‹ Musiciens contemporainsChapitre 16 sur 32 · MENDELSSOHN · texte numérisé non relu

MENDELSSOHN

allache au rivage. Pour le piiLlic, ils seront toujours* quoi qu^on fasse, des aristocrates dans racceplion la plus magnifique du mot : — ariî^tocrates comme Michel-Ange, Goethe, Aristote et Bossuet. Connaissez-vous beaucoup de mélodies de Beethoven qui soient sorties de l'enceinte consacrée pour se répandre dans la multitude ? Prenez la chanson de Claire dans Egmont : Freudcoll und leidvoll^ en poésie un des motifs les plus populaires qu'il y ait en Allemagne ; Beethoven la met en musique, et personne au monde ne s'en doute, si ce n'est dans cette classe de gens qui fréquentent les conservatoires et s'occupent du transcendental. Singulier privilège, inhérent à ce génie superbe, de dépopulariser, même par un chef-d'œuvre, ce qui de sa nature allait au plus grand nombre, de telle sorte qu'on dirait une monnaie courante changée en or et s'emprisonnant sous triple clé dans la cassette avare du collectionneur de médailles ! Maintenant, tournez-vous du côté de Schubert ; celui-là emprunte au chantre de Wallpnstein sa ïhécla, pour en faire le sujet de deux inimitables rêveries, et bientôt le type musical se répand à ce point qu'il refoule dans l'ombre le type littéraire, l'original, que beaucoup désormais prennent pour la copie. Ainsi de Mozart ; où ses motifs n'ont-ils pas pénétré? Il s'est inspiré de la muse populaire, et c'est aujourd'hui sa propre inspiration qui survit seule. L'air traditionnel a disparu, ne laissant subsister que la version du maître.

Il est vrai que Mozart et, avant lui, Haydn ne cessèrent de rester en rapport avec leur temps, qu'ils en observèrent les besoins et les goûts, et qu'ils eurent même pour ses caprices et ses modes de ces indulgences et de ces faiblesses auxquelles se refusent jusqu'à la fin ces âmes altières plus exclusivement tournées vers le culte de l'idéal. On sait combien à'operettes, de marches, de sarabandes, de gavottes et d'improvisations de toute espèce dans le goût du jour Haydn a composées; quant à Mozart, la recherche du succès fut très-souvent la cause d'étranges modifications dans ses plus importants ouvrages, témoin ces quatre ou cinq morceaux de la Flûle enchantée dont il changea le style et qu'il transcrivit sur des motifs courants en vue de la popularité ; exemple que devait suivre plus tard Rossini, lequel, écrivant sa Scmiramide pour lo théâtre de la Fenice, trouva moyen, pour faire sa cour au peuple des lagunes, d'introduire dans un duo chanté par la reine d'Assyrie et son fils ce fameux air connu sous le titre de Carnaval de Venise. A Vienne, florissait, au xviii^ siècle, une sorte d'opéra-comique populaire ; cela s'appelait Wiener- Possen mit Gesang. C'était d'ordinaire pour le sujet quelque histoire légendaire ou chevaleresque burlesquemcnt traitée : la Fille du Danube, le Moulin du diable, et, pour la musique, des airs et des chansons empruntés çà et là aux échos de la rue ou de la

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montagne, et que deux compositeurs alors en renom, Wenzel Miiller et Ferdinand Kauer, possédaient le secret de coudre ensemble et de mettre agréablement en lumière. Peut-être qu'en cherchant bien, on trouverait que ce genre d'atellanes musicales n'a pas clé sans influence sur Mozart et son école. Ainsi le rule de Papageno dans la Flûte enchantée s'y rattache tout entier. C'est une étude curieuse que de voir Mozart retourner toujours à cette source féconde où son inspiration a puisé ses plus délicieuses idées. S'il s'en éloigne avec Idoménée, avec la Clémence de Titufi, il y revient avec Leporello, avec la Suzanne et le Chérubin des Noces de Figaro, avec ce Papageno fantasque, dont l'habit d'Arlequin ne se compose en somme que de bigarrures populaires merveilleusement ajustées. Par cette tendance propre au génie à développer jusqu'à l'excès la loi première de sa nature, tandis que l'auteur de la Flûte enchantée s'attache à creuser chaque jour davantage cette mine de la tradition dont il taille, en ingéni(?ux lapidaire, les éblouissantes pierreries ; — de plus en plus solitaire et misanthrope, de plus en plus voué, au culte de son rêve intérieur, Beethoven se perd dans l'idéal et l'abstrait, et ses dernières compositions s'enveloppent comme à plaisir d'une atmosphère nébuleuse que l'œil de l'initié lui-même n'est pas toujours très-sûr de pouvoir percer.

C'est un naturaliste aussi que M. Gade, le chef contemporain de l'école danoise : naturaliste en ce sens qu'il apporte au plus haut degré dans ses compositions le caractère et la couleur du sol où il est né, et que vous entendez, à travers chacune de ses œuvres, passer comme une bouirée de ce souffle mélodique qui est en musique l'indispensable élément de la vie d'un peuple, et vibrer l'écho passionné de tant de motifs anonymes livrés au vent du nord par les générations. Si l'on me demandait : Y a-t-il en sculpture un art Scandinave? Même après avoir admiré les plus beaux marbres de ïhorwaldsen, je n'hésiterais pas à répondre : Non. Autre chose pourtant est de la musique, et quand je rapprocbe de certaine symphonie de M. Gade, de sa Cumula par exemple, diverses révélations de la muse vulgaire qui nous sont venues tant par Jenny Lind que par mainte autre individualité sur laquelle j'aurai à m'expliquer tout à l'heure, il m'est impossible de ne point reconnaître là une nationalité trèsprononcée. Né vers 1819 à Copenhague, M. Niels \Y. Gade occupe, depuis la mort de Mendelsshon, à Leipzig, la place de directeur de la Société des Concerts. Or, pour peu qu'on veuille y réfléchir, un pareil poste, en Allemagne, est significatif, et la succession du chantre de Pauius et du Songe d'une Suit d été semble pour le jeune maître d'autant plus flatteuse et honorable, que ce fut

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