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Muséum parisien

e lion! — Que ce titre ne vous effraie pas! — Si nous nous posons comme le continuateur de M. de Bufïon, c’est uniquement sous le point de vue littéraire, et nullement animal.

Depuis quelque temps les bêtes sont devenues fort à la mode : — nous vous prions de croire qu’il n’y a dans ces paroles aucune allusion déplacée! — Non contentes d’envahir le théâtre , les bêtes ont encore envahi le dictionnaire de F Académie-Française, et ont

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imposé leur nom à une foule de classes de la société.

A tout seigneur tout honneur ! Commençons par le roi des animaux, par ce terrible quadrupède qui n’a encore consenti à reconnaître que deux maîtres depuis la création du monde , — à savoir, feu Androclès et M. Yan-Amburg.

Vous n ignorez pas, sans doute, ce que c’est qu’un Lion , — nous parlons du Lion parisien; — vous n’êtes pas sans l’avoir admiré nombre de fois , non pas dans une cage du Jardin des Plantes, mais dans une loge grillée de F Opéra ou des Italiens. — Jadis, ces héros de la mode , ces grands hommes qui font autorité en matière de nœud de cravate , de talons de bottes et de coupe de cheveux, se nommaient dandys, incroyables, muscadins ou gants-jaunes; mais aujourd’hui, par un nouveau caprice, ils ont tenu à s’affubler d’un nom emprunté à l’histoire naturelle, et ils s’offrent à l’admiration de leurs contemporains sous le nom de Lions, — ce qui ne veut pas dire qu’ils se regardent comme les rois des animaux.

Le Lion parisien possède, comme son homonyme du désert africain, une magnifique crinière tombant en boucles ondoyantes et quelquefois même rutilantes. — Comme son modèle du mont Atlas, le Lion de la rue du Mont-Blanc aime beaucoup à se promener nonchalamment au soleil, à Paris, et, embusqué derrière un candélabre du boulevard de Gand, ce Lion dévorant guette sans cesse quelque timide Panthère qui s’enfuit à la manière de la bergère Amaryllis, c’est-à-dire en tournant à chaque instant la tête pour voir si on la suit.

LE LION

Du resle , le Lion bipède a sur le lion quadrupède le grand avantage de faire ses ongles, de porter un chapeau-Gibus, et de fumer quarante-trois cigares par jour. — Nous offrons à nos lecteurs le portrait du Lion enveloppé d’un vaste paletot entièrement noisette , à l’instar de la girafe du Jardin des Plantes, qui, pendant F hiver, se couvre d’un immense gilet de flanelle. — L’artiste a dessiné ce Lion au moment où il accoste une Panthère qui n’a pas la prudence de s’enfuir; il est vrai qu elle n’a pas grand’ chose à craindre.

Le Lion parisien ne vit pas rien que de cigares, il

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mange aussi considérablement d’oncles, de tantes, de cousins, etc., etc., c’est-à-dire qu’il dévore les excellents héritages que ces bons parents veulent bien lui laisser. — Heureusement que le Code civil a expressément défendu au neveu de vendre la peau de Fours , je veux dire l’héritage de son oncle, avant qu’il ne soit mort, bien mort, très -mort; car, sans cela, le Lion affamé dévorerait son malheureux parent tout vivant.

Quand on est obligé, dans l’espace de vingt-quatre heures, de faire trois toilettes, et de fumer quarante-trois cigares , il est bien difficile de trouver du temps pour lire, écrire ou faire de la musique : aussi le Lion ne connaît-il que la littérature du Journal des Modes , et, en fait de question d’Orient ou de question des sucres , il n’est guère au courant que de la question des gilets à fleurs ou de la question des pantalons nankin. — Par exemple , cinq à six fois par mois le lion se livre à une grave occupation, il travaille avec son tailleur ! — Ce n’est pas une petite chose que d’inventer une nouvelle manière d’arrondir les basques d’un habit, et de savoir si le pantalon dessinera la forme du mollet, — quand on a dn mollet; — car il s’agit de briller sur l’asphalte du boulevard de Garni , celte promenade étant l’occupation journalière du Lion.

11 va sans dire que lorsqu’il se promène à pied il a toujours des éperons prodigieusement longs. — Cf est gênant, mais très-bien porté. — -En revanche, il a soin de les ôter quand par hasard il monte à cheval.

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Il est cependant une époque de T année où le Lion, au lieu de se revêtir de ses plus beaux atours, se donne autant de peine pour s’habiller d’une façon ignoble, que le reste du temps il se donne de mal pour se pommader, se cirer, se lustrer. — Nous voulons parler du carnaval. — En fait de travestissements de carnaval, ce que l’on peut inventer de plus sale est, aujourd’hui, le costume le mieux porté. Nous ne nous plaignons pas d’avoir vu disparaître des bals masqués le Turc, le Castillan , le Polichinelle ou l’Arlequin; mais, franchement, n’aurait-il pas été possible d’imaginer quel-

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que chose de meilleur goût que le costume ci-dessous ?

Qui reconnaîtrait 7 sous ces haillons, le brillant cavalier que l’on a rencontré le matin au bois de Boulogne? — Qui se douterait que ce chapeau crasseux couvre des cheveux frisés et parfumés par Michalon? —Qui croirait jamais que cet œil poché et mis à bleu comme un brochet est habitué à lorgner Fanny Elss- Ser à l aide d’un binocle en écaille? — Rien n’est plus vrai pourtant; ce monsieur, qui semble échappé du bagne de Toulon ou de Rochefort, nous représente le Lion en goguette. — Feu Salomon avait bien raison d’écrire dans sa collection de Proverbes que tous les goûts sont dans la nature!

Quand le Lion ne se déguise pas à l aide du costume pittoresque et classique offert ci-dessus, i! se compose

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un costume historique emprunté à tous les âges et a tous les peuples. — Faites place au danseur qui va figurer au quadrille Chicard !

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Mais, hélas ! pourquoi faut-il que tout finisse par s’user dans la nature, les paletots d’Huinann en drap pilote comme les* héritages les plus étoffés, les billets de mille francs comme les habits vert-pomme ! — Un beau matin, en se réveillant sous une table après une orgie fort andalouse, le Lion s’aperçoit que de ses trente mille francs de rente il lui reste un cigare à moitié brûlé. — On ne peut pas aller loin avec cela, me direz-vous; et pourtant ce fragment de cigare conduit notre malheureux Lion plus loin qu’il ne le croyait, car le possesseur de ce fragment de havane n’a pas achevé les dernières bouffées de ce débris de fortune, qu’il se trouve arrivé au beau milieu du monument national nommé hôtel Clichy , — vaste cage où sont enfermés tous les Lions poursuivis et attrapés par les Arabes de Paris.

Si le prisonnier est assez heureux pour n’avoir pas mangé tous ses oncles, après une captivité de deux ou trois ans il revoit enfin la lumière. — Grâce à un héritage il paie ses dettes, et, arrivé à l’âge de quarante ans, il songe à faire une fin en offrant â une jeune fille de dix-sept ans son cœur, sa main et pas mal de rhumatismes.

La pauvre jeune fille , obéissant aux ordres de ses parents, épouse le vieux Lion délabré, et après quelques mois de mariage elle s’aperçoit qu’elle a embrassé la profession de garde-malade.

Or, ce genre d’occupation est bien peu fait pour plaire, même â dix-huit ans, et quand on avait rêvé pour mari un joli jeune homme ayant de grands

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yeux noirs, de petites moustaches blondes, et pas de rhumatismes.

Le vieux restant de Lion passe ses journées dans un fauteuil à la Voltaire, se fait lire le Journal des Débats , prend cinq laits de poule, et dans ses moments perdus fait de la morale h ses coquins de neveux.

Que vous dirai-je enfin ? — On a même vu de ces vieux Lions occuper leurs vieux loisirs à pêcher à la ligne , et à donner une instruction plus que primaire à de jeunes caniches.

LA LIONNE

ne société quelconque, à Paris ou dans la province, compte toujours au moins une Lionne qui donne le ton, qui fait la mode, qui est le point de mire des lorgnons de tous les jeunes gens, des médisances et des petites méchancetés de toutes les femmes. — Pour prétendre au litre de Lionne, il faut être jolie, élégante, riche et coquette; — si à ces qualités indispensables on peut joindre de l’esprit, tout est pour le mieux, et l’on se trouve une Lionne accomplie. — 11 faut même qu’une Lionne ait excessivement peu d’esprit pour que les nombreux admirateurs qui composent sa cour habituelle ne lui en trouvent pas prodigieusement et ne répètent pas ses bons mois avec l’enthousiasme et l’admiration qui sont l’apanage de tous les courtisans du monde, même quand le bon mot du prince ou de

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