, en hauteur, est excellent et très-vigoureux.
Pourquoi donc encore le catalogue de Rotterdam suppose-{-il que Wijnants est mort en 1670, quand il y a, au musée de La Haye, — ce n’est pas loin de Rotterdam, — un Wijnants signé en toutes lettres, et daté 1675 ?
Nous n'avions jamais vu d'œuvre de Jan Songe, mort à Rotterdam en 1691, et que van Eynden dit avoir été sectateur de Karel du Jardin et quelquefois de Herman Saftleven. Le musée de Rotterdam montre de cet artiste un paysage montagneux, sillonné par une rivière. On y devine la bonne école, quoique l'exécution soit assez grossière. Ce qui nous en a le plus intéressé, c’est la signature : 7 Songe f., VS entortillé sur le grand J du prénom.
Il y a au musée de Vienne un Paysage d'hiver, catalogué : 7. H. Mans; au musée de Dresde, un autre Paysage d'hiver, catalogué : E. H. Mans; au musée de Berlin, un Canal hollandais, porté à F. EH. Mans. Ces trois tableaux sont du mème peintre, et ces trois Mans, distingués par des initiales de pré-
nom diflérentes ne font qu’un. Ces embrouillements viennent sans doute de ce qu’on a mal lu la signature du tableau de Vienne : FMans ; VF du prénom aura été pris pour un 7 d'écriture anglaise, et, comme il est très-rapproché de VA, sa petite barre mitoyenne, touchant au jambage de l’M, semble faire un Æ, Làdessus, M. Krafft, de Vienne, a inscrit ses initiales du prénom : T.H.; M. Waagen !, de Berlin, lisant mieux le prétendu T, a inscrit : K. I.; et M. Ilübner, de Dresde, ajoutant un trait inférieur à lF, a inscrit : E. If. Nous regreltons bien qu’il n’y ait pas de Mans au Louvre : on aurait vu ce qu’eût fait M. Villot.
Au musée de Rotterdam, deux bons petits tableaux de ce Mans, Vues de plages maritimes, sont proprement signés : FMans, et datés 1673. F, et non pas T,niE; et point d'H. Le musée de Gotha offre la même signature sur un Paysage d'hiver, daté 1665. Le tableau de Vienne est daté 1687. On peut donc constater dès à présent que F Mans, dont la biographie est à remplir, travaillait de 1665 à 1687.
L'habile eau-fortiste, Antonie Waterloo, à fait aussi de la peinture. Il n’est pas si bon avec la brosse qu'avec la pointe. Ses paysages peints sont rares. Le musée de Rotterdam en a un, avec un petit chasseur au premier plan.
i Le plus curicux est que M. Waagen donne la signature avec un A! et que, à la table, il inscrit les initiales J. H!
LES MARINISTES. 307
Après avoir nommé Dirk Daelens, 1659-1688, ce sera fini pour les paysagistes du dix-septième sièele ; mais la série ne s'arrête point là, dans l’honnête musée de Rotterdam, vraiment trop hospitalier. Klle continue au dix-huitième siècle, avee d’horribles barbouilleurs comme l'Allemand Philipp Hackert, devenu peintre du roi de Naples, et qu’on osa comparer, en son temps, à Claude’ Lorrain! Elle passe par M. Andreas Schelfhout, né à La Haye en 1787, et vivant encore aujourd'hui; — un quart d’heure après sa mort, il ne sera plus en vie; pour parodier le mot lapalissien sur le grand Marlborough. Elle arrive jusqu’à M. Barend Cornelis Koekkoek, fils et élève de J. I. Koekkoek, — un nom enfantin, qu'on a toujours envie de prononcer en chantant. M. B. C. Koekkoek, qui n’est pas né à Amsterdam, comme le dit le catalogue de l'Exposition Universelle de 1855, mais à Middelbourg (Zélande), en 1803, réside toujours à Clèves. Ce chevalier du Lion néerlandais, de la Légion d'honneur et de l’ordre de Léopold, pour le moins, est, ainsi que M. Schelfhout, très-apprécié en Hollande et ailleurs, sous prétexte qu'ils ont ressuscité l’ancienne et glorieuse école des Wijnants, des Ruisdael et des van de Velde. La pléiade, des paysagistes français commence cependant à leur faire du tort auprès des amateurs de la saine et forte peinture.
LES MARINISTES. — À défaut de Willem van de
Velde, nous avons au musée de Rotterdam deux maîtres qui lui ressemblent beaucoup et qui l’égalent à peu près, Renier Zeeman et Jan van de Capelle.
Zceman était né à Amsterdam longtemps avant Willem, et ce n’est pas de lui qu’il tient son habileté à peindre la mer; quelques-unes de ses eaux-fortes sont datées de 1650, et l'époque de sa grande production est entre 1650 et 1660.
Van de Capelle! aussi était plus âgé que Willem, et ii parait s'être formé principalement sous l'influence de Cuijp, d’Aart van der Neer, de Salomon Ruisdael.
La marine de Zeeman représente un effet de calme, avec plusieurs navires à la mer, et, au premier plan, des pêcheurs en bonnet rouge.
Celle de van de Capelle, un calme pareïllement, avec des bateaux de pêche, amarrés sur le sable.
Ces deux petits tableaux, très-fins et très-vigoureux à la fois, brilleraient dans n'importe quelle collection.
Un Port italien, par Jan Beerstraaten, est encore de bonne qualité. Beerstraaten avait été en Italie, mais il n’y paraît pas trop dans sa peinture. Comme date de sa mort, le catalogue de Rotterdam inscrit
Un autre Port italien et son pendant sont signés
1 Voir sur van de Capelle : Galerie d'Arenberg, p. 57.
BACKHUIZEN. 309 de À. Stork, auteur d’un troisième tableau : Vue d'Amsterdam, prise de l'IJ, ou de l'Y, — bras de mer intérieure, baignant la tête d'Amsterdam et correspondant avéc le Zuiderzée.
Tous les biographes disent que Stork est né en 4650 : ils doivent se tromper, car nous connaissons de lui, dans la collection Dubus de Gisignies, à Bruxelles, un grand tableau, représentant une Écluse, d'Amsterdam sans doute, avec la date 1667. IT n’est pas très-croyable que cette peinture savante et forte soit l’œuvre d’un jeune garçon de dix-sept ans. Ne dit-on pas aussi qu'il a souvent fait des figures dans les paysages de Hobbema, datés de 1660 à 1670? Ce n’est pas très-sûr, à la vérité; mais son tableau de 1667 suffit peut-être pour infirmer la date supposée de sa naissance.
Jan Stork, qui vivait au commencement du dixhuitième siècle, est sans doute un descendant d’Abraham. Sous son nom est cataloguée une Vue de l’ancien port de Rotterdam, du côté de la rivière.
A Jan Willuerts, un des fils d'Adam qui fut doyen de la gilde d'Utrecht, on attribue une Vue de rivière, avec beaucoup de petites barques.
Mais Backhuizen ne saurait manquer à Rotterdam : il y est avec deux marines, dont une assez importante et très-riche de composition. EL voici, entre autres de ses élèves, Wigerus Vrtringa, né à Leeuwaarden, en 1657, et Jan Claasz. Rretschoof,
né en 1678, suivant le catalogue de Rotterdam, en 1652 selon celui d'Amsterdam, je crois que c’est Amsterdam qui a raison, car Jan Claasz eut un fils, Hendrik, déjà peintre à la fin du dix-septième siècle, dans le style de Backhuizen, comme son père.
La série des marinistes, de même que la plupart des autres, est terminée par des peintres de notre temps. Ce sont ici les Schotel, Johannes Christianus, le père, et Petrus Johannes, le fils, né à Dordrecht, en 1808.
Les ARCHITECTURISTES. — ‘Trois bons peintres d'architecture, ou plutôt d'intérieurs d’églises et de monuments, se rencontrent au musée de Rotterdam : Emmanuel de Witte, Dirk van Delen et Hendrik van der Vliet, tous trois nés presque au même moment, Emmanuel et Dirk en 4607, Hendrik en 4608.
L'Intérieur d'un temple protestant, par de Wiütte, offre les qualités habituelles de l’artiste, qui semble s'être formé d’après Aalbert Cuijp, quoiqu'il ait étudié chez Evert van Aalst : une perspective savante, une touche ferme, une couleur profonde.
Hendrik van Streek, qu’on dit un de ses élèves, a aussi un tableau analogue, mais de grande proportion.
Avec van Delen, il ne s’agit plus d’une froide église, mais d’une salle élégante, où dix personnages font de la musique. Ces figurines sont, je crois bien, de Palamedes, qui a souvent collaboré avec van De-
D. VAN DELEN. 311
len, par exemple dans le précieux tableau du musée de La Ilaye. Notre Salle de concert est signée : DVDELEN, 1636. D'autres signatures sont écrites : Deelen, par exemple au musée de Brunswick :
D, van Deelen fec., 1635.
Il est étonnant qu'Immerzeel et plusieurs biographes aient encore embrouillé la date de naïssance de ce peintre, quoiqu'il ait eu le soin de laisser sur ses œuvres tant de dates authentiques : au musée de Paris, d'abord, 1628; 1629 sur deux tableaux, l’un, à Utrecht, l’autre, près de Nimègue, cités par M. Kramm; 1635 à Brunswick; 1636 à Rotterdam ; 4640 à Vienne; 1647 à Berlin ; 1651, probablement, à La Haye, etc., etc.
Quant à la date de sa mort, elle n’est pas exactement connue; « on sait seulement qu'il vivait après 1651, » dit le catalogue du Louvre, copiant Immerzeel; à quoi le nouveau catalogue d'Anvers répond par ce renseignement, découvert dans les registres de la chambre de rhétorique du Rameau d'Olivier (Olyftak), à Anvers, au milieu des comptes, allant du 18 septembre 1668 au 18 septembre 1669 : … « Payé aux comestibles et à la boisson, lorsque M. le bourgmestre van Delen a fait placer son tableau dans la chambre... etc. » Il s’agit d’un tableau allégorique, — avec figures de Théodore Boeyermans, — que le bourgmestre (d’Arnemuiden) van Delen offrait à la gilde de Saint-Luc, et qui est aujourd’hui au musée d'Anvers (n° 408). — 1669! voilà donc
dix-huit ans de gagnés pour la vie du peintre-bourgmestre Dirk van Delen!
Aucun des van Vliet, ou van der Vliet, n’est cité dans le catalogue de Paris. Willem, né à Delft, en 1584, était un excellent portraitiste, à peu près de la force de Miereveld, à qui il ressemble beaucoup. Le musée de Bruxelles possède de lui un superbe portrait d'homme, signé en toutes lettres : W. van der Vliet. f., avec une date, malheureusement cachée par le cadre.
Hendrik, estimé surtout pour ses Intérieurs, était fils ou — neveu? — de Villem. On ne dit pas si Jan George van Vliet, l’eau-fortiste et peintre, sectateur de Rembrandt, appartenait à cette famille de Villem et de Hendrik.
De même qu'Emmanuel de Witte, Hendrik approche souvent de Cuijp, par exemple dans son grand' /ntérieur de temple protestant, animé par beaucoup de personnages, et daté 1666. Il a encore, au musée de Rotterdam, un autre bon petit tableau avec un effet de soleil.
La date de sa mort reste aussi à trouver. La dernière date que je connaisse sur une de ses œuvres est 1666, dans la collection de M. de Kat, à Dordrecht.
N’avons-nous point déjà parlé de van der Ulft, à
1 4 mètre de haut, sur 84 centimètres de large.
A. HONDIUS. 313
propos des amants de l'Italie? Il faut cependant qu'il revienne avec les architecturistes, car c'est celui-là qui avait une vraie vocation pour l'architecture! non pas pour les effets de lumière dans l’intérieur d’un édifice, mais pour la construction même du monument extérieur, pour l’arrangement des pierres dans un ordre irréprochable, d’après des plans géométriques dressés par des'hommes de la profession. Comment a-t-il pu rebâtir les villes italiennes, sous les brouillards de la Hollande! avec des dessins et des gravures, sans doute, combinées, amalgamées, métemp-" sycosées, au moyen d’une sorte d'ingénieuse alchimie. Aussi dit-on qu'il était chimiste, — plus qu'artiste, probablement.
Son tableau du musée de Rotterdam, « richement éloffé, » représente. eh bien! il représente « une Ville italienne avec de grands édifices, » — construits au fond d’un atelier hollandais.
Peintres DE cHasses et d'oiseaux vivants. — Il paraît que le nom d'Abraham Hoxpivs est « entièrement inconnu hors de la Hollande’. » A la vérité, les musées de l’Europe ne montrent aucune de ses œuvres, si ce n’est le musée de Dresde, où un petit Combat de cavaliers, près d’un village, est catalogué (n° 998) sous le nom d'Abraham Æond?, né
1 M. Louis Viardet.
2? C’est, en effet, le nom original, qui veut dire chien, et qui a été latinisé : Hondius.
en 1638 à Rotterdam, mort à Londres, en 1691, dates qui s'appliquent bien au «célèbre peintre d’animaux, très-connu dans l’histoire de l’art, » suivant les expressions du Hollandais van Eynden’. La collection des comtes de Brabeck et de Stolberg, vendue à Hanovre, au mois de novembre dernier, renfermait aussi deux petits Hondius : un Chien faisant lever une cigogne et un Chien faisant lever un héron, signés en toutes lettres et datés 1670, et qui ont été adjugés ensemble, au prix de 194 thalers.
Après cela, en effet, on ne saurait guère où signaler des tableaux d'Abraham Hondius. En Angleterre peut-être, où ce grand artiste a résidé quelque temps et où il est mort. Un pareil talent convenait à la décoration des châteaux, et les Chasses de Hondius, s'il y en a dans les demeures de l’aristocralie anglaise, doivent y faire de beaux pendants aux Chasses de Snyders. L'exposition de Manchester ne nous a pas renseigné là-dessus. Mais est-ce que Walpole et les autres historiographes de l’art en Angleterre ne parlent point de Hondius?
Donc le musée de Rotterdam est très-favorisé avec sa grande ? Chasse, où une laie défend ses petits mar-
1 Van Eynden cependant ne sait pas si ce « célèbre » Abraham était de la famille des graveurs bien connus, par exemple de Hendrik Hondius, qui a supérieurement gravé d’après van Dyck, Titien et autres.
? 2 mètres 78 centimètres de large, sur 2 mètres 21 centimètres de hau