G. Saint-Saëns, Charles Gounod et le Don Juan de Mozart
CAMILLE SAINT-SAÊNS. 87
De dix ans, délicat, frêle, le teint jaunet, Mais confiant, naïf, plein d'ardeur et de joie,
qui, dans un concert public, déjà
Se mesurait avec Beethoven et Mozart ^ ;
le jeune maître qui écrivait sa Première Symphonie à seize ans; — Tartiste pénétré de la science de Bach et de Haendel, qui « écrirait à volonté une œuvre à la Rossini, à la Verdi, à la Schumann, à la Wagner* », et qui, en fait, a écrit des œuvres excellentes dans tous les styles : en style grec, en style du xvi«, du xvii* et du xviii^ siècle, — et dans tous les genres : messes, opéras, opéras-comiques, cantates, symphonies, poèmes symphoniques, musique pour orchestre, pour orgue, pour piano, pour voix, musique de chambre; — le savant éditeur de Gluck et de Rameau; — l'écrivain enfin qui sut, non seulement être artiste, mais raisonner sur son art, — nous apparaît comme une figure assez rare chez nous, et dont la parenté se trouverait plus facilement en Allemagne qu'en France.
Mais en Allemagne on ne s'y trompe point : dans ce pays, où le nom de Camille Saint-Saêns fut notre meilleur titre musical depuis Berlioz jusqu'à l'apparition de la jeune école de César Franck (Franck luimême y est encore peu connu), M. Saint-Saêns est un représentant de l'esprit classique français. Il a, en effet, certaines des plus éminentes qualités françaises, et la première de toutes : la parfaite clarté. Il est remarquable comme cet artiste très instruit est peu gêné par sa science, libre de tout pédantisme, — ce pédantisme qui est la plaie de l'art allemand, et auquel les plus grands n'ont pas échappé, — je ne parle pas do Brahms, chez qui il sévit, mais des plus charmants