‹ Musées de la HollandeChapitre 64 sur 72 · JACOB VICTOR · texte numérisé non relu

JACOB VICTOR

cassins contre une meute de chiens terribles. C’est plus sauvage que les Chasses de Snyders, aussi mouvementé, aussi habile de dessin, mais pas si fin de couleur, ni si éclatant de lumière. Un chef-d'œuvre, tel que c’est, et la Chasse aux ours, de Paul Potter, toute repeinte, il est vrai, n'aurait pas bonne mine auprès.

La signature est entière, nom et prénom, avec les lettres initiales bellement fioriturées. — Le musée doit ce trésor à M, Jacobson, propriétaire lui-même d’une magnifique collection de tableaux modernes.

A la suite de Hondius vient un autre grand tableau de Chasse, par Jan Beeldemaker, né à La Haye en 1630. J'avoue, à mon tour, que je ne connaissais point Beeldemaker, mais je suis bien aise d’avoir fait sa connaissance : il a de l'ampleur et il n’est point commun; on hésite pour deviner à quels maîtres il se rattache, Ses deux chasseurs avec leurs trois chiens sont de grandeur naturelle, dans un paysage accidenté, dont les fonds resplendissent de soleil, — Encore un présent fait au musée en 1853,

Qu'est-ce que « J, Koo!!, qui vivait au dix-septième siècle ? » Il est l’auteur d’une Chasse au cerf dans un paysage boisé. Je ne me rappelle pas ce Kooll, et probablement il ne vaut pas la peine qu’on s’en souvienne.

Nous retrouvons enfin notre Jacomo Vicror, «le

peintre des poules. » J'aime mieux son tableau qu’une Mater dolorosa des Bolonais. C’est plus simple et moins trompeur. Ii y a une mère, vraiment! une grosse poule jaune, qui porte deux poussins sur son dosi ils ont eu la fantaisie de se poser là, sur ce chaud tapis de plume, pendant qu’elle continue à picoter dans la basse-cour, sans faire semblant de rien; mais n'ayez peur qu'elle se secoue brusquement! Oui! j'aime autant ça que le tableau de je ne sais plus quei académicien, avec le vert galant, Henri IV, servant aussi de monture à ses petits, quand tout à coup vient le surprendre l'ambassadeur de quelque fier monarque.

Derrière la bonne poule rustique, quatre autres poussins s’essayent à la vie, égratignant la terre de leurs petits ergots, pour y chercher quelque trésor, ou becquetant un fétu, d’un air victorieux. Tout à l'heure, elle étendra ses ailes comme une tente de soie, et ils viendront tous s’y mettre à l'abri.

Tableau de famille, où manque seulement le père, occupé ailleurs sans doute; les coqs ont d’autres affaires que d’éduquer les poussins. Mais il y a deux pigeons, que cette scène touchante fait réfléchir et qui semblent se préparer à un excellent ménage.

Comme praticien, Jacomo Victor est au moins l’égal de Melchior de Hondecoeter. IL est plus moelleux, plus ample, plus coloriste. Melchior est souvent un peu sec, un peu froid, égal dans ses lumières, peu raffiné dans les transitions du clair-obscur. Jacomo peint

NATURE MORTE. 317 ses poules presque comme Rembrandt peint ses hommes, franchement et de vive impression. Les oiseaux de Melchior ont parfois l’air de poser dans un jardin zoologique. Ceux de Jacomo sont abandonnés à la simple nature et ils ne soupçonnent point que des promeneurs et des curieux puissent les regarder.

Le tableau, presque carré, — 87 centimètres de haut sur 81 de large, — est signé : Jacomo Victor ; sans date, malheureusement,

Point de tableau de Melchior. Mais nous rencontrerons tout à l'heure un autre Hondecoeter, avec des oiseaux morts, étalés sur une table.

PEINTRES D’OBJETS QUELCONQUES. — Nous avons beau nous débattre contre cette méchante appellation de : nature morte, nous ne savons, jusqu'ici, comment la remplacer par un terme qui comprenne à la fois le gibier mort, animaux et oiseaux, le poisson, — on na pas souvent peint le poisson dans l’eau, —les fleurs et bouquets, les fruits, les vases et ustensiles, armes et instruments de musique, bijoux et ornements divers, draperies et costumes, et les mille objets qu'on peut grouper pour en faire le prétexte d'une représentation colorée, amusante, sous le coup de la lumière.

Nature morte est absurde.

Est-ce que les fleurs ne vivent pas? Elles ont leur

respiration et leur santé, elles sont gaies et brillantes, ou tristes et ternes; elles s’agitent sans cesse, quoique presque imperceptiblement, se tournent vers la iumière, s’écartent pour laisser passer des branches perfides, s’infléchissent sous l'influence de la sécheresse, se gonflent et s’épanouissent sous la caresse d’un rayon. Les fleurs ne sont pas de la nature morte! Il n’y a point de nature morte.

Tout vit et tout remue, tout aspire ou expire, tout se métamorphose à chaque instant. Tout prend ou donne quelque chose autour de soi, modifiant avec une persévérance irrésistible son entourage, en même temps que sa propre existence. Tout communique avec tout et participe à la vie solidaire. Il n’y a point de nature morte!

Le vin qui est dans ce verre de cristal s’'évapore au soleil et s’en va dans l’invisible. — Cette cassette d’or s’use au contact du tapis oriental sur lequel elle est posée. — Cette lame de Damas attire des atomes humides et s’en fait une enveloppe rouilleuse, et, avec le temps, ce fourreau de rouille dévorera la lame d'acier. — Si ces deux vases se heurtaient trop étourdiment, la pierre dure lancerait des étincelles.

Tout agit et réagit dans le tourbillon continu de l'univers. Tout est à la fois une chose et un être, une œuvre et un ouvrier. Il n’y à point de nature morte! — Omnia mutantur, nil interit.

Les trois de HEEu sont rassemblés au musée de

RACHEL RULSCH. 319

Rotterdam : David le vieux, Lan Davidsz. et Cornelis, fils de Jan Davidsz.; il ne manque que Jan I, frère de Cornelis.

David le vieux : une Guirlande de fleurs et de fruits autour d’une coupe à vin du Rhin.

Jan Davidsz., un grand ! tableau très-important : sur une table à tapis de velours vert, des fruits, des crevettes et des crabes, une écrevisse, un jambon, un plat de porcelaine, une coupe en argent, etc.

Cornelis : une Guirlande de fruits.

Mignon, élève de Jan Davidsz. : une Grappe de raisin et des fruits dans une niche.

Autreélève des de Heem, Elias van den Broeck, né à Anvers (il est donc Flamand d’origine) en 4657, mort à Amsterdam en 1741; c’est sans doute un descendant de Crispin van den Broeck, assez célèbre à Anvers au seizième siècle : des Fleurs, sur un socle de pierre.

Willem van Aalst, élève de son oncle Evert : des Fleurs, dans un vase en argent. IL paraît que Willem a résidé quatre ans en France et sept ans en Italie.

Rachel Ruijseh, élève de Willem van Aalst : des Fleurs entortillées autour d’une souche d’arbre; en avant, sur des mousses, divers insectes. Signé et

1 4 mètre 05 centimètres de large, sur 75 centimètres de haut.

daté 1685. Rachel avait vingt et un ans, et ce n’est que dix ans après qu'elle épousa Jurriaan Pool, déjà mentionné parmi les portraitistes. Le catalogue dit que ce tableau fut donné par Rachel à Ludolf Backhuizen, alors dans toute sa célébrité,

La Hollande, qui eut cet instinct particulier de peindre les moindres êtres et les moindres objets de la nature, avait produit, bien avant Rachel, des artistes consacrés à glorifier l’insecte, le papillon, «cette fleur qui vole, » et tout le menu peuple qui circule parmi les herbettes, sur les feuilles ou dans le plein air. Heda, un grand peintre de bagatelles, qui doit compter parmi les initiateurs de l’école, et dont nous aurons occasion de parler ailleurs, avait commencé cette exploration de la petite nature entremêlée partout dans la splendide fête de la vie. Lé premier, il eut l’idée de faire boire le papillon à la coupe de métal orfévri. IL paraît mème que ces fantaisies ne déplurent point au magnifique Rubens, qui évoquait sur ses immenses toiles de bien autres acteurs; car, dans la collection inventoriée après sa mort, il y avait deux «pièces » de Heda.

Mais c’est surtout à la famille Withoos qu’appartient le papillon, à Mathias, né en 1627, à ses trois fils, Jan, Pieter et Frans, et à sa fille Alida.

Nous tenons le père au musée de Rotterdam, à moins que ce ne soit un de ses fils, ou miss Alida peut-être ; car ils se ressemblent tous dans la famille,

LES WITHOOS. 321 et ce n’est pas moi qui me chargerai de faire la différence entre la fille et les garçons, entre les enfants et le père. Je m'en rapporte à la perspicacité de M. Lamme, qui attribue « à Mathias » : des Papallons et une couleuvre‘, près d’un chardon. — Ce chardon, affectionné des Withoos, on s’attendrait plutôt à le trouver chez Karel du Jardin et chez Berchem, au bord du gué où les bergères passent à poil, pour ne pas mouiller leurs pieds mignons.

Les Withoos ne sont guère connus en France sans doute; on y rencontre néanmoins de leurs œuvres *?, assez souvent mal attribuées, quoiqu'ils aient une manière très-distinctive.

Ils peignent avec beaucoup de pâte partout, n’emploient point les frottis et peu les glacis, reviennent encore sur ces préparations solides avec de nouvelles touches franches, quelquefois jusqu'à maçonner des reliefs; si bien que leurs tableaux font l'effet d’une tranche d’agate veinée, sur laquelle on devine des dessins quelconques, tout ce qu'on veut. Et jamais de clair nulle part; tout, sombre; jamais de ciel, ni de percée lumineuse, ni le vague de l'air! C'est curieux pour des peintres de papillons!

Aussi leurs papillons, modelés en granit et émaillés de tons extrêmement énergiques et brillants, ont

1 [l y a aussi quelquefois des lézards, souvent des coquillages, dans les tableaux des Withoos.

2? ]l y en avait une autrefois dans la collection de M. Barroilhet, de l'Opéra.

l'air de bijoux fabriqués avec les pierres les plus précieuses, et fixés exprès sur un fond vert-noir, afin que les rubis et les topazes jettent d'autant mieux leur éclat.

Il semble que, si l’on était peintre de papillons, Ia manie serait, au contraire, de ne faire qu'un ciel sur sa toile, point de nuages même, l’air pur et subtil, l'éther, et un papillon volant, au beau milieu. Quelque chose rappelant, pour la noblesse et la profondeur de l& composition, César mort dans le vide, —avec cette différence que le papillon serait vivant.

Si c'était bien fait, peut-être ce Papillon — tel serait le titre du tableau — aurait-il du suecès au Salon de Paris.

Le tableau aux papillons, du musée de Rotterdam, n’est pas peint du tout dans ce sentiment-là, et 1l nous a causé le même plaisir, très-vif, qu'un morceau de rocher aux mille couleurs, comme on en voit dans les montagnes de la Suisse.

Les poissons encore sont pour le coloriste un merveilleux prétexte à chatoiement de nuances infiniment variées. Beaucoup de nobles peintres s'y sont amusés, Velazquez par exemple, comme M. Eugène Delacroix s’est amusé à peindre des fleurs. Un des grands maitres du poisson est Snyders, chez les Flamands, Chez les Hollandais, chacun, naturellement, a su faire son poisson : Adriaan van Ostade et même Mets, aussi bien que les spécialistes. Jan Steen à fait un

DE HONDECOETER. 323 hareng! le plus beau du monde. Je ne me rappelle pas de poissons par Rembrandt, mais bien des oiseaux, — et même une coquille, la célèbre eauforte, — sans parler des lions et des tigres.

Un des plus excellents peintres dans la spécialité est Jacob Gillig ?, très-rare et prèsque inconnu hors de la Hollande. Nous ne l’avons pas au musée de Rotterdam, mais nous avons un de ses rivaux, moins fin certainement, sans être moins coloriste, Aalbert van Beijeren : deux tableaux de poissons, dont un, large de 3 à 4 pieds.

Glissons de l’écaille à la plume : grande ? composition de Jan Weenix, assez faible, avec un paon suspendu à une branche d'arbre, d’autres oiseaux morts et des fruits; il y a même un singe en vie. Le singe a ce privilége, que la peinture ne l’a jamais représenté mort.

À « Gillis de Zondecoeter, qui travaillait au commencement du dix-septième siècle, » le catalogue attribue un superbe tableau d'oiseaux morts . N’était-ce pas le grand-père de Melchior, qui se nommait Gillis? Le tableau ne saurait être de lui, car il est

1 Voir sur Jacob Gillig : Galerie Suermondt, pag. 67-69. La , Galerie Suermondt possède aussi un tableau de van Beïjeren, daté 4661, et un tableau de Willem van Aalst, daté 4667.

2 1 mètre 81 centimètres de haut, sur 4 mètre 56 centimètres de large.

3 4 mètre 30 centim. de large, sur 85 céntim. de haut,

daté, je crois: 1655. Le catalogue voudrait-il désigner Gisbert, le père de Melchior? Mais Gisbert est mort, dit-on, en 1653. Du quel des Hondecoeter peut donc être cette peinture, si vigoureuse et si magistrale? Je ne sais, mais elle porte une signature que nous n’avons pas bien lue, et qui aïderait sans doute à l’exactitude de l'attribution.

Le fameux van Huijsum ne manque point à Rotterdam, du moins en sa qualité de paysagiste — arcadique. Deux pendants, Vues d'Italie, où Jan van Huijsum n'avait jamais voyagé, pas plus que van der Ulft. Ses paysages ne valent pas sesfleurs,— qui n’ont guère plus de parfum que le fer-blanc ou le carton.

Mais nous avons des fleurs par un de ses imitateurs posthumes, Gregorius Jacobus Johannes van Os, rien que cela ! Ce G. J. J. van Os était fils et élève de Jan van Os, né à Middelharnis en 1744. Son frère aîné, Pieter Gerardus, faisait des paysages : Rotterdam a le malheur d’en posséder trois.

Peintres Divers. — Il n’y a point de filet si serré, d'où n'échappe quelque fretin. Dans les mailles de nos catégories, nous n'avons pas pu pêcher divers peintres, obscurément tapis en des recoins de l’école hollandaise. Il faudrait les prendre à la ligne, un à un, avec la patience des petits pêcheurs de Hobbema, tranquillement assis au bord d’une mare; encore ne voit-on as que les bonshommes de Hobbema soulè-

PEINTRES DIVERS. 325 .vent jamais leur ligne, et qu'ils attrapent le moindre vairon.

Quelques-uns de ces artistes nous sont inconnus, par exemple Andreas Goôetting, (est-ce un Allemand?) auteur d’un tableau mythologique, Diane et Actéon, daté 1607 ; — H. Bollongie, « vivant au dix-septième siècle, » d’après le catalogue; — « Jan van Beylert, né à Utrecht en 1603, » qui est sans doute le même que « Johann Bylert, né en 1620, » dont on rencontre un tableau au musée de Cassel. D'autres ne se rattachent à aucun groupe, comme Hendrik Goltzius, mort à Haarlem en 1617, auteur d’une grande composition mythologique, large de deux mètres. D’autres sont tellement en dehors de l'école, qu'il faudrait les classer avec les étrangers, par exemple Gerard Hoet, quoiqu'il soit né en 1648, et qu'il ait encore vécu à côté des maîtres du bon temps; il a trois tableaux à Rotterdam : Pyrame et Thisbé.… Thisbé et Pyrame.…. je ne sais quoi. C’est le père de Gerard Hoet, peintre également, et publicateur des deux volumes de catalogues, auxquels Terwesten en ajouta un troisième.

Puis viennent certains artistes de la décadence, fort célèbres tout de même à leur époque, et qui assurément ne manquent pas de talent : Jacob de Wir, 4695-1754, dont la spécialité fut de peindre en grisaille des apparences de bas-reliefs : il en à fait au Pavillon du bois à La Haye et surtout à l’ancien hôtel de ville d'Amsterdam, aujourd’hui le Palais ;

il en a deux, — sujets allégoriques, — au musée de. Rotterdam, et un Couronnement de sainte Catherine,

petite esquisse assez adroite; — Cornelis 7roosf,

1697-1750, sorte de caricaturiste, surnommé — par patriotisme — le Hogarth hollandais.

Puis... l’école hollandaise, la vraie, l’originale, est finie. C’est assez d’avoir duré presque un siècle. Mais cependant une succession de peintres — qui ne comptent plus — arrive jusqu'à nous. Voici, pour les curieux, une nomenclature de noms; les collectionneurs de tableaux modernes y trouveront sans doute des artistes de leur connaissance, et dont les œuvres paraissent quelquefois dans les ventes publiques :

Hendrikus van de Sande Bakhuizen, né à La Haye en 1795; Nikolaas Baur, 1767-1820; Arnoldus Bloemers, né à Amsterdam en 1792; George Gillis Haanen, né à Utrecht en 1807; Bartholomeus Johannes van Hove, né à La Haye en 1790 ; Jan Hulswit, 1766-1822; Adriaan Meulemans, né à Dordrecht en 1766 ; Louis Moritz, né à La Haye en 1773; J. H. Prins, 1759-1805 ; James de Rijk, né à Hilversum en 4806; Willem Hendrik Schmidt, 1809-- 1849; Johannes Josephus Ignatius van Straaten, 1766-1808; Bruno van Straten, né à Utrecht en 1786; Frans Swagers, 1756-1836; Jan Hendrik Verheyen, 1718-1846 ; Hendrik Voogd, 1766-1839; George Pieter Westenberg, né à Nimègue en 1791; Pieter Christoffel Wonder, né à Utrecht en 1780.

* Les Framanps. — Cette fois, du moins, nous avons des Flamands en quantité, et même quelquesuns de qualité.

Le précédent catalogue attribuait à Memmelinch un Jean l'apocahyptique, attribué maintenant, dans

1 M. Viardot, qui publiait ses notes sur les Musées de Hollande à l’époque où le tableau était encore attribué à Memling lui-même, en parle ainsi : « Saint Jean écrivant l'Apocalypse, par Hemling, ou Memmelink. Derrière l’apôtre se tient le diable, qui jette son écritoire de dépit. Très-fin, très-soigné, ce petit tableau est peint à l'huile. Il faut donc le donner non à l’Hemling de Bruges, mais. à l’Hemling de Munich (voir aux Musées d'Allemagne, p. 39etsuiv.). » — Dans ses Musées d'Allemagne, en effet, et aussi dans les Musées de Belyique, au paragraphe sur Bruges, M. Viardot distingue deux Hemling, l'un Allemand, l’autre Flamand, et, selon lui, l’'Hemling de Bruges ne peignait point à l'huile, mais à la détrempe : la fameuse Châsse de sainte Ursule, et tous les tableaux de l’hÔpital Saint-Jean seraient peints « à l’eau , en employant pour fixer les couleurs la gomme ou le blanc d'œuf. » Toute l’argumentation de M. Viardot pour établir l’existence de deux Hemling, repose sur cette supposition : que les tableaux de Bruges ne sont pas peints à l'huile.

I n’y a qu’un malheur : c'est que la Chésse de sainte Ursule et tous les tableaux de l'hôpital Saint-Jean sont parfaitement peints à l'huile, et ils n’ont même aucune apparence de péinture à l’eau, avec ou sans blanc d'œuf. On ne devine pas ce qui a pu faire naître une pareille imagination dans l'esprit très-sensé de M. Viardot. Du reste, je crois que ce n'est pas à lui qu'’appartient la première invention des deux Hemling, mais à un critique, aujourd’hai déjà très-oublié, à

le catalogue de 1859, à « Rogier van der Weide, né à Bruxelles en 1480, mort en 1529. » Qui est ce van der Weyden? Ce n’est pas Rogier le vieux, mort en 446%, ainsi que l’a prouvé M. Wauters, l’archiviste de Bruxelles. Serait-ce un Rogier /e jeune, censé élève du vieux, et censé auteur de la magnifique Descente de croix du musée de Berlin, datée 1488. Ce Rogier le jeune, suivant M. Waagen, qui semble un peu l'avoir inventé, serait mort en 1529 ; mais, s’il a daté de 4488 le chef-d'œuvre conservé à Berlin, il n'est pas né en 1480. Allons, il faut que les différentes personnalités de cette famille van der Weyden, Rogier le Vieux, Rogier le jeune, Goswin, etc., soient encore éclaircies.

Pour ce qui est de Rogier le vieux, l'affaire est faite, sauf pourtant à vérifier s’il ne serait point le même que le « Rogelet de la Pasture, natif de Tournay, » découvert par M. Dumortier dans le registre de la gilde des peintres tournaisiens. Que Rogier, autrefois de Bruges, soit de Bruxelles ou de Tournay, il

feu M. Fortoul, auteur d’un livre amphigourique sur l’Art en Allemagne.

Il faut donc renoncer aux deux Hemling et en revenir au seul Memling ou Memmelinghe, comme les érudits de Bruges et d'Anvers veulent maintenant écrire ce nom, d’après des documents plausibles. Il faut surtout tenir pour certain que tous les Memling de l’hôpital Saint-Jean sont peints à l’huile, — Voir, si l’on veut, pour plus ample information, la Galerie du roi de Hollande, par M. Nieuwenhuis, pag. 52.

n’en est pas moins, dans l’histoire de la première école flamande, l'anneau intermédiaire entre les van Eyck et Memling. Encore n'est-il pas certain, ni que Rogier ait été élève direct des van Eyck, ni que Memling ait été élève direct de Rogier! — On ne peut jamais avoir toute satisfaction avec ces maîtres primitifs !

Deux autres van der Weyden ont leur existence prouvée dans le fameux Liggere d'Anvers : l’un fut reçu franc-maître de la gilde de Saint-Luc, à Anvers, en 1528, et il y reçut un élève en 1536; l’autre, prénommé Goswin, paraît être né vers 1465 ; il est doyen de la gilde en 1514 et en 1530; il y reçoit des élèves à plusieurs époques; 1l peint en 1535 un triptyque pour l’abbaye de Tongerloo.

Ces renseignements donnés par le catalogue du musée d'Anvers ne disent rien sur le Rogier le jeune de M. Waagen, sur l’auteur de la Descente de croix datée 1488, et qui serait mort en 1529. Était-il le fils * de Rogier le vieux? était-il le père de Goswin, ou de l’autre van der Weyden reçu franc-maître en 1528? — Reste à débrouiller cette dynastie.

En tout cas, revenant à notre Saint Jean de Rotterdam, l'attribution est aussi fantastique que le maître. Le tableau est d’ailleurs de l’école de Memling, probablement, car l'écrivain de l’Apocalypse est le même à peu près que celui du volet droit du Mariage de sainte Catherine, à Yhôpital Saint-Jean de Bruges. Seulement, la tête et les mains sont loin de la perfection du grand artiste et

indiquent un sectateur éloigné. Le paysage, les fines fleurs et les herbettes ont quelque chose de Patenier, qui imita Memling comme paysagisie, quoiqu'il n'ait été reçu maître de la gilde d'Anvers qu’en 1515, seize ans après la mort de Memling.

Vers ce temps-là, dans la partie flamande des Pays- Bas, aussi bien que dans la partie devenue depuis la Hollande, commençait l’imitation des Italiens. Au Raphael flamand, Barend van Orley, de Bruxelles, est attribuée une Jeune femme pinçant de la guitare. Il n'est pas impossible que ce soit de lui.

Au contraire de van Orley, le grand Quentin Massys, ou Matsys, ou Metsys, demeura le continuateur des van Eyck, de Rogier van der Weyden et de Memling. A son fils Jan, reçu maître de la gilde d’Anvers en 1531, on attribue une Danaé, tres-belle figure de femme modelée en clair et dont le style rappelle un : peu celui des Florentins, Il ne paraît pourtant pas que Jan Massys ait jamais été en Italie, et ses deux tableaux authentiques du musée d'Anvers ', signés et datés, l'un de 1558, l’autre de 1564, ne trahissent point la même influence.

Pieter Povrbvs ne devrait peut-être pas être rangé

1 Le musée de Paris possède aussi une Bethsabée, signée loanes Massiis , et datée 1562. Offre-t-elle quelque analogie avec le style italien?

parmi les Flamands, quoiqu'il ait vécu longtemps à Bruges, et qu'il y soit mort; car il est né à Gouda et son style est resté hollandais. Il a, au musée de Rotterdam , un superbe portrait de femme, couvert de repeints, malheureusement.

Nous passerons vite sur la première génération de la grande école qui illustre le commencement du dix-septième siècle : van Balen : Sainte Claire sur son lit de mort; — Peter Neefs le vieux : un /ntérieur d'église catholique ; — Brvegel de Velours : un Christ avec la Madeleine ; les figures par J. B. Francken, suivant le catalogue; — Frans Francken le jeune : une Compagnie de musiciens dans une grande salle ; on dirait que l'architecture est de van Delen, avec des personnages de Palamedes; — mais Frans Francken le jeune pourrait bien être l’auteur des figures dans un /ntérieur de temple protestant, par van Bassen; ce peintre presque inconnu n’était-1l point Hollandais ? ? Van Eynden le cite, sans plus; tout ce que j'en sais, pour ma part, c’est qu'il a signé, au musée de Berlin, un autre Zntérieur d'église : J. B. van Bassen 1624, et que le tableau porte aussi la signature : F. Frank fiquravit; van Bassen a donc travaillé à Anvers avec les Flamands.

Un autre Francken a été partagé en deux dans le

1 Nous l'avons rangé avec les Hollandais au musée de La Have, tom. Ie' des Musées de la Hollande, pag. 276.

catalogue de Rotterdam : une Madone, entourée d'anges faisant de la musique, est inscrite sous le nom de « Sebastiaan Francken, né à Anvers en 14575, mort en 1636; » ce petit tableau, très-ordinaire, n’est pas signé. Puis, sous le nom de « Sebastiaan Vranex, né à Anvers en 1573, mort en 1647, » sont inscrits trois tableaux : un Village pillé par des gens de guerre, signé, en effet : S. Vrancx; et deux petits pendants, l’un avec des costumes flamands, l’autre avec des costumes hoilandais ; celui-ci, gravé, comme S. Vrancx, par P. de Iode.

Sebastiaen Vrancex et Sebastiaen Francken ne seraient-ils donc point un seul et même peintre? Où M. Lamme a-t-il trouvé ces dates différentes pour la naissance et pour la mort de ses deux Sebastiaan ?

Van Mander, Cornelis de Bie, Houbraken, Weverman, tous les anciens écrivains s'accordent à en faire un seul artiste, né vers 1673, élève d'Adam van Noort, et père de Jan Baptist Franchen.

Bien que les lettres F et V soient employées presque indifféremment dans la langue flamande, et même dans la plupart des autres langues, il est singulier cependant que ce Sebastiaen ait toujours signé : Vrancæ, quand les autres de la nombreuse famille Franckenont toujours signé par un F;—que son nom, comme doyen de la gilde de Saint-Luc en 1642, soit écrit Vrancx dans le Ziggere, qui écrit Franken et Francken quand il s’agit de Frans le vieux, de Frans le jeune, de Gabriel, également doyens à d’autres

LES FLAMANDS. 333 époques; —que son portrait, gravé par S. À. Bolswert, d’après van Dyck, porte le nom Vranex, quand le portrait de Jan Baptist, censé son fils, — également gravé d’après van Dyck,—porte le nom Francken ; —que le catalogue d'Anvers, qui a publié des documents précieux sur tous les Francken, et en particulier sur les enfants de Frans le vieux, dont Sebastiaen est censé le fils, ne parle point de ce Sebastiaen, si ce n’est par hasard ‘, en affectant d'écrire le nom Vrancx, quoiqu’il écrive toujours les noms de tous les autres par un F!

Il est singulier que, sur les inscriptions tumulaires, empruntées par M. Christiaan Kramm au manuscrit de 1775 du conseiller Mols, le nom commence encore par uu V.et finisse par un z : « Sépulture de : Hono-

1 Deux fois, à propos de la peinture d’un Blason emblématique, que S. Vrancx, van Balen, Brvegel de Velours et Frans Francken le jeune exécutèrent , en 1618, pour un concours ouvert par la Chambre de rhétorique, dite le Rameau d’olivier, et qui valut le prix à la Chambre de rhétorique, dite la Violette, dont ils faisaient partie. Ces Chambres de rhétorique étaient des espèces de gildes littéraires et dramatiques, annexées à la gilde des peintres ; — une troisième fois, à propos de la coupe qu'Abraham Grapheus, le messager de la corporation de Saint-Luc, tient à la main dans son beau portrait par Cornelis de Vos, au musée d’Anvers, n° 303. Le modèle de cette coupe avait été dessiné par « Sébastien Vranckx, en 1612, l’année de son décanat, et l’intérieur du couvercle portait la belle devise de l'artiste : de deucht gaet sonder vrecs (la vertu marche sans crainte). »

rable Sebastiaen Vrancx, artiste peintre ct doyen de la Violette, quartinier ‘, capitaine de la garde bourgeoise, mort le 10 mai 1647; — Honnèête dame Maria Pamfi, son épouse légitime, morte le 19 avril 1639; — Honnête Barbara Vrancx, leur fille chérie, morte le 49 mai 4639. » — Et, à la base du monument : « Ici repose Pieter Vrancæx, marchand de soierics (coopman in zyde laeken), mort le 18 mai 4577, et dame Élisabeth van Elsbeke , alias van der Hagen, sa légitime épouse, morte le 19 février 1569. »

Ce Pieter Vranex, qui se trouve là inscrit sur le même tombeau de famille sans doute, et qui n’était pas artiste, mais marchand, n'est-il point le père de Sebastiaen ? IL est vrai que « sa légitime épouse, » madame van Elsbeke, est morte avant la date présumée de la naissance de Sebastiaen, qu'on suppose né vers 1573 : vers 1573 pourrait être 1568 ou 1569. Et puis encore, Pieter Vranex ne pouvait-il pas avoir eu, entre les années 1569 et 1577, une seconde femme, mère de Sebastiaen ?

De plus, M. Kramm, d’après le même manuscrit du conseiller Mols, donne une pièce de quatorze vers composés par S. Vranex, écrits de sa main en tête du registre de la Violette, et signés S. Vranex ; mais il paraîtrait que, dans le registre de la gilde de Saint- Luc, on trouverait de ses signatures avec l’F, aussi

Wyckmeesier, maître de quartiér, Quartier où quartenier, fonction d’édilité dans la ville.

LES FLAMANDS. 339 bien qu'avec le V. Le conseiller Mols d’ailleurs, et à sa suite M. Kramm, tiennent pour sûrqueS. Vrancx et S. Franck ou Francken sont le même. Nous le voulons bien ; mais cependant les preuves ne sont pas décisives, et c’est encore la petite pléiade d’érudits anversois qui pourrait dire là-dessus le dernier mot.

Quoi qu'il en soit, Sebastiaen Vranex, un fier homme dans le beau portrait de van Dyck, et dont la franche et mâle physionomie concorde bien avec la devise qu'il avait adoptée, le seul Sebastiaen que nous connaissions par des œuvres signées, est un habile peintre, adroit, savant, bon coloriste.

Est-ce qu'il y aurait un Rubens? — « portrait de F. van der Linden, » — au musée de Rotterdam? Nous ne l'avons jamais vu, mais nous le rencontrons (n° 275) dans le catalogue de 1859!, où la petite notice qui accompagne le nom du grand peintre est assez curieuse : Né à Cologne.…., a étudié d’après Tintoretto.» C’est cependant un Hollandais, M. Backhuizen van der Brinck, l’archiviste de La Haye, qui à prouvé, aux Anversois et aux Colonais se disputant le berceau de Rubens, que Rubens était né à Siegen, dans le comté de Nassau. Et, quant à ce rapproche-

1 Il n’y avait point de Rubens dans le précédent catalogue, et assurément il n’y @n a point au musée. Est-ce que ce ta-

ieau , attribué maintenant à Rubens, serait quelqu’une des mauvaises copies de son école, classées précédemment parmi les Znconnus ?

ment du Tintoret, cité tout seul comme un des /ormateurs de Rubens, il est à la fois très-original et très-juste. Rubens est plus Italien que ne le croient les Flamands : par l'abondance de son génie, par la splendeur de son coloris, il est Vénitien, en effet; et, par le mouvement un peu exagéré de ses tournures, oui, il procède du Tintoretto; la Chute des anges de Rubens et le Paradis du Tintoret ont bien des analogies dans la recherche du style et dans les contorsions du dessin.

De van Dyck nous n'avons qu’une petite esquisse pour le grand tableau dont l'original est à Windsor et dont le duc de Richmond possédait une répétition autrefois à la galerie d'Orléans : Charles I°" d’Angleterre, sa femme et deux de ses enfants. Un pied de haut, pas davantage, au douzième de l'exécution en grand. Le fond n’est seulement pas couvert et les figurines sont campées par quelques touches lumineuses et spirituelles sur de.légers frottis. C'est délicieux |

Pourquoi donc le nouveau catalogue écrit-1l maintenant le nom de van Dyck à la hollandaise, avec ij au lieu de l’y? Chaque peuple devrait garder son orthographe nationale, mais aussi accepter celle des autres peuples, pour les noms et les mots qui lui sont étrangers.

Le Jordaens est une acquisition faite en 1852,

LES FLAMANDS. 337 magnifique peinture', aussi éclatante que les plus beaux Rubens : sujet mythologique par son titre, mais l’aspect du tableau n'est point grec du tout : une grande et grosse femme nue, belle Flamande de la pleine campagne, si ce n’est qu'il lui manque son cotillon rouge, s’est accroupie pour traire une vache; un enfant nu, parmi des monceaux de fruits et des gerbes de fleurs, attend son vase de lait. Ce qui prouve que ce bambino est tout simplement « Jupiter élevé par les Corybantes, » c’est qu’il y a sur la droite un vieux satyre et une vieille femme qui peut être ou avoir été une bacchante.

Le Snyders a été donné au musée en 4857; il doit compter parmi les œuvres importantes du maître, comme dimension? et comme qualité. Un cygne, un paon et d’autres oïseaux sont étalés sur une table à tapis vert. Des paniers de fruits, des bottes de légumes, un perroquet, des chiens, tout le contingent de ces grandes compositions décoratives y est. — Snyders aussi, comme van Dyck, est écrit à tort dans le catalogue avec l’i7 hollandais.

Van Utrecht n'a pas fait souvent des tableaux d'oiseaux en vie. Cette fois, il rivalise avec notre Ja-

1 1 mètre 85 centimètres de haut, sur 2 mètres 3 centimètres de large.

? 2 mètres 64 centimètres de large, sur 4 mètre 90 centimètres de haut.

como Victor, le Hollandais. Son tableau, de proportion moyenne pour lui', représente un coq, une poule et des poussins, effrayés à l’approche d’un épervier, Signé en toutes lettres et daté 1627.

Autre excellent peintre, plus jeune que Snyders et que van Utrecht, qui contribuèrent, au moins par leurs œuvres, à former son talent, Jan Fyt. Mais ce n'est pas à Rotterdam qu’on peut le juger sur un petit tableau d'oiseaux morts.

Le catalogue dit que Jan Fyt est né en 1606, et il ne sait pas la date de mort. 1606 vaut toujours mieux que le 1625 du catalogue de Paris et de la plupart des catalogues de l’Europe. Il faudrait 4609, Nous avons reslitué ailleurs? la biographie de ce maître, d’après quelques documents empruntés à ses œuvres mêmes et surtout d’après le catalogue d'Anvers.

Gryef encore; mais celui-là est bien inférieur aux trois précédents. Il a de la finesse néanmoins, et il est rare : deux qualités. Son petit tableau avec des chiens et des oiseaux est entièrement repeint.

Quelques sectateurs de Rubens : Cornelis Schut, élève direct du maître : des Enfants qui jouent au milieu d’un paysage; les figurines sont copiées de

1 4 mètre A7 centimètres de haut, sur 4 mètre 30 centimètres de large.

es Galerie Suermondt, pag. 125-196.

Rubens et le paysage ressemble assez à Brvegel de Velours; — Gerard Zegers, élève de van Balen et d'Abraham Jansens, mais c’est Rubens qu’il cherche à imiter : Vénus et Adonis, petites figures dans un paysage; — Érasme Quellin, ou Quellinus, élève de J. B. Verhaeghe, et aussi de Rubens : l'Enfant prodique en joyeuse compagnie et une Assomption de la Vierge, qui paraît n'être qu'une mauvaise petite copie.

On peut admirer Gaspar de Crayer au musée de Rotterdam, dans une Descente de croix', signée DCRAYER.FE., le c accolé au », et même dans un petit Calvaire, sorte d'esquisse très-libre, où le Christ rappelle van Dyck. La Descente de croix est une de ces innombrables peintures que de Crayer confectionnait, très-magistralement d’ailleurs, pour les églises et les abbayes; on en retrouve encore, par centaines, dans le Brabant et dans les Flandres. Le tableau de Rotterdam a de fortes qualités, sans être cependant « tout à fait capital dans l’œuvre du boulanger fait peintre, » comme dit M. Viardot, qui, sans doute, confond Crayer, le familier de l’archiduc Ferdinand, avec Craesbeck, l'ami d’Adriaan Brouwer.

Sur la date de naissance de Crayer, nous avons

1 4 mètre 96 centimètres de haut, sur 2 mètres 67 centimètres de large.

une observation à soumettre aux rédacteurs du savant et consciencieux catalogue d'Anvers, qui, soit dit en passant, ne devraient pas écrire : Craeyer, puisque toutes les signatures originales du maitre portent simplement : Crayer.

Ils ont trouvé l’acte de baptême à la cathédrale d'Anvers : 48 novembre 1585. C’est précieux. Mais il ne s'ensuit pas nécessairement que de Crayer soit né dans cette année-là, et l’on a cru longtemps qu'il était né en 1582, date adoptée d'instinct par le catalogue de Rotterdam. Le catalogue de Paris hésite entre 82 et 85. Le catalogue d'Anvers, appuyé sur sa date baptismale, n’a pas hésité à inscrire définitivement 1585.

Eh bien! Anvers a tort, et c’est Rotterdam qui a raison.

Gand, où mourut de Crayer en 1669, a conservé dans son musée’, assez pauvre d’ailleurs, dix ta-

1 Jln’y a point de collection, si pauvre qu’elle soit, où l’on n’apprenne quelque chose sur l’histoire de l’art. Le musée de Gand possède d’ailleurs plusieurs belles peintures, outre celles de de Crayer : un grand Rubens, Saint François recevant les stygmates, peint vers 1632 et gravé par Vorsterman; le Louvre en a un dessin terminé pour le graveur probablement ; — un van Utrecht, de premier ordre, et que nous avons cité pag. 150, à propos de celui qui est au musée van der Hoop; — un Jugement dernier, de Michel van Coxcyen ; — un Martin de Vos, signé et daté; — plusieurs œuvres de Nicolas de Liemaekere, dit Roose, coiorisie étrange, qu’on ne rencontre guère que dans les églises flamandes ; — quelques ta-

bleaux du célèbre maître, entre autres un chef-d’œuvre, le Jugement de Salomon ; plusieurs sont signés comme d'habitude; mais, sur un Martyre de saint Blaise évêque, composition gravée par F. Pilsen, voici la signature, parfaitement pure et authentique, en lettres et chiffres très-correctement dessinés : G DCrayer (le C posé sur le D et faisant monogramme) 1668. Æ. 86.

En 1668, Gaspar de Crayer avait donc quatrevingt-six ans : Ætatis 86! il a pris soin de le constater lui-même, de sa propre main, comme avait fait le père de son maître précisément, le vieux Michel van Coxcyen, sur son Calvaire de Sainte-Gu-

bleaux rares, comme un Peter Boel, d'Anvers : du Gibier mort ; —comme un excellent Heda : une Table avec des vidercomes, des fruits, et un fond de ciel ; etc.

On récolte aussi dans le musée de Gand des signatures plus ou moins utiles pour certaines biographies, celle-ci, par exemple, qui intéressera le rédacteur du catalogue du Louvre : F. Duchastel fecit A° 668, sur le chef-d'œuvre du maitre, gravé par L. Vorsterman et par R. Collin : Cavalcade pour l'inauguration de Charles IT, roi d'Espagne, comme comte de Flandre, en 4666 ; immense composition avec des milliers de figures et plusieurs centaines de portraits des principaux personnages assistant à la cérémonie. Le Louvre a un tableau, non signé, de « François Duchatel, dont la date de mort est inconnue, » On voit, par la signature de la Cavalcade de Gand, que le nom doit s’écrire avec uns, et que cet artiste était bien vivant en 4668: c’est un jalon pour aller jusqu’à la date de sa mort.

dule à Bruxelles, peint à l’âge de quatre-vingt-quinze ans! On parle de la vieillesse du glorieux Titien. C’étaient tout de même de rudes hommes aussi que ces artistes flamands des quinzième, seizième et dixseptième siècles!

Gaspar de Crayer est donc né, incontestablement, en 1582. S'il n'a été baptisé que trois ans après, c’est un petit malheur, qui ne l'empêcha pas de faire ses tableaux religieux — aussi bien qu'on pouvait les faire après les déchirements spirituels de la Réformation. Et ce sont probablement ces longs troubles religieux de la fin du seizième siècle, au moment de la Séparation des provinces septentrionales des Pays- Bas, qui expliquent le retard du baptême de notre brave petit Gaspar, destiné d’ailleurs à une si longue vie, durant laquelle il aurait encore eu le temps de se procurer, avec la protection des pieux gouverneurs du pays, le sacrement essentiel du chrétien.

Un élève de Gaspar de Crayer, qui alla s'établir à Gand avec son maître, et dont le musée de Gand possède aussi beaucoup de tableaux, Jan van Cleef, montre au musée de Rotterdam un Joseph avec l'enfant Jésus.

A présent, nous n'avons plus que les petits Flamands : Teniers et ses disciples, quelques égarés dans la Bande académique de Rome, et deux Bruxellois, dont l’un même se rattache à l’école française,

van der Meulen, le peintre officiel des fameuses batailles de Louis XIV.

Les Teniers sont : un vieux Joueur de vielle, insignifiant; et un Jnéérieur rustique, avec huit petits personnages; sur la droite, un chien couché, mais bien éveillé, a le museau plus spirituel que celui de tous ces fumeurs, buveurs et fainéants. Teniers comprenait et exprimait mieux l'âme des chiens que celle des hommes. Simple et large peinture, qui n’est pas cependant de la qualité recherchée.

Je crois bien que, de tous les contrefacteurs de Teniers, un des plus trompeurs est Ferdinand van Abtshoven, et que quantité de Teniers consacrés sont de lui. 11 n'y a que les hommes d'un vrai talent qui puissent faire illusion complète en pastichant les autres, et Abtshoven est un vrai peintre, trèsadroit praticien, et même très-personnel, quand il le veut, dans la mimique et la physionomie de ses héros. IT était d’ailleurs intimement lié avec la famille et tout l'entourage de Teniers. On peut voir, par les baptèmes, si religieusement consignés dans le catalogue d'Anvers, — le baptême se trouve avoir été une institution très-utile pour l’éclaircissement de l’histoire de l’art; n'est-ce pas grâce au baptème des enfants du bon Jan Steen le catholique, qu’on a pu rectifier la date de sa naissance, de son mariage et de sa mort? — on peut voir que Abtshoven, les Teniers, les Brvegel, les van Kessel, étaient presque tous alliés les uns des autres. Par exemple, Ferdinand van

Abtshoven tient sur les fonts de baptême, avec Anne Brvegel, femme de David Teniers, le premier enfant de Jan van Kessel l’Anversois, qui avait épousé Marie van Abtshoven, la sœur de Ferdinand van Abtshoven probablement.

Les tableaux d’Abtshoven sont très-rares, — peutêtre parce qu'ils sont devenus des Teniers. Rien à Anvers, ni dans les musées de Belgique; rien au Louvre, rien à Berlin, Dresde, Vienne, Munich, etc. Dans les musées de la Hollande, un seul tableau, celui de Rotterdam, aussi bon qu'un Teniers : /ntérieur villageois; vieillard courtisant une jeune fille; beaucoup de menus accessoires, lestement peints et bien à leur place.

A David Ryckaert on attribue un petit Fumeur qui n’est pas de lui.

David Ryckaert, fils de Merten Ryckaert (?), et beau-frère de Gonzales Coques, qui avait épousé une Catharina Ryckaert, est censé élève de Teniers, son aîné de trois ans seulement; mais il ne lui ressemble que de loin. Il s'était formé chez son père sans doute, et il se perfectionna, comme Teniers lui-même, sous l'influence d’'Adriaan Brouwer. Il fut doyen de la gilde de Saint-Luc, en 1651. C'est à peu près la date de son meilleur style : à Vienne, deux de ses grands tableaux sont datés de 1648 et de 1649; au musée de Bruxelles, un excellent A/chimiste est daté aussi de 1648. Dans les collections particulières,

LES FLAMANDS. 349 en Belgique, on rencontre assez souvent de ses ta-

bleaux, par exemple un de ses chefs-d'œuvre chez M. Belly, à Anvers. Il n'a rien au Louvre.

Mathieu van Hellemont n’est que de la seconde fournée, plus froide, et, lorsqu'il étudia chez Teniers, le vieux maitre avait environ la septantaine. Il ne figure pas non plus dans le catalogue de Paris, ni dans ceux d'Anvers et de Bruxelles; mais la galerie d’Arenberg possède une de ses grandes compositions : Kermesse de village, avec de nombreux personnages. À Brunswick, un de ses Zntérieurs est signé : M. V. Hellemont. Son tableau de Rotterdam, CArimiste dans un laboratoire, est assez faible.

Enfin, Theobald Michau, qui enjambe jusqu'à la moitié du dix-huitième siècle : paysage avec des chaumières et quelques gens de la campagne.

Après les magots de Teniers et de son école, deux Romains : Jan Miel, dit Giovanni delle vite, membre de la noble Académie de Saint-Luc à Rome, et peintre officiel de la cour de Savoie; Johannes Franciscus, van Bloemen, dit Orizonte, membre aussi de l’Académie de Saint-Luc et imitateur du Guaspre, imitateur du Poussin. Ce ne sont pas ces Latins qui manquent jamais au musée de Paris : il a accaparé cinq tableaux de Miel et six de l’Orizonte.

Miel et van Bloemen, séparés par un demi-siècle,

n'ont d'ailleurs de commun que leur titre d’académicien. L'un conserve, dans ses petits tableaux, un certain caractère particulier qui ie fait reconnaître ; l'autre se confond dans la longue queue du Poussin, cette comète incomparable, selon les savants calculs des astrologues de la critique française.

Le musée de Rotterdam a deux pendants de Jan Miel : un paysage italien avec des cavaliers et une Halte à la porte d'une auberge italienne ; — deux pendants de van Bloemen : sortes de pastorales arcadiques, avec bergers et troupeaux.

Ce doit être vers 1665, à l’âge d’environ trente ans, que van der Meulen fut attaché au service de Louis XIV, et ses représentations des hauts faits du roi commencent, dans la série du Louvre, à 1667; le plus curieux est que cette série ne se termine qu'en 1692, au Sége de Namur (n° 313), que van der Meulen aurait peint deux ans après sa mort.

Le tableau de van der Meulen au musée de Rotterdam, petit paysage montagneux, avec des cavaliers escortant un convoi, offre cet intérêt qu'il est daté de la première période de l'artiste : 4664, avant son engagement à la suite du belliqueux monarque qui donnait tant de besogne à ses historiographes sur toile ou sur papier. L'élève de Snayers s’en tenait alors aux fines petites compositions, où il arrangeait ses troupes selon les caprices de la stratégie artiste, purement et simplement, Quand il fallut faire des

LES FLAMANDS, 317 portraits de courtisans en chapeau à trois cornes, et des housses à véritables armoiries, et des plans de terrain au lieu de paysages, il devint froid et vide : ce n’est pas sa faute, et peu de peintres ont mieux réussi dans ce genre de narration officielle,

Les batailles sont aussi périlleuses pour les artistes qui s’y hasardent que pour les soldats exposés au feu. Combien de peintres ont succombé sur le champ de Waterloo! Combien sont enterrés en Algérie ou en Crimée !

Un élève de van der Meulen? Anton Frans Boudewyns, né à Bruxelles? en 1660? — Que de points d'interrogation avant de noter son petit paysage, avec des cavaliers, des paysans et des troupeaux!

Deux portraits, datés 1729, sont attribués à « Guillaume Verelst, » sans autre indication. C Guillaume est sans doute de la famille de Simon Verelst, né à Anvers et mort en Angleterre, où il a laissé beaucoup de portraits : un portrait de Mary de Modène, femme de Jacques IL, signé : S. Verelst, était exposé à Manchester.

La grande école flamande a fini plus tôt même que la grande école hollandaise, puisque Rubens et van Dyck étaient morts déjà en 1640 et 1641. Jordaens, Gonzales et Teniers, dans leurs genres différents, la soutinrent encore jusque vers la fin du siècle. Eux disparus, il n°y à plus rien. Seulement, un

siècle après, en Belgique comme en Hollande, une génération de peintres assez habiles, qui se mirent à copier les anciens maîtres, fit croire à une espèce de renaissance. La Hollande eut les van Strij, les Kobell, les van Os, les Schootel ; la Belgique eut Balthazar Ommeganck et quelques autres. Il faut en prendre son parti : Ommeganck est désormais un peintre consacré, et ses œuvres se rangeront dans les collections publiques. Le musée du Louvre en à déjà deux; le musée de Rotterdam en a quatre, et même un paysage par Maria Jacoba Ommeganck, sœur et imitatrice du célèbre Balthazar.

Les AzLemanps. — Albrecht Dürer! Il n’est pas commun, même dans le Nord. Portrait d'Érasme, qui fut de ses amis. Mais, hélas! c’est une ruine.

Érasme est en buste, au quart de nature, à peu près. Il a une toque noire, un vêtement noir, garni de fourrures. Il se découpe sur un fond verdâtre, d’un ton exquis, ainsi que les noirs. La physiononomie, les yeux surtout, sont prodigieux de finesse et d'expression. En haut, à droite, le monogramme du peintre, avec une inscription : Erasmus, etc.

A présent, on dirait que cette peinture, entièrement dépouillée, est une ébauche, avec des préparations en frottis pour les couleurs qui doivent devenir fortes. une première ombre du portrait à terminer par des accents décisifs. Mais c’est encore très-beau, même dans cet état de délabrement, et ça nous a

LES ALLEMANDS, 349 rappelé le superbe portrait du père de l'artiste, appartenant au duc de Northumberland et exposé à Manchester, lequel précisément est resté en ébauche avancée. — On assure que c’est un restaurateur de tableaux qui a commis ces dégradations sur l’Érasme de Rotterdam!

Un élève de Dürer, Georg Pencz, paraît être l’auteur d’une peinture représentant un Philosophe dans son cabinet de travail, le doigt posé sur une tête de mort. Tout tableau où quelque philosophe médite sur une tête de mort est invariablement attribué à Pencz, de même qu’on attribue à Quentin Massys tous les Avares pesant de l'or. Ici, l'attribution à Georg Pencz est assez justifiée par le caractère du dessin et la franchise, un peu sèche, de la couleur dans les rouges de la toque et du vêtement. Une fenêtre ouverte à droite laisse apercevoir un fond de paysage. En haut, sur un cartouche, est une inscription : Homo 8vzca, etc. Nous n’y avons pas remarqué le monogramme de l'artiste.

L'attribution à Heinrich A/degrever, autre élève d’Albrecht, d’une Mise au tombeau, est plus que douteuse.

Adam Elzheimer, quel peintre singulier ! Cet Allemand, établi à Rome, et qui n'appartient à aucun école, à aucun système, et qui ne fut jamais un grand artiste, eut pourtant de l'influence sur les plus grands maîtres. Rubens avait dans sa collec-

tion quatre tableaux d’'Elzheïimer , auquel il semble avoir songé en peignant sa Fuite en Égypte, par un effet de nuit, n° 430 du Louvre. Et Rembrandt ne fit-il pas des eaux-fortes « dans le style d'Elzheimer! » Et n'est-ce pas à l’école d'Elzheïmer que travaillèrent en Italie beaucoup de Flamands et de Hollandais, entre autres le vieux Teniers, et peutêtre Lastman et Pinas, qui se trouvaient à Rome dans le même temps, et qui plus tard communiquèrent à Rembrandt tout ce qu’ils pouvaient y avoir appris ?

Il a de l'originalité vraiment, ce Romain de Francfort ; il a une certaine fierté dans ses petites figures, une couleur puissante et de l'effet. Oui, Rembrandt avait vu sans doute des peintures d’Elzheimer comme celle qui est au musée de Rotterdam : le Christ dans le Jardin des Oliviers. C’est un peu grossier, mais point vulgaire, et presque terrible. Très -empâté dans les reliefs, très-sombre partout. De première impression , on attribuerait volontiers ce tableau à quelque élève de Rembrandt, surtout à Bramer; il est vrai que Bramer, né en 1596, pouvait bien avoir connu Elzheimer, mort en 1620, et peut-être avonsnous tort de rattacher Bramer à l’école rembranesque : peut-être, au contraire, est-ce lui qui, d'1talie où il avait passé toute sa jeunesse, rapporta au jeune Rembrandt des eaux-fortes d’Elzheimer.

Presque tous les catalogues allemands, de mème

que les catalogues de Rotterdam et d'Amsterdam, donnent 1604 comme la date de naissance de Johan Rottenhammer : Dresde, Cassel, Gotha, etc. ; Berlin donne 1608; Vienne aussi, ajoutant, avec un point d'interrogation, 1622, qui, suivant le catalogue de Munich, est la vraie date, « confirmée par les registres mortuaires de la cathédrale d'Augsbourg; » le catalogue de Paris, s'appuyant des mêmes registres mortuaires, et le catalogue de Brunswick, donnent 1623. Munich n'est pas si loin d'Augsbourg que Paris, et probablement la bonne date est 1622. Qu'importe d’ailleurs, puisqu'il s’agit d'un peintre insignifiant? Nous ne nous arrèêterons pas à regarder sa Madone avec l’enfant Jésus et le petit saint Jean.

Passons donc à... Grands dieux! nous tombons sur Denner, sur une horrible petite tête de fille coiffée de bleu! Ce Denner rendrait méchant, quand on pense que ses œuvres ont du succès auprès d’un certain monde, et que le musée de Paris a acheté récemment un Denner 18,900 francs! Voilà de l’argent bien employé, quand il manque tant de vrais maîtres à la collection du Louvre!

De Denner en Dietrich! Encore, celui-ci, dans ses pastiches , est-il un reflet, bien éteint , de quelques maîtres de qualité. — Finissons là.

Au dix-huitième siècle, il n'y avait plus d’école allemande; il n'y en avait même plus au dix-sep-

tième. L'école allemande n’a eu qu’un moment, l’époque de Cranach, de Dürer et de Holbein, trois grands artistes qui suffiraient seuls à illustrer un pays.

Irarrexs, Espacnozs, Français. — Les Flamands et les Allemands sont mêlés aux Hollandais, dans le catalogue de Rotterdam. Les Italiens, les Espagnols, — et les Français, intermédiaires entre le Nord et le Midi, — sont classés à part. Cette division de l'art septentrional et de l’art méridional, qui avait été adoptée à l’exhibition de Manchester, est approuvable; les ordonnateurs de cette exhibition en tirèrent même des effets très-instructifs, en montrant face à face, sur les deux côtés opposés des salles , Les deux grandes familles d'artistes, dans leur développement parallèle.

Ici, comme dans les autres collections publiques ou particulières de la Hollande, il n’y a presque rien des gracieuses écoles méridionales, et le paragraphe ne sera pas long.

Des Ruines, de Pannini, — deux paysages de Locatelli, — une petite figure de Madeleine, vive et spirituelle esquisse de Benedetto Lutti, — une Sainte Catherine du Napolitain Niccold Lozel di Simon, — une pochade assez grossière, dans le style de Salvator, — et un Saint Joseph portant le petit Jésus, attribué à Guido Reni.

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