CÉCILE SAUVAGE I
« les branches d'un tilleul disent des messes basses » et que, des cloches de moutons « versent leurs eaux dolentes » .
Avec quelle sagesse, cette Muse nous dit qu'il faut jouir des minutes de la vie et ne rien désirer au-delà :
Heureux qui met sa chair au soleil et l'y gonfle D'uQ puéril orgueil et d'un sucre deté, Comme l'insecte noir qui butine et qui ronfle.
Elle-même ne veut rien connaître du monde, où « Tamourest cruel » ; elle veut « faire simplement son devoir d'eau courante ». Elle considère Tamour et ses sensualités comme une des fonctions de son être et ne le vêt pas de mysticités compliquées. Cependant, dans cette simplicité, quelle délicatesse de sentiments :
Je pleurerai l'instant vécu loin de tes yeux, La minute d'oubli pour ton âme perdue, L'inconstance d'avoir humé le vent joyeux, D'avoir, en regardant une abeille quêteuse,
Ri sans me souvenir que tu n'étais pas là;
Car pour toi je me veux aussi pure et fermée Qu'une étoile de lait qui sur la nuit descend.
Mais voici que dans la dernière partie de son volume : l'Ame en bourgeon, la poétesse, fructifiée par l'amour, se penche vers le mystère qu'elle porte en son giron. Il y a dans ces aveux d'une femme une belle sensualité animale, et jamais peut-être les secrètes sensations de la maternité n'avaient été exprimées avec cette sincérité. Je regarde, « avec un œil gros d'infini », dit-elle,
Grouiller dans mon giron les graines de la vie Et des chapelets d'œufs ceindre mon flanc béni.
Puis s'adressant à cette enfant qui dort en elle :
Autour de toi ma vie est une chaude laine
Où tes membres frileux poussent dans le secret.
Je suis autour de toi comme l'amande verte
CECM.C S Al VAGK
Oui ferme son écrin sur l'amandon laiteux.
La larme qui me monte aux yeux, tu la connais, Elle a le goût profond de mon sang sur tes lèvres.
Je vois tes bras monter jusqu'à ma nuit obscure Comme pour caresser ce que j'ai d'ignoré.
Ecoute, maintenant que tu m'entends en cor, Imprime dans mon sein ta bouche puérile, Réponds à mon amour avec ta chair docile : Quel autre enlacement me paraîtra plus fort ?
Plus tard, ajoute-t-elle, je me souviendrai des
temps où j'étais avec toi, « lorsque nous étions
deux à jouer dans mon âme ».
Ouvre d'abord les yeux à mon doux crépuscule, Prépare-les longtemps à l'éclat du soleil ; Vole dans mes jardins, léger comme une bulle, Afin de ne pas trop t'étonner au réveil.
L'enfant naît ; la mère nous dit sqp. émotion
et sa douleur :
Te voilà hors de l'alvéole.
Petite abeille de ma chair ;
202 MUSES D AUJ0Ui\O HUI
Je suis la ruche sans parole Dont Tessaim est parti dans l'air.
Vois-tu, je suis vide et suis soûle Comme une jonque sans rameur.
Tu n'es plus tout à moi. Ta tête Réfléchit déjà d'autres cieux Et c'est l'ombre de la tempête Qui déjà monte dans tes yeux.
Et tandis qu'elle reg'arde les yeux de son enfant encore pleins de son ombre, elle se trouve « petite et l'âme retombée ».
Une grande sensualité fraîche se dég-age de cette poésie, qui plonge ses racines dans la terre, comme un arbre: elle nous apporte, dans son souffle rythmé, l'élan spontané d'un être jeune et sain qui veut vivre et ne se refuse à aucune des sensations de la vie. Ce recueil de vers simples, nets, et cependant d'une belle lan-