‹ Musiciens contemporainsChapitre 15 sur 32 · LA MUSIQUE DANS LE ISORD · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE DANS LE ISORD

ce que nous pouvons dire, c'est que, tout aussi bien que nous, ce lied descend de nos ancêtres, et qu'en dépit des pousses nouvelles il a tenu bon sur sa vieille racine. — C'est surtout chez les peuples du Nord que cette perpétuité traditionnelle d'un chant offre un vif intérêt à qui l'observe et l'étudié, car il ne s'agit plus ici d'une lettre morte ou d'une de ces curiosités banales dont se paie trop volontiers la science bénévole des antiquaires, mais de l'élément même de la vie d'un peuple, d'une force mystérieuse et profonde cachée au cœur de sa nationalité, et de laquelle, au jour de son avènement, l'art empruntera sa première inspiration et le vrai signe caractéristique de son génie. — En quoi le système de Mozart, par exemple, diffère-t-il du système de Hasse, si ce n'est par cet inépuisable filon mélodique creusé dans la mine du champ populaire, si ce n'est par ces tournures si franchement neuves comparées au style conventionnel, au maniéri&me pratiqué jusque-là, par ces tournures dont pourtant, depuis plus d'un siècle, la tradition nationale contenait en germe le dépôt?

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' Le lied musical, ce produit charmant de l'efflorescence viennoise, cette forme que Schubert agrandit et développa, et dont il fit son royaume comme Beethoven a fait le sien de la symphonie, le lied date de Mozart, qui l'a

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pris du peuple, où il existait h l'état d'idée, pour le transporter dans le domaine de l'art. J'entends souvent appliquer aux musiciens du Nord ces mots de classiques et de romantiques presque toujours improprement usités parmi nous : c'est idéaliste et naturaliste qu'il faudrait dire. Mozart, Haydn, Charles-Marie de Weber, sont des naturalistes, en tant qu'ils procèdent plus particulièrement de la forme populaire et que le secret de leur originalité réside surtout dans le développement et l'interprétation poétique du motif vulgaire, qui s'étend, se colore et se fixe au souffle créateur de leur génie, sans rien perdre de la grâce native et de la saveur première. Bach, Beethoven, Cherubini, au contraire, sont des idéalistes; avec eux, l'élément simple s'efface et disparaît. Pontifes de l'idée, ils en célèbrent les mystères gravement, soleîinellement, sans plusse soucier qu'un prêtre d'Eleusis des caprices de la foule et des doutes de ceux que linitiatiou n'a point préparés. Plus vastes, plus profonds, mais au.*i plus abstraits, à peine si leurs yeux daignent s'ouvrir à la lumière du ciel ; ils regardent en eux, et leur œuvre ne s'évertue à reproduire que le mysticisme de leur propre pensée et la rêverie de leur âme. S'il me fallait un trait d'union entre les deux tendances, j'indiquerais Mendelssohn, ce Lessing de la musique, comme on l'a très-spirituellement nommé en Allemagne. Cette empreinte philosophique, cet idéalisme abstrait qui marque si profondément les chefs-d'œuvre des Bach, des Beethoven et des Cherubini, empêchera toujours ces maîtres de se mouvoir en dehors du sanctuaire ; forcément leur grandeur les

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