‹ Musiciens contemporainsChapitre 17 sur 32 · ELS GADE · texte numérisé non relu

ELS GADE

Mendelssoliri lui-même qui le désijzna pour son héritage. Né à Copenhague, il était dans Tordre des choses que M. Gade cherchât au début à se créer, au cœur même de l'Allemagne musicale, un point de dé[)art d'où il se ferait ensuite victorieusement reconnaître par son pays, lequel, selon l'antique et solennel usage de tous les pays de ce monde, avait besoin, pour croire à la valeur d'un de ses enfants, que des étrangers l'en eussent informé. Découragé du pou de sympathie qui se montrait autour de lui, ennuyé d'attendre vainement cette heure glorieuse du succès qui menaçait de ne jamais devoir sonner à l'horloge de sa paroisse, de Copenhague, oij il végétait assez pauvrement, M. Gade prit le parti d'écrire droit à Mendelssohn, et ne laissa pas de joindre à l'épître sa meilleure symphonie. Mendelssohn lut la lettre, et surtout la symphonie dont il fut charmé. « Vous commencez par où j'ai fini, » répondit-il à M. Gade ; et pour le mieux convaincre de la sincérité du compliment, il fit exécuter sa symphonie aux applaudissements prolongés de tout ce que Leipzig avait de connaisseurs. Le succès fut immense ; on l'entendit de Copenhague, et de ce jour les Danois proclamèrent leur compatriote un grand maître. Bientôt l'Allemagne vint le disputer à sa patrie. Quand mourut Mendelssohn, la ville de Leipzig voulut avoir M. Gade à la tête de ses concerts, et c'est dans ce poste qu'il s'établit jusqu'au moment où la guerre du Sleswig le rappela en Danemark.

Le style de M. Gade respire en général cette grandeur sauvage un peu abrupte qui est comme le caractère particulier des races du Nord. La tristesse et la mélancolie

n'ont rien ici de ce faux air de sentimentalisme que l'éloignement des sources primitives inspire trop souvent aux créations de l'art. Rudesse, si l'on veut, j'y consens ; mais cette rudesse porte en soi je ne sais quelle énergie féconde et saine qui, lorsqu'on songe aux grâces fardées de ces mille compositions dont tant bien que mal notre dilettantisme se paie, vous rappelle l'impression vivace que produit sur des sens émoussés par l'abus des parfums l'odorante saveur d'une forêt de pins de la Norvvége. On connaît cette mâle figure sous les traits de laquelle Albert Durer a représenté la mélancolie, superbe évocation du génie du Nord, si loin de ressembler dans ses formes robustes, dans sa musculature vigoureuse, à ce type grêle et maladif que la tradition erronée des peintres de salon se complaît chez nous à reproduire. L'énergie dans la tristesse, la mélancolie dans la force, une rêverie austère et toujours grave, telle se montre la figure du grand artiste de Nuremberg, telle m'apparaît la musique des peuples du Nord, et ce qui constitue à mes yeux le principal mérite de M. Gade, c'est d'avoir, dans la plupart de ses symphonies, dans sa Comala surtout, su garder l'empreinte de ce caractère que j'appellerai, si l'on veut, Scandinave,

Je connais de M. Gade quatre symphonies, toutes remarquables à divers titres, mais parmi lesquelles on distinguera de préférence celle en la, très-renommée à Leipzig, et une autre dont la désignation spéciale m échappe , ayant pour thème principal un air national danois. Je passe sur un ouvrage dramatique exécuté

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à Copenhague sous le titre de Mariotta , partition agréable et facile, mais qui, pour l'importance musicale, est loin de valoir ses Echos d'Ossian [Nachklânge von Ossian), et cette ravissante ouverture qu'il appelle In the ffighlandsy résumé poétique et plein d'intérêt des mélodieuses impressions de l'Ecosse romantique. Ossian, les montagnes d'Ecosse, cette préoccupation du Scandinave cherchant à travers l'espace et les siècles ses affinités originelles, mérite ici qu'on la remarque. Walter Scott, dans le Pirate, a écrit d'excellentes pages sur les traces que les peuple: de la Scandinavie ont laissées de leur occupation dans les points extrêmes de la Calédonie, dans les îles Orkney par exemple, et je renvoie au roman du célèbre Ecossais quiconque s'étonnerait de cette tendance si familière au génie des artistes du Nord, je ne dirai pas de s^approprier ces traditions ossianiques, car ils les regardent, et à bon droit, comme leur appartenant, mais d'y revenir en toute occasion. Ainsi ces échos de la lyre calédonienne, qui tant de fois ont servi de texte aux plus heureuses inspirations de M. Gade, voici encore que nous les retrouvons avec Comala, son œuvre capitale pour la puissance de l'instrumentation, la verve mélodique^ l'originalité de la composition et des effets, celle enfin où le vrai maître se révèle.

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Comala est un intermède -symphonie, une de ces œuvres instrumentales mêlées de récits, de cavatines et de chœurs, espèce d'oratorio, moins l'idée religieuse. Evidemment la musique cherche aujourd'hui de ce côté des voies nouvelles ; il y a une forme d'épopée lyrique à découvrir, et tous les essais de la jeune école allemande, toutes les tentatives des compositeurs de la pléiade de Leipzig, depuis M. Gade jusqu'à MM. Rohert Schumann et Wagner, convergent vers ce hut. Après que Gluck eût élevé le drame musical à des hauteurs ignorées de Hœndel et que depuis on n'a point dépassées, vint Haydn^dont la muse pastorale et fleurie, assez médiocrement préoccupée de l'étude des passions, n'eut en quelque sorte d'autre souci que de se laisser béatement bercer sur le sein de la nature. La musique instrumentale vit alors s'agrandir son royaume ; jusque-là souveraine absolue, la voix humaine ne régna plus que sur des forces pour ainsi dire émancipées et jalouses désormais de leur indépendance. Ce fut l'enfance de la musique instrumentale, ce fut son âge d'or et son Arcadie, — temps heureux où Votchestre, déjà libre et ne songeant point encore à la domination, .s'unissait à la voix en de mélodieux hyménées. La Création et les Saisons virent le jour vers cette période; cela s'intitulait oratorios : pour quelle raison? on ne nous l'a jamais dit. La Création! — passe encore;

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