‹ Musées de SousseChapitre 1 sur 100 · PARIS ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 28, RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

PARIS ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 28, RUE BONAPARTE

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Il existe encore en France nombre de vieilles cités, comptant de longs siècles d'existence et ayant joué un rôle important dans l’histoire, qui ne sont jamais parvenues à rassembler et à conserver, dans un musée local, les documents et souvenirs intéressant leur passé.

En Tunisie, quelques années à peine après l'établissement du Protectorat, Sousse, héritière de l’antique Hadrumète, possédait déjà deux collections archéologiques, se développant côte à côte et renfermant toutes deux quelques œuvres d’art d’une réelle valeur : le musée du 4° Tirailleurs et celui de la ville.

Le premier fut créé en 1887 à la suite des fouilles qui amenèrent la découverte, dans le camp de Sousse, de riches tombeaux puniques et romains et des belles mosaïques de la villa de Sorothus. Le plus considérable de ces pavements, le triomphe de Neptune, alla au Musée du Bardo ; les autres furent confiés à la garde des officiers du 4° Tirailleurs, pour orner la salle d'honneur du régiment qui venait d’être instituée par décision ministérielle du 1$ mars 1886. Cette salle fut installée au premier étage du long bâtiment de la Kasba qui fait face à l'Est: elle fut aménagée et meublée par la main d'œuvre militaire sous la direction du colonel Vincent, du chef de bataillon Guillaume et du lieutenant Hannezo : les mosaiques furent déposées sur le sol ou appliquées contre les murs ; les menus

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objets antiques furent exposés dans des vitrines fermant à clef. De 1887 à 1902, les colonels Jouneau, Dechizelle, Gætschy, le lieutenant-colonel Monlezun, les commandants Privat, de Lacomble et Guillaume poursuivirent l’œuvre si heureusement commencée ; les recherches archéologiques des officiers du 4° Tirailleurs enrichissent chaque année leur musée de nouvelles trouvailles.

Le Musée de la ville est l’œuvre du conservateur actuel, M. Gouvet, archéologue par tradition de famille autant que par vocation personnelle. Son père appartenait à cette pléiade d’archéologues algériens, trop peu connus, qui de 1840 à 1880, préparèrent et rendirent possible, par leurs recherches et leurs découvertes, l’exploration méthodique de l’Afrique française. Attaché au service de la ville de Constantine en qualité d’architecte-voyer de 18$0 à 1862, il dirigea pour le compte de la municipalité diverses fouilles archéologiques, et découvrit notamment le tombeau de Praecilius. En 1863, pour remplir les fonctions d'ingénieur des Travaux publics de la

il fut envoyé en mission auprès du Gouvernement tunisien

Régence. En 1866, il dirigea le déblaiement des citernes de Bordj- Djedid, à Carthage, etenrichit le Musée du Louvre de diverses inscriptions et d’une statue d'Apollon découvertes au cours de ce travail ; par contre, l’année suivante, c’est au fils du ministre tunisien, Mohammed Khaznadar, investi par le Bey du monopole des fouilles de Carthage, qu'il dut remettre un riche coflret d'argent ciselé, rempli de bijoux précieux, qui fut vendu peu après en Italie et sur lequel nous n'avons pas pu nous procurer d’autres renseignements. En 1869-70, M. Gouvet procéda à la restauration de l’aqueduc de Zaghouan; enfin en 187$, au moment de quitter le service du Gouvernement tunisien, il envoya encore à M. Héron de Villefosse une inscription phénicienne de Carthage, aujourd’hui déposée au Musée du Louvre.

Le jour où il y eut lieu de fonder un musée à Sousse, le fils d'un tel homme se trouvait tout. désigné pour en surveiller

l'organisation.

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Il en forma le premier noyau par le généreux abandon de sa collection particulière, que vinrent augmenter peu à peu les diverses antiquités recueillies au cours des travaux de voirie qu'il dirigeait en qualité d'architecte de la ville et de conducteur des Ponts et Chaussées. Les objets étaient déposés dans une armoire vitrée, placée dans un coin obscur du patio de la municipalité, qui devint bientôt insuffisante.

En 1896, la collection municipale prit subitement une importante extension, grâce à la découverte, faite par M. le capitaine d'artillerie Dupont, sur l'emplacement du nouvel arsenal, d’un remarquable ensemble de mosaïques romaines. M. Robert, viceprésident de la municipalité, eut le mérite d’assurer à la ville de Sousse la possession de ces œuvres d’art, en fournissant à la Direction des Antiquités et Arts, qui ne disposait que de crédits dérisoires, les ressources nécessaires pour les enlever et les remettre en état.

Mais pour exposer ces mosaïques il fallait un local. Où le trouver? Bâtir? L’argent manquait! Par bonheur, précisément à ce moment, la Direction générale des Travaux publics décidait de désaffecter au profit du marché central nouvellement construit, l’ancienne poissonnerie de Sousse, pavillon presque neuf et très clair, fort bien situé, dans la ville française, à proximité du port. On allait démolir ce bâtiment quand, sur notre demande, M. de Fages de Latour, adjoint au Directeur général des Travaux publics, voulut bien l’affecter au Musée et accorder à M. Gouvet un crédit de deux mille francs pour l’approprier -à sa nouvelle destination.

Quelques semaines suffirent pour aménager le local. On le meubla sommairement de vitrines obtenues de la Chambre mixte du Centre par la Direction des Antiquités qui lui offrit en échange deux médaillons en mosaique. Le 1% décembre 1898, le musée municipal de Sousse, officiellement constitué par arrêté du Premier Ministre, après avis conforme du Directeur des Antiquités, était ouvert au public. Il fut solennellement inauguré le 24 avril 1809

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par M. Krantz, ministre des Travaux publics, en présence de MM. Mougeot, sous-secrétaire d'État des Postes et Télégraphes, Legrand, sous-secrétaire d'État de l’Instruction publique, Georges Perrot, membre de l’Institut, représentant l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, René Millet, résident général, Robert, vice-président de la Municipalité de Sousse, Gauckler, directeur des Antiquités et Arts, Gouvet, architecte de la ville de Sousse, conservateur du Musée archéologique ©.

Depuis le jour de linauguration, les collections ont doublé d'importance, étant alimentées par les fouilles de la Direction des Antiquités, par celles de la Municipalité et par de nombreux dons ; presque toutes les acquisitions nouvelles sont restées inédites : il devenait urgent de les publier.

C’est à notre excellent maitre et ami, M. René Cagnat, membre de l’Institut, que nous devons de pouvoir le faire aujourd’hui. C’est lui qui a obtenu, du Ministère de l’Instruction publique, les crédits nécessaires pour ce catalogue, et qui a bien voulu assumer la tâche ingrate de le mener à bien. Nous permettra-t-1l de le remercier ici de ce nouveau service rendu, après tant d’autres, à l'archéologie africaine ?

Sous son active impulsion, il a suffi de quelques mois pour rédiger et imprimer le catalogue. Cependant, malgré la hâte apportée à la publication de ce travail, il nous a été impossible d'y faire entrer plusieurs pièces importantes, tout récemment acquises par le Musée municipal, notamment la mosaique signée en grec par l'artiste T'héodoulos, les statuettes punico-romaines acquises par la Direction des Antiquités à la vente Gandolphe, les jolies figurines données par M. le lieutenant Henry. Avant même d’avoir paru,

notre catalogue n’est déjà plus au courant. Nous nous résignons

(1) M. Georges Perrot à rendu compte de cette à cette occasion par M. Gauckler, directeur des Antiinauguration à l’Académie des Inscriptions, dan

quités et Arts, et par M. Krantz, ministre des Travaux publics, ont été publiés dans le Progrès du Centre du des Inscriptions, 1899, p. 272). Les discours prononcés 25 avril 1899.

séance du 5 mai 1899 (Compées Rendus de l’Acadèm

sans trop de regret à constater ce fait. N'est-ce pas la meilleure preuve que nous puissions donner des incessants progrès des deux musées de Sousse ? L’extrême rapidité avec laquelle ils se développent actuellement suffit à justifier leur création, à démontrer leur utilité : elle nous autorise à bien augurer de leur avenir.

P. GAUCKLER,

Correspondant de l'Institut, Directeur des Antiquités et Arts de Tunisie

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