N!ELS GADE
l’imposture : « Pourquoi me dire, Ilidallan, que mon héros a succombé? Hélas! sans loi, j’aurais pu espérer encore son retour 1 j’aurais pu croire que je l’apercevais sur ce rocher lointain ; une tige d arbre m’eût trompée aux clartés de la lune, et le vent de la montagne eût résonné à mes oreilles connue le sou d'uu cor ! Oh ! que ne suis-je sur les bords du Garun pour que mes larmes baignent son visage et le réchauffent ! »
M. Gade a traité en maître toute cette situation. — Bientôt cependant une fanfare militaire interrompt les lamentations de Comala : c’est Fingal qui revient entouré de ses bardes et de ses guerriers. Ou salue, on acclame le triomphateur ,. tous se pressent sur ses pas, tous en lui reconnaissent Fingal, tous excepté la pâle jeune fille, dont la douleur a brisé l'àine, et qui désormais, en proie à sa mélancolique illusion, dans 4 ce royal jeune homme qu’elle a devant les yeux, se refuse à voir autre chose que l’ombre de sou bieu-aimé. « Oui, mène-moi vers ta demeure et me fais partager ton repos, fils chéri de la Mort ! » Vainement Fingal s'épuise à la désabuser ; l’idée fatale la possède, et lorsqu'elle reconnaît la vérité, il est trop tard ; la Mort quelle a invoquée a répondu à son appel. « C’est bien lui en effet, c’est Fingal! 11 revient dans sa gloire; sa main victorieuse presse ma main ! Ah ! laissez-moi m’asseoir sur ce rocher jusqu’à ce que le calme rentre dans mon âme ébranlée ! Ma harpe ! donnez-moi ma harpe! Entonnez vos chants, filles de Morna! » A tant d'émotions, celte âme délicate et tendre ne saurait survivre; l'ivresse du bonheur achève de briser cette douce
nature que son désespoir a meurtrie, et le chœur des blondes filles d’Ardven annonce à Fingal la mort de Comala.
Je ne puis me rappeler cette situation de Comala recevant la fausse nouvelle de la mort de Fingal sans songer à la Desdemona de Rossini au second acte d ’Otello, et cette analogie dans le drame provoquerait au besoin d’assez curieux rapprochements entre le génie des peuples du Nord et celui des pays méridionaux. Chez la fille du Nord, le désespoir revêt aussitôt un caractère irrévocable. On dit à Comala que Fingal est mort, et, sans plus s’informer, l sans pouvoir même douter un seul instant du fatal message, cette âme concentrée et grave succombe ingénument à la première blessure qu’on lui porte. La belle Vénitienne, au contraire, passe d’un extrême à l’autre et n’en meurt pas; sa nature, moins primitive, résiste vigoureusement à la double atteinte, presque simultanée, de la tristesse et de, la joie. Éplorée et déchirante lorsque le „ chœur commence par lui annoncer que Rodrigo a tué le More, quels sublimes élans son bonheur va trouver tout à l’heure, quand des amis mieux informés la désabuseront I
« Ditemi atmen voi,
Otcllo?... — Vive. — O gioja ! »
L’accent que la Grisi donnait à cette note, à ce cri, l’explosion entraînante de son délire resteront dans tous les souvenirs comme un des plus admirables effets où la pas-