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Beecham (Thomas). Chef d'orchestre anglais. Né en

Après les Naujrageurs, miss Smyth publia des compositions d’une importance moindre et dont la meilleure est une ballade chorale : Iley nonny no , refrain sans aucun sens précis sur un poème anonyme Elisabéthin 4 . Le compositeur a pris pour épigraphe de son œuvre les deux vers

Sied-t-il bien de danser et chanter Lorsque les cloches de la Mort résonnent?

et en a fait le thème d’une Danse macabre en forme de chœur écrite avec une ingéniosité remarquable et qui suggère l’idée grotesque et terrible que l’on avait de la mort au moyen-âge. Miss Smyth a composé aussi dans ces derniers temps une série chorale sur le sujet de l’émancipation de la femme. La Marche des Jemmes qui est devenue la Marseillaise adoptée par le parti du suffrage de la femme en Angleterre est chantée avec enthousiasme dans tous meetings des suffragettes du Royaume-Uni.

En juin 1910, l’Université de Durham 2 a conféré à miss Smyth le grade de docteur en musique, ce qui prouve que, même dans son pays natal, son talent musical est apprécié à sa réelle valeur. En Allemagne, elle jouit aussi d’une réputation artistique justement méritée.

Je remercie sincèrement la Revue du Temps Présent de l’accueil bienveillant fait à cet article, et je suis heureux de pouvoir ainsi faire connaître une artiste

1. Elisabéthin. Poème produit au temps de la reine Elisabeth, fille de Henri Vlll d’Angleterre et d’Anne de Boleyn (i533-i6o3).

a. Durham. Ville chef-lieu du comté de Durham, sur la rivière Tees.

ETHEL SMYTH

de haute valeur à ses confrères musiciens français. Je suis convaincu que les compatriotes de madame Augusta Holmès porteront un sympathique intérêt à la carrière de cette autre femme compositeur à qui son talent et sa force de volonté ont permis de franchir avec éclat la limite réservée à son sexe.

FREDERIC DELIUS

L’Art n’a pas de patrie, suivant un dicton répandu, et il est remarquable qu’au fur et à mesure qu’un siècle succède à un autre, les distinctions de contrée et de race s’effacent de plus en plus pendant que le caractère propre de chaque nation tend à disparaître dans un large cosmopolitisme.

11 est permis d’ajouter foi au temps futur où le monde de l’Art étant devenu une vaste république, le musicien parlera au musicien, le peintre au peintre et le sculpteur au sculpteur sans aucune entrave du préjugé national qui, à notre époque, empêche le développement entier de la civilisation. Si, à présent, nous sommes loin de ce commerce intellectuel hautement désirable nous pouvons découvrir dans la personnalité de Frédéric Delius 1 l’artiste cosmopolite de l’avenir.

Delius, né en Angleterre de parents allemands, a passé la plus grande partie de sa vie artistique en France. Nous avons coutume de le regarder comme

i. Délias (Frédéric). Compositeur de musique. Né à Bradford, dans le comté d’York, en Angleterre, en i 863 , de parents allemands. Réside à Grez-sur-Loiug, en France. A épousé Jelka Rosen, peintre de talent.

FRÉDÉRIC DELIUS

un compatriote et il nous paie de retour en considérant l’Angleterre comme un pays d’adoption. Mais, si on analyse son tempérament d’artiste il faut reconnaître qu’il est par-dessus tout citoyen du monde entier. Sa musique n’a pas un caractère de particularité nationale ; elle ne connaît aucune frontière. Elle parle avec une égale force de sincérité à tout auditeur français, allemand ou anglais. Je ne doute pas que là soit la véritable raison de la difficulté éprouvée au début par Dclius pour trouver un auditoire à ses œuvres de meme qu’il est certain que là est contenu le germe vigoureux de son triomphe définitif.

Frédéric Delius est né en i 863 à Bradford, ville industrielle parmi les plus importantes du comte d’York où ses parents s’étaient établis. Sa vocation musicale se révéla de bonne heure et, dès sa première jeunesse, il était un excellent exécutant sur le violon. Mais sa famille le destinait à la carrière du commerce et il était obligé de ne s’occuper de la musique que comme un délassement à ses études sérieuses. Loin d’accepter le sort qui lui était échu, chaque année il devenait de plus en plus dégoûté de la vie des affaires et, à peine âgé de vingt ans, il quitta l’Angleterre pour aller s’établir aux État-Unis dans la Floride, comme planteur d’orangers. Là, dans une solitude choisie Delius pouvait consacrer à la musique ses heures de loisir. En Floride, il n’existait ni Conservatoire, ni Académie, de sorte que son éducation musicale se poursuivit sans l’aide de professeur. Il lisait avec ardeur tous les livres de théorie de la musique qu’il

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pouvait se procurer et se livrait avec une fervente assiduité à l’étude des chefs-d’œuvre des grands maîtres.

Après un séjour de plusieurs années en Floride, Delius revient en Europe. Il entre au Conservatoire de Leipzig, en Saxe, où il étudie sous la direction de Jadassohn 1 et de Cari Reinecke 2 . Toutefois son goût instinctif se révoltait contre les règles académiques qui, à cette époque, étaient inflexibles dans cette forteresse de l’art classique, et il est à craindre qu’il ait peu profité de l’instruction savante qu’il y reçut. A Leipzig il rencontra le compositeur norvégien Grieg 3 dont le génie romantique, — si indépendant à l’égard de la tradition scolastique — fit sur lui une forte impression. Il est certain qu’il profita beaucoup plus de la fréquentation de ce maître que des leçons méritoires des pundits professeurs allemands, car, l’influence de Grieg se retrouve dans un grand nombre de ses premières œuvres.

En l’année 1890 Delius prit sa résidence en France qu’il a conservée depuis lors, d’abord à Paris, puis à Grez-sur-Loing 4 , charmant village de Seine-et-Marne. Ses premières compositions publiées datent de cette époque. Sa Légende pour violon avec accompagnement d’orchestre, écrite en 1892, fut suivie d’une fan-

1. Jadassohn (Salomon). Compositeur de musique et pianiste prussien. Né à Breslau, en i 83 i ; mort à Leipzig, en 1902. Elève de Liszt et de Hauptmann.

2. Reinecke (Cari). Compositeur de musique et chef d’orchestre allemand. Né à Altona (Holstein prussien), en 1824 ; mort à Leipzig, en 1910.

3 . Grieg (Edward). Compositeur de musique norvégien, à Bergen (1 843 - 1907). Elève de Richter, Reinecke et Gade.

4 . Grez-sar-Loing , petit village du canton de Nemours, près de Fontainebleau, département de Seine-et-Marne, sur la rivière du Loing.

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taisie-ouverture pour orchestre Over the hills and Jar away 1 , Au-delà des Collines (1893) et d'un Concerto pour pianoforte en ut mineur avec accompagnement d’orchestre (1897) il a d’ailleurs revu et récrit plus tard entièrement. Delius faisait l’épreuve, comme beaucoup d’autres compositeurs avant lui, que si écrire de la musique est une chose, la faire jouer en est une autre. Il avait alors acquis la technique de son art et n’éprouvait aucune difficulté pour donner à ses idées l’expression musicale. Son isolement lui rendait toutefois difficile la réunion d’un auditoire qui aurait pu l’apprécier ; ses manuscrits passaient en vain d’un chef d’orchestre à un autre. Nulle part il ne rencontrait la sympathie, ni une intelligence capable de Je comprendre et de s’intéresser à son inspiration.

Il était à plusieurs égards en avance sur son temps. Instruit dans son art avec indépendance, Delius avait des théories particulières sur l’harmonie et l’orchestration qui étaient en opposition avec l’enseignement académique. La hardiesse de ses idées et sa désinvolture à l’égard des conventions régnantes le mettaient dans une posture désavantageuse et, de toutes parts, ne lui rapportaient que rebuffades et déception. Enfin, il parvint à trouver heureusement dans Dr Haym, chef de la Musique de la ville d’Elberfeld, en Westplialie, un ami éclairé qui devait rendre un service signalé à sa cause.

En 1897, Haym fit exécuter Over the hills à un con-

x. Ueber die Berge .

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cert municipal d’Elberfeld. Le résultat fut inattendu. L'auditoire écouta avec surprise, puis avec un croissant intérêt une musique si différente en chaque détail de celle à laquelle il était habitué. Mais ceux qui présidaient aux destinées artistiques de la ville étaient moins aisés à persuader. Le lendemain de l'audition Ilaym mandé devant le conseil de la cité fut invité, sous peine de révocation immédiate, à ne plus exécuter à l’avenir une musique d’un caractère si révolutionnaire. Il est superflu de dire que cette menace ne diminua en aucune façon l’ardeur de Dr Ilaym dans sa propagande de prosélyte. Il réussit bientôt à obtenir des autorités le retrait de la décision prise au sujet de Delius et à faire partager à une partie de la société musicale de la ville un enthousiasme convaincu pour sa musique. Désormais, le compositeur était assuré d’un accueil favorable à Elberfeld et peu de temps après le Conseil de la ville même devait reconnaître son mérite.

Pendant ce temps Delius conquérait la notoriété, sinon la célébrité sur un autre terrain. Grâce à l’inlluence d’Edward Grieg il était présenté au dramaturge norvégien Gunnar Heiberg 1 qui l’invita à écrire la musique d’entr’acte de sa pièce politique Folkeraadet , rAssemblée populaire . Représenté à Christiania en 1897, ce drame fut l’occasion de scènes de désordre et donna lieu à de nombreuses protestations dans une partie du public. La musique écrite par Delius ne lit qu’accroî-

1. Heiberg (Gunnar). Auteur dramatique norvégien. Né en iSb'j.

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tre la colère de l’opposition. Sa glorification ironique, en particulier, de l’hymne national norvégien fut sévèrement critiquée et surexcita le sentiment populaire à un tel degré qu’à une représentation de l’œuvre dramatique un assistant dans le public tira plusieurs coups de revolver sur le compositeur lorsqu’il parut sur la scène, mais, heureusement sans autre résultat qu’une attaque de nerfs produite par la frayeur chez quelques dames présentes.

L’accueil orageux fait à sa musique n’avait pas eu pour effet de décourager le compositeur qui continuait de travailler avec une ardeur inlassable dans sa retraite paisible de Grez-sur-Loing. En 1896-97 il écrit l’opéra Koanga, tiré d’un roman de G. W. Cable’ ayant pour titre The Grandissimes, Les Grandissimes, et qui est un large tableau réaliste de la vie nègre dans les états du sud de la république américaine. De 1898 à 1900 il s’occupe exclusivement de la composition de deux grands poèmes symphoniques : Lije's Dance 1 2 , la Ronde de la Vie (1898) et Paris, Ein Nachtstiick, Paris, Impressions de nuit (1899). Delius devait encore attendre plusieurs années avant que ces œuvres fussent exécutées et il sut employer ce retard à gagner de nouveaux amis en Allemagne. L’active propagande si intelligemment menée en sa faveur par Dr Havm à Elberfeld lui avait conquis des disciples dévoués dont les plus

1. Cable (Georges Washington). Romancier américain. Né à la Nouvelle- Orléans ( Louisiane ), en 1844. Son roman les Grandissimes porte le nom d’une famille de cé pays.

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