‹ Musiciens contemporainsChapitre 20 sur 32 · CHOPIN · texte numérisé non relu

CHOPIN

et dans ses diverses périodes le développement de celte orf:^anisation si douée.

On a beaucoup parlé naguère en littérature d'une certaine école du bon sens qui promettait merveilles ; cette fois, ce fut l'école du sentiment qui, avec Rubini, se fonda. L'expression régna sans partage, l'âme passa dans la voix: Elvino, Percy, Ravenswood, Arturo, types immortels et qui jamais ne sortiront des souvenirs de tous ceux qui avaient vingt ans à cette bienheureuse époque! A cette école de Rubini, combien de disciples se formèrent qui, à leur tour, sont devenus des maîtres: Duprez, Ronconi, Moriani ! Ella è iremante, ella è spirante^ ce cri suprême de l'amour éploré, neTentendez-vous pas au loin retentir sous les marbres et les sombres touffes de verdure du jardin de Bellini? F-f le son de la voix de Jenny Lind, cet accent pathétique et profond, qui le remplacera? Essayez, après ces magnifiques explosions du cœur, d'en revenir à la roulade, aux vocalises du rossignol des bois, à la difficulté; la Sontag elle-même y a perdu sa peine et son talent. C'était agréable et joli, curieux surtout ; mais toutes ces grâces, toutes ces enjolivures, toutes ces mignardises charmantes avaient perdu leur écho dans nos âmes. Vous connaissez ces chefs-d'œuvre de marqueterie et de ciselure : on pousse un ressort, et voilà que soudain un oiseau surgit, un bel oiseau tout emplumé de saphirs et de diamants. Il chante à plein gosier les variations de Rode et bien d'autres merveilles ; puis tout à coup la charnière se referme; il disparaît, et tout est dit. Rendormez-vous, bel oiseau bleu, qui n'êtes plus, hélas ! couleur du temps !

i\ i- MUSICIENS CONTEMPORÂLN'S.

Assez de gammes chromatiques, d'arpèges et de triolets ; voici le tour maintenant d'un art plus sérieux.

J'ai dit que c'était un des très-grands charmes des artistes du Nord que cet accent natal qui jamais en eux ne -46 perd ni ne s'altère. Si tant d'autres preuves n'exislait.nt pas de cette vérité, l'exemple de Chopin suffirait. Si vous avez observé en effet cette nature éminente et rare dont le développement s'est accompli presque sous nos yeux, vous aurez vu que des années passées au centre de ce que la civilisation a de plus excessif, n'avaient pu chez lui porter la moindre atteinte à la nationalité. Laquelle de iQb compositions, et je parle ici des œuvres de sa seconde manière, de ses nocturnes, qu'il écrivait après dix ans de séjour au milieu des raffinements intellectuels de la société oarisienne, laquelle de ses compositions ne respire le génie lu Nord? Où trouverez- vous que l'accent ait fait défaut? A Dieu ne plaise que je confonde ici deux natures, qui, oien qu'elles se prêtent à certains rapprochements, n'en -conservent pas moins des différences très-marquées! Le géiiie des races a ses nuances, et qui dit scandinavisme, entore qu'il s'agisse purement et simplement de musique, ue dit point slavisme. C'est assez insister sur la ligne de séparation qui existe entre l'école Scandinave et celle dont Chopin fut 1(3 représentant et le chef. Les Slaves ont dans ieur instinct quelque chose de saccadé et de sauvage qui ne .se rencontre pas d'ordinaire chez les peuples de la Baltique : quiconque a connu Chopin a pu observer à i«»iiiir comment chez lui cette rudesse du sol natal avait tié modifiée par des conditions toutes personnelles d'élé-»

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