‹ Musiciens d'aujourd'huiChapitre 2 sur 80 · Joseph d'Ortigue, ibid · texte numérisé non relu

Joseph d'Ortigue, ibid

6. Les meilleurs portraits de Berlioz semblent être la photographie de Pierre Petit, en 1863, qu'il envoya à Mme Estelle Fornier, et qui le représente accoudé, lassé, le front penché, regardant tristement à'terre, — et la photographie qu'il a fait reproduire en tête de la première édition des Mémoires et où il est représenté assis, les mains dans ses poches, un peu rejeté en arrière, la tête droite, les yeux fixes et durs, l'expression énergique et sévère (1865).

7. 11 va à pied de Naples à Rome, en ligne droite, par les montagnes. II court, d'une traite, de Subiaco à Tivoli, etc.

8. 11 y gagna de nombreuses bronchites, et de continuels maux de gorge, sans parler de la névrose intestinale dont il mourut

plus fort, le plus constant, le plus torturant, fut un besoin maladif de tendresse : — « L'inexorable besoin de tendresse qui me tue* ».... Aimer, aimer, être aimé : il donnerait tout le reste pour cela. Mais son amour est celui d'un adolescent, incapable de voir l'être aimé comme il est, incapable de se voir soi-même. Rien de l'énergique et lucide passion de l'homme instruit par la vie, qui voit l'objet de sa passion sans illusions, avec ses défauts, et au besoin ses vices, et qui l'aime pour son être même. Il aime l'amour, il aime des rêves, des fantômes sentimentaux; il en est un lui-même. Jusqu'à son dernier jour, il reste « un pauvre enfant de douze ans, brisé par un amour au-dessus de ses forces * ». — Remarquez combien cet homme, qui vécut une vie si libre, avec de multiples aventures, a toujours exprimé chastement la passion. Quelle pureté virginale dans ses immortelles pages d'amour, les duos des Troyens, ou la « nuit sereine » de Roméo et Juliette ! Comparez cette tendresse virgilienne aux fureurs charnelles de Wagner! — Est-ce à dire qu'il n'aima pas autant? Sa vie ne fut qu'amour et torture d'amour; et la phrase désolée de l'introduction delà Symphonie fantastique, dont M. Julien Tiersot, dans un beau livre récent', a pu identifier le thème avec une romance, composée à douze ans, quand Berlioz aimait une jeune fille de dix-huit ans, « aux grands yeux et aux brodequins roses », Estelle, Stella montis, Stella maiutina, — cette phrase, une des plus poignantes qu'il ait jamais écrites, pourrait servir de devise à cette vie dévorée de tendresse et de mélancolie, condamnée à une solitude irrémédiable, à « cet arrachement du cœur,

1. A son ami Humbert Ferrand, 3 mars 1863. — «La musique et l'amour sont les deux ailes de l'àme, • a-t-il dit dans ses Mémoires.

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