‹ Musiciens contemporainsChapitre 10 sur 22 · N1ELS GA UE · texte numérisé non relu

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sion dramatique puisse s’élever. Dcsdcmona va de l’cxtrômc deuil à l’ivresse de la joie, et son âme expansive résiste à ces climatériques transitions, tandis que pour tucrComala une flèche suffit. Elle meurt, la douce vierge des bruyères, pour avoir un seul instant cru au trépas de celui qu’elle aimait, et la présence môme de Fingal est impuissante à ramener à la vie cette âme qu’une émotion a brisée à jamais. La passion chez les races du Nord! — quel grave et beau sujet d’étude ce serait là ! A l’énergie dans la tristesse, la musique unit la simplicité dans la profondeur ; elle porte notamment partout l’empreinte d’une force et, qu’on me passe l’expression, d’une intensité de sentiment dont on chercherait en vain des traces môme chez les compositeurs de l’Allemagne. J’en veux prendre ici pour exemple l’admirable plainte que l’idée de la mort de Fingal arrache à Comala dans la partition de M. Gade. Donnez à une pareille inspiration une interprète digne d’elle ; donnez-lui surtout un public dont le commerce des muses de tréteaux n’aura point dégradé le goût, et vous verrez que la musique môme après Mozart et Beethoven, môme après Weber et Rossini, peut encore trouver des voies nouvelles.

Une chose aussi m’a frappé dans l’épopée lyrique du musicien danois, — je veux parler de l’ordonnance de l'introduction, — de cette scène où Comala, en proie aux angoisses de son attente, se tient assise à l’écart et, s’attache à poursuivre le monologue de sa douleur, tandis que ses compagnes groupées alentour commentent ce qui se passe en elle. Cette disposition des personnages, cette

simplicité, cotte harmonio du tableau vous reporte d’emblée en plein Euripide, et vous croyez avoir devant vos yeux ce magnifique début de Phèdre, où la mourante reine, assise en son isolement sur lo seuil du palais de Thésée, sert de sujet à la conversation du chœur. Qu’on ne s’y trompe pas, l’analogie s'oUïc ici d'ellc-mômc, car rion au monde n’est plus fréquent que ces souvenirs de la Grèce qui viennent tout à coup vous surprendre au milieu do la contemplation do certains produits du génie septentrional. C’est un fait remarquable que les Scandinaves se rapprochent parfois de l’antique à un très-haut degré, et cela plus naturellement que les Allemands, lesquels n’ont guère à mettre en avant on pareille matière que des essais inspirés par le dilettantisme. Tandis que les I\’iebe(ungen contiennent en germe toute la poésie du moyen âge et de la chevalerie cl servent évidemment de préface à une littérature nouvelle, tel passage des Eddas vous rappelle vaguement les chants du illiade.

Et puisque j’ai touché ce point de similitude entre la . muse antique et le génie septentrional, j’ajouterai que c’est peut-être là le caractère d’originalité qui m’a le plu» vivement frappé chez Jenny Lind, l’artiste Scandinave par excellence. Bien dos cantatrices ont reçu de la nature des dons égaux, sinou supérieurs, aux facultés dont dispose celte étrange fille du Nord. J’cn connais qui

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