‹ Musiciens d'aujourd'huiChapitre 33 sur 80 · Harmonie et Mélodie · texte numérisé non relu

Harmonie et Mélodie

CAMILLE SAINT-SAÊNS. 89

l'a prouvé par la franchise absolue de ses jugements en art, où non seulement il a su maintenir en face de Wagner l'intégrité de sa raison, mais où il ne craint pas de relever les faiblesses de Mozart et de Gluck, les erreurs de Weber et de Berlioz, les partis pris de Gounod, — où ce classique, nourri de Bach, se permet de dire que « l'exécution des ouvrages de Haendel et de Bach est aujourd'hui une chimère », et que ceux qui voudraient reséfusciter cet art ressemblent à quelqu'un « qui voudrait s'installer dans un vieux manoir inhabité depuis des siècles * ». Il fait plus, il ose se critiquer, se contredire lui-même. Son goût de la liberté lui fnit conserver dans un même ouvrage des appréciations différentes, portées à des époques différentes. Il veut que l'esprit ait le droit de changer; au besoin, de se tromper. L'esclavage d'une vérité imposée lui semble pire qu'une erreur sincère, commise librement. Et ce même sentiment se maniieste en dehors de l'art : en morale, où il adresse des vers à un jeune ami pour l'engager à suivre la saine Nature, et à ne pas se laisser enchaîner par un rigorisme exagéré *; — en métaphysique, enfin, où il juge avec une tranquille audace la foi, l'Évangile, les religions, et cherche dans la Nature seule les bases d'une morale et d'une société '.

Cet esprit libre et humain, pénétré du sentiment delà solidarité universelle des êtres, et qui appelle Beetho-

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