Gh. Gounod, Mémoires d'un Ar liste
génies, comme Schumanu, et des plus puissants, comme Bach, — « cet art guindé, dans lequel on s'ennuie comme dans un salon dévot d'une petite ville de province : on étouffe, c'est à mourir*... ». — « Saint-Saëns n'est point un pédant, écrivait Gounod; il est resté bien trop enfant, et devenu bien trop savant pour cela. » Surtout il a toujours été bien trop Français. Il me fait quelquefois l'impression d'un écrivain de notre xviii^ siècle. Non de l'Encyclopédie, ni du camp de Rousseau. Mais de l'école de Voltaire. Il en a la pensée nette, l'expression élégante et concise, la distinction d'esprit, qui fait que sa musique est « non seulement élevée, mais bien élevée, de belle race et de noble maison ^ ». Il en a aussi le bon sens impeccable, un peu froid, « le calme dans la verve, la sagesse dans la fantaisie, un jugement toujours maître de lui, au sein même des émotions les plus troublantes ' », — ce bon sens ennemi de toute obscurité de pensée, de tout mysticisme, qui lui a fait écrire ce curieux livre : Problèmes et Mystères, dont le titre peut tromper sur l'esprit de raison qui y règne, et où il fait appel à la jeunesse pour défendre « la clarté du monde menacée » contre les brouillards du Nord, les dieux Scandinaves, les divinités de l'Inde, les miracles catholiques, Lourdes, le spiritisme, l'ésotérisme, et 1' « amphigourisme * ». Du xviii* siècle il a surtout l'amour, le besoin de la liberté. On pourrait dire que la liberté est sa seule passion. « J'aime passionnément la liberté* », a-t-il écrit. Et il
1. Saint-Saëns, cité par Edmond Hippeau, Henry VIII et l'Opéra français, 1883.
M. Saint-Saëns parle ailleurs de « ces œuvres bien écrites, mais lourdes, antipathiques, reflétant d*une façon désolante l'esprit étroit et pédant de certaines petites villes de Germanie ». {Harmonie et Mélodie.)