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Sonate en la mineur , op

2. Manns (Auguste). Chef d’orchestre prussien (1825-1907). Né à Stolzenberg, près de Stettin.

ETHEL SMYTH

anglais compositeurs de musique, fit exécuter sa Sérénade en ré pour orchestre en quatre parties aux célèbres concerts du Cryslal Palace 1 2 et, en octobre suivant, son ouverture Antony and Cleopatra , Antoine et Cléopâtre qui plus tard fut reprise à l’un des concerts symphoniques de M. Henschel*. Ces deux compositions tirent une impression profonde sur un auditoire attentif et dès lors on comprit qu’Ethel Smyth était un compositeur de qui il était possible d’attendre de grandes œuvres.

Miss Smyth avait fixé sa demeure près de AVoking 3 , dans un cottage situé au milieu de landes sauvages qui donnent un caractère si pittoresque à cette partie du comté de Surrey. A proximité de ce séjour se trouve Farnborough-Hill 4 , résidence de l’ex-impératrice Eugénie 5 qui, à cause de son veuvage, mène une existence très retirée, mais porte encore un vif intérêt au monde des lettres et des arts. Miss Smyth fut présentée à l’ex-impératrice qui fut séduite à la fois par l’originalité et le talent de sa jeune voisine et voulut porter un grand intérêt à sa carrière artistique. C’est grâce à sa puissante influence et à son

1. Crystal Palace, Palais de Cristal t situé à Sydenham sur les hauteurs de Penge. Construit en i 85 a avec les matériaux du Palais de l’Exposition universelle d’Hyde Park, à Londres.

2. Henschel (Georges). Compositeur de musique et chanteur allemand. Né à Breslau, Silésie, le 18 février i 85 o.

3. Woking, ville du comté de Surrey, à 39 kilomètres de Londres dont il est une des nécropoles principales.

h. Farnborough-Hill , village du comté de Surrey, à 5 a kilomètres de Londres.

5 . Eugénie de Montijo , comtesse de Téba, veuve de l’empereur Napoléon 111 (1873). Née de parents espagnols.

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amitié que l’exécution de la Messe solennelle 1 2 composée par Ethel Smyth eut lieu à Albert Hall \ à Londres, en janvier 1893. Cette Messe en re chantée avec un grand éclat fut une ceremonie musicale imposante. L’ex-impératrice avec sa bienveillance gracieuse avait su attirer l’attention de la reine Victoria sur sa jeune et talentueuse amie et obtenu que l’exécution de l’œuvre serait placée sous le patronage royal. Les chœurs et l’orchestre comptaient un millier d’exécutants et les solistes avaient été choisis parmi les plus célèbres chanteurs de l’Angleterre. L’auditoire réunit une assemblée considérable et l’eximpératrice Eugénie, qui fréquentait rarement les spectacles publics, voulut sortir de sa réserve ordinaire pour assister dans une loge privée à la solennité.

La Messe obtint un concert unanime d’éloges. Mais, telle était à cette époque l’attitude générale et caractéristique de l’opinion envers les œuvres de la femme que plusieurs critiques, discutant le talent de miss Smyth, crurent devoir la blâmer de rompre en visière par sa superbe largeur d’inspiration avec l’ombrageuse hégémonie masculine. Il lui était conseillé d’une façon amicale de restreindre son génie naissant aux limites ordinaires réservées à son sexe. D’autres, en revanche, d’un esprit plus libre envers la convention régnante, complimentaient la jeune musicienne pour la force virile développée dans son œuvre de facture

1. La Messe solennelle était seulement signée des initiales E. M. de son au tour.

2. Albert Hall , salle de concert près de Hyde Park, à Londres.

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magistrale et saluaient en miss Smyth non seulement le premier compositeur femme du monde entier, mais un compétiteur redoutable pour les musiciens mâles trop exclusifs de son pays natal.

Sa Messe est, il faut le dire en toute sincérité, une œuvre remarquable. Par son style large et ses élans sublimes elle rappelle la Messe solennelle 4 de Beethoven qui, de toute évidence, est le modèle que miss Smyth s’était imposé. A certains passages, il est vrai, pour suivre le maître on devine que le disciple a dû donner toute sa llamme ; mais, dans l’ensemble, l’apparence de l’eflort est rarement appréciable. Plusieurs morceaux d’une importance secondaire ont une mélodie agréable et une émotion expressive, notamment le Benedictas pour voix de femmes, suggestion du style de Gounod peut-être due à l’heureuse influence de sa puissante protectrice.

Miss Smyth devait bientôt tourner son attention vers l’opéra et la suite de sa carrière en très grande part est dès lors vouée à la composition d’ouvrages dramatiques. Son premier opéra Fanlasio est une adaptation libre en deux actes de la comédie d’Alfred de Musset 2 , et dont elle a écrit elle-même le livret en allemand. Représenté à Weimar, en 1898, il fut repris à Carlsruhe sous la direction du célèbre Félix Mottl 3 , en 1901.

De Fanlasio je ne connais rien que par la lecture.

i. Messe solennelle en ré. Op. ia 3 (i8aa).

3 . Musset (Alfred de), poète français (1810-1857). Fantasio (1866).

a. Mottl (Félix). Chef d’orchestre autrichien. Né à Unter Saint-Veit, près Vienne (1856-1911).

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L’œuvre n’a pas été représentée en Angleterre et il est difficile de retenir une impression définie de la partition exécutée au piano. Cependant, il m’a paru que le livret n’est pas très habilement charpenté et que la musique manque de la souplesse qu’on est en droit d’attendre d’un pareil sujet. Miss Smyth, du reste, a l’esprit trop sérieux pour avoir éprouvé une vive sympathie pour l’œuvre du poète français.

Fantasio fut suivi d’un opéra en un acte The Forest , la Foret , dont le livret, écrit aussi en allemand, est dû à la collaboration de miss Smyth avec Henry Brewster, poète ami actuellement défunt. La Forêt représentée pour la première fois à Berlin, Der Wald , en 1901, sous la direction du célèbre chef d’orchestre Muck 1 , puis dans d’autres villes de l’Allemagne, a été donnée aussi au théâtre de Covent Garden, à Londres, le 18 juillet 1902, et au Metropolitan Opéra Uouse, à New-York, en 1903.

Le sujet de la Forêt, qui se passe au moyen-âge, est touffu et dramatique. Un jeune bûcheron Jleinrich aime Roschen (Rosette), fille de Peter, garde de la forêt. La veille de leur hymen, le jeune fiancé a la malchance d’attirer l’attention luxurieuse d’Iolanthe, courtisane de Rudolf, landgrave et seigneur suzerain du pays. Heinrich repousse avec indignation les avances de cette femme qui, par ressentiment et pour le punir de sa résistance, ordonne à ses serviteurs de le poignarder. Telle est dans sa simplicité

1. Muck ( Knrl ). Chef d’orchestre allemand. Né à Darmstadt (Grand- Duché de Hesse-Darmstadt), en 1859.

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l’esquisse du drame. Mais, la réelle valeur de l’œuvre réside dans le cadre si poétique et imaginatif, de dimension grandiose, dans lequel se déroule une action rapide. Derrière la misérable passion humaine apparaît la solitude imposante de la forêt, la pure nature dans le sein de laquelle toute créature terrestre égrène la brièveté de son existence avant de tomber dans l’éternel oubli. La Forêt est elle-même le protagoniste du drame lyrique chanté par miss Smyth, comme la cathédrale est l’acteur héroïque de Notre- Dame de Paris , de Victor Hugo 4 , ou, pour prendre un exemple dans notre littérature nationale, comme la Tamise est l’âme du roman de Charles Dickens 8 Oar mutual jriend , l'Ami commun.

L’amour humain qui repose au fond de l’action semble être absorbé par l’étreinte puissante de la forêt demeurée vierge, et la cause déterminante de ce drame sanglant en face de la nature verte est apprêtée par la scène du prologue. Du réduit sombre et profond d’un bois sacré, au cœur de la grande solitude, séjour de faunes et de satyres, de dryades et de nymphes, se font entendre des accents mystérieux dans la demi-clarté crépusculaire qui précède un jour riant. Chaque scène de l’opéra se ressent de cette influence étrange et surnaturelle jusqu’à ce que, enfin, les voix répandues entonnent dans la nuit d’une tristesse calme un chant élégiaque et funèbre pour les amants infortunés réunis par la mort.

». Victor Hugo , poète français (i 8 oa-i 885 ). Notre-Dame de Paris (i 83 1).

2. Dickens (Charles), romancier anglais (1812-1870). Our Mutual Friend (» 863 ).

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L’œuvre lyrique de miss Smyth possède l’unité de sentiment. La voix puissante de la forêt donne sa tonalité à la partition entière. Mais le compositeur est-il parvenu à décrire musicalement la conception de la superbe idéalité sur laquelle repose le livret ? Je ne puis le reconnaître, pour ma part, sans l’élever au rang de Richard Wagner, le seul musicien de notre temps qui a réussi à traiter une idée poétique de ce genre. Je me bornerai à dire que la musique de miss Smyth a un caractère particulier de romantisme qui la fait classer parmi les compositeurs jouissant d’une forte personnalité. Cette qualité une fois reconnue, la note qui domine dans La Forêt est une vigueur dramatique intense. Malgré une excusable inexpérience, miss Smyth a prouvé qu’elle possédait l’instinct naturel du théâtre. Sa musique répand sur l’action qu’elle soutient une délicieuse clarté d’expression qui, d’ordinaire, ne s’acquiert entière que par une longue pratique. Le mystère symbolique de la forêt séculaire est traduit avec un art extrême dans la scène du prologue et, si le chœur des sylvains fait penser à J. Brahms, le souvenir du maître aimé n’est pas ce qui donne à ce morceau sa moindre valeur. Lorsque les Esprits de la forêt font place aux êtres humains, on sent que la musique revêt un caractère plus positif. Le chœur des paysans plein de verdeur et de brio, les chants du forestier Peter et du nomade sont en leur genre admirables. Le cor d’Iolanthe résonnant dans le lointain, qui voile comme d’une ombre sinistre la gaîté des villageois réunis, produit

un effet musical d’une intensité remarquable. Puis vient la scène lyrique la plus exquise de l’œuvre, le duo d’amour entre Heinrich et Roschen, inspiration d’une superbe beauté qui, par une gradation d’une largeur et d’une dignité pleines de noblesse, s’élève à l’invocation de la Forêt 1 :

O Forêt sacrée, entends nos voix.

Du mal près de nous sauve ton sang.

Veille sur nous confiants,

Abrités sous ta voûte.

O mère, ta verte nature Inspire un grand amour.

Un éternel et tendre amour I Compagne de notre enfance et de nos jeux,

Nous implorons ton égide tutélaire.

Que ton charme aide à guider nos cœurs !

Ombrage chéri et sûr.

Du péril caché garde-nous.

Forêt, protège tes enfants l

Celte musique possède une force irrésistible d’émotion, et la seule critique qui puisse être faite est que ces amants ont peut-être un accent trop héroïque pour leur rusticité. L’entrée d’Iolanthe ingénieusement amenée précède le duo de la séduction d’Heinrich, qui est un morceau d’une couleur remarquable. La scène qui suit entre Iolanthe et le jaloux Rudolf est le point faible de l’opéra et pouvait être supprimée sans dommage 2 . Le landgrave est un personnage qui n'ajoute rien à l’intérêt du drame. Après que Heinrich a repoussé les avances d’Iolanthe, l’action est au sommet de sa gradation émouvante et ne peut plus

i. Scène IV.

a. Scène VI.

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s’attarder à des détails superllus. La scène finale en forme d’épilogue a permis à miss Smyth de déployer des qualités supérieures. La musique au contour enveloppant supplée à une situation où la mort domine, et l’œuvre se termine par une évocation, dans le décor crépusculaire et de sombre verdure du prologue, rendue sublime par l’hymne mystique des Esprits de la forêt.

Cette analyse rapide suffira, je l’espère, à convaincre le lecteur des très remarquables qualités de l’opéra de miss Smyth. La sève dramatique du livret et la male vigueur de la musique ont été un sujet de surprise pour ceux qui ne voulaient attendre d’un compositeur femme qu’un badinage lyrique sans conséquence et plein de mièvre sentimentalité. Dans la Forêt , miss Smyth s’est élevée beaucoup au-dessus de cette crainte de faiblesse ou d’imperfection de son sexe. Elle a réussi à prouver qu’en musique la femme est capable de rivaliser avec le sexe mâle, même dans l’une des formes les plus sublimes et les plus exigeantes de correction de cet art.

Son opéra The Wreckers , les Naujrageurs , de l avis de nombreux critiques, a toutefois une valeur d’inspiration plus grande. La collaboration de miss Smyth avec son ami Henry Brewster devait produire une nouvelle œuvre pleine d’attrait pittoresque. L’action se passe au dix-huitième siècle sur les côtes rocailleuses de la Cornouaille, contrée aride et sauvage dont les habitants conservèrent longtemps la barbarie primitive. Nous sommes au temps où leur conversion au

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méthodisme par John Wesley 1 est de date récente et où la plupart vivent encore des rapines de mer, regardant le navire qui se perd sur leur côte hérissée de rochers comme abandonné par la providence bienveillante.

Seule au milieu de la horde sauvage de ces pillards de mer, Thirza, la jeune épouse du pasteur Pascoe, a eu le courage d’élever la voix contre l’horrible inhumanité des fidèles clients de son époux. La cruauté et l’hypocrisie qui l’entourent ont éteint peu à peu son affection conjugale et elle recherche une aimable consolation dans le jeune pêcheur Mark. Mais ce dernier est aimé en secret par Avis, jeune fille du village dont la jalousie est éveillée dès qu’elle soupçonne ces relations sacrilèges. Les deux amants veulent avertir par un signal de feu les navires convoités en perdition. Avis, qui a connaissance de ce plan, les dénonce aux habitants de la côte. La trahison de Thyrza et de Mark est découverte et tous deux sont condamnés par la terrible loi du lynch en usage dans le pays de Cornouailles à être emmurés vivants dans l’excavation d’un rocher que le tlux de la mer doit submerger.

Ainsi que pour La Forêt l’intérêt dramatique des Naufrageurs réside moins dans le drame lui-même que dans le cadre qui l’entoure et lui donne un si

i. Wesley (John). (1703-1791). Né à Epworth, comté de Lincoln; mort à Londres. Célèbre réformateur protestant anglais. Fondateur de la secte évangélique nombreuse en Angleterre appelée Société des Méthodistes , qui commença en Ecosse en 1720. Cette secte a pour doctrine pratique de s’abstenir de toute règle morale, methodus vitæ , et de s’abandonner à l’inspiration du moment.

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puissant relief. Miss Smyth a fait un tableau étrangement saisissant de cette côte sauvage de la Cornouailles sans cesse battue par la tempête et telle qu’elle était autrefois, complice inconsciente de la barbarie humaine. Le pivot moral de l’opéra est le prêche qui réunit dans une soumission déférente les pillards méthodistes, curieux mélange de piété vive et de froide férocité qui donne une si particulière saveur à la psychologie du drame. Les personnages — sauf la figure sèche de la vindicative Avis — sont dessinés d’une manière un peu hésitante et incertaine ; mais, le milieu dans lequel tous se meuvent est peint sous une ligne magistrale. La voix mugissante de l’océan semble être le thème grave de la partition de miss Smyth et le vent qui déchaîne la tempête se retrouve dans le souille puissant qui anime chaque scène de l’opéra.

Admirable aussi est l’art avec lequel les sombres passions de cette sanguinaire population de pêcheurs de la Cornouailles sont traduites par la musique. Leurs instantes prières pour obtenir une mer en courroux, leurs sentiments à l’égard des victimes dont le sacrifice peut rendre favorable la divinité adorée, la fureur soulevée par la trahison de Mark et de Thyrza sont décrits avec une animation et une vigueur hors de pair. Le dessin du caractère des personnages, comme je l’ai dit, est d’un trait moins fouillé. L’homélie incessante du pasteur gardien de la foi fatigue l’auditeur. Malgré sa jeunesse Thyrza n’inspire pas la sympathie et son amant Mark a plutôt

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une figure indécise. Mais le duo du second acte et surtout la scène du signal de feu placé sur la côte produisent un très grand effet par la gradation d’une rare puissance. Miss Smyth n’avait rien écrit jusquelà qui puisse être comparé à cette page pleine d’exaltation sublime et d’émotion concentrée.

L’opéra en son entier dénonce un effort étendu pour faire jaillir le sentiment et d’un bout à l’autre les nerfs sont soumis à une tension excessive. Cette manière pourrait trahir sa féminine origine aussi sûrement que dévoiler la faiblesse de facture qu’on a coutume d’associer à l’œuvre de la femme, si on ne reconnaissait bientôt que le compositeur des NauJ rageurs est singulièrement exempt de ce reproche. La virtuosité du musicien est d’une exquise réalité. Son originalité au charme évident et sa vigueur émotion nelle s’accordent pour faire de son opéra une des œuvres les plus vivantes de notre temps.

Les Naufrageurs ont été écrits originairement en langue française dans laquelle Henry Brewster était réputé maître. Le livret a été traduit en allemand par miss Srnyth et son opéra représenté sous le titre de Strandrecht , la Loi de la côte, à Leipzig, en 1906. Il a été mis à la scène en anglais à Londres sous la direction de M. Thomas Beecham ' à llis Majesly’s Thealre ,

(Haymarkel ), en juin 1909, et au théâtre de Covent Gardcn , en 1910. Sa représentation aura lieu prochainement à Vienne.

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