‹ Musiciens d'aujourd'huiChapitre 34 sur 80 · Je sens qu'une triste chimère · texte numérisé non relu

Je sens qu'une triste chimère

A toujours assombri ton âme : la Vertu... » (Rimes /amrVf'V/».?,)

3. Vùiei, presque au hasard, quelques-uns de ses jugements : • A mesure que la science avance, Dieu recule. • — - L'àme

n'est qu'un moyen d'expliquer la production de la pensée. • — - Suppression du travail, aiïaiblissement des caractères, partage des biens sous peine de mort, voilà ce (jue nous donne l'Kvangile, comme base de la société. • — • Les vertus chrdicnnj^s ne sont pas sociales. » — • Rien dans la nature ne tend à un but : la nature nous donne le spectacle d'un perpétuel cercle vicieux... etc. • {Problèmes et Mystères.)

ven « le plus grand, le seul vraiment grand des artistes, parce qu'il a chanté la fraternité universelle », cette intelligence compréhensive, qui a écrit des livres sur la musique, sur le théâtre, sur la philosophie, sur la peinture antique*, des études scientifiques 2, des volumes de vers, et jusqu'à des comédies ', qui a touché à tous les genres, je ne dirai pas avec une égale habileté, mais avec un égal bon sens, et une facilité indéniable, est un phénomène peu fréquent chfez les artistes modernes, surtout chez les musiciens. Les deux principes qu'il énonce, et auxquels il s'est conformé : « Se garder de toute exagération. — Conserver l'intégrité de sa santé intellectuelle * », ne sont certainement ceux ni d'un Beethoven, ni d'un Wagner; et je serais bien embarrassé de trouver un musicien célèbre en ce siècle, à qui ils puissent s'appliquer. Ils disent d'eux-mêmes, sans qu'il y ait besoin de les commenter, ce qui distingue M. Saint-Saëns, et ce qui lui fait défaut. Il n'est tourmenté par aucune passion. Rien n'altère la lucidité de sa raison. « Il n'a pas de système ; il n'est d'aucun parti 5 », — et l'on peut ajouter : pas même du sien, puisqu'il ne craint point d'en changer; — « il ne se pose en réformateur de quoi que ce soit »; — il est libre, trop libre peut-être. Il semble parfois qu'il ne sache que faire de sa liberté. Gœthe eût dit, je crois, qu'il manque un peu de « démoniaque ».

Le trait le plus individuel de sa physionomie morale me paraît être une lana:ueup mélancolique, qui a sa

1. C. Saint-Saëns, Note sur les décors de théâtre dam l'antiquité romaine, 1880, où il étudie les architectures peintes à Pompéi.

2. Conférence sur les phénomènes de mirage, faite à la Société Astronomique de France, en 1905.

3. C. Saint-Saëns, La Crampe des Écrivains, comédie en ua acte, 1892.

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